‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 2)Chapitre 11 sur 70 · CE ES · texte numérisé non relu

CE ES

Ces figures ne sont pas fort exactes, puisqu'il n'existe pas d'embryons avec une paire de ces organes. Ce mysis porte le nom de Cancer flexuosus ‘.

Thompson, au milieu de tant de belles observations sur les crustacés , s’est occupé aussi de ces animaux. Il a donné des détails très-importants sur leur structure et il a connu les principales phases de leur évolution. Mais il est à remarquer que si les observations suivies sur le développement des principaux organes manquent ou ne présentent pas celle exactitude qu'on est en droit d'exiger aujourd'hui, c'est que l'attention des zoologistes était fixée avant tout sur la question de savoir s’il y a métamorphose ou non. Thompson ne peut considérer le développement des mysis comme un développement à métamorphoses : à ses yeux, ce n’est tout simplement qu'un développement graduel des diverses parties (simply a gradual developement of parts….).

Le premier phénomène à l'entrée de la poche incubatrice est, d’après ce savant, un léger allongement à l'un des bouts et l'apparition de deux courts appendices de chaque côté. Il admet huit paires de pattes à l’état adulte.

Après J. Thompson, M. Rathke publia, en 1829, le résultat de quelques observations faites sur des mysis qui lui avaient été envoyés dans la liqueur par von Siebold5. IT pense que c’est le Mysis vulgaris. Ces recherches, touten portant sur des crustacés conservés , autorisent Rathke à déclarer que les mysis se développent d’une tout autre manière que les crustacés décapodes. Les mysis se rapprochent, d’après lui, moins des décapodes que des isopodes en général.

Nous verrons plus loin si Rathke a raison de défendre contre Thompson la thèse que les crustacés ne subissent pas de métamorphoses.

Rathke examine d’abord la conformation des mysis, et, à l'exception des appendices, ces animaux ressemblent complétement, selon ce savant, aux crangons. Rathke a raison. Nous en avions déjà observé en vie pendant longtemps que nous croyions toujours avoir des crangons sous les yeux. Ce n'est qu'accidentellement que les pédoneules oculaires nous ont fait voir que nous observions d’autres crustacés.

Les premiers phénomènes du développement consistent, d’après Rathke

! O.-F. Muller, Zoologia danica, pl. LXVI, p. 5%, vol. I.

? John Thompson, Zoological Researches and illustrations ; Cork.. vol. I. 5 Wiegmann's Archiv, 1859.

(après le développement du blastoderme sous-entendu), en une ligne primitive à côté de laquelle apparaissent les antennes. Nous verrons plus loin que, longtemps avant l'apparition des appendices antennulaires , toute l'extrémité caudale est formée et épanouie.

Comme nous venons de le dire, les observations de Rathke sont faites sur des embryons conservés dans la liqueur: c’est ce qui explique la divergence d'opinions sur un bon nombre de points. Ainsi, indépendamment de l’époque de l'apparition de la queue, celle-ci ne se transforme véritablement pas. La première disparait avec la mue, comme les antennes simples, et une nouvelle queue surgit sous la première. Les appendices qui suivent les antennes ne se développent pas successivement, mais bien simultanément; toutes les pièces de la bouche, ainsi que les pattes, surgissent en même temps et de la même manière, sans en excepter les mâchoires. Et cette génération d'appendices ne consiste-t-elle qu'en huit paires? Nous verrons plus loin que non. Nous regrettons que Rathke n'ait pas eu l'occasion d'étudier de jeunes mysis en vie; depuis longtemps l'embryogénie eût été enrichie d’un beau travail. Rathke eût compris immédiatement toute l'importance de ce développement.

Ici, comme dans les autres crustacés, c’est bien la paroi ventrale qui se développe en premier lieu , quoique l'embryon soit enroulé dans son œuf, contrairement à ce qu'on voit dans la plupart, si pas dans tous les crustacés décapodes.

Frey et Leuckart , dans leurs recherches sur les animaux sans vertèbres ?, ont écrit un long article sur l’organisation du genre Hysis. Ce sont eux qui ont attiré, les premiers, l'attention sur l'otolithe qui est situé dans l'appendice du segment caudal, autrement dit l'uropode. Ils pensent que l'estomac des mysis se rapproche plus, par sa conformation, de celui des isopodes, des amphipodes et des lemodipodes que de celui des décapodes , tout en ayant reconnu les piquants et les soies de l'intérieur. Comme nous le verrons plus loin, ce n’est pas notre avis. Ce singulier estomac est plus voisin de celui des eransons que de tout autre, Ils font connaitre avec détail la circulation, mais ils arrivent à ce résultat, que cette circulation a plus d’analogie avec celle des læmodipodes et des amphipodes qu'avec celle des décapodes. Ils signalent ce-

! Beilräge zur Kentniss wirbelloser Thiere, 1847, p. 110.

pendant dans les mysis une aorte postérieure qui manque dans les édriophthalmes. Il y à une circulation lacunaire, selon eux. Les appareils sexuels sont exposés aussi avec soin, et surtout le développement des singuliers spermatozoïdes, qui a été observé dans ses diverses phases. C’est avec raison que la prétendue bosse des embryons dont on a parlé est attribuée à l'action de la liqueur et non à un effet du développement normal. Cet article est terminé par un aperçu intéressant des diverses phases d'évolution des mysis.

Nous divisons le développement de ces crustacés en trois périodes parfaitement distinctes.

La première commence au moment de l'entrée de l'œuf dans la poche ineubatrice, et finit avec le développement des antennes.

La seconde commence avec le développement des pattes et finit avec la première mue embryonnaire. |

La troisième commence à l’époque où l'embryon se dépouille de sa première enveloppe comme de sa nageoire caudale bifide , jusqu'au moment où il quitte sa poche maternelle, pour se livrer aux hasards de la vie libre et vagabonde.

Ces crustacés portent-ils des œufs plutôt à telle époque de l'année qu'à telle autre; en d’autres termes, y a-t-il une saison pour la ponte? Nous pensons que la fécondité est plus grande, comme l'évolution plus rapide , en été qu'en hiver; mais on trouve des mysis chargés d'œufs à toutes les époques de l’année. Nous en avons observé même au milieu de l'hiver. Du reste, les mysis ne font pas une exception dans cette singulière classe de crustacés. Nous avons vu le même phénomène se répéter chez les homards. Il n'est pas rare de voir des homards avec des œufs sur le point d'éclore à côté d’autres homards dont les œufs sont au début de leur évolution, et cela aux mois de juin et de juillet aussi bien qu'aux mois de décembre et de janvier. Au mois de septembre, des homards de la côte de Bretagne, et au mois de février, des homards de Norwége, avaient les uns et les autres des œufs sans embryons apparents , et des œufs avec des embryons près d'éclore. Il nous semble qu'il en est encore de même pour les crangons comme pour les palémons et les crabes. Dans toutes les saisons on trouve des femelles avec des œufs. :

Îl serait important de suivre le développement en hiver et en été pour

s'assurer de la différence de temps que met le même animal, aux diverses époques de l’année, pour accomplir son entière évolution.

Il y aurait un travail très-curieux à faire sur les animaux marsupiaux des différentes classes, et les secours que la poche incubatrice fournit aux embryons, ici chez les mammifères didelphes, là chez les poissons syngnhates, ailleurs chez les mysis. Il est possible que, chez quelques-uns, la poche fournisse, indépendamment du gite, un supplément de nourriture; mais, dans la plupart des cas, les œufs sont assez volumineux pour se passer de ce supplément, et c’est le cas, pensons-nous, des mysis.

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