‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 2)Chapitre 13 sur 70 · DEUXIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE

Pendant cette période, les divers appendices de la bouche et les nombreuses pattes surgissent simultanément et ne montrent d’abord aucune différence entre eux. Toutes ces pièces ont donc bien la même signification. C'est vers la fin de cette période que surgissent, simultanément aussi, les appendices abdominaux et caudaux. On peut dire qu’il y a trois apparitions suecessives d’appendices chez les mysis.

Le corps a encore la forme d’une massue, ou plutôt ressemble à une poire un peu allongée.

On voit distinctement l'accroissement du blastoderme par l'apparition d’une nouvelle génération de cellules au milieu des premières.

Le sac vitellin s'étend dans toute la longueur de l'embryon, et tout l’embryon est représenté par les parois du sac à la surface duquel on aperçoit quelques appendices. -

C'est à cette période de développement que surgissent les appendices de la bouche et les pattes. Ce n’est pas, comme on l’a dit, successivement et d'avant en arrière que l’on voit apparaitre ces organes : ils se montrent simultanément depuis le premier jusqu’au dernier, de manière que le blastoderme, vu sur le côté, ressemble à une lamelle dentée. On dirait un peigne à grosses dents, et, un peu avant l'apparition des dents, l'embryon a l'air d’avoir le ventre couvert de dalles.

Puis de chaque dalle on voit s'élever une éminence sous la forme d’un moignon. Tous ces moignons se séparent de plus en plus nettement; chacun d'eux présente l'aspect d’une petite pyramide, et les deux rangs de pyramides recouvrent tout le bord convexe du mysis embryonnaire. Derrière les mandibules , nous voyons s'élever ainsi en même temps et de la même manière dix paires d’appendices qui se différencieront plus tard : ce sont les mâchoires, les pieds-mâchoires ou gnathopodes et les pattes futures péréiopodes,

trois sortes d'appendices qui sont tout à fait semblables entre elles, au moins au début de leur apparition.

Rathke avait été conduit à un autre résultat en étudiant les embryons de mysis dans la liqueur. Il pensait que les premiers appendices qui succèdent aux tentacules se développent d'abord et que les autres apparaissent successivement. Nous venons de voir que tous ces organes, depuis les mandibules jusqu’à la dernière paire de pattes, se développent simultanément. In°y a que la seconde série des appendices abdominaux qui surgisse postérieurement.

Si l'origine de tous ces appendices , les gnathopodes comme les péréiopodes , est non-seulement semblable mais encore simultanée; si, abstraction faite de la place, on ne pourrait pas les distinguer les uns des autres , il nous parait évident que leur homologie doit être complète. Les appendices surgissent uniformément comme les dents d’un peigne , à la tête comme au thorax , quoique cette division du corps ne se soit pas effectuée encore, et plus tard seulement la différenciation se manifestera avec plus où moins d'intensité. I y a done d'abord deux paires d'antennes avec des mandibules et des pédicules oculaires rudimentaires, et de ces deux paires d'appendices le nombre s'élève tout d’un coup à quatorze, par l'apparition de dix paires d'appendices.

Ces différents appendices, qui sont tous simples d'abord comme les antennes, montrent bientôt un tubereule à leur base qui les rend bifides et, les transforme en pièces appendiculaires servant à la fois à la marche, à la nage et en apparence à la respiration.

C'est le pendant de ce qui a eu lieu pour les antennes.

On a considéré ces appendices comme bifides dès leur début. Cela n'est pas : chaque appendice est d’abord simple comme nous venons de le dire. Un mamelon se montre à la base et en dehors du pédieule, et ce mamelon, en s'allongeant rapidement dans l'intérieur de la gaine primitive, rend chaque patte double.

L'importance de ce mode identique de formation et de la simultanéité d'apparition de ces dix paires de pièces n'échappera à personne.

I y a done jusqu'ici deux fournées d’appendices, si nous pouvons nous exprimer ainsi

Puis, après les pattes et derrière elles, apparait une troisième série d'appendices, lesquels forment plus tard les fausses pattes abdominales ou les pléiopodes. On en voit distinctement einq. Ceux-là ne se bifurquent pas dans les mysis.

Enfin, tout à l'extrémité postérieure du corps, on voit encore surgir deux appendices qui sont d'emblée plus grands et plus forts que les autres : ce sont les lamelles latérales de la queue; c'est-à-dire, les uropodes de l'animal adulte. Ainsi, comme nous l'avons dit plus haut, la première queue fourchue n’a rien de commun avec la queue définitive du crustacé, qui apparait seulement à cette période évolutionnaire. La dernière ne surgit de la sorte que fort tard, quand la première est mise hors d'usage, sans que cependant l'animal en ait fait emploi.

En même temps ou peu de temps après que les rudiments de pattes font leur apparition, il se forme pour chaque appendice un somite distinet qui se développe de bas en haut. Ces divers somites forment, lors de l'apparition des appendices de la queue, un cercle complet. On les voit, pendant que les appendices sont en voie de développement, former une sorte de colonne vertébrale représentée par des corps de vertèbres creusés dont il ne reste que le pourtour.

Ce. sont les somites abdominaux postérieurs qui semblent les premiers formés.

Ces somites, tout en faisant ainsi leur apparition dans la région abdominale, avant la région thoracique et céphalique, n’acquiérent leurs appendices (pléopodes) que quand les autres somites sont pourvus des leurs. Nous trouvons en somme, à en juger par les appendices, le corps du mysis formé de trois somites prébuceaux, d’un somite buccal, de dix somites posthuceaux et de cinq somites abdominaux , en tout dix-neuf.

Pendant que l'embryon se perfectionne ainsi en arrière , la bande latérale qui à surgi au-devant des antennes à acquis une importance plus grande : elle s'est isolée en montrant un étranglement de plus en plus profond à sa base. En avant elle est tronquée et bientôt surgissent au milieu d'elle des taches de pigment qui ne laissent plus aucun doute sur sa nature : ce sont

les pédicules oculaires ou podophthalmes. Ils sont attachés par leur base aux

autres segments du corps, mais en dessus, les yeux sont séparés par toute la largeur de la masse vitelline. L’embryon présente encore un énorme renflement en avant qui lui donne une forte bosse à l'extrémité céphalique.

C'est vers cette époque que la couche muqueuse commence à montrer une certaine importance. En arrière on voit déjà une portion d'intestin sans vitellus dans son intérieur, tandis qu'en avant toute la cavité digestive ne consiste encore que dans un grand sinus vitellin.

Puis celui-ci se rétrécit de plus en plus, quelques échancrures se forment dans sa masse, des lobes apparaissent, et on voit la cavité de l'estomac avec plusieurs larges cœcums qui représentent le foie.

Quoi qu'on en ait dit, nous ne croyons pas qu'il y ait, sous ce rapport, de grandes différences avec les crustacés décapodes connus. Ces lobes sont disposés avec symétrie.

A l'époque où les yeux apparaissent avec leur pédoncule, des taches de pigment se montrent à la base des différentes paires de pattes, et ces taches se déposent avec tant de régularité et de symétrie qu'on peut aisément les compter et en déduire le nombre d'appendices.

Les appendices de la bouche et les pattes se sont maintenant différenciés; il reste huit paires à peu près semblables. Chacune d'elles à une tige interne, qui est la patte proprement dite, puis une tige plumeuse très-mobile, qui est située à l'extérieur et que l'animal adulte fait mouvoir pendant la nage comme des lamelles d'une roue de bateau à vapeur. Ces organes servent en apparence à la respiration, mais au fond sont de véritables rames. Les huit paires de pattes ont à peu près le même développement. Pour en faire un vrai décapode, ces lamelles auraient à se loger dans une cavité sous le céphalothorax.

Comme les divers appendices portent primitivement ou plutôt idéalement , outre la tige principale, un palpe et un fouet, nous devons considérer ces organes comme des âges embryonnaires. Les gnathopodes conservent en général cette forme première pendant toute la vie, mais les péréiopodes, contrairement à ce qui existe dans les mysis, les perdent dans le cours des métamorphoses, quand le crustacé décapode acquiert ses branchies définiuüves sous-carapaciques. Les mysis correspondent véritablement par leurs appendices thoraciques doubles à une époque embryonnaire.

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