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la véritable impulsion à l'étude des animaux sans vertèbres et que chacun de ses pas fut marqué par une découverte. Par une singularité dont, du reste, on trouve plus d’un exemple dans les sciences, M. Milne Edwards s’est mis à douter depuis de la valeur du genre Cumna, supposant qu'il pourrait bien être une de ces formes transitoires qui, comme tant d’autres, doivent être rayées du catalogue des êtres ?.
M. Kroyer,en 1841 °?, étudie ces mêmes crustacés avec le soin qu'il met à tous ses travaux ; il montre que le genre Cumna a été fort bien établi par M. Milne Edwards, et, quelques temps après, en 1846, il propose même d'établir la famille des cumacés; il fait connaitre quatre espèces nouvelles et crée le genre Leucon pour un animal de cette famille 5. M. Kroyer pense que la place des cumacés est entre les crangons et les thysanopodes.
Presque au même moment où Kroyer s'occupait de ce sujet, Henry D. S. Goodsir se livrait à la même étude sur des individus pêchés sur les côtes d’Angleterre pendant les étés de 1841 et 1842, et crut devoir établir deux genres nouveaux sous les noms de Bodothria et Alauna. Ces observations s'accordent entiérement avec celles de M. Kroyer, quant à la nature adulte de ces animaux.
Il semblerait que la question des Cuma dût être tranchée après cela; et, en effet, Goodsir s'était écrié : J have now satisfied myself, that they are perfect animals *.
Il n’en est pas ainsi.
En 1852, M. Dana revient au doute exprimé par M. Milne Edwards, et, s'appuyant sur le résultat d'observations récentes faites par M. Agassiz, il émet l'avis que les Cuna pourraient fort bien n'être que des larves d’alphées, de palémons ou d’hippolytes. Agassiz croit avoir vu sortir des Cuna véritables des œufs de ces genres, et les Cuma ne seraient que le jeune àge de l’un de ces derniers Crustacés ©.
! Hist. nat. des crustacés, vol. HT, p. 553. — Anx. pes sc. xaTUR., 1898, vol. XIE, p. 294.
2 Quatre nouvelles espèces du genre Cuma, Xroyer’s Naturhistorisk Tidskrift, vol. HT, 1841, pp. 205-554.
5 Sur la famille des Cumacés, Tidskrift, 1846, t. IT, p. 195.
# Goodsir, Description of the genus Cua and of two new genera nearly allied to it, Tux Eoims. NEW PHiL. JouRNAL , 1845, p. 119.
5 Agassiz, Proceed. Acad. nat. sc. phil., janv. 1852, n° 10.
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Sous le titre de British diastylidae, M. Spence Bate a fait paraitre depuis un beau mémoire qui a les mêmes crustacés pour objet. Le nom de Déastylidae n’est pas nouveau , bien au contraire, car il est de Say; mais, comme le nom de Cuma est généralement reçu, nous ne voyons pas de mouf de le changer. Le principe de conserver le nom le plus ancien est bon, mais il ne faut pas toujours chercher à l'appliquer dans toute sa rigueur. Si l'on reprend aujourd’hui le nom donné par Say, est-on sûr de ne pas devoir le changer demain en un autre plus ancien et encore plus complétement oublié? Il est convenable, pensons-nous, d'appliquer ce principe avec une sage mesure : la nomenclature varie déjà assez sans que l’on cherche à changer des noms généralement reçus. M. Spence Bate fait connaitre sept espèces britanniques et crée les genres Eudora, Halia et Venilia. Ges deux derniers noms génériques, il les change ensuite : Halia en Iphinoë, et Venilia en Cyruanasse, Le savant carcinologiste anglais affirme également que les Cuna sont des crustacés adultes, et il en forme une famille distincte qui se rapproche, d'un côté, des macroures et des stomapodes, de l’autre, par les yeux et la forme de leurs mandibules, des amphipodes ?.
Les assertions d’Agassiz, d’avoir vu des Cuma provenir de certains macroures, ont tellement ébranlé plusieurs carcinologistes, et des plus célèbres, que le beau mémoire de Spence Bate n’est pas parvenu à les convaincre.
En 1852, M. Milne Edwards, dans ses Observations sur les affinités zoologiques et la classification naturelle des crustacés ?, tout en parlant des mysis comme formes inférieures des décapodes, ne compte pas les Cuma parmi les podophthalmaires décapodes, et, dans son Rapport sur les métamorphoses des Praniza en Ancea, rapport fait à l'Académie des sciences le 28 juin 1858, l'illustre professeur du Muséum met les Cuma sur la même ligne que les phyllosomes, les mégalopes et les zoés 5, c'est-à-dire comme devant disparaitre du cadre zoologique.
Il en résulte que, pour Agassiz, ce sont de jeunes macroures voisins des
Ann. and Mag. of nat. hist on the British Diasryinar, tom. XVI, p. #49; tom. XVIIT, p. 187, et On the genus Cum, janvier 1857, p. 106.
2? Ann. des sc. nat., 1859, €. XVIII, p. 109, et Ann. des sc. nat., 1858, 1. IX, p. 91.
5 L'Institut, 1858.
genres palémon et hippolyte, et que pour Goodsir ce sont des macroures aussi, mais des animaux complets qui doivent prendre rang entre ces derniers el les stomapodes. Le professeur Bell les place dans les podophthalmaires; mais, d’après M. Spence Bate, ce ne sont pas des décapodes : ils doivent se placer derrière les mysidés, parmi les stomapodes. Enfin, dernièrement, on à cru trouver des affinités entre les Cuma et le genre fossile si remarquable des Eurypterus, qui appartient évidemment au groupe des limules, lequel est bien éloigné de ceux-ci !.
On voit par ce qui précède que le doute est aujourd'hui plus grand que jamais, puisque l’auteur même du genre propose de le rayer du catalogue des êtres, quand Krover, Goodsir et Spence Bate soutiennent au contraire qu'il faut Py conserver.
Pour nous, il n°v a aucun doute possible : les cumacés sont des crustacés adultes. On connait les femelles avec leurs œufs et leurs embryons et même le développement direct de ces derniers, par les observations de Kroyer et de Goodsir, que nous pouvons pleinement confirmer. Parmi toutes les formes embryonnaires de podophthalmes ou d’édriophthalmes que nous avons observées sur nos côtes, nous n’en avons pas vu une seule qui eût même la moindre ressemblance avec un Cuma quelconque.
Ces crustacés doivent done prendre rang dans le cadre careinologique ; mais quelle est leur place? Ils tiennent évidemment aux podophthalmes décapodes par leur ensemble et leur physionomie , aux stomapodes par leurs branchies, et aux édriophthalmes par les veux et quelques autres caractères. Mais que sont-ils en définitive ?
Donnons d’abord la description des espèces, après nous verrons mieux les liens de leurs aflinités.