‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 59 sur 103 · DESCRIPTION ANATOMIQUE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION ANATOMIQUE

Appareil digestif. — On ne voit de cet appareil, même dans l'animal frais et vivant, que la bouche et son bulbe; tout le reste échappe par sa transparence, et nous avons dù recourir à l'injection pour nous en faire une idée. Les parois de cet appareil, lorsqu'on étudie des Vers très-vivants, sont doués de mouvements assez prononcés quand on exerce une certaine pression qui ne comprime pas trop les tubes.

C’est tout au plus si l’on peut sans injection distinguer cet appareil à la partie antérieure et latérale du corps, à côté du bulbe buccal. En effet, dans cette région, on voit des cœcums ramifiés, dans lesquels le contenu se ment et passe par moments d’une branche dans une autre. 11s ont le même aspect que le vitellogene avec lequel on pourrait les confondre. Nous avons réussi d’abord à injecter les deux grands troncs sur des individus conservés, mais ce n’est qu'en injectant des Vers frais que nous avons pu nous représenter exactement cet appareil dans son ensemble.

La bouche est située à quelque distance du bord antérieur, sur la ligne médiane, à la hauteur de l’échancrure céphalique. On la reconnait par un pli en travers, et on peut aisément introduire dans son intérieur une forte tête d’épingle. A l’état frais, la levre inférieure forme une frange qui recouvre tout l’orifice; dans les individus conservés, au fond de la fente on distingue un tubercule qui adhère aux parois supérieures et qui peut oblitérer l'orifice. Le bulbe peut aussi faire une légère saillie sous forme de trompe.

Cette bouche s'ouvre immédiatement dans un bulbe assez volumineux que l’on peut aisément isoler : Diesing a pris ce bulbe dans une espèce voisine pour l'estomac; il a la forme d’un ballon ; les parois sont assez épaisses, et l'intérieur est tapissé en haut par une couronne de papilles : on peut voir celles de la voûte à travers l’orifice de la bouche. Nous avons compté quarante-cinq à cinquante de ces papilles. En examinant ce bulbe isolément, on distingue, en outre, des papilles plus grosses et moins régulierement disposées qui recouvrent la surface interne jusqu’à l'entrée de lœsophage. Nous n'avons pas vu de fibres dans la composition des parois de ce bulbe. Rathke à figuré la bouche un peu trop loin en arriere.

L'œsophage est tellement court, que l’on peut à peine dire qu'il existe. Deux tubes intestinaux naissent pour ainsi dire directement du bulbe, par un orifice commun, s’éloignent l’un de l’autre et puis se dirigent assez brusquement en arrière ; ils longent les deux côtés du corps, s’éloignent l’un de l'autre autour des testicules, et s'étendent enfin jusqu’au bord antérieur de la ventouse où ils se réunissent en formant un arc de cercle. Sur tout le trajet de ces deux tubes sont situés des cœcums ramifiés, nombreux, qui semblent remplir tout le corps ; ils s'étendent au milieu du vitellogene, tout près du bord. Ils sont tous situés à peu près à une égale distance les uns des autres, à commencer par la courbure antérieure des tubes. Il y a aussi quelques courts cœcums en dedans. Les deux tubes semblent avoir le même calibre dans toute leur longueur; nous avons injecté plusieurs individus quiont donné le même résultat. Dans un individu que nous avons injecté pendant

qu'il était en vieet sans pousser de manière à remplir tout l'appareil, nous © avons vu que cet appareil n'a pas les cœcums aussi gros et aussi serrés les uns contre les autres que nous l’avions cru d’abord ; ces cœcums sont réellement ramifiés comme un bois de cerf, ainsi qu’on l’observe, du reste, encore chez d’autres Trématodes.

Appareil excréteur. — S'il est facile de voir quelques parties de l'appareil excréteur, il est au contraire trés-difficile de le voir dans son ensemble; ce n'est, toutefois, qu’à cette condition qu’on s’en fait une idée nette.

Suppl. aux Comptes rendus, T. II. 4

Les grandes difficultés viennent du peu de transparence du corps du Ver et ensuite de ce que les canaux sont mélés avec les nombreuses branches du vitelloducte dont il n’est pas toujours facile de l'isoler.

Nous étions parvenu toutefois à découvrir d’abord, chez des Vers conservés dans la liqueur, deux gros troncs qui sont anastomosés en avant.

De chaque côté du corps il y à trois troncs principaux, dont deux se dirigent d’arriere en avant, et dont le principal, celui du milieu, suit une direction inverse.

Les deux troncs du milieu, et qui sont réunis en avant en dessous des vésicules séminales, sont généralement remplis d’une matière blanche; aussi se détachent-ils avec leurs diverses branches des autres orgaries. Les deux canaux externes sont, au contraire, remplis d’un liquide limpide, mcolore.

Le tronc principal s'étend dans presque toute la longueur du corps et montre, en avant, une disposition qui mérite toute l'attention; sur le côté du corps, un peu au devant eten dehors du germigène, on voit un espace irrégulier, de forme et de grandeur très-variables : c’est une dilatation de ce tronc. Cet espace est variqueux : tantôt il se remplit et les parois s’écartent, tantôt il disparait par l’effet de la contraction; nous avions cru un instant que c'était une partie du vitelloducte, mais nous nous sommes assuré sur le vivant que le vitelloducte traverse cet espace. C’est un grand réservoir de cet appareil. En avant, ce tronc continue par une branche tortueuse et difficile à voir qui se rend sur le côté du bulbe de la bouche et forme une anse avec le mince tronc du côté opposé. En arrière, le sinus s'ouvre dans un gros tronc qui présente une forte anastomose tout près de son origine et qui suit exactement la direction du tube digestif. A une petite distance du pédicule, qui porte la ventouse, se montre une seconde anastomose avec le tronc qui lui correspond du côté opposé, et il pénètre séparément dans le pédicule où nous n'avons plus pu le suivre.

Vers le milieu du corps, autour et'en arrière des testicules, on voit naître divers rameaux qui se jettent de chaque côté dans deux branches assez fortes et qui enveloppent les deux testicules; on voit souvent au devant de ces or- . ganes plusieurs branches réunies formant une sorte de plexus et qui se rendent en dedans du tronc précédent, auquel elles envoient une branche anastomotique; arrivées à la hauteur des vésicules séminales, ces deux branches vont à la rencontre l’une de l’autre, et elles forment une seconde anse non loin de la première ; à l'angle qu’elles forment, elles reçoivent encore diverses ramifications. Dans plusieurs individus, ces deux troncs et l’anse qui les réunit sont formés par un lacis de vaisseaux fins groupés ensemble.

Le troisième et dernier tronc nait sur le côté en arriere, reçoit un grand nombre de rameaux qui sont entremélés avec les rameaux du vitelloducte, s'étend dans toute la longueur du corps entre les lobules du vitellogène pour s’'aboucher en avant dans le tronc principal au devant du sinus.

Nous n'avons pu découvrir ni cils vibratiles ni globules dans le liquide, qui nous permissent de distinguer le courant. On Juge de ce dernier d’après les rameaux. Le tronc principal et surtout le sinus antérieur sont très-contractiles et peuvent complétement s’effacer.

Nous avons réussi à injecter tout l'appareil par les deux grandes lacunes qui occupent le côté du corps. En injectant d'avant en arrière, le liquide se rend directement jusqu’au pédicule de la ventouse; il passe là par une anastomose dans la branche analogue du côté opposé et va remplirla seconde lacune; diverses branches se remplissent ensuite par les troncs latéraux, particulièrement une branche située à la hauteur du germigène: par ce moyen le liquide passe aussi directement du côté opposé. Nous avons pu, même par les lacunes, injecter les branches qui prennent leur origine derrière les testicules et qui se distinguent généralement par leur couleur blanche ; mais nous n'avons pu réussir à injecter le long canal latéral qui s'étend dans la longueur du corps.

La différence de couleur de certains vaisseaux pourrait faire soupconner qu'ils appartiennent à un système particulier ; ainsi ceux du milieu qui enveloppent les testicules et se rendent aux vésicules séminales, présentent souvent une couleur blanche à la lumière directe et une couleur brune à la lumière ordinaire du microscope; ces vaisseaux ne différent pas dans les deux espèces. Nous avons vu un tronc, présentant la même couleur brune, partir, dans la seconde espèce, du côté de la bouche pour aller se jeter dans le grand tronc latéral. S'il y a quelques différences dans la couleur, on sait du reste, depuis longtemps, que le sang dans le même Ver peut présenter une couleur différente, selon le calibre des vaisseaux qui le renferment, et d'apres des circonstances que l’on n’a pu encore apprécier.

Outre les canaux dont nous venons de faire mention, il en existe encore qui sillonnent l'intérieur du corps dans tous les sens et qui présentent entre eux de nombreuses anastomoses; leurs parois sont d’une ténuité excessive et ils n'ont qu'un très-petit calibre. Ils sont pleins d’un liquide limpide dans lequel on ne peut distinguer de mouvement. Nous ne ne les avons observés qu’en employant un grossissement de 300 et 450 et sur le Ver entier. Ces derniers vaisseaux ne nous ont pas paru suivre Îa meme régularité que les autres. Ils forment un filet tout autour du corps.

Le foramen caudale s'ouvre sur le côté du corps, et la grande lacune latérale, que l’on distingue si facilement dans certains moments, correspond à la vésicule pulsatile.

On distingue l'orifice surtout du côté gauche, mais on examine quelquefois inutilement beaucoup d'individus avant de le découvrir.

Comme cet orifice ne s'ouvre pas sur le bord, on ne peut guère voir sortir le liquide; aussi est-ce un point d'observation très-difficile.

Appareil sexuel. — Cet appareil mérite une attention particulière sous tous les rapports ; il y a certaines dispositions qui semblent nous mettre sur la voie de quelque découverte importante sur la formation de l'œuf : en tout cas, on ne saurait se défendre d’un sentiment d’étonnement, à la vue de cette infinie variété de dispositions, de ces modifications profondes et étendues, qu'un seul et même appareil subit sans perdre les caractères du type. C’est ici surtout que l'on reconnait les puissantes affinités qui lient les Trématodes aux Cestoiïdes.

Appareil mâle. — Vers le milieu du corps, on voit deux organes parfaitement arrondis, d’un blanc mat, faisant souvent une légère saillie à la surface : ce sont les testicules. Ils sont situés à côté l’un de l’autre, exactement à la même hauteur. Au mois de janvier, et jusqu’en mars, nous les avons trouvés un peu plus volumineux qu’au mois de mai. Tous les auteurs, depuis Muller, ont reconnu ces organes sans qu'aucun d’eux ait appuyé sa détermination sur un examen anatomique. C’est par analogie, sans doute, que l’on a regardé les trois vésicules du milieu comme trois testicules. Nous verrons plus loin que la vésicule médiane est le germigène, qui n’a rien.de commun avec l'appareil mâle.

De chaque testicule naït en dedans et un peu en avant un canal excréteur; il est fort grêle et échappe facilement à l'observation, surtout quand il est vide. Ces deux canaux excréteurs se réunissent bientôt sur la ligne médiane et s'abouchent dans un canal unique d’un fort calibre ; on le distingue très-facilement à l'extérieur quand il est rempli de liqueur mâle : la présence des spermatozoïdes lui donne une couleur blanche qui le détache nettement des autres organes.

Ce canal déférent unique quitte presque des son origine la ligne médiane ; il se rend en avant en contournant la vésicule du germigène de gauche à droite, forme une anse en revenant sur ses pas, coupe deux fois à angle droit l'oviducte, passe de nouveau à gauche et forme plusieurs cireonvolutions avant de se rendre au pénis. Près de sa terminaison, il coupe une troisième fois l’oviducte. Ce canal est donc fort long pour l’espace qu'il a à

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