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milieu du corps ne permet pas de mettre son contenu en contact avec l'oxygènc. Il présente à la vérité quelque ressemblance avec l'arbre respiratoire des Holothuries ; mais la disposition anatomique s'oppose à l'introduction de liquide; les contractions de Ja vésicule terminale ne s'effectuent que de dedans en dehors pour expulser le contenu, et le caractère principal d’un arbre aquifère manque.
Cet appareil n'appartient pas non plus aux organes de reproduction, comme quelques-uns l'ont pensé; ces organes sont parfaitement connus dans leurs dispositions essentielles chez tous ces vers.
Nous sommes donc conduit par exclusion à regarder cet appareil comme sécrétoire; il remplit, en effet, toutes les conditions d’une glande : des canaux souvent anastomosés entre eux, auxquels aboutissent des ramifications qui se perdent dans les tissus ; une et quelquefois deux ouvertures à l'extérieur, voilà les caractères anatomiques. Et j'ai vu, comme la plupart des naturalistes qui ont étudié ces animaux, un liquide chargé de globules se répandre au dehors, et quelquefois tout l’intérieur des canaux sente d’une substance opaque colorée.
Je ferai remarquer aussi que la présence de ce singulier appareil concorde avec l'absence d’un anus. Je n’ai jamais vu des Trématodes évacuer des excréments par la cavité de la bouche, et il y a des matières qui doivent cependant être éliminées. Quand il existe un tube digestif complet, ces évacuations ne se font-elles pas avec les fèces ?
Comme différents appareils semblent se confondre chez les animaux inférieurs et que ces Helminthes se trouvent dans des conditions si exceptionnelles, je me demande si cet appareil ne remplirait pas les fonctions de reins, servant ainsi à l'évacuation du superflu de l’économie.
En résumé donc, il existe les mêmes canaux longitudinaux dans les Cestoïdes et les Trématodes;
Ils aboutissent chez les uns comme chez les autres à une vésicule généralement contractile ;
Îls naissent en avant de fines ramifications comme des glandes.
La nature de ces canaux nous paraît glandulaire, et leur contenu est le produit de la sécrétion.
Ce produit est évacué par le foramen caudale dans les Cestoïdes comme dans les Trématodes.
Il n'y a donc pas d'appareil circulatoire proprement dit, ni chez les Cestoïdes ni chez les Trématodes.
Il n'existe pas non plus d'appareil digestif dans les Cestoïdes; c’est le même appareil sécrétoire qui avait été pris pour digestif.
Organes de sécrétion cutanée. — Les Cestoïdes adultes montrent, sur toute la longueur du corps, à droite et à gauche près du bord, des organes qui ont été pris assez souvent pour des ovaires; ils sont opaques et offrent un aspect glandulaire; ils consistent dans de courts cœcums légèrement ramifiés, et sécrètent un mucus destiné à lubrifier la surface du corps.
Appareil seæuel. — Il n’y a que ceux qui se sont occupés de l'anatomie de ces animaux qui comprendront combien il a fallu de recherches pour arriver à la connaissance de cet appareil. Je citerai à l'appui de ceci les observations que M. Blanchard vient de publier sur les vers cestoïdes. Cet habile anatomiste a étudié plusieurs espèces de Ténias; il a poussé l'analyse anatomique aussi loin que possible; il a jeté un jour nouveau sur la singulière organisation de ces animaux ; mais s’étant borné aux Ténias, il a dû laisser plusieurs points dans le doute. J'ai eu les plus heureuses occasions d'étudier les Cestoïdes des poissons Plagiosiomes ; chaque espèce n'a révélé quelque particularité, celle-ci sur le testicule, celle-là sur l’ovaire, une autre sur le vagin, et c’est cet ensemble de faits qui n'a permis de faire un pas en avant dans cette étude si éminemment difficile.
Je ne récapitulerai pas tout ce qui a été écrit sur cet appareil; on trouve, à ce sujet, dans les auteurs, les assertions les plus contradictoires; je ferai connaître seulement ce que M. Von Siebold en dit dans son Manuel d'anatomie comparée, qui est un résumé substantiel de tout ce que l’on sait sur la nature de ces organes, Il avoue, dans les termes suivants, que l’appareil sexuel des Cestoïdes est loin d’être suffisamment connu : Die organisation
1 Voyez page 91 de ce Mémoire.
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der Geschlechiswerkzeuge ist jedoch bei den Bandwürmern noch nicht mit genügender Klarheit erkannt geworden 1.
M. Creplin a eu récemment l'occasion d'émettre son opinion sur cet appareil des Cestoïdes, dans les notes qu'il a ajoutées au mémoire de M. Steenstrup, sur l’Hermaphroditisme dans la nature. Voici comment il s'exprime : Was nun den Hermaphroditismus der Cestoïdeen betrifft, so werde ich von ilum nicht so umständlich sprechen künnen, da bei ihnen die Geschlechtswerkzeuge versteckter liegen und aus dieser Ursache, wie auch in folge ihrer ungemeinen Zartheit, nach ihrem ganzen Verlaufe noch nie gehürig ausgeforscht worden sind ?.
M. Blanchard a étudié depuis l'appareil sexuel des Ténias, et il a éclaïrci différents points que ses prédécesseurs avaient laissés dans l'obscurité. De tous les Cestoïdes, ce sont les Ténias qui possèdent cet appareil à l’état le plus simple.
M. Blanchard fait connaître le testicule du Tenia solium , mais sans faire connaître les caractères du pénis. 11 décrit aussi avec soin une partie de l'appareil femelle, mais on ne pourrait guère, d’après ses indications, se faire une idée nette de ces organes. Si je devais juger les Ténias d’après ce que les Bothriocéphales m'ont appris, je dirais que cet appareil femelle est encore mcomplétement connu. L'ovaire et le canal ovigère de cet auteur me paraissent plutôt être la matrice.
Le conduit grêle, qu'on pourrait considérer, d’après M. Blanchard, comme un oviduete en rapport direct avec le tube ovigère médian, est non un oviducte, mais un vagin. M. Blanchard pense qu'il aboutit dans le vestibule commun des organes génitaux! N’aboutirait-il pas à côté, comme dans tous les autres Cestoïdes? C’est avec raison que M. Blanchard se demande, sil doit servir à autre chose qu’à recevoir la liqueur séminale. Il n’a jamais trouvé d’œufs dans son intérieur; moi non plus, je n'ai jamais trouvé d'œufs, dans cet organe, d'aucune espèce de Cestoïde, et j'ai toujours vu les œufs se répandre, à la suite de la rupture de la peau, vers le milieu du corps.
1 Loc. cit., pag. 142.
? Steenstrup, Das Vorkonunen des Hermaphroditismus. Greisswald, 1846, pag. 410.
SUR LES VERS CESTOIDES. bb)
A l’intérieur, il n'existe, d’après M. Blanchard , aucune communication entre les organes mâles et les organes femelles. Il y a indépendance complète aussi bien chez les Cestoïdes que chez les Trématodes. Mes observations s'accordent entièrement avec celles de M. Blanchard à ce sujet.
Je ne suis plus de l'avis de ce naturaliste quand il prétend qu'il existe de si grandes différences entre l'appareil sexuel, mâle surtout, des Cestoïdes et des Trématodes, et que le seul rapport bien réel entre ces deux ordres paraît consister uniquement dans le rapprochement des sexes. Je pense, au contraire, que cet appareil, aussi bien mâle que femelle, est exactement formé sur le même plan dans ces deux ordres d'Helminthes.
En décrivant le genre Echinobothrium dans le Bulletin de l’Académie , en février 1848, je ne connaissais par les divers organes qui constituent l'appareil sexuel. J'avais reconnu le testicule, mais la manière dont il communique avec le pénis m'avait échappé. J'étais également dans l'erreur sur la détermination des organes femelles.
Puisque je considère les Cestoïdes des auteurs non comme des vers simples, mais bien comme des vers composés, je n’ai pas besoin de dire que l'appareil sexuel se reproduit dans chaque articulation; que tous ces vers sont hermaphrodites, que les derniers atteignent leur complet développement lorsque ceux du milieu, et surtout les premiers , ne renferment encore que des organes rudimentaires.
L'animal complet adulte est pour moi le cucumérin de quelques auteurs, le segment ou l'articulation qui s’est détaché spontanément.
Dans tous ces animaux, du moins dans tous les Cestoïdes que j'ai examinés, j'ai reconnu un appareil male et un appareil femelle complétement séparés lun de l’autre. Sur ce point, l'appareil sexuel diffère donc de celui que M. Von Siebold a décrit dans les Distomes.
Il existe entre les divers Cestoïdes d’assez notables différences, quoiqu’en dernière analyse, toutes les modifications se rapportent fort bien à un type commun. Ce type commun n’est qu’une légère modification de celui des Trématodes.
On a dit récemment que chez les Trématodes, il y a une complication
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dans les organes des deux sexes, mais surtout dans les organes mâles, qu’on ne retrouve nullement dans les Cestoïdes; je ne suis pas de cet avis; comme nous allons le voir, cet appareil n’est pas moins compliqué dans les uns que dans les autres.
Appareil mâle. — Cet appareil se compose d’un testicule, d’un canal déférent, d’un pénis et d’une poche qui loge ce dernier organe.
Festicule. — Le testicule est celui de tous les organes de lappareil sexuel qui s'éloigne le plus du même organe des Trématodes. Les anatomistes, en général, s’en sont fait une très-fausse idée. C’est M. Blanchard qui a fait connaître le mieux cet organe dans le Tenia solium.
Il est toujours situé au milieu du corps, ordinairement un peu au devant de l’ouverture de l’appareil sexuel. [l est d’un blanc mat à l'extérieur, à cause des spermatozoïdes qui sont contenus dans son intérieur. Sa forme est souvent arrondie, ou bien un peu allongée; il est composé d’un long cæcum , irrégulièrement contourné, qui n’a aucune ramification sur son trajet : c’est comme un testicule d’insecte, qui s’enroule de différentes manières selon les genres. Les circonvolutions sont quelquefois très-rapprochées, serrées les unes contre les autres, présentant un véritable aspect glandulaire; dans d’autres genres, le cœcum est enroulé en tire-bouchon, les circonvolutions se touchent à peine et on aperçoit à travers l'épaisseur de la peau un long cordon irrégulièrement enroulé. Je me suis assuré que cet organe est réellement terminé en cul-de-sac et qu'à son extrémité, il est un peu plus mince que vers le milieu.
Ce testicule a des parois propres que l’on peut isoler; c'est en un mot, un gros canal séminifère, mais non pourvu de cœæcums qui s'ouvrent les uns dans les autres, comme quelques anatomistes l’avaient supposé.
Spermatozoïdes. — Les spermatozoïdes consistent dans de très-longs filaments, serrés les us contre les autres et dans lesquels j'ai aperçu à peine quelque mouvement. Je ne les ai vus grouiller ni dans l'intérieur de l’or-
gane, ni après leur évacuation.
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SUR LES VERS CESTOIDES. by!
Canal déférent. — Le canal déférent n’est, à proprement parler, que la continuation du testicule. On ne peut guère établir entre eux une ligne de démarcation. Il aboutit au fond de la poche du penis et il présente les mêmes mouvements que ceux que l'on observe dans cet organe.
Penis. — Le penis, que l'on a appelé aussi cirrhe et lemnisque, est de tous les organes de cet appareil le plus variable. On peut dire qu'il varie nonseulement dans les genres, mais encore de l'une espèce à l’autre, comme dans les diverses classes du règne animal, à commencer par les mammifères.
Il prend naissance au fond de la poche, et à la rigueur, il n'est que la continuation du canal déférent, comme celui-ci est la continuation du testicule. Sa longueur est ce qu’il y a de plus variable. Chez quelques-uns, 1} n'excède guère la profondeur de la poche, par exemple dans le Bothriocephalus punctatus, tandis que, dans d’autres espèces, il dépasse la longueur du corps; mais il est toujours proportionné à l'étendue du vagin. Pendant le repos, cet organe est irrégulièrement replié dans sa poche. Quand on observe un de ces vers en vie, 1l est constamment en mouvement comme un ver qui serait enfermé dans une vésicule, et ce mouvement, comme je le fais remarquer plus haut, se communique même, en dehors de la poche, au canal déférent.
Le penis consiste dans des parois doubles envaginées comme un doigt de gant de nature musculaire, comme les trompes des Tétrarhynques. Il s’allonge, et par le déroulement et par la simple sortie de la poche.
La surface, qui est interne pendant le repos, est, dans plusieurs espèces, recouverte d'aspérités ou de soies, ou bien de prolongements roides qui lui donnent l'aspect d’une brosse quand cet organe est déroulé. Je mentionne ces particularités plus loin en faisant l'énumération des espèces.
Dans quelques espèces, on voit encore, quand le penis est entièrement sorti, un renflement assez gros à la base, par exemple dans l’Echencibohrèum minimum, pl. IT.
M. Blanchard est celui qui a le mieux fait connaître cet appareil dans
les Ténias. Mes observations s'accordent avec les siennes, mais le testicule Tome XXV. 8
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m'a paru offrir moins de circonvolutions, et Je n'ai observé ni dans ce Ténia , ni dans aucun autre Cestoïde, les capsules testiculaires qui terminent, d'après lui, cet organe. Ainsi que je viens de le dire, le testicule m’a toujours paru se terminer en un simple cul-de-sac sans ramifications et sans capsules.
Poche. — La poche du penis varie aussi d’une espèce à l’autre, et elle s'étend selon la longueur de l'organe qu’elle doit loger. C’est une poche semblable à la poche séreuse ou vaginale du testicule des animaux supérieurs. Ses parois sont minces et transparentes, et permettent de voir le contenu à travers leur épaisseur. Je n'ai pas observé de vésicule séminale dans cette poche, comme on en observe dans les Trématodes; je n’ai pu découvrir aucun renflement vésiculaire sur le trajet du penis.
Il existe de très-grands rapports entre cet appareil mâle et celui des Trématodes; inutile de signaler que partout les organes mâles et femelles s'ouvrent à côté l’un de l’autre, qu'il se trouve un penis et une poche pour le loger; mais entre le testicule lui-même, il y a une grande ressemblance dans quelques genres; ainsi la Douve du foie nous montre un testicule composé de canaux séminifères ramifiés et anastomosés, logés au milieu du corps, tandis que ce canal est simple dans les Cestoïdes, voilà la seule différence. Qu'il y ait un ou plusieurs canaux déférents, c’est le résultat de la division, et cela ne forme pas, du reste, une différence essentielle.
Appareil femelle. — L'appareil sexuel femelle des Cestoïdes est loin d’avoir été bien décrit, ni bien figuré. M. Blanchard a vu la matrice dans le Ténia , qu'il regarde comme l'ovaire et le canal ovigère; il ne fait rien connaître des rapports qui existent entre le vagin et les autres organes. C’est avec raison qu'il doute que ce vagin, si étroit, puisse livrer passage aux œufs.
Les organes génitaux de ces vers ont les parois excessivement minces, dit M. Von Siebold, et ils sont si intimement unies au parenchyme du
corps, ajoute-t-il, qu'il n’a pas encore été possible de déterminer complétement leur structure et leur disposition 1.
Cet appareil femelle se divise en un ovaire qui produit le germe, un vitellogène qui sécrète les globules vitellins, un conduit de ces deux glandes, une matrice, une vésicule séminale ou copulative, un vagin et une ouverture extérieure propre ou une vulve.
Ovaire. — C'est avec raison que M. Von Siebold soupçonnait dans quelques vers l'existence d’une double glande pour la production des œufs, l’une pour le germe, l’autre pour le vitellus ?.
L'ovaire proprement dit, ou le germigène des Cestoïdes, qui avait échappé jusqu'à présent aux recherches des anatomistes, est situé à la partie postérieure du corps, tout à fait au fond du sac 5.
Ji occupe ordinairement le tiers ou le quart de la largeur du corps; il est double et se répète exactement à droite et à gauche; en avant une commissure transverse unit les deux moitiés. À l’état de vacuité, c’est à peine si on le découvre à cause de la délicatesse de ses parois; son aspect n'est pas partout le même : chez les uns, c’est une poche présentant sur son pourtour quelques simples dépressions en cul-de-sac; chez d’autres, on voit tout l'organe divisé en lobes et affecter la forme glandulaire commune; chez d’autres encore, ce sont de longs cœcums unis les uns aux autres et s’'abouchant à peu près ensemble au même endroit, comme les canaux droits du rein qui s'ouvrent dans le bassinet. J’avais observé les germes dans cet organe et je les avais même dessinés avant d’avoir songé que c'était l'ovaire. Ce n’est que tout à la fin des recherches que cet appareil s’est débrouillé pour moi.
1 Loc. cit., pag. 145; trad. frane., p. 146.
? Dans les Nématoïdes, d’après mes observations, c'est un seul et même organe qui produit l'un et l'autre. Les germes sont sécrétés d'abord; ils sont poussés en avant et, arrivés à un certain point, les parois sécrètent les globules qui enveloppent les germes, comme le blane et la coque enveloppent le jaune dans les oiseaux.
5 Je dis partie postérieure et partie antérieure, d’après la situation du ver relativement au strobila. Sans cela, il ne serait pas possible de décider si cette partie est plutôt antérieure que l'autre.
60 RECHERCHES Vitellogène. — Sur le côté du corps et à peu près dans toute la lon-
gueur, se trouve un tube fort grêle, légèrement flexueux, que l'on ne saurait apercevoir quand il est complétement vide. Je ne l'ai aperçu qu’en remontant de l'endroit où il débouche dans le conduit commun. On voit dans son intérieur des globules vitellins agglomérés, qui se dirigent, par l'effet de la contraction péristaltique des parois, d'avant en arrière, jusqu'au point où ils vont rencontrer les vésicules germinatives. Cet organe est un simple tube à parois propres, quoique extraordinairement minces, et sur le trajet duquel je n’ai pu apercevoir des ramifications. Dans une espèce (Rhynch. tetrabot. Nob.), j'ai vu cet organe composé de différentes branches anastomosées comme un réseau capillaire (pl. XVIIL, fig. 8 et 9).
À l'intérieur, au bout de ce vitellogène, des cils vibratils viennent en aide au mouvement péristaltique.
Les deux canaux vitellogènes se réunissent sur la ligne médiane, un peu en arrière du fond de la matrice, et par un canal commun ou vitelloducte, le produit est versé dans le germiducte.
Le germe, en passant au-devant de ce canal, est enveloppé brusquement d’une certaine quantité de globules vitellins, et l'œuf continue son chemin dans un canal lésèrement flexueux qui s’abouche dans la matrice: cest l'oviducte véritable. Il livre passage aux œufs proprement dits et fournit, dans quelques espèces, leur membrane externe ou leur coque.
Matrice. — La matrice est presque le seul organe de cet appareil qui ait été observé. On ne peut le méconnaître puisqu'il se remplit entièrement d'œufs que l’on distingue à travers les parois de la peau et qui souvent se colorent au contact de la lumière.
C'est le Bothriocephalus punctatus qui se prête le mieux à l'étude de cet organe. Après cette étude, on le comprend aussi dans les autres Cestoïdes !.
On voit au bout d’un assez long oviducte un renflement vésiculaire qui ressemble, quant à sa forme, à la bourse du pourpre de l'appareil
1 La pl. XXI, fig. 4, représente le développement de la matrice et son extension après l’arrivée Ï PI successive des œufs.
sexuel des Gastéropodes pulmonés. Ce renflement vésiculaire s'étend, devient une vésicule parfaitement arrondie et finit par recevoir dans son intérieur quelques œufs. On peut facilement les compter. Ces œufs augmentent en nombre, la vésicule, qui est devenue la matrice, se développe de plus en plus, sa capacité augmente, et les œufs arrivant toujours, cet organe finit par envahir tout le corps en formant des prolongements cœcaux dans les régions où il n’y a que peu de résistance. A la fin, la peau est aussi fortement distendue que la matrice, elle se déchire et les œufs sont évacués par cette voie artificielle. Les œufs ne sortent pas par le vagin et leur ponte n’est pas possible par un autre moyen que celui que j'indique ici.
C’est une différence qu'ils présentent avec les Trématodes.
Cette disposition du Bothriocephalus punctatus est la même dans les divers Cestoïdes : la matrice apparaît partout de la même manière; il n°y a vraiment de différence que dans la forme qu’affectent les prolongements cœcaux et qui dépendent de la résistance que ces cœcums éprouvent dans l’intérieur. Les parois de la matrice, comme les conduits dont je parle plus haut, sont douées d’un mouvement péristaltique très-prononcé.
Dans le Calliobothrium verticillatum les œufs conservent, dans l’intérieur
même de la matrice, leur position en chapelet, comme s'ils étaient encore dans loviducte.
Vagin. — Le vagin consiste en un fort long canal, à parois très-distinctes, comme tous les organes de cet appareil. I prend naissance à côté du penis, pénètre jusqu’au milieu du corps, se plie souvent au milieu en formant un angle droit, et descend le long de la matrice jusqu’au milieu des ovaires. Le vagin et la matrice sont généralement juxtaposés. La longueur du vagin correspond à celle du penis; le Bothriocephalus punctatus, par exemple, a cet organe extrêmement court et un penis rudimentaire.
Ce conduit vaginal passe en avant, au milieu des anses du testicule, et J'ai douté assez longtemps s’il n’y avait pas dans cet endroit une communication entre ces deux organes; je l'ai même cru pendant quelque temps. Il n’en est rien.
Les parois du vagin sont dans un mouvement continuel; le mouve-
ment péristaltique est encore plus prononcé que dans les autres organes de cet appareil. Au commencement de ces recherches sur la structure des Cestoïdes, on confond souvent le vagin avec la matrice.
Vésicule copulative. — Tout au bout du vagin, à la hauteur de la commissure des ovaires, on aperçoit une vésicule à parois très-délicates, dans laquelle j'ai vu distinctement, dans quelques espèces, au moins, les spermatozoïdes. C’est la même vésicule que l’on trouve dans les Trématodes (vésicule inférieure, vesicula seminalis posterior, Von Siebold). Cette vésicule n’a d'autre communication qu'avec le vagin. Je n’ai rien pu découvrir d’analogue à ce qui a été reconnu dans le Distoma glopiporum, c'est-à-dire une communication avec un des testicules. Du reste, le testicule est ici bien loin de cet organe.
C'est à la hauteur de cette vésicule copulative que le vagin et le premier germiducte s’'abouchent dans un canal commun.
Comme je trouve une très-grande analogie entre ces vers et les Tré-
satodes, il est tout naturel que je compare les appareils dans ces deux
groupes. M. Blanchard a observé dans la Douve une vésicule située au bout du vagin et qu'il appelle vésicule oviductale. Tous les œufs qui l'ont franchie, dit ce savant, sont à un degré de développement très-avancé ; tous les autres, au contraire, le sont fort peu. Meblis, ajoute M. Blanchard, en concluait qu’en arrivant à ce point, les œufs recevaient une imprégnalion qui déterminait un progrès rapide dans leur développement. Le phénomène de la formation des œufs dont je parle plus loin, explique fort bien cette particularité observée par Meblis et M. Blanchard. La vésicule copulative, le germigène et le vitellogène s’abouchent probablement ensemble dans cet endroit où les œufs changent subitement d'aspect et de volume.
Il reste à exposer maintenant comment j'ai vu fonctionner cet appareil.
Dans des individus, je ne dirai pas très-frais mais très-vivants, s’il est permis de s'exprimer ainsi, on aperçoit quelquefois le germigène et le vitellogène s'abouchant dans un même canal et versant chacun leur produit dans son intérieur. Si l’on tombe alors sur un animal chez qui cette
fonction est en pleine activité, et que la compression exercée soit assez forte pour rendre ces organes transparents, sans arrêter leur action, on voit alors le germigène apporter les germes, un à la fois et à des intervalles réglés, devant l'embouchure du vitellogène et celui-ci, aussitôt que ce germe apparaît, se contracte, expulse une certaine quantité de globules vitellins qui se précipitent avec force sur le germe, l’enveloppent, et l'œuf, ainsi formé, s’avance lentement dans loviducte pour se rendre ensuite dans la matrice. Plusieurs germes sont réunis dans le germigène, mais il n’y en a qu'un seul pour qui le passage s'ouvre; cela reproduit exactement l'image d’une foule qui se presse pour entrer dans un lieu. D'un côté, il y a une grille qui ne laisse le passage libre qu’à une personne à la fois, tandis qu’à côté d’elle, on laisse entrer la foule par une autre grille que l'on ouvre de temps en temps; les deux issues fournissant ainsi le passage simultanément, celui qui est entré seul d’un côté sera à l'instant même entouré de la foule qui se précipitera autour de lui. Ce phénomène n’est pas une illusion, il se passe bien réellement comme je viens de le dire, et, à différentes reprises, j'ai eu l’occasion de l’observer. Toutefois, ce n’est que dans le dernier mois de ces recherches que j'ai reconnu ce phénomène. Si ceux qui s’occuperont de ce sujet après moi, n'observent pas ce phénomène au bout de quelques jours de recherches, qu'ils ne m'accusent pas d’avoir été induit en erreur; ce n’est qu'après plusieurs mois d'étude que je suis parvenu à le découvrir. C’est sur le Echeneibothrium variabile adulte et libre-que je l'ai vu pour la première fois.
Ainsi le germe sécrété par l'ovaire passe devant l'embouchure de la vésicule séminale ou copulative, reçoit le contact des spermatozoïdes, passe ensuite au devant de l'embouchure du vitellogène, est entouré du vitellus, puis d’une coque et pénètre dans la matrice; les œufs ainsi formés séjournent dans cet organe de dépôt jusqu’à ce que leur quantité fasse crever les parois, et ce n’est qu'après cet accident, pour ainsi dire normal, que la ponte a lieu.
Nous venons de voir comment l’œuf est fécondé et comment il se forme; il reste à savoir maintenant comment les spermatozoïdes sont introduits dans la vésicule copulative. Est-ce directement à l'intérieur,
comme semblerait le faire supposer une disposition anatomique que l’on croit avoir observée dans quelques Trématodes; est-ce par un accouplement véritable et réciproque comme dans les Limaçons, est-ce l’un segment qui féconderait l’autre pendant la réunion, ou bien enfin, est-ce par fécondation solitaire? J'ai vu des milliers d'individus libres ou réunis dans des poissons encore en vie, et jamais je n’ai remarqué deux individus s'approcher lun de l’autre pour se rechercher. Pendant fort longtemps, Jai été dans une incertitude complète, mais à la fin la copulation s'est effectuée sous mes yeux : elle est solitaire.
Un jour j'étudiais le Phyllobothrium lactuca; j'avais un individu adulte sous les yeux et je le voyais se féconder lui-même; son penis se déroule et pénètre directement par la vulve dans le vagin; il s’y introduit très-profondément. Des mouvements péristaltiques se manifestent; ils agitent fortement le vagin, et des spermatozoïdes se répandent dans son intérieur. Ils pénètrent ensuite par l’action péristaltique des parois dans la vésicule copulative. Le penis se retire quelque temps après, rentre dans sa poche, et les organes reprennent leur position primitive. Le penis était déjà engagé dans le vagin quand le ver n’est tombé sous les yeux. J'ignore donc la durée de cet acte.
Depuis, J'ai vu ce phénomène se reproduire dans d’autres espèces.
M. Blanchard a supposé, en parlant des Douves, que l’accouplement de ces vers pourrait bien avoir lieu de la sorte. Comme je n'ai pu saisir l’accouplement des Douves et suivre la fécondation chez ces vers, dit ce savant, je craindrais de hasarder une supposition; mais il ne serait pas surprenant que le penis, toujours assez long et recourbé, pût pénétrer et verser la liqueur séminale dans loviducte. Dans ce cas, le rapprochement de deux individus ne serait pas nécessaire. La supposition faite par M. Blanchard au sujet des Douves s’est donc réalisée sous mes yeux chez les Cestoïdes.