‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 7 sur 103 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

DÉVELOPPEMENT

On a poussé très-loin, dans ces derniers temps, l'anatomie des vers. Il semble difficile de pénétrer plus profondément dans les replis de l’organisme. Le tour des travaux embryogéniques est arrivé; le scalpel ne peut pas tout faire connaître, et il laisse à l’étude de l’évolution embryonnaire la solution de toutes les grandes questions d’affinité zoologique. Depuis peu la science a pris cette nouvelle direction, et on aperçoit déjà les heureux résultats qu’elle doit produire.

Dans les Cestoides comme dans les Trématodes, l'embryon qui provient de l'œuf est sans sexe, mais il produit des gemmes d’où naissent des individus sexués hermaphrodites. Cette première génération agame est désignée ici sous le nom de Scolex; elle est ovigène quant à son origine; la seconde génération, quand le scolex est pourvu de ses bourgeons, est nommée strobila , et les segments ou proglottis constituent le ver adulte ou complet.

Je n’ai pu observer, comme on le pense bien, le même ver ou la même espèce dans tout le cycle de son développement; le même animal ne se prête pas également bien à l'étude des différentes phases. Ces observations portent sur des espèces distinctes, comme, du reste, j'ai été obligé de le faire pour l'appareil générateur, et je choisirai parmi ces vers ceux dont le développement est le plus compliqué, c’est-à-dire les Tétrarhynques ou les Rhynchobothrius. Le phénomène de la filiation de ces vers doit être placé à juste ütre parmi les merveilles dela nature. Ce développement connu, il nous sera facile d'y rattacher tous les phénomènes embryogéniques des autres vers.

On connait d’une manière générale le mode de développement des Cestoïdes, dit M. Blanchard, et il ajoute quelques mots sur le développement des Ténias. Ce Cestoïde sort de l’œuf avec la tête armée de crochets, dit-il, et il ne subit d’autres changements que ceux provenant de l'appa-

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rition de nouveaux anneaux ou segments qui viennent successivement se former à l'extrémité postérieure. Je puis en tout point confirmer cette assertion, mais il s’en faut de beaucoup que ce développement si simple des Ténias soit le même dans tous les Cestoïdes. Nous allons voir que les Tétrarhynques montrent, au contraire, des différences très-grandes et des phénomènes très-variés dans le cours de leur évolution, sans cesser toutefois de se rapporter au même type.

En mettant sur le porte-objet du microscope un Cestoïde adulte, c’està-dire un segment ou anneau qui s’est détaché spontanément, on voit des œufs en masse s'échapper de l’intérieur, et les parois, après cette opération, s’affaissent complétement sur elles-mêmes. C’est une ponte artificielle produite par la pression de l'air ou bien par l’action de l'eau qui, par son imprégnation, distend les parois outre mesure et fait crever la peau et les enveloppes.

Tous les œufs d’un individu adulte sont à peu près au même degré de développement ; il faut donc étudier divers segments pour trouver les divers âges.

Il n’y à pas d'œufs dans tout le règne animal qui se prêtent aussi bien à l'étude du fractionnement et au développement des cellules, que ceux dont il est question ici.

Les œufs sont fécondés dans l’intérieur et avant la ponte, puisqu'ils sont en voie de développement à leur sortie.

Le nombre d'œufs produits par chaque individu est considérable; ce n’est ni par cent ni par mille, mais par plusieurs centaines de mille qu'il faut compter.

Que l’on juge d’après cela du nombre prodigieux de germes qu'un seul Tétrarhynque peut produire, si on le prend pour un seul animal ou si on les regarde comme monozoïques; et en tout cas, tous ces bourgeons ou cucumérins naissent d’un seul ver provenant d’un œuf.

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