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Les grandes Ligules sont souvent aussi longtfes que le corps du Poisson ; elles sont blanches ou un peu jaunâtres, et d’une consistance qui rappelle le parchemin ramolli et gonflé dans l’eau.
L'une des extrémités du corps est un peu plus effilée que l’autre, c’est probablement la tête; mais comme il n'y a ni ventouses, ni crochets, cette détermination est difficile.
A l'œil nu, ou mieux encore au grossissement d’une loupe faible, on distingue au milieu du corps une ligne noirâtre et des stries transverses qui en partent; on dirait les premiers rudiments de l’appareil sexuel. Ces organes ne surgissent pas toutefois dans la partie postérieure du corps, comme dans les Cestoiïdes ; on les voit plutôt vers le milieu du Ver.
En dehors de la ligne médiane, à une égale distance du bord libre, on aperçoit une ligne noiràtre qui parcourt le corps dans toute sa largeur et que l’on a pris, je crois, pour un tube digestif; le long de la ligne médiane, on découvre un autre cordon transparent et ondulé, creusé comme un vaisseau et auquel aboutissent de nombreuses ramifications, et enfin, dans toute l'étendue de la peau, on finit par découvrir un lacis qui ressemble à un réseau vasculaire; tous ces vaisseaux sont en communication les uns avec les autres, et au lieu de les regarder comme un canal digestif et un réseau vasculaire, ces organes représentent l'appareil urinaire qu’on trouve dans tous les Cestoïdes et Trématodes.
Si les deux canaux latéraux sont moins transparents que les autres, c’est qu'ils se remplissent du produit de la sécrétion qu’ils conduisent à la vésicule pulsatile postérieure que nous n'avons toutefois pu découvrir qu'à la fin de ces recherches.
Le long du Ver, on distingue des stries longitudinales formées par les fibres musculaires qui tapissent le derme et qui déterminent les divers mouvements de ce parasite.
Passons maintenant de la Ligule des cyprins à la Ligule des harles.
Nous avons étudié plusieurs Ligules, provenant du grand harle (Merqus merganser). Elles avaient le même aspect, la même couleur et la consistance que nous avions déjà remarquée dans la Ligule des Poissons. On aurait pu croire que le harle venait d’avaler les cyprins avec des Ligules, et qu'ils avaient simplement continué à vivre dans l'intestin de cet Oiseau.
Sur six harles, quatre contenaient des cyprins encore très-reconnaissables dans leur tube digestif, et dont la tète seule était en partie digérée dans le gésier.
Nous avons ignoré longtemps quelle est la partie du corps des Ligules qui
(141) correspond à la tête; c’est qu'il n'y a, comme nous l'avons dit plus haut, ni lobes, ni ventouses, ni aucun organe d'adhésion qui trahisse le côté céphalique ; c’est à tort que des auteurs lui accordent des bothridies quelconques.
Le Ver est complétement libre dans l'intestin ; il obstrue presque tout le passage. Le harle qui en logeait deux, avait une Ligule placée un peu audessous de l’autre. La tète n’est indiquée que par une mobilité plus grande et par un sillon médian produisant l'effet d’une double levre.
En comprimant le corps vers le milieu, nous avons fini, contre notre attente, par mettre en évidence une matrice qui était pleine d'œufs; cela se voyait au grossissement de 80. En détachant le morceau comprimé et en découpant ensuite la région médiane qui loge les organes sexuels, pour mieux les étudier, nous avons pu employer le grossissement de 300 et même de 480, ce qui nous a fait reconnaître un orifice sexuel, à droite et à gauche de la ligne médiane.
A cet orifice correspond un conduit flexueux, qui ne peut être que le testicule ou le réservoir spermatique ; vers le milieu est logé une glande noirâtre, peut-être le vitellogène, et au milieu on voit les œufs complétement développés, logés dans un étui entortillé, remplissant la cavité de la matrice.
En exerçant convenablement une pression sur la partie postérieure du corps, nous avons fini par découvrir la vésicule pulsatile, et deux canaux qui y aboutissent, ce qui nous permet de distinguer la partie antérieure ou céphalique de la partie postérieure ou caudale.
Chaque œuf a une forme régulièrement ovale, avec une coque à l’extérieur et une autre membrane qui la tapisse. Le tissu qui constitue l'embryon est granuleux, et on ne voit rien qui ressemble à des crochets.
C’est ici le lieu de consigner le résultat de deux expériences, qui, toutes négatives qu'elles sont, ont leur importance. Nous avons fait avaler des Ligules, provenant de cyprins, à des canards domestiques, et quelques jours après on ne trouvait plus rien dans leur intestin. Etaient-ils digérés et déjà évacués? C’est ce qui ne nous paraît pas douteux. Les grandes Ligules ont eu le même sort que les petites. ,
Ce résultat correspond à celui de Bloch; cependant nous sommes loin de le regarder comme très-important, surtout que, dans les deux expériences que nous avons faites, les Ligules, tout en donnant encore quelques signes de vie, provenaient de cyprins, qui étaient hors de l’ean depuis la veille ou l’avant-veille.
Réflexions. — Les Ligules vivent donc dans la cavité du péritoine des
Poissons et jamais dans l'intestin, si ce n’est chez les Oiseaux. Ces Vers atteignent déjà toute leur dimension dans les cyprins et ne changent pas extérieurement dans les nouveaux hôtes à sang chaud. Leurs organes sexuels existent-ils seulement dans le dernier cas? Creplin l’affirme. Quant à nous, nous en doutons; nous n’avons pas étudié des Ligules de Poissons dans ce but, et on les trouve trop rarement pour avoir pu décider cette question.
En tous cas, les Ligules n’ont pas le corps simple comme les Caryophylles, mais segmenté, comme les autres Cestoides.
Deviennent-elles seulement complètes et sexuelles dans les Oiseaux? Nous n'oserions l’affirmer ; au contraire, nous ne serions pas étonné si on démontrait que les Ligules des harles, au lieu de se compléter dans les Oiseaux aquatiques, y séjournent seulement et qu'elles sont évacuées ensuite comme elles ont été introduites, avec le résidu des aliments.
Il n’y à pas un autre exemple de Cestoïde ayant la taille et les caracteres extérieurs du Ver adulte avant de pénétrer dans le patron définitif.
TÉNIADÉS.
Dans le genre Ténia, les helminthologistes réunissent encore des Vers bien différents les uns des autres ; toutefois on commence à entrevoir quelques coupes naturelles, basées sur la conformation du Scolex et du Proglottis simultanément.
C’est principalement le Proglottis qui fournit les caracteres distinctifs dans les Trématodes, tandis que dans les Cestoïdes, c’est le Scolex ; dans la vie de l’espèce, c’est le Proglottis qui joue le rôle principal chez les premiers; ici, c'est le Scolex. La vie de ce dernier surpasse mème la durée de la vie de sa progéniture.
Parmi les organes qui doivent d’abord entrer en ligne de compte, on doit comprendre les crochets. Tous les Ténias inermes ont-ils d’abord possédé ces organes, et ceux-ci sont-ils tombés par l’âge ou par accident? Il est évident que plusieurs Ténias perdent facilement ces organes : nous n’en citerons pour preuve que le Tenia paradoxa, si commun dans l'intestin de la bécassine ; mais tous sont-ils dans le même cas? Nous en doutons, ou plutôt nous sommes persuadé du contraire. A-t-on jamais vu des crochets sur les Ténias de Poissons? Je ne le crois pas. On a vu les six crochets de l’embryon dans l'œuf de plusieurs espèces provenant de Poissons, mais on sait que ces six crochets n'ont rien de commun avec la couronne des Scolex.
Ce sont bien certainement d’autres organes. Et la plupart des Ténias, vivant aux dépens des Mammifères herbivores (Tenia pectinata du lapin, Temia perfoliata du cheval, etc., ete.), sont dans le même cas que ceux des Poissons. Ils ont la tête nue. Les Ténias des Carnassiers seuls portent une couronne et constituent un groupe à part! Ils doivent s’introduire dans l’économie d’une autre manière que les vrais Téniens, et ils différent par leur développement comme par leur organisation.
Après les crochets, c'est la trompe ou le rostellum qui manque le plus souvent.
En partant de ce principe, Diesing divise les Ténias en Arhynchoténias et Rhynchoténias, et dans l’une et l’autre section il a établi une subdivision, d’après la présence ou l'absence de crochets; ainsi :
Mammifères.
Oiseaux.
bouche inerme; Wa Reptiles.
Poissons.
Arhynchotenia. |
Mammifères.
| non inerme ; des ù Oiseaux.