I. — OEUFS
Les œufs des Cestoides sont extraordinairement variables , surtout dans
les phénomènes que présente le vitellus et dans le nombre d’enveloppes qui le protégent; sous ce dernier rapport, je ne puis que renvoyer aux détails intéressants que donne M. Von Siebold, dans la Physiologie de Burdach ; je n’ai vu qu’une seule espèce ayant des œufs à enveloppe externe transparente et terminée aux deux bouts par de longs filaments ; c’est le Calliobothrium d'Eschricht. Dans tous les autres Cestoïdes, les œufs sont très-simples; ils ne présentent, en effet, qu'une seule enveloppe membraneuse externe de forme ovale ou sphéroïde, différant légèrement de volume et contenant un vitellus composé de globules.
Une particularité que présentent les œufs d’un grand nombre de Cestoïdes, c’est que, exposés seulement pendant quelques minutes à la lumière, ils deviennent noirs et quelquefois verts. On voit des proglottis changer de couleur, au bout de quelques instants, dans le vase où on les place ou sur le porte-objet même du microscope. C’est le vitellus et l'enveloppe de l'œuf qui se colorent.
L'œuf que nous considérons comme le plus simple, consiste dans une première vésicule entourée d’une seconde et qui sont désignées toutes les deux sous le nom de germinatives.
Il m'a été impossible jusqu’à présent, dit M. Von Siebold dans la Physiologie de Burdach, d’apercevoir jamais une vésicule de Purkinje. J'ai été plus heureux que ce savant.
Les œufs les plus simples étaient contenus encore dans l’intérieur du corps. Ils se trouvaient, au nombre de six ou huit, vers le milieu de l'organe que j'ai reconnu être le germigène.
Ensuite, j'en ai vu dans lesquels on ne distinguait plus aucune trace de vésicules. A l'extérieur, on voyait une membrane (la vitelline?) et en dedans des globules très-petits remplissant tout lintérieur (le vitellus).
L'œuf grandit ensuite et on voit dans son intérieur une vésicule transparente avec un noyau opaque; c’est une cellule véritable contenant des granulations (le jaune) (fig. 1 et 2).
Autour ou à la surface de cette vésicule transparente apparaît
un autre noyau (nucléole) qui bientôt s’entoure aussi d’une hi membrane, et, dans ce cas, on voit deux noyaux transparents @ dans l'œuf (fig. 5 et 4). Un troisième apparaît ensuite et puis 4. un quatrième jusqu'à un septième, toujours en dehors de la vé- a
sicule transparente (noyau), mais en dedans de la cellule
(fig. 5-7). Ces noyaux se distendent, l'œuf prend un accrois- D 2 L4 L4 = A x), sement considérable, et une nouvelle génération apparaît. Au (C7 lieu de se montrer à l'extérieur, les nouveaux noyaux de la 6. seconde génération apparaissent à l’intérieur (fig. 8), et l’on 100
aperçoit bientôt dans chacune de ces vésicules, au lieu d’une, deux autres vésicules (/ig. 9). Nous avons done, dans la suppo-
sition qu'il se soit formé cinq noyaux d’après le premier mode { de génération, un œuf composé de cinq cellules chacune ayant \e7 son noyau. Ces noyaux sont devenus cellules, et dans leur inté- 8. rieur recommence lemême phénomène quedansla cellule mère. { (S)S\ Il s’est ainsi formé une seconde génération de cellules au- NOR trement que la première, et bientôt, au lieu de deux noyaux, A
il y en a trois, et ainsi de suite (fig. 10). Il est inutile de faire observer que les parois des pre-
mières cellules sont dissoutes, ou du moins disparaissent quand la génération suivante a pris son accroissement (fig. 1 1). C’est toujours le même phénomène qui se reproduit jusqu’à ce que le vitellus ait pris un aspect granuleux.
Si, comme je n’en doute pas, un vitellus peut ainsi se diviser et donner naissance par scission à plusieurs indivi- 11. dus, on a l’explication de la formation des Échinocoques. I ne faut qu'un seul œuf pour donner naissance à cette infinité
de jeunes Scolex qui grouillent dans leur vésicule commune. C’est pour cette raison que l’on découvre les fibres musculaires dans la vésicule caudale des Cysticerques, et qu'il n’en existe plus de traces dans la vésicule qui enveloppe les Échinocoques. Les parois de cette dernière ne sont pas une modification de la peau, mais une membrane sécrétée vitelline ou coque.
Un des points les plus importants dans cette évolution des cellules, c'est le mode d'apparition du nucléole; est-ce par division du premier que le second se forme, ou bien le second se forme-t-il d’après le même procédé que le premier? C’est cette dernière explication que Jadmets. Le premier nucléole s’est formé par l'agglomération de quelques globules vitellins ; le second se forme de la même manière et dans le même milieu, et bientôt aussi il est entouré d’une couche membraneuse.
Je n’admets pas la division du nucléole, puisqu'on voit un second nucléole apparaître à la surface et en dehors du noyau : c’est un fait d’observation. Il ne peut être produit par le premier, qui est logé loin de lui en dedans.
Une autre considération à faire valoir, c’est que si le premier nucléole se divisait en deux, les nucléoles suivants devraient en faire autant, et nous ne pourrions avoir que les nombres de 2, 4, 8, 16, etc. Or, nous voyons très-distinctement les nombres 5, 5, 6 et 7, et de plus, nous voyons le second noyau se développer à côté du premier, le troisième à côté du second , et ainsi de suite.
Pour la seconde génération, nous avons exactement le même phénomène : on voit se former un second noyau à côté du premier, et un troisième à côté du second, ce qui ne pourrait non plus avoir lieu dans l’hypothèse opposée.
Dans l'exemple actuel, c’est évidemment le nucléole qui détermine autour de lui l'accumulation de la matière organique, et le noyau avec le nucléole ne sont aucunement le produit de la condensation de la substance vitelline. Mais nous devons nous demander si cette formation des cellules est bien le même phénomène que le fractionnement du vitellus? Dans l'état actuel de nos connaissances, il semble qu'il en soit ainsi, mais cela ne nous parait pas encore bien démontré.
Ici s'arrêtent mes observations sur les œufs et leur contenu. Je reconnais qu'il y a une lacune; toutefois, si je considère que MM. Von Siebold, Du Jardin et Kôlliker ont vu des embryons de Ténia pourvus de leurs six crochets dans l’intérieur de l'œuf, je suis persuadé, pour ne
pas nous servir d’une expression plus forte, que nous possédons ici tout le cycle du développement. Nous avons, en eflet, quelques embryons tellement petits et si simples dans leur conformation que, sans aucun doute, c'est leur premier âge, après la sortie de l'œuf. Les observations précédentes ont été faites sur le Phyllobothrium variabile; celles qui vont suivre sont faites sur d’autres espèces.