‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 73 sur 103 · APPAREIL SEXUEL · texte numérisé non relu

APPAREIL SEXUEL

Tous les Trématodes sont-ils hermaphrodites? — On trouvera peut-être cette question superflue ; il est toutefois à remarquer que certains Vers de ce groupe sont généralement logés par couple dans une cavité, et qu'un seul individu de ce couple est seulement chargé d'œufs; et, comme pour rendre le phénomène plus frappant encore, cet individu porte un appareil femelle si extraordinairement développé, que le corps du Ver en devient monstrueux ; il perd toute ressemblance avec son associé. C'est le cas du Distoma filicolle que l'on a regardé quelquefois comme nn Monostome.

Un autre exemple de Vers réunis par couple nous est offert par le Ho-

( 188 ) * nostomum bijuqum, observé par Miescher. (N'est-ce pas aussi un Distome comme le précédent?) Mais les deux individus sont semblables entre eux et. tous les deux portent des œufs. On les trouve souvent dans un accouple-, ment réciproque. Il n’y a pas de doute sur leur nature hermaphrodite.

Un autre exemple encore, voisin du précédent, nous a été révélé, dans ces derniers temps, par M. Bilharz, sur un Distome, vivant aux dépens de. l'homme, Distoma hæmalobium. Un individu, agissant comme mäle, loge un autre individu chargé d'œufs, dans une gaine propre sous la face ventrale, et les deux vivent ainsi comme un seul animal portant deux extrémités céphaliques et deux extrémités caudales. C’est une conjugaison, semblable à celle que nous trouvons dans le Syngamus trachealis, et nous ne doutons pas que tous les Trématodes ne soient hermaphrodites.

Appareil mâle. — C'est Bojanus qui découvrit déjà en 1821, sur le Distome lanceolé, les deux grosses glandes, dont Mehlis et Laurer observèrent bientôt le canal excréteur, qui se rend au pénis. Cette observation a été confirmée depuis par plusieurs helminthologistes sur d’autres espèces de Distomes. Plus tard, V. Siebold a montré l'existence de spermatozoïdes; aux yeux de quelques naturalistes, toutefois, le lieu d’origine de ces spermatozoïdes n'est pas suffisamment démontré, et, selon eux, la nature des glandes considérées comme testicules est encore douteuse. Il est utile qu'une critique sévère purge de temps en temps la science de quelques assertions qui ne sont pas suffisamment démontrées, mais il ne faut pas que cette critique aille trop loin.

Quant à l'appareil sexuel femelle, la présence des œufs et leur mode de formation, que l’on peut facilement poursuivre, ne laissent pas la moindre incertitude sur leur nature, pas plus que la présence des spermatozoïdes en voie de développement ne laïsse du doute sur la nature des testicules.

Dans ces dernières années, des travaux importants ont été publiés sur l'anatomie de plusieurs Trématodes et on est généralement d’accord sur la

détermination de leurs appareils.

Toutefois il reste un point à décider : Y a-til entre un des testicules et la vésicule séminale de l'appareil femelle une communication directe? En d'autres termes, la fécondation s’opere-t-elle directement à l'intérieur du corps sans concours volontaire ? Nous avons inutilement cherché l'existence M ; de la peine à croire que là où existe un pénis pour évacuer la liqueur mâle, M il se trouverait en même temps un mode de reproduction qui rendrait ce : organe superflu. Comment se rendre compte de la présence de deux indi- ;

de ce canal de communication das les Trématodes, et nous avons, du reste,

- vidus distincts par l'appareil sexuel, dans le Distoma filicolle, s'ils se fécon- … daient ainsi ? N’est-il pas plus simple d'admettre que les Distomes se fécond dent eux-mêmes volontairement, comme les Cestoïdes, absolument comme on voit ces Vers appliquer leurs ventouses sur léur propre corps comme sur …. le corps des autres.

Cet appareil montre une assez grande simplicité dans sa conformation, et 4 cependant les modifications, dans divers genres, ne sont pas sans une cer- » taine importance.

Testicule. — En général le testicule est double et se compose de deux glandes, de forme arrondie, d’un blanc laiteux visible souvent à travers l'épaisseur de la peau. Ces glandes sont généralement situées immédiatement derrière le germigène, à la même hauteur (Épibdelle), ou bien encore, comme dans beaucoup de Distomiens, toutes les deux sur la même ligne. Daus le Distoma rufoviride, elles sont placées au devant du germigène immédiatement derrière la ventouse ventrale.

Dans les Monostomes, les testicules sont logés dans la partie postérieure du corps. Ils sont lobés dans le Yonostomum verrucosum, et occupent la partie postérieure et latérale du vitellogene, avec lequel on pourrait le confondre si le contenu de ces deux organes n'avait une couleur toute différente. Souvent on a pris le germigène pour un troisième testicule à cause de sa situation et de sa forme; par exemple, dans le Distoma tereticolle.

M. V. Siebold à vu de trois à quatre vésicules chez les Distomum appendiculatum et cygnoides.

Dans l’Udonella caligi nous n'avons vu qu'un seul testicule situé sur la ligne médiane derrière le germigène; il est volumineux, mais conserve sa forme régulière; lOctobothrium lanceolatum et le Calceostoma elegans ont aussi un testicule unique, tres-volumineux, présentant l’aspect d’une longue poche, et occupant tout l’espace entre les deux branches du canal digestif.

Le testicule est formé, dans la Fasciole hépatique, de longs cordons blancs entortillés, tous terminés en cœcums ou anastomosés entre eux, représentant, jusqu’à un certain point, la structure du testicule des animaux supérieurs. Tous ces cœcums aboutissent à deux cordons, à peine plus gros qu'eux, qui conduisent le produit au pénis.

Le testicule le plus remarquable est celui du Tristoma coccineum, d'apres M. Blanchard. Il est formé d’un grand nombre de capsules spermatiques qui établissent la transition entre cet organe chez les Trématodes et chez les Cestoides.

( 190 ) Nous n’avons jamais vu le troisième canal Aéférent, dont il a tion plus haut, s'ouvrir dans la vésicule séminale interne.

toutefois qu’un ail canal déférent. Dans l'Epibdella il part un chaque testicule, mais tout près de son origine il s’unit à celui du posé et il n'existe plus qu'un seul canal nat diverses circonvolutions avant de se rendre à la poche du pénis. :NR::

On ne voit pas de spermatozoïdes se mouvoir dans les testicules; c'est ce qui avait fait douter M. Steenstrup de leur signification. On voit toutefois parfaitement bien les spermatozoïdes frétiller dans le canal déférent et distendre les parois de celui-ci par leur abondance, en donnant à cet organe un aspect d'un blanc laiteux comme dans les Cestoides.

Poche. — Au bout des canaux déférents est située la poche qui loge le pénis et qui renferme en même temps la vésicule séminale externe. Cette poche a souvent la forme d’une aveline.

V'ésicule séminale. — Cette vésicule n’est en général que la portion terminale du canal déférent dilatée et servant de réservoir aux spermatozoïdes;

il est peu ou point de Trématodes qui ne la montrent distinctement. Elle f est double dans les Épibdelles, et l’une est placée derriere l’autre; dans le S Monostomum verrucosum elle est extraordinairement allongée, et on pour- L rait la considérer également comme double. $

Pénis. — Du fond de la poche part un pénis qui sert en même temps de LE canal éjaculateur; il est étroit, allongé et courbé comme un sabre dans û l’Epibdella ; il est long et très-proctractile dans le Distome appendiculé ; il est |

formé d’une partie droite, surmontée d’une seconde partie courbée comme une griffe, dans le Calceostoma elegans. Ce pénis déroulé est couvert de verrues dans quelques Trématodes, mais nous ne voyons Jamais ces rangées s, de soies si communes sur le pénis des Cestoïdes. Quelquefois l’orifice mâle est situé sur le côté du corps et non sur la ligne médiane, comme on le voit généralement chez les Vers de cet ordre, par exemple dans l’Epibdella. Rathke place toutefois cette ouverture non sur le bord, mais un peu sur le côté. M. Blanchard a déjà fait la remarque que, chez les Tristomiens et les Octobothriens, les orifices génitaux sont moins rapprochés les uns des autres que chez les Distomiens. Nous avons vu souvent des Epibdelles vivants livrer passage aux spermatozoïdes quand on exerçait une légère pression sur le corps du Ver.

Ne —T

(191) fluide séminal présente un aspect globuleux dans Pintérieur du testiéet.ne montre aucun mouvement; ce n’est que dans le canal déférent

% dans l'intérieur du vée Von Siebold a fait connaitre cette communication en 1836, dans le Distoma globiporum et le PDistoma nodulosum, et ce savant considere cette disposition comme générale dans les Trématodes. Le col de la vésicule séminale interne verse au même endroit, dans l’utérus, son contenu qu'elle reçoit de l’un des deux testicules par un conduit spécial, dit ce savant (1).

Dans aucun Trématode ni aucun Cestoide nous n'avons pu reconnaitre une pareille disposition, et il nous est impossible, malgré tout le respect que nous avons pour le savant professeur de Breslau, d'admettre l'existence de cette communication entre les deux appareils.

Alb. Thaer, dans sa dissertation sur le Polystomum appendiculatum, dit avoir vu un canal spécial à côté des canaux déférents, se rendre directement à l’appareil femelle. Nous doutons de l'exactitude de cette dernière observation.

Appareil femelle. — Si l'appareil générateur à pris une grande importance, c’est que ces parasites ne peuvent se conserver qu'au prix des plus grands sacrifices en produits sexuels; sur mille ou sur cent mille œufs, il n’y en a peut-être qu'un seul qui arrivera à sa destination; cette extrême fécondité explique la grande extension de ces organes et leur empiétement sur les autres appareils. Aussi le vitellogène et l’oviducte envahissent souvent toute la cavité du corps, et semblent seuls avoir de l'importance dans l’économie de ces animaux.

Dans tous les animaux supérieurs l'appareil femelle est formé d’une glande produisant les œufs, ou d’un ovaire, d’un oviducte, quelquefois d’une matrice et d’un vagin; cet appareil n’est pas aussi simple dans les animaux qui nous occupent: il y a chez eux uné véritable division du travail; une glande particulière produit le germe, le germigène, une autre le

. (1) Anat. comp, trad., vol. I, p. 143. Wiegmann's Archiv., 1836, PL. VII. Muller's Archiv., 1836, PI. X.

(19) ‘ci

vitellus, le vitellogène, une autre encore la coque, et, outre les conduits des. ,

deux premières glandes, on découvre une vésicule spermatique (copu

tive), une sorte de matrice, puisque les œufs y séjournent, et enfin LE vagin avec un orifice sexuel à part. Dans les Trématodes snpérieuls il Lee

même un organe spécial, un moule véritable, dans lequel les énormes œufs 33

de ces Vers sont régulierement coulés, et que nous avons nommé ootype. 4

Vitellogène. — C'est l'organe qui produit le vitellus. M. Oscar Schmidt est, Je crois, le premier qui a fait connaitre, dans les Turbellaires rhabdocœles, que les vésicules germinatives et les globules vitellins se forment dans deux organes distincts (1).

M. V. Siebold a observé le même phénomene sur les Trématodes (2).

Nous l'avons observé sur les Cestoïdes et les Nématoiïdes (3); M. A. Thaer (4) l’a reconnu dans le Polystomum appendiculatum. M. Max Schultze (5) a vu la même disposition que M. O. Schmidt dans les Turbellaires rhabdocoæles.

On peut donc considérer cette division de l'appareil sexuel femelle comme propre à la plupart des Vers, avec cette différence, que plusieurs d’entre eux, par exemple les Nématoïdes, produisent les globules vitellins et les vésicules germinatives dans le même organe, mais qu'ils apparaissent sur des points différents.

Cet organe occupe toujours une grande place dans les Trématodes, etil n’est pas rare de le voir s'étendre chez quelques genres dans toute la longueur du corps.

Dans les Epibdelles, le vitellogene se présente sous forme de grappe, répandue dans tout le corps depuis la cavité de la bouche jusqu'à la ventouse postérieure. Chaque grappe est formée de vésicules glandulaires dans lesquelles se forme le vitellus, puis de canaux excréteurs qui se réunissent plusieurs ensemble; plusieurs grappes versent leur produit dans un canal excréteur plus volumineux, et le produit de toute la moitié du corps passe par un canal longitudinal vers un réservoir situé à la bauteur du germigene. Comme cet organe se répète à droite et à gauche et que la communication a lieu sur la ligne médiane, le vitellogène forme donc avec son

nn

(x) Die Rhabdocælen strudelwürmer. Iéna, 1848.

(2) Anat. compar.

(3) Van Bew., Recherches sur les Vers cestoides.

(4) De Polystomo appendiculato. Berolini, 1851.

(5) Beitrage zur Naturg der Turbellarien. Greïfswaid, 1851.

(19) canal un H qui envahit tout le corps; le long de chaque branche longitudinale sont situées les glandes, et le conduit est dilaté au milieu de la barre pour se transformer en vésicule de dépôt ou vitellosac. C’est au milieu de cette barre que la communication avec le germiducte à lieu.

Les Udonelles ont les vésicules plus rapprochées le long de chaque branche; dans les Calcéostomes, ce ne sont plus des grappes, mais des canaux excréteurs avec dépressions en culs-de-sac sur toute la longueur; dans l'Octobothrium on voit trés-distinctement le réservoir et le point de réunion; il en est de même dans l’Onchocotyle et dans le Diplozoon.

Les Distomes présentent des différences assez grandes qui peuvent servir de base à quelques divisions. Dans le Distoma rufoviride, le vitellogène consiste en un organe unique étoilé, formé de plusieurs cœcums réunis aboutissant à un seul point au devant du germigène. C'est la même disposition que Von Siebold a reconnue dans le Distoma globosum.

Dans le Distoma ventricosum, le vitellogène est représenté par une paire de vésicules assez grandes situées derrière la ventouse postérieure et s’ouvrant dans un canal excréteur situé en travers au devant du germigène. Les Distoma perlatum et militare ont cet organe formé d’un long sac s'étendant dans la longueur de la partie postérieure du corps, tandis que le Disioma terettcolle offre le long du corps son canal excréteur sur lequel sontsitués les organes sécréteurs en forme de grappe de raisin.

Une des formes les plus remarquables que nous présente cet organe est celle du Distoma cylindraceum de la grenouille. On voit, surtout en dessus et un peu sur le côté à droite et à gauche, une demi-douzaine de grappes isolées le long d'un canal excréteur et dont la couleur blanche se détache sur le fond brun foncé de l’oviducte.

Dans le Monostoma verrucosum , c’est un long sac irrégulièrement ondulé, comme dans le Distoma perlatum. Le Monostoma trigonocephalum a cet organe réguliérement disposé en chapelet le long et en dehors du canal excréteur. Dans le Monostoma reticulare et le Monostoma mutabile, cet organe consiste dans un réseau qui tapisse toute la peau et tient tous les viscères comme dans un filet.

Le réservoir est souvent rempli de globules vitellins entourés d’une cellule et qui, par leur réunion, présentent exactement l'aspect d'œufs. Ils doivent avoir souvent embarrassé les anatomistes.

Par la lumière réfléchie, les glandes vitellines, quand elles sont pleines, montrent souvent, à travers la peau, une couleur blanche, tandis qu’à la lumière directe ces organes sont toujours d’un noir profond.

Suppl. aux Comptes rendus, T. 1. 25

Îl est difficile de voir ces organes quandils Sont complétement vides: leurs parois sont d’une ténuité excessive; mais on découvre souvent plus facilement la glande que le conduit.

Germigène.— Cet organe présente peu dedifférences dans les divers groupes de Trématodes. Il consiste dans une vésicule unique, ordinairement globuleuse et logée sur la ligne médiane ; quelquefois, comme dans l’'Onchocotyle et l'Octobothrium, il est formé d’un gros tube, replié sur lui-même. Dans le Calceostoma il est même formé de quelques gros cœcums, s’ouvrant en un point commun. Le développement des germes commence au fond du tube, de manière que les plus développés se trouvent près de l’orifice.

Cet organe est toujours limpide et transparent; il est logé vers le milieu du corps, ou, comme chez les Monostomes, vers la partie postérieure, et il a souvent été pris pour un troisième testicule.

M. Von Siebold a très-bien reconnu sa nature et ses rapports.

Quelquefois le germigene montre vers le milieu une sorte de vésicule de dépôt plein de germes mürs et prêts à échapper. C’est un germisac comparable à la vésicule de dépôt que l’on trouve sur le trajet du canal excréteur de beaucoup de glandes. Dans l’Epibdella, cette vésicule est très-distincete et elle semble remplie de petites perles.

Le germigène est pourvu d’un canal excréteur unique qui s’abouche dans un même canal où aboutit aussi le vitelloducte; ordinairement les deux orifices ne sont pas loin l’un de l’autre. Il existe souvent des cils à endroit où le germiducte s'abouche dans le canal commun. |

Ces organes, quand ils sont en pleine activité, fonctionnent d'une maniere fort remarquable. De temps en temps une vésicule germinative isolée est poussée dans le canal commun, et des globules vitellins se précipitent immédiatement avec force autour d’elle, jusqu’à ce que l’ensemble ait le volume de l’un des œufs. C'est le même phénomène que nous avons déjà observé depuis longtemps chez les Cestoïdes.

Vésicule séminale interne. — Dans quelques Trématodes, cet organe est fort distinct; dans d’autres, c’est à peine s’il existe; chez d’autres encore il n'y à pas d'organe spécial, mais la fécondation n’a pas moins lieu au commencement de l’oviducte qui renferme alors un amas de filaments spermatiques. Dans ce cas, on voit des spermatozoïdes se mouvoir tout autour des œufs, dans l’intérieur même de l’oviducte ou au commencement de la ma trice.

Nous avons vu distinctement ces spermatozoïdes dans l’intérieur de l'oviducte chez quelques Distomes, où la vésicule séminale elle-même manque.

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