‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 74 sur 103 · ET D · texte numérisé non relu

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L'exemple le plus remarquable d’une grande et belle vésicule séminale nous est fourni par l’Epibdella hippoglossi. Tout près de l’endroit où le germigène et le vitellogène se réunissent dans un canal commun, on aperçoit plusieurs vésicules réunies en une sorte de couronne et qui sont toutes pleines de spermatozoïdes : ces vésicules sont un peu plus grandes les unes que les autres, et leur contenu est prêt à être lancé sur les germes aussitôt que ceux-ci se montrent à leur embouchure. Dans l’Epibdella sciænæ nous n'avons pu voir cet organe.

Dans le Distoma rufoviride, cette vésicule est globuleuse et logée sur la limite entre le germigene et le vitellogène où à l’origine de loviducte.

Oviducte. — Nous voyons partout cet organe naître des deux conduits excréteurs du vitellogene et du germigene. En général, à son début, il est assez grêle, forme souvent plusieurs circonvolutions difficiles à distinguer, puis se dilate et forme des replis en zigzag; ou bien les circonvolutions remplissent tout l’intérieur du corps et le distendent quand il est plein d'œufs. Cet oviducte se rend ordinairement en avant et se place surtout dans Ja partie moyenne et antérieure du corps. Dans quelques Vers (Distoma de Cyprinus dobula, Distoma rufoviride), il se rend d’abord jusqu'au fond en arriere, revient sur lui-même, passe en travers, forme une anse du côté opposé, puis, après quelques nouvelles circonvolutions, va s'ouvrir en avant.

Dans les Distomiens et Monostomiens, il se forme une quantité considérable d'œufs qui séjournent plus ou moirs longtemps dans l’intérieur de cet organe et en font jusqu’à un certain point une matrice.

De tous les Distomes, c'est le Distoma militare qui à Poviducte le plus court, et les œufs les moins nombreux et les plus volumineux.

Le Distoma filicolle, Rud., se distingue de tous les Vers de ce groupe par l'énorme extension, on pourrait même dire par le monstrueux développement que prend l’oviducte. En effet, les individus qui reproduisent et portent des œufs montrent la moitié postérieure du corps tellement développée, que la partie antérieure semble n’étre que l’appendice du corps. Toute cette partie postérieure est occupée par un oviducte, replié de mille manieres et plein d'œufs mûrs, qui donnent la couleur jaune à cet organe; les œufs, qui sont encore en voie de développement, se détachent sur ce fond par leur couleur blanche. La peau de cette région est tellement distendue, qu'elle en est devenue transparente et se déchire avec une grande facilité.

La couleur des Trématodes dépend souvent de la couleur des œufs qui remplissent le corps de ces Vers.

Ootype. — Les Tristomiens, c’est-à-dire les Épibdelles, Udonelles, Cal-

( 196 ) ceostoma, etc., etc., différent complétement des autres Trématodes, nonseulement par le grand volume de leurs œufs, mais aussi parce qu’ils ne séjournent pas dans l’intérieur de la matrice. Ils se fabriquent sous les yeux de l'observateur.

Chez tous ces Vers, il y a un organe spécial sur le trajet de l’oviducte dans lequel les germes, entourés de leur masse vitelline, séjournent quelques secondes, y subissent la pression des parois, reçoivent leur véritable forme, et sont évacués au fur et à mesure qu'ils se forment. Cet appareil agit absolument comme une machine mue par la vapeur, et dont quelques coups de piston suffisent pour faconner un corps dans un moule. Nous avons appelé cet organe ootype.

Aussitôt que la vésicule germinative a pénétré dans l’intérieur de l’ootype, des globules vitellins sont envoyés en masse dans l'intérieur de ce même organe, se précipitent avec force autour de la vésicule et se massent autant que possible autour d’elle. Ces œufs se forment absolument comme des cartouches dans une cartouchiere : la balle est représentée par la vésicule germinative, la poudre est le vitellus, et la coque correspond au papier.

Il n'est pas rare de voir dans ces Vers des œufs incomplets, avortés et irréguliers. Cela provient de ce que l'appareil des œufs, agissant cumme une machine, produit des œufs réguliers tant que le Ver est plein de vie et libre dans ses mouvements; mais dès que le moindre trouble se manifeste, les -organes n’apportent plus les matériaux avec la régularité voulue, et le produit est manqué. La machine est dérangée du moment que le Ver est gèné dans ses allures.

Orifice. — L'appareil sexuel femelle s'ouvre généralement à la face inférieure du corps sur la ligne médiane non loin de la bouche, à côté de l'orifice mâle. Les Épibdelles, qui ont le corps très-aplati, montrent cet orifice sur le bord, ainsi tout à fait sur le côté, comme les Cestoïdes en général. Les Tristomes portent ces orifices un peu sur le côté.

Au bout de cet orifice, plusieurs Tristomiens (Octostoma merlangi, Polystomum integerrimum, Axine bellones, Octobothrium lanceolatum et Calceostoma eleyans) montrent un prolongement de l’oviducte qui s'envagine comme le pénis du mâle, et qui, comme lui, est entouré d'un grand nombre de crochets, variable selon les espèces.

Nous supposons que cet organe sert surtout à ces Vers pour s’accrocher à l'animal sur lequel ils doivent déposer leurs œufs. La femelle, dans beaucoup d’Insectes, est armée de même de divers instruments destinés à

(197) loger les œufs le plus avantageusement possible pour leur heureuse éclosion.

ŒEufs. — Dans quelques genres, on ne voit qu'un seul œuf, et aussitôt qu'il est complétement formé, il est pondu. Au bout de quelques heures, on voit certains Vers pondre un assez bon nombre d'œufs. Des Épibdelles conservés sur des huitres fraiches pondaient souvent, pendant la nuit, de une à deux douzaines d'œufs ; ces œufs étaient pelotonnés ensemble par le long fil qui termine la coque.

Dans l’Octobothrium, et surtout l'Onchocotyle appendiculata, on voit déja un certain nombre d'œufs s’accumuler dans l’oviducte. Ces œufs sont tous très-grands, entourés d’une coque solide, et terminés à un des bouts, quelquefois à tous les deux par un long filament. Hors les Tristomiens, nous ne connaissons que le Monostoma verrucosum dont la coque soit ainsi terminée aux deux bouts par un long fouet.

Fécondation. — On n’a pas souvent été témoin de l'acte d’accouplement de ces animaux hermaphrodites : c’est qu'on ne peut guère les observer qu'en les plaçant dans des conditions peu naturelles.

Est-ce directement à l’intérieur que se fait la fécondation, comme semblerait le faire supposer une disposition anatomique que l’on croit avoir observée dans quelques Trématodes? Est-ce par un accouplement véritable et réciproque, comme dans les Limaçons? ou bien enfin la fécondation estelle solitaire ? Nous avons vu des milliers d'individus libres ou réunis dans des Poissons encore en vie, et jamais nous n'avons vu deux individus se rechercher dans ce but.

Voici toutefois ce que les auteurs rapportent à ce sujet, tant pour les Vers helminthes que pour les hermaphrodites voisins.

Goeze (1) a vu deux individus de Distoma hepaticum attachés l’un à l'autre avec le pénis, semblable à un cornet de postillon, engagé dans l'organe femelle de l’autre individu, et vice versa. Schæffer (2) dit avoir observé la même chose sur le même Ver, et Nitsch (3) sur le Holostomum serpens.

Burmeister (4) a trouvé deux individus de Distoma globiporum attachés l’un à l’autre sans le secours de leurs ventouses.

L’exemple le plus remarquable toutefois est fourni par Miescher (5). Le

(1) Versuckh einer Nature, etc., Leipzig, 1787, p- 170.

(2) Ueber die Egelschnecker, Regensburg, 1735, p. 17.

(3) Ersch und Gruber's Encycl., 18190, th. IL, p. 399.

(4) Wiegmann's Archiv., 1835, Bd. XI, p. 188.

(5) Murscmer, Beschreib. und Unters. des Monost. bijugum., in-4°, Basel, 1836.

( 198 ) É Monostoma bijugum, qu'il a observé avec soi, est dans un état de fécondation continuelle. On trouve toujours deux individus de cette espèce réunis dans une même loge, ayant leurs organes sexuels engagés réciproquement, c’est-à-dire le pénis de l’un logé dans le vagin de l’autre, et l’on voit habituellement des œufs échapper aussitôt que l’on retire le pénis. Malgré toutes ses peines, Miescher n’a pu voir la communication intérieure entre les deux appareils dont parle Von Siebold.

M. V. Baer, cet excellent observateur, a vu un individu de Limneus auricularis se féconder lui-même, ce qui explique, ajoute-t-il, l'expérience faite en 1847 par Oken (Jsis 1817, S. 320), d'un individu complétement isolé qui s’est reproduit (1).

Deux fois M. V. Baer a été témoin de l’accouplement de la Planaria torva (2).

Le seul fait que l'on connaisse sur la fécondation des Cestoides est celui que j'ai rapporté dans mon Mémoire sur les Cestoides.

La disposition anatomique s’accorderait donc avec les rares observations que l’on à faites jusqu’à présent sur ce sujet, et ne laisse guère du doute sur la fécondation des Trématodes par laccouplement. Mais les sexes sont-ils toujours réunis? L’accouplement est-il toujours réciproque? Les deux individus agissent-ils tous les deux comme mâles et comme femelles ? Ou bien encore un individu isolé ne peut-il pas se féconder lui-même? On trouvera quelques faits curieux sur ce sujet dans le paragraphe suivant.

La conjugaison ou la zygose.— Quand M. Nordmann annonça la découverte d'un animal double, le Diplozoon, vivant en parasite sur des branchies de certains Poissons d’eau douce, on ne se doutait pas que ce phénomène puüt ne pas être un fait isolé.

Dans ces derniers temps, divers Infusoires ont été reconnus pour présenter un phénomène semblable, et ce que l’on avait cru exclusivement propre à quelques plantes inférieures se reproduit dans les divers rangs du regne animal.

Certaines plantes, comme les Desmidiacées et les Zygnémacées, se réunissent et se soudent les unes aux autres, non pour réduire le nombre des individus, mais dans le but de multiplier l'espèce, comme l’a fait observer M. Von Siebold.

Divers Infusoires sont dans le même cas, et depuis quelques années (1849)

(1) Muller's Archio., 1835, p. 224.

(2) Beiträge zur Kentniss., Act. nat. Cur.

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nf: (299 ) M. Külliker (1) a reconnu ce phénomène dans l Actinophrys sol; M. Steenstrup (2) l’a constaté sur des Podophrya, et M. VonSiebold (3) chez des 4cinetu.

M. Vou Siebold a observé le phénomène de la conjugaison des Diplozoons pendant son séjour à Freiburg en Brisgau, et il a vérifié la supposition de M. Dujardin, que les Diporpa sont des jeunes Diplozoons isolés. M. Von Siebold réunit ces divers faits de conjugaison, ajoute le résultat de nouvelles observations faites par Cohn, qui renferment celles de Kôlliker, et considere ce phénomène comme se rattachant directement à la multiplication.

Nous avons à notre tour quelques faits à ajouter à ceux-ci, et qui ont évidemment avec eux une grande aualogie : ils sont tirés également de la classe des Vers; je veux parler du Distoma filicolle, du Distoma hæmatobium, observés par Bilharz en Égypte, et du Monostoma tenuicolle.

Nous avons vu plus haut que le Distoma filicolle vit dans un kyste formé aux dépens de la peau qui tapisse la cavité branchiale du Brama rai ; dans chaque kyste on trouve généralement un individu grêle comme un Ver nématoide, et un autre très-gros et large comme un Trématode et rempli d'œufs; ces œufs occupent les trois quarts postérieurs de la longueur du corps. On a regardé ces parasites comme des animaux à sexes séparés, tout en appartenant à la division des Trématodes.

Le second fait a été signalé récemment : M. Bilharz (1) a trouvé un Distome qu'il regarde aussi comme un Ver à sexes séparés, il habite le sang de l’homme; ce Ver est aussi double, et les individus sont inégalement développés, comme dans le cas précédent.Un des deux, celui que Bilharz regarde comme mâle, est pourvu, dans la longueur du corps, d’une gouttière qui loge l’autre individu ou la femelle; le premier a le corps grêle et allongé, et, contrairement au Distoma filicolle, c'est lui qui représente la femelle, tandis que son congénère ou le mâle est très-gros. L'un et l’autre représentent, comme dans le Distoma filicolle, tous les caracteres du genre Distome. Dans le Distoma hæmatobium, nous trouvons donc une femelle gréle comme un Nématoide, logée dans une rainure du corps à la face ventrale du mâle, tandis que dans le Distoma filicolle, c’est la femelle qui est plus forte que le mâle.

Le même phénomène de deux individus enkystés nous est encore connu dans un genre voisin; ce phénomène se rapproche de celui qui nous est

(1) Zeits. f. w. Zoolog., Bd. I, 1849, p. 207.

(2) Unters. über die Entwickelung des Infusoren. Wiegmann’s Archiv. , 1849, p. 147. (3) Zuts. f. Wiss. Zool., 1850, p. 65.

offért par des Diplozoons, en ce que les deux individus Sélfécondent mutuellement, mais ils en different en ce qu'ils ne contractent aucune adhérence entre eux ; sous ce rapport, ils se rapprochent de celui des Distomes filicolles. Le Monostomum bijugum vit enkysté dans l’épaisseur de la peau des gros-becs (Fringilla) ; on trouve toujours deux individus dans un seul kyste, et ces deux individus s’accouplent, se fécondent réciproquement, et ils pondent tous les deux des œufs, comme nous l'avons vu plus haut. M. Miescher dit en avoir surpris pendant l’accomplissement de l'acte de la copulation même, et dont les pénis étaient engagés dans les organes femelles de leur compagnon.

Le Monostoma tenuicolle, observé par Bakker dans les chairs du Lampris guttatus, offre une si grande ressemblance avec le Distoma filicolle, que nous ne doutons pas que ce ne soit le même Ver ou un Ver voisin.

Le genre Vematobothrium vit dans les chairs de la Sciæna aquila. Nous n’avons pas observé des individus de forme différente, mais ces Vers nous présentent, dans leur ensemble, des faits si singuliers, ils sont si remarquables par leur organisation et si éloignés de tout ce que l’on connaît, que nous ne pouvons nous empêcher de le citer ici. C’est un Ver trématode ou cestoïde par son organisation, nématoïde par la forme, comme la prétendue femelle de Distoma hæmatobium et le mâle de Distoma filicolle.

Est-ce que nous trouvons, dans ces faits, la transition des phénomenes propres aux animaux hermaphrodites en général, vivant séparément et ne se réunissant que pendant l’accouplement, à ceux qui, comme le Diplozoon, se soudent pour toujours les uns aux autres? Il n’est pas douteux, comme le pense M. Von Siebold, que cette conjugaison n'ait du rapport avec le phénomène de la reproduction, dans les divers cas que nous avons cités.

Dans les Diplozoons, les deux individus sont hermaphrodites et sont simultanément fécondés ; ils sont parfaitement semblables les uns aux autres, et portent des œufs en même temps et en même nombre.

Dans le Distoma filicolle, les deux individus sont également hermaphrodites, mais l’un des deux agit comme mäle et l’autre comme femelle; et comme celle-ci porte un nombre considérable d'œufs qui déforment le corps par leur présence, les deux individus réunis dans un kyste ne se ressemblent pas. Ils sont cependant hermaphrodites comme tous les Trématodes.

Le Distoma hæmatobium de Bilharz est dans le même cas que le Distome précédent; il n’est pas douteux que les deux individus ne soient herma-

(1) Distom. hæmatobium, Zeits. für Wissensch. Zoolog., 1852, p. 59.

dal ( 201 } phrodites également , mais ils agissent l’un comme mâle et l’autre comme femelle. *

Les faits ne sont pas encore assez nombreux au sujet des deux autres pour hasarder une explication.

L'ordre des Nématoïdes nous offre aussi quelques exemples que nous pouvons citer ici.

Le mâle de l’Heteroura androphora, qui vit dans l'estomac des tritous, reste entortillé autour du corps de la femelle apres comme pendant l’accouplement. C’est ainsi que l’on trouve ces Vers par couples, et un seul d’entre eux contracte adhérence avec les parois de l’estomac.

Le Syngamus trachealis est plus remarquable encore. Le mâle et la femelle sont attachés l’un à l’autre et si bien soudés ensemble, que depuis Wiesenthal, qui a découvert ce Strongle (1), on a régardé généralement ces Vers comme un seul animal. Il faut un certain effort pour les séparer.

Quant à la réunion de certains animaux en voie de développement, comme le Buccinum undatum et le Purpura lapillus, qui se soudent et se fondent au nombre de vingt et même quarante vitellus pour ne former qu'un seul embryon, c’est un phénomène qui, ne se rattachant pas à la reproduction, n’a rien de commun avec celui-ci.

En résumé, les Monostoma bijuqum se réunissent par couples dans une tumeur et se fécondent réciproquement; les Diplozoous, sans se cloitrer, se soudent par couples et agissent également tous les deux comme mâles et comme femelles. Les one héole s'enkystent et se cloîtrent encore de la même manière, mais l’un agit comme mâle et l’autre comme femelle. Les Distoma hæmatobium en font autant; mais, au lieu de rester séparés comme eux, ils se soudent l’un à l’autre, quoique moins complétement cependant que les Diplozoons. On peut répéter ici avec Linné : Natura non facit saltus. Entre la monoïcité et la dioicité on voit tous les degrés intermédiaires.

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