‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 76 sur 103 · ANATOMIE · texte numérisé non relu

ANATOMIE

De l'enveloppe cutanée. — Une peau mince, transparente, sans structure, enveloppe le corps des Vers cestoïdes, aussi bien les Proglottis que les Scolex avec leurs appendices. Cette peau pénètre dans l’intérieur du corps, comme l'épiderme chez les animaux supérieurs, par les orifices naturels des appareils sexuels et excréteurs.

Elle est assez dense et montre une grande élasticité pour se plier à toutes les formes que les bothridies et même les Proglottis affectent. C’est un gant transparent que l'animal tout entier se met et qui reste collant, quels que soient les mouvements des doigts et de la main.

En plongeant ces Vers, apres leur mort bien entendu, dans l'eau, surtout leurs bothridies, des ampoules plus où moins grandes se forment, la peau mince se détache, comme l'épiderme par l'emploi d’un vésicatoire, et un gonflement considérable s'ensuit par l'accumulation de l'eau sous cette enveloppe. C'est ainsi que plusieurs Cestoides se déforment complétement et deviennent méconnaissables par la macération.

La surface est souvent lisse et unie, sans soies ni cils.

Cette peau extérieure, que nous pouvons considérer comme épiderme, ne recouvre pas un derme ou un chorion proprement dit; le derme ne forme pas une couche distincte encore; il n’est pas individualisé dans ces parasites et se trouve confondu avec les tissus sous-jacents.

La, surface de cette peau est parfois poilue, soit autour de la tête, soit autour des ventouses seulement.

Sous ce tégument pellucide externe, on voit dans les Scolex deux tissus fort différents et parfaitement séparés l’un de l’autre, surtout dans les bothridies ; l’un ressemble à une masse feutrée, opaque, granuleuse et à contours nettement limité; elle se contracte ou s'étend, s’allonge, s'élargit, forme des plis à droite, à gauche, en avant ou en arriere, et prend dans quelques cas toutes les formes imaginables que l’on pourrait imprimer à une feuille de

(435) cire ou de caoutchouc. Après avoir dessiné, d'après nature, une vingtaine de formes, on en voit souvent paraître encore de nouvelles. C’est surtout dans les Phyllobothriens que cette contractilité est la plus développée.

L'autre tissu est formé de fibres musculaires non striées, formant quelquefois des couches distinctes ou des faisceaux composés de fibres flottantes et séparées les unes des autres comme les muscles rétracteurs des Bryozoaires. Ces fibres musculaires ont souvent les directions les plus variées, forment plusieurs plans et présentent l'aspect de ficelles relächées pendant le repos.

Dans les Proglottis, on reconnait communément une couche de fibres musculaires longitudinales et une autre horizontale ou oblique, mais qui n'est jamais aussi distincte que la premiere.

Taches de pigment. — Chez plusieurs Cestoïdes, on voit des taches de pigment, communément rouges ou noires, tantôt autour des ventouses, tantôt, ce qui arrive plus souvent, en dessous de ces organes, sur le cou. On n’en voit jamais sur le Proglottis.

Le Tenia mediocanellata en porte de noires autour des ventouses, qui ont fait prendre anciennementices organes pour des yeux ; l’Echeneibothrium à des taches rouges sous les épines du cou; le Tetrarhynchus ruficollis porte des taches également rouges vers le milieu du cou.

. Il ya des Proglottis qui deviennent noirs ou verdâtrés au contact de la lumière, mais cette couleur provient des œufs et non de la peau.

Ce qui nous fait supposer que ces taches jouent un rôle dans la vision, c'est qu’on les trouve seulement sur les Scolex, qui doivent faire choix d’une place pour fixer leur colonie. Il en est de même chez les Trématodes. Ce n’est que pendant leur vie vagabonde que les Scolex ou les Cercaires portent ces organes de pigment.

Organes d'adhésion. — Les organes d'adhésion sont des ventouses ou des crochets de diverses formes : les premiers de ces organes se présentent sous les formes les plus variées; nous les avons désignés sous le nom de bothridies, parce que le mot ventouse a une signification trop absolue. La tête du Scolex en est ordinairement garnie; c’est, du reste, lui qui doit porter toute la colonie.

Nous ne connaissons que peu de Scolex qui ne portent quelque bothridie à la tête, et souvent des crochets viennent s’y joindre pour augmenter les

, moyens d'attache.

Tout le groupe des Téniens porte, autour de la couronne de crochets, quatre bothridies, affectant la forme d’une ventouse plus ou moins semblable aux ventouses de certains Trématodes. Comme dans ces dernières,

Suppl. aux Comptes rendus, T. 11. 29

( 226 ) elles consistent dans plusieurs couches de fibres musculaires rayonnées et circulaires, qui en font un organe semblable au bourrelet qu’on met'sur la tête des enfants.

Ces ventouses des Ténias ont été prises par Audxy pour des yeux, par Méry pour des narines, et par Goeze pour des bouches.

Les Cestoides tétraphylles portent quatre bothridies d’une forme extraordinairement variable; chez les uns, ces organes sont alvéolés comme un fer à gaufres ou comme la tête des Poissons du genre Echeneis ; chez d’autres, ces organes sont frisés comme des feuilles de chou ; chez d’autres encore, ils se creusent comme une corne d’abondance, ou bien se transforment en une ou plusieurs cupules et s'adaptent ainsi aux parois de la cavité qu'ils choisissent pour demeure.

Si dans les Trématodes les organes d'adhésion se trouvent seulement dans les Proglottis, dans le groupe de Cestoïdes ce sont les Scolex seuls qui en sont pourvus. Ces Scolex de Cestoïdes s’attachent pour eux et pour toute leur progéniture dans la cavité intestinale qui les loge. LÀ

Les Scolex des Trématodes sont souvent enkystés et immobiles avec ‘leur progéniture dans leur ventre. Leurs Proglottis, au contraire, doivent accomplir eux-mêmes leur évolution sans secours ni protection, tandis que les Proglottis des Cestoides ne sont abandonnés de la mère Scolex que quand il n’y a plus aucun danger à courir. C’est même le danger qui est fatal à l'individu, qui assure la conservation de l'espèce. Le Proglottis des Cestoides étant avalé par un animal, la conservation de la progéniture est assurée. L’Insecte femelle, avant de pondre ses œufs en lieu sür, cherche avec sollicitude le lieu le plus convenable au développement de ses descendants; la mère des Cestoïdes n’assure la conservation des siens que si elle se fait manger proprement.

Crochets. — On trouve différentes sortes de crochets que l’on peut diviser en quatre catégories, selon les organes sur lesquels ils sont implantés. Il en a sur la trompe, ou le rostellum ; il y en a sur les bothridies, sur le cou et sur le pénis.

Les crochets sur le rostellum forment communément une couronne composée d’une double rangée d’épines qui font bascule sur un talon et s’implantent solidement dans les muqueuses.

Dans chaque crochet on trouve quatre parties distinctes : 1° la lame ou plutôt la griffe ; 2° le talon ou la garde; 3° la poignée ; et 4° l’étui ou la gaine.

Le développement de ces crochets commence toujours par la lame; on voit d’abord un cornet, comme une corne creuse de chèvre, avant d’aper-

(227 ) cevoir Jes autres parties. Le talon et la poignée sont logés dans les tissus ; la lame fait toujours saillie à l'extérieur.

A la base du talon et de la poignée, on voit des faisceaux de fibres musculaires, qui, en se réunissant, forment un bulbe musculaire placé entre les quatre ventouses,

Quand le Scolex de Ténia fait son entrée dans l'intestin, les lames des crochets sont dirigées en avant, et avec les ventouses ils se serrent contre les parois; ces lames pénètrent aisément dans les muqueuses (ce sont comme autant de pointes de lancette), les pointes s’abaissent parce que les talons s'élèvent, et la trompe est mieux fixée que si elle était soudée dans l'épaisseur des parois de l'intestin.

Tous les Ténias véritables sont ainsi armés d’une couronne de crochets dont le nombre, la forme et les rangées varient. Les Ténias des Vertébrés à sang froid et ceux des Mammifères phytophages n’ont pas de couronne. L'homme a un Ténia avec crochets, comme les Sarcophages, et un Ténia sans crochets (Tenia mediocanellata), comme les Phytophages.

Nous avons parlé ailleurs des six crochets des embryons, à leur sortie de l'œuf, et qui, sous le rapport anatomique comme sous le rapport physiologique, different totalement des crochets du Scolex.-

Le Dibothrium microcephalum est un des rares Cestoïdes non téniens dont la tête porte une couronne d’épines.

De nombreux crochets et de forme très-variable arment Cohen les ventouses ou plutôt les bothridies, car ces dernières n’agissent pas toujours comme ventouses. On en trouve dans le creux de ces bothridies chez les Phyllacanthiens, et sur une trompe à la base de chaque bothridie chez les Tétrarhynchiens.

Ces crochets ont la forme d’un ongle dans l'Onchobothrium; d’une fourche ou de deux andouillers de bois de cerf dans l’Acanthobothrium; d’une griffe dans les Calliobothrium, et ils peuvent souvent servir seuls à la distinction des genres ou des espèces.

Les Tétrarhynques ont leur trompe hérissée de crochets qui pénètrent dans les chairs comme une suite de couronnes de Ténia, et d’une espèce à l’autre ces organes varient en volume, en nombre, en forme et en mode d'insertion. C’est dans la trompe et ses crochets que l’on doit puiser les caracteres spécifiques.

Une disposition unique jusqu'à présent est celle qui nous est offerte par les Echeneibothrium. Indépendamment des crochets qui forment un quart de cercle, et qui se relèvent et s'abaissent comme ceux des Ténias, ces parasites

portent de chaque côté, sur le cou, trois rangées de stylets, qui se meuvent sous l’action de muscles distincts et qui portent tous à leur base un triple talon engagé dans les chairs.

Enfin, le pénis de plusieurs Cestoïdes est armé de crochets ou soies en forme de stylets, qui le hérissent très-irréguliérement et qui ne se montrent guère que pendant qu’il est dégainé. L’Echeneibothrium minimum les a distinctement développés, et on les découvre à travers les doubles parois pendant la rétraction.

Des corpuscules de forme généralement régulière, qui avaient été pris quelquefois pour des œufs et dont la nature nous avait échappé d’abord, sont logés en abondance dans l'épaisseur des organes sous-cutanés. Ils sont de nature calcaire. Leur nombre est souvent si grand, qu’ils donnent un aspect laiteux au Ver. C’est autour des ventouses qu'ils sont les moins communs. C’est M. Gulliver (1) qui semble avoir le premier signalé ces corpuscules. Ils sont généralement reconnus aujourd’hui non-seulement dans les Cestoides, mais déja même dans divers Trématodes.

Système nerveux. — Ce système a été signalé dans la tête du Scolex de divers Cestoides, des Tétrarhynques, des Ténias et des Cysticerques; M. Blanchard a même parlé de filets nerveux qui s'étendent dans toute Ja longueur du corps à travers les segments. Dans notre Mémoire sur les Cestoïdes, nous avons cité ces observations sans rien y ajouter. Aujourd’hui nous pouvons faire connaitre cet appareil tel que nous l’avons observé dans un Tétrarhynque d’assez grande taille, le Tetrarhynchus megacephalus, Rud.

Sur chaque gaine de trompe, immédiatement au-dessus du bulbe, se trouve un petit ganglion couché sur cet organe comme un ganglion du collier nerveux sur l’œsophage ; outre les filets quien partent pour se perdre dans les parois de la gaine, il y a une commissure assez forte qui se rend en avant à un ganglion plus fort, situé en dessous de la peau, mais dont le nombre, au lieu de quatre, est réduit à deux. Les filets de ces derniers ganglions se distribuent également à la trompe, mais chaque ganglion en avant a deux trompes à servir.

Ainsi il y a six ganglions, dont deux en avant sont situés en dessous de la peau, et quatre en arrière au devant du bulbe de la trompe, et ces quatre ganglions envoient chacun une commissure en avant. ,

(1) Observations on the structure of the Entozoa , etc. ( Medico-chirurgical Transactions ,

London, 1844, vol. XXIV.)

229 }) $ Il.

Appareils pour là conservation de l'individu. — Les anatomistes étaient généralement d'accord sur la présence de l’appareil digestif dans ces Vers ; in’ en a presque pas ou même pas qui ne l’admette. Mais tous sont dans un grand embarras pour se représenter son orifice. Outre l'appareil digestif, quelques auteurs ont admis encore un appareil circulatoire qui n’est en définitive qu’une dépendance de l'appareil précédent. M. Von Siebold ayant reconnu, depuis la publication de mon Mémoire sur les Cestoïdes, la vésicule pulsatile et les canaux qui y aboutissent, a abandonné lidée d’un appareil de digestion, et n’ y voit plus qu'un appareil aquifère où de respiration. Cette détermination n’est pas plus heureuse. Les Cestoides n’ont ni appareil digestif, ni appareil circulatoire, ni appareil respiratoire. Les fonctions de ces appareils s’accomplissent par la peau, qui n’a subi aucune modification à cet effet. |

Tout ce que l’on a cru voir de ces appareils appartient à l'appareil excréteur, que nous allons faire connaitre.

Dans tous les Vers cestoides, aussi bien le jeune Scolex que le Strobile et le Proglottis, il existe sur toute la longueur du Ver deux, quatre ou un plus grand nombre de canaux pleins d’un liquide limpide, offrant des branches d’origine sur leur trajet, quelquefois des anastomoses, et aboutissant toujours, dans le Scolex comme dans le Strobile, quand l'animal n’est pas lésé, à une vésicule postérieure qui est quelquefois pulsatile, et de laquelle je contenu se répand au dehors. L’orifice de cet appareil est le foramen caudale des auteurs, qui a été observé depuis longtemps chez les Trématodes.

Cet appareil prend son origine généralement en avant, au milieu des ventouses, mais les canaux reçoivent aussi de nombreuses branches sur le trajet.

On peut le découvrir aisément en exerçant une légère pression, et depuis le siècle dernier il avait été injecté au mercure.

Le Tenia ocellata se prête fort bien à ces recherches, surtout pour la vésicule pulsatile. Les pulsations ont lieu en effet avec une lenteur excessive, et les intervalles entre chaque battement sont si lents, qu’à moins d’être prévenu il est fort difficile de le reconnaitre.

Dans le Tetrarhynchus erinaceus, NOUS avons pu constater un faitimportant, c’est que la peau de la vésicule des Scolex n’est que la continuation de la peau du Scolex, et que les canaux aboutissent au bout de la bourse engainante à une vésicule pulsatile, comme dans les Scolex ordinaires. A priori

( 230 }) Le nous étions arrivé à ce résultat en jugeant paranalogie, mais il était important de constater le fait par l'observation directe.

Ii n'est pas sans intérêt de faire remarquer que dans plusieurs classes voisines on vient de reconnaitre un appareil excréteur, et chez plusieurs un mouvement rhythmique dans la contraction de la poche terminale.

Indépendamment des Scolex, nous avons observé la vésicule pulsatile dans le Tenia ocellata de la perche, le Tenia porulosa ? des cyprins, et le Tenia dispar des grenouilles et des tritons.

$ III

Appareil sexuel. — Comme on verra dans la description suivante, cet appareil des Cestoïdes est aussi bien connu que celui des Trématodes. Il est couformé d'apres le même plan.

Depuis la publication du Mémoire sur les Cestoides, nous avons complété ces recherches par quelques observations importantes; nous avons reconnu le testicule dans les vésicules transparentes, et le prétendu testicule est le réservoir spermatique. Les glandes dites cutanées s'ouvrent à l'intérieur dans un conduit commun et représentent le vitellogene (1). Le germivène est déterminé avec certitude, puisque nous avons vu les vésicules germinatives remplir tout son intérieur.

Contrairement à ce qui a été dit au sujet de la non-existence des hermaphrodites dans la nature, nous voyons dans le même animal, non-seulement les organes de deux sexes, mais nous avons vu des individus se féconder eux-mêmes. &

Tous les Cestoides que nous avons eu l’occasion d'étudier ont les sexes réunis sur un seul ét même individu, mais sans que l'appareil mâle soit en communication directe avec l’appareil femelle,

Appareil mâle. — Cet appareil est loin d’être connu dans son ensemble : divers organes, surtout le pénis et la fin du canal déférent, ont été observés, mais les parties essentielles ont échappé Jusqu'à présent aux investigations des anatomistes. ,

Testicule. — Le testicuie est un des premiers organes qui se montrent dans le cours de l’évolution ; il se présente dans les premiers segments où les organes apparaissent, sous la forme de vésicule blanche, presque transparente, assez volumineuse et remplissant une grande partie de la cavité du corps.

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(1) Bulletin de L'Académie de Belgique, 1852.

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Cet organe conserve ce premier aspect pendant toute la vie du Ver; ainsi le testicule d’un Ver cestoide adulte consiste dans plusieurs grandes vésicules qui remplissent l’intérieur du corps, et dont le nombre est variable, sinon d’un individu à l’autre, du moins d’une espèce à l’autre. Leur nombre est quelquefois tellement grand, qu’elles envahissent toute la cavité du corps.

Nous avons vu des spermatozoïdes tout formés dans l’intérieur de ces vésicules.

Le canal qui conduit les spermatozoïdes dans le réservoir spermatique est difficile à découvrir, parce qu’on ne le voit qu’au moment du passage de la liqueur séminale.

Vers le milieu du corps, on aperçoit très-facilement un organe, consistant en un tube assez long, entortillé, dont le contour est nettement limité et qui se distingue de tous les autres, à la lumière réfléchie, par sa couleur d'un blanc mat; c’est le réservoir spermatique que nous avions pris pour le testicule Jui-même. Il ressemble, en effet, à un testicule d’Insecte.

La couleur mate provient de la présence des spermatozoïdes dont cet organe est gorgé.

Le canal déférent et le réservoir spermatique ne forment pour ainsi dire qu'un seul organe, puisque l’un n’est que la continuation de l’autre et que l’on ne saurait pas établir une limite entre eux. Ce canal va se rendre au fond de la poche du pénis. Il est doué des mêmes mouvements que ceux que l’on observe dans le pénis.

Les Caryophyllés ont une poche séminale externe, comme les Trématodes, et pleine aussi de spermatozoïdes vivants.

Pénis. — Le pénis existe toujours; c’est le canal déférent qui sort en formant un prolapsus : sa longueur est très-variable et correspond à la longueur du vagin. Il atteint quelquefois au delà de la longueur du corps.

Les spermatozoïdes ont la même forme que dans les Trématodes; le eil : est ordinairement comme chez eux d'une longueur excessive.

Germigène. — Chaque germigène a son canal excréteur qui va à la rencontre de celui du côté opposé; ils se réunissent sur la ligne médiane, pour verser leur produit dans un canal commun, avec le vitelloduete.

Vitellogène. — Cet organe est situé à droite et à gauche dans toute la longueur du corps. Il consiste en une série de petites poches agglomérées. situées le long d’un canal dans lequel elles s’abouchent. Il n’y a guère d’organe que l’on puisse comparer à celui-ci, sous le rapport de l'extension, si

(252 ) 1 ce n’est le testicule. Quand cet organe est plein, on le distingue aisément à l'extérieur, à travers l'épaisseur des parois.

Si la forme de ces poches varie un peu d’un genre à un autre, elles forment en tout cas un double chapelet dans la longueur du Ver. Sauf le pénis, il n'y a pas d’organe plus facile à reconnaitre. C’est lui que nous avions pris pour une glande cutanée.

V'itelloducte. — Sur le côté du corps et à peu près dans la longueur, se trouve un tube fort grèle, légerement flexueux, que l’on ne saurait apercevoir quand il est complétement vide. Nous ne l'avons reconnu qu’en remontant de l'endroit où il débouche dans le conduit commun. On voit dans son intérieur des globules vitellins agglomérés qui se dirigent, par l'effet de la contraction péristaltique des parois, d'avant en arrière, jusqu’au pointou ils vont rencontrer les vésicules germinatives. Dans quelques genres toutefois le vitelloducte, au lieu de former un simple conduit, consiste dans diverses branches anastomosées comme un réseau capillaire. Nous en voyons un exemple dans le Zetrarhynchus tetrabothrium.

A l’intérieur, au bout de ce vitelloducte, des cils vibratiles viennent en aide au mouvement péristaltique.

Ces deux canaux se réunissent sur la ligne médiane un peu en arrière du fond de la matrice, et le produit est versé dans le germiducte par un canal commun.

Le germe, en passant au devant de ce canal, est enveloppé brusquement d'une certaine quantité de globules vitellins, et l’œuf continue son chemin dans un canal légéremeut flexueux qui s’abouche dans la matrice : c’est l'oviducte véritable. 11 livre passage aux œufs proprement dits et fournit, dans quelques espèces, leur membrane externe ou leur coque.

Matrice. — La matrice est presque le seul organe de cet appareil qui ait été observé par les auteurs et encore a-t-elle été interprétée bien diversement. On ne peut la méconnaitre, puisqu'elle se remplit entièrement d’œufs que l'on distingue à travers les parois de la peau et qui souvent se colorent au contact de la lumière.

La matrice est d’abord une simple poche, formée par l'extension de l'oviducteet dont la capacité augmente avec le nombre d'œufs; ce nombre est quelquefois tellement grand, que tout l'intérieur du corps en est envahi. Le Ver n’est plus qu'un sac à œufs. Souvent cette matrice est vésiculeuse, mais elle se ramifie aussi dans quelques Vers de manière à former des arborisations comme on en voit dans certains jaspes.

La matrice ne communique pas avec l'extérieur, si ce n’est dans les Carÿophyllés. Les parois doivent se rompre ainsi que la peau du Ver pour la ponte des œufs. Il n’y à pas d'oviducte avec conduit extérieur. On voit à tout instant cette déhiscence se produire sous les yeux quand on retire un de ces Proglottis adulte de ses mucosités intestinales. 11 est à peine sur le porteobjet du microscope, que les œufs se répandent.

Vagin. — Ls vagin consiste en un canal fort long à parois très-distinctes, comme tous les organes de cet appareil. Il prend naissance à côté du pénis, pénètre jusqu’au milieu du corps, se plie souvent au milieu en formant un angle droit, et descend le long de la matrice jusqu’au milieu des ovaires. Le vagin et la matrice sont généralement juxtaposés.

La longueur du vagin correspond à celle du pénis; le Bothriocephalus punclialus, par exemple, a cet organe extrêmement court et un pénis rudimentaire.

Ce conduit vaginal passe en avant, au milieu du testicule, et nous avons douté assez longtemps s'il n'y avait pas dans cet endroit une communication entre les deux organes. Il n’en est rien.

Les parois du vagin présentent un mouvement péristaltique qui est plus prononcé que dans les autres organes de cet appareil. À moins d’avoir étudié ces Vers depuis un certain temps, on est toujours tenté de confondre le vagin avec la matrice.

V’ésicule copulative. — Tout au bout du vagin, à la hauteur de la commissure des germiductes, on aperçoit une vésicule à parois trés-délicates dans laquelle nous avons vu distinctement se mouvoir des spermatozoïdes. C'est la même vésicule que l’on trouve dans les Trématodes (vésicule séminale interne inférieure, vesicula seminalis posterior, Von Siebold). Cette vésicule n’a pas d'autre communication qu'avec le vagin.

C'est à la hauteur de cette vésicule copulative que le vagin et le germiducte s'abouchent dans un canal commun.

C'est ainsi que nous nous figurons cet appareil dans ce groupe; il existe toutefois de nombreuses modifications, et quelquefois tel organe qui présente un aspect propre et occupe une place «léterminée est remplacé dans un autre Cestoide par un organe différent.

Il y aura même moyen, comme dans les Distomes, de trouver des caracteres dans cet appareil, pour répartir, suivant un ordre méthodique, certains groupes très-riches en espèces, mais très-pauvres en caractères de quelque importance.

Voici une des dispositions les plus remarquables qui aient été signalées jus-

Suppl. aux Comptes rendus, T. I. 30

( 234 ) qu'à présent; elle nous est offerte par les Proëlottis du Tenia cucumerina, et de quelques autres espèces.

De chaque côté du Ver, on trouve un pénis avec la poche, un testicule et canal spermatique, un vagin s’ouvrant à côté du pénis et plongeant obliquement en arrière vers le milieu du corps, et une matrice remplissant tout l'intérieur du corps. Ce n'est plus une matrice sous forme de canaux terminés en cœcum et s'ouvrant dans un canal longitudinal comme dans la plupart des Téniens, mais c’est une matrice formée d’une innombrable quantité de vésicules isolées, envahissant tout le corps et qui sont toutes remplies d'œufs quand le Proglottis est prêt à se détacher.

Des œufs. — Les œufs des Cestoïdes ne sont généralement pas pondus, comme nous venons de le voir; il n’y a pas d’orifice dans l'appareil sexe! qui leur livre passage. Ils restent enfermés dans le sein de leur mére, s'y accumulent, envahissent toute la cavité du corps, en prenant jusqu'à la place des autres organes. Ces œufs n'échappent de leur prison vivante que par déhiscence ; c’est l’eau ou le suc gastrique, s'ils sont avalés avec la mére, qui fait rompre les parois. La mère ne sert souvent que de véhicüle pour la dissémination de sa progéniture, et, toute pleine d'œufs, elle joue le rôle d’une amorce pour introduire, comme le cheval de Troie, l'ennemi dans la place.

Les œufs de Cestoides varient peu en apparence, en nombre, en volume et en forme; chaque Proglottis en produit une quantité prodigieuse ; le volume en est toujours fort petit et leur forme est généralement sphérique.

Il y a plus de différence sous le rapport des enveloppes; on voit des œufs enveloppés de trois et quatre couches parfaitement distinctes, et parfois la couche externe à une épaisseur et une dureté qui font ressembler l'œuf à une graine.

On ne voit rien dans ces œufs qui ressemble à un orifice pour l'introduction des spermatozoïdes, par la raison que la coque de l'œuf se forme apres que la fécondation s’est opérée. Les globules vitellins se sont précipités autour d'une vésicule germinative, presque en présence des spermatozoïdes, et les enveloppes ne se forment qu'après dans la matrice.

Cette enveloppe externe se prolonge quelquefois à un seul pôle, quelquefois à tous les deux, et l'œuf ressemble alors à ceux que l’on trouve chez divers Trématodes.

Les œufs éclosent-ils dans l'intestin de l'animal même qui renferme la mere? Nous ne craignons pas de dire non, et nous le disons non-seulement pour les Cestoïdes, mais même pour les Trématodes et avec probabilité pour

(455) tous les Vers parasites. Nous avons vu tant d'œufs dans les fèces de tant d’animaux divers sans jamais trouver ,des jeunes à côté des adultes, qne nous ne croyons pas nous tromper en généralisa nt cette observation.

Nous divisons le développement des Cestoïdes en deux périodes : la premiere se passe, dans des conditions préparatoires, dans une sorte de stage forcé ; l'embryon, sous une première forme, habite un milieu en un patron qui le loge et le nourrit pour le compte d’un autre, ee qui ne l'empêche pas d'avoir ses parasites propres ; la seconde période se passe et s’accomplit dans l'animal final auquel il est destiné; dans la premiere période il a pris des forces, dans la seconde il fleurit.

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