‹ Recherches sur la faune littorale de BelgiqueChapitre 11 sur 39 · PI. V · texte numérisé non relu

PI. V

Ce genre a été élabli par Ehrcnberg sur un polype confondu jusqu'alors avec les corynes ; Johnston a proposé plus tard le nom de Ilermia.

Les polypes ont plusieurs rangs de tentacules épars et également longs, tous terminés par des boulons.

Le téléon est sphérique et porte quatre longs cirrhes; il naît entre les tentacules.

Le polypier est pergamcnlacé fort mince, très-irrégulièrement ramifié, étendu sur des corps solides morts ou vivants.

Les Syncoryna pusillu ', Sarsii- et Listeri^, se développent complètement jusqu'à la forme médusaire; la Sjjncoryna ramosa * au contraire comme la Syncoryna glandulata ^ ne produisent que des atrophions. Il en est de même de la Syncoryna (coryne) fnuicosa, que le rév. Hincks représente dans son catalogue des zoophytes du Soulh-Devon et South-Cornwall ^.

Syncoryna fusilla.

(PI. V, ng..i.)

Van Beneden, Recherches sur l'embryogénie des ttibutaires, p. 93, pL VI, fig. 1-10.

Il serait difficile de dire si celte espèce diffère réellement de la Syncoryna decipiens de Du Jardin.

Nous avons trouvé le téléon nageant librement dans l'aquarium au mois de juillet; il a une forme gracieuse, point de palpes buccaux, et quatre longs cirrhes marginaux.

' Van Beneden, Mémoire sur les lubulaires , p. 93, pi. VI, fig. f-10.

2 Faiina lilloralis lYorvegiœ , tab. I, fig. 1-6.

^ Van Beneden, loc. cit., p. 96, pi. VI, fig. 11-12.

* Act. Acad. nat. cttrios., vol. X, part. II, pi. X.XXIII.

^ Ilassall, Atin. and Mag. of nat. hisl., vol. VII, pi. VI, fig. 2.

0 Ann. Mag. of nat. hist., vol. VIII, 1861, p. 158 , pi. VI, fig. o-6.

Syncoryna LisTERii Vaii Ben.

(PI. V, (îg. 3.)

Les polypes ont trois rangs de tentacules, médiocrement développés; le polypier est corné, annelé assez régnlièrement dans presque toute sa longueur et ramifié.

Les léléons sont de forme sphéricpie et apparaissent à la hauteur du verticille inférieur; ils portent, pensons-nous, également quatre cirrhes.

Nous supposons que Lister a vu seulement les mâles, qui se présentent comme des atrophions.

Syncoryna i.isTEUii, Van Beneden, Mémoire sur les Tuhulaires, [A. VI, lig. \ \-\'i. CoRYNE LisTEiui, Phil. trciiiscict., 1854, pi. X, fig. 3. CoRïNE RASiosA, Joiilislon, Brilis. Zooph., pi. VI, fig. 4-7.

— — Ilinck's Catalogue..., A.nn. nat. hist., I8G1 , p. lo8.

Nous l'avons trouvé sur des moules et sur les halodactyles.

This species is a chamcleristic Soulli-Devon form, dit M. Sir. Hincks. Sur nos côtes de Belgique , on ne la voit que de temps en temps et jamais en grande quantité.

Syncoryna Johnstonh Van Ben.

(Pl.V, Uy. 1-5.)

Les tentacules sont au nomhrè de douze, placés sur trois rangs, s'étendant pendant le repos de manière à dépasser la longueur du corps; le corps est légèrement hrunâtre.

La colonie est très-irrégulièrement ramifiée et rampante : on voit souvent des tiges droites et longues s'élever à peu de distance en dessous du corps des polypules.

Le polypier même est transparent, d'un jaune doré plus ou moins tortueux.

Nous avons trouvé cette espèce sur des écailles d'huîtres, mais on la voit plus souvent toutefois sur des feuilles de fucus.

Nous avons été longtemps sans connaître cette espèce autrement que sous sa dernière forme médusaire, et cependant nous n'avons jamais manqué de la distinguer des autres, chaque fois que le téléon est tombé sous nos yeux.

Syncoryna Lovenii Van Ben.

Le polype. — Le corps fort allongé el les tentacules forment de (iiiatre à ein(| cMages; ils sont nombreux, puisqu'on en compte jusqu'à vingt, mais ils ne sont pas longs et ils alternent. Le corps présente vers son milieu des stries l'ouges.

La colonie est ramifiée, non rampante, et des branches se montrent à des dislances assez régulières sans être jamais tortueuses. Le polypier est transparent, mince et d'un jaune doré.

C'est aussi sur des co(piilIes d'huilres que nous avons observé cette espèce.

On ne peut la confondre avec d'autres à cause de la disposition de ses tentacules en étages, ce qui lui donne un aspect particulier. On compte quatre et cinq étages, et l'on voit distinctement quatre tentacules à chacun d'eux. Le corps se rapproche de celui de la Coryna sessilis.

Genre CORYNE.

C'est un des genres le plus anciennement établis. C'est Gartner (jui l'a proposé à la fin du siècle dernier, après un voyage fait en Angleterre.

Si nous examinons les espèces de ce genre sous le rapport des phases de leur développement médusaire, nous trouvons : la Coryna squamala dans les deux sexes à l'état d'atrophion complet; les Coryna gravala et nnrabilis à formes médusaires incomplètes, dans ce sens, que le produit sexuel se répand avant la séparation ou la mise en liberté des bourgeons; la Coryna frilillaria à l'état de téléon complet, puisque l'accroissement continue après la mise en liberté des gemmes, et que les organes sexuels ne se développent pas avant la séparation.

La Coryna squamata n'était encore que fort imparfaitement connue, quand nous avons publié nos Recherches sur les tubulaires. Il n'en est plus de même aujourd'hui : on connaît le polype mâle et femelle dans toutes les phases de son évolution.

La génération sexuelle apparaît par grappes immédialemeni au-dessous des

tentacules inférieurs. Les deux sexes sont à Télal d'alropliion complet. La forme méilusairc est réduite à l'état d'un véritable ovisac.

Notre Mémoire sur les tabulaires est accompagnée d'une planche (pi. VHI) qui représente une colonie mfde. Costa Uathke que l'on doit la découverte des spermatozoïdes '. Depuis 1833, M. Wagner a vu les œufs -, dans une espèce de l'Adriatique, Coryna aculeata, mais qui est plutôt une hydractinie, comme Sars en a déjà émis l'avis.

M. Stret, Wright parle de polypiers (|u'il a observés dans de nouvelles espèces de ce genre, tandis que la plupart des auteurs s'accordent à en refuser à celles que l'on connaissait. Il est possible qu'il en existe un, mais qu'il soit réduit à une ténuité tellement grande qu'il n'en reste pour ainsi dire rien après la décomposition de l'animal. On fera bien, en tout cas, de ne pas tenir compte de cette absence de polypier pour caractériser les genres. Nous avions cru également que les hydraclinies en étaient dépourvues, mais leur absence est, ici comme ailleurs, plutôt relative que réelle.

La Coryna mirabilis AWgass'vi ' présente la plus grande ressemblance avec la Coryna gravala de M. Stret. Wright; mais ce dernier savant n'a connu qu'un seul sexe, tandis qu'Âgassiz a vu les mâles et les femelles*. Ce sont des léléons médusaires qui, à la différence des téléons ordinaires, deviennent sexuels avant leur séparation. La ressemblance entre ces deux espèces va si loin, que toutes les deux représentent un polype sans tentacules, chargé d'un téléon.

CORVNE SQUAMATA MiUlcr.

ConYNE SQiMMATA, lliiil. \\ x\'^nn\.P ludvom. Iiîsl. générât., pi. I, 11g. I.

— — Rallike, liemerkiingen.... Ericlisou's Archiv , 1844, p. l5o, pi. V, fig. t-6.

— — Th. Stret. Wright, Observations on hrit. Zuopliijtes, Edinc. new piiilo^^.

JOiiRN. Jujy, 1837.

Ci.AVA siiLTicoiiMS, 0' Alhiiaii, On tlie slruclure of Ihe rcprod. orij. in cerl Injd. poL, Proceed. OF THK R. Society, 1857-58.

— — J. Leidy, Joit.n. Acad. nat. se. Piiii.aiiei.pii., \o1. III, IS.jII.

* Bemerkiingen iiber tlie Corijne stiiiiniiala , Emiicuso.N s Aii<:niv, 1844.

— IhiiL, 1833, Heft. III.

^ Agassiz, loc. cit., pi. XVII, lig. 15-10, représente les téléons femelles; fig. 11-12, les téléons mâles.

* Loc. cit., pi. VII, fig. 5, sont deux téléons femelles.

Cette coryiie se trouve souveiil sur les Fucus, surtout le Fucus vesicu- Idsus.

Elle paraît habiter une grande étendue : Rallike l'a observée dans la Baltique, Ot. Perd. Millier dans le Skagerrack, M. Steenslrup, aux îles Farii, MM. Aider et Slret. Wright et d'autres sur les côtes d'Angleterre, M. J. Leidy, aux Etals-Unis, Rhode-lsland et nous, sur les côtes de lîelgique.

Depuis la publication de notre Mémoire sur les tubulaires, nous avons eu Toccasion d'étudier des colonies femelles; comme dans les colonies mâles, les atrophions sont fort simples, sans aucun organe extérieur, et réduits exactement à l'état de sac. Toute la capsule ne consiste que dans une saillie de l'endoderme et de l'ectoderme, et un œuf qui se développe entre les deux. La couleur ainsi que le volume de la capsule dépendent uniquement des œufs qu'elles renferment , comme l'indique la figure ci-jointe.

Outre l'espèce ordinaire, M. Stret. Wright fait connaître trois nouvelles espèces des côtes d'Angleterre, sous les noms de Clava repens, Clava membranacca et Clava cornea. On connaît déjà depuis plusieurs années la Coryna frilillaria de la côte d'Islande, observée par 31. Steenstrup, et M. Stret. Wright a fait connaître tout récemment encore une autre belle espèce sous le nom de Coryna gravata, voisine de la Miiabilis observée par M. Agassiz sur les côtes des Étals-Unis.

Genre CORDYLOPHORE. — Cordylophora Ailman.

Coryne squnmain avec un u'ul complet.

Nous consignons ici le résultat de quelques observations que nous avons eu l'occasion de faire sur des cordylophores de Schleswig.

Les cordylophores ont été découverts par Ailman dans les environs de Dublin; nous avons douté quelque temps de leur existence hors de l'eau douce. La découverte récente des cordylophores à l'embouchure de l'Elbe, sur les

bouées, semble intli(|iier (jue ces polypes, (oui en étant (Feau douce, vivent cependant dans une eau saumâtre. On les trouve seulement sur les bouées, dit M. Kircbenpauer, qui forment les limites des eaux de l'Elbe. Les bouées qui portent des polypes marins et qui sont placées plus loin, ne sont jamais couvertes de coi'dylophorcs.

Ce genre renferme deux espèces, si tant est que les polypes vus en Angleterre sont les mémos que Retzius a vus à Stoekbolm : la première est connue sous le nom de :

CoRDYLOPHORA LACusTRis Allman.

Synonymii'. — Allman, Sur l'unatomle et Ut phi/siohxjic du cordylophora , Soc. nov. de Londhes, IG juin ISjo, JouPaN'A!. i.'I.NSTiTiiT, 1835, p. 598. Allman, Ann. ofnat. histor., vol. XI, ser. :2, pi. VI; Corilylopharii lacustris. Tliom. Hincks, Fusilier noies on hrilish Zoopin/tes, Ann. a.nd Mac. nat. iiistoiiï.

Maich, 1853.

.\llman , Pkilosoph. transacl ions , ISÎJô, p. ôfi7. Kircbcnpnncr, Die Seclonnen (1er Elbmunihrjifi; ll.inibourg, l8Gîi, in-4", p. 15.

Les Cord} lopbores ont été observés aux environs de Dublin d'abord, aux environs de Londres ensuite, puis dans le Schleswig, dans les environs de Stockholm' (Retzius), et enfin à l'embouchure de l'Elbe, sur les bouées qui servent d'indicateurs pour la navigation.

Ce genre si remarquable, que l'on a vu dans des localités si diverses, depuis la découverte qui en a été faite, a été l'objet de quelques observations de notre part, qui ne nous semblent pas dénuées complètement d'intérêt. Nous avouons volontiers que, pendant fort longtemps, nous avons douté de l'existence d'un tubularide d'eau douce, et nous avons profité de l'offre qui nous a été faite par M. Sempcr d'étudier ce curieux genre. Du reste, depuis la publication du beau Mémoire de Allman, il n'existait plus dans notre esprit aucun doute à ce sujet.

ISous avons reçu deM.Semper, avant son départ pour les îles Philippines, des Cordylophores vivants de Schleswig, que nous avons pu conserver pcn-

' Le pi'ofcsseur.Mlman m'informe, dans une lellre datée du 11 déeenibre 1838, que ReUius lui a fait connaître l'existence îles Cordylophora dans l'eau douce, près de la ville de Stocktiolm.

SIU LlllSTOlKK NAÏIKELLE DES POLYPES. 12o

ilaiil (juclque temps. Ils nous onl permis de faire t]uei(pics observations que nous consignons ici. Nous avons reçu quelques colonies en automne et nous avons pu les conserver en vie jusqu'au mois de novembre ou de décembre. Les polypes onl dis|)aru alors.

Nous avons laissé Teau qui les contenait en repos pendant tout l'hiver, et au mois de mars suivant de nouveaux Corclijlophom ont i-eparu au bout des tiges comme dans les Tubulaires.

Quelques tiges ou tubes se sont attachés aux parois du bocal , et il a sulli d'une toute petite partie de cœnosarque dans le tube, pour engendrer de nouveaux cordylophores.

La plus grande partie de ces tubes étaient entièrement vides, au point qu'on voyait parfaitement à travers les parois. Une très-petite partie de la lonifueur contenait encore de la masse charnue commune.

Des têtes de cordylophores ont même poussé vers les deux extrémités, et

les tentacules ont pris leur développement complet comme dans les tubulaires.

Un des phénomènes les plus curieux de la reproduction agame est celui-ci :

une branche avait été coupée à sa base et dans la masse, et au

m^ bout de quelque temps elle avait poussé, indépendamment des

// nouvelles tètes qui se trouvaient à l'extrémité supérieure, une tète

( ^ i/ également à sa partie inférieure. Il n'est pas rare aussi de voir la

1 1 /W' même niasse s'étendre dans un tube abandonné et de continuer

ly/ son évolution, de manière qu'une tige morte redevient le siège

f d'un polype vivant.

En plaçant des daphnées dans de l'eau qui contient des cordylophores, on est tout surpris de voir au bout de peu de temps, quand ceux-ci sont bien épanouis, ces fougueux crustacés se débattre entre les bras des polypes et perdre bientôt tout mouvement indiquant l'intention de reprendre leur liberté. On les voit coidyiopiiore. commc paralysés dans leur cara[)ace solide.

Ce qui n'est pas moins curieux, c'est de voir des nais en lutte avec ces polypes, et quoique la vie soit bien tenace dans ces vers, on les voit cependant rapidement succomber et passer dans la cavité digestive du polype. Nous en avons vu qui n'étaient qu'à moitié avalés, et dont une partie passait suc-

cessivemenl dans la cavité digeslive, pendant que Tautre partie se débattait à l'extérieur. Nous les avons vus avaler également des planaires vivantes. Ces tubulaires sont donc des animaux très-voraces.

M. Kirchen paner en a observé une espèce nouvelle sur les bouées à Teniboucbure de TEIbe, qu'il désigne sous le nom de Conhjlophora alhicoki.

CoRDYLOPHORA ALBicoLA Kirchcnpauer.

Cette espèce a été trouvée par M. Kirchenpauer sur les bouées à Tembouchure de TEIbe. M. Rircbenpaucr n'a pas vu de capsules pour la reproduction , ce qui dépend sans aucun doute de l'époque do l'année à laquelle il a étudié ces polypes.

Genre DICORYNE.

Dans son catalogue' M. Aider signale, sous le nom (ÏEudendriurn, un nouveau polype, vivant sur. les vieilles coquilles de Buccinum undalum et de Fusus antiquus , que nous croyons identique avec le polype que nous signalons ici.

Nous n'avons observé que les polypes agames, mais M. Aider a été plus heureux ; il a vu des téléons mâles et des femelles, et il a constaté chez eux un mode de reproduction dont on ne connaît pas encore un second exemple.

Nous l'avons observé sur les tiges de Tubularia indivisa; plusieurs fois nous avons trouvé ces tiges envahies par VAplydium.

DlCORYNA CONFERTUM.

Synonymie. — Eudendrium confeutum, Aider, Catidogice of Zoophijles...., 1857.

DicouYNA STiiicTA, Alliuan, 0)i thc hijdroïd Zoophytes , An.n. and mac.nat. hist., vol. VIII, 18(;i, p. IG8.

L'animal a douze tentacules assez forts, qui sont, comme le corps du polype

' A calaluçjue of llte Zoophytes of iXorthuiiiberland and Durltam, Tuansact. or thi; TiivjisiDENATURAL. Fiddchtb. Newcaslle iipon Tyra, |8o7, p. 15, pi. I, fig. S-8.

SUR LHISTOIHE rSATURELLE DES POLYPES. 127

ot sa lige, d'un jaune irocre. La colonie n'est pas arborescente. Elle rampe el forme un réseau. Chaque polype vil seul au bout d'une branche isolée.

Ce polype habite de grandes profondeurs.

Nous ne Pavons pas vu dans la dernière phase de son évolution.

Allman a vu des individus des deux sexes, el il nous fait connaître un mode de reproduction par planule tout nouveau.

Un gonophore , pour me servir de son expression , donne naissance à un corps cilié, portant deux tentacules ; ce corps est tantôt femelle, et montre deux œufs très-développés dans son intérieur; tantôt il est mâle, et ne renferme que des spermatozoïdes.

Il nage librement grâce à ses cils.

Ces corps ne son! pas franchement des planules, puisqu'ils sont sexués : ce ne sont pas non plus des léléons véritables, puisqu'ils descendent de léléons et que ceux-ci n'ont point le corps couvert de cils vibraliles.

Genre DINEiMA.

, Il est reconnu, dans toutes les classes du règne animal, que les espèces se rapprochent d'autant plus entre elles qu'on les examine à un âge moins avancé. A l'âge adulte seul appartienncnl souvent les attributs sjK'cilîques comme les attributs sexuels. Dans ce genre, nous trouvons un exemple remarquable auquel ce principe est applicable. Nous avions pendant longtemps étudié des Euclendriiim ramosum ; nous croyions parfaitement connaître celle espèce si commune sur nos côtes , lorsqu'un beau jour nous voyons éclore des méduses de deux formes complètement différentes, provenant de colonies que nous avions regardées jusqu'alors comme identiques. Il existe des différences, mais elles nous avaient échappé, et nous avions confondu deux polypes complètement différents sous leur forme médusaire. Ces polypes, ipie nous avions confondus, sont : VEudendrium ramosum et le Dinema de Slabber. Quelques naturalistes avaient toutefois reconnu que ces j)olypes ne sont pas semblables, el, avec une grande perspicacité, ils leur avaient imposé des noms spécifiques propres.

Slabber, après avoir décrit el figuré sa charmante espèce de callianyre

[Callianyra hexagona , pi. VII, fig. 3-4), parle, dans la onzième partie de son intéressant livre, d'un béroë (p. 89 , pi. II , fig. 1-2), qu'il appelle Gladdc ùeroë, en le comparant au callianyre.

H le trouva dans ses filets le 8 juillet 1768. Il a la grosseur d'un grain de colza. Sa cavité stomacale, que Slabber a fort bien reconnue, ainsi que les quatre canaux qui en partent, ont une couleur jaunâtre, tandis que la teinte générale tire sur le bleu. Les deux cirrbes s'allongent considérablement, dit-il, et il resta ébahi la première fois qu'il vit ces organes se dérouler. Il pense qu'ils s'étalent quand l'animal va à la chasse. Il a vu aussi que le cercle peut se resserrer à volonté.

Slabber n'a trouvé cet animal décrit nulle part, et nous pouvons en dire encore autant aujourd'hui.

Il est inutile de faire remarquer que cette petite méduse, loin de ressembler à des béroë, comme le nom de Slabber semble l'indiquer, ressemble plutôt aux médusaires, et que les deux appendices flottants, qui ont dans les Cténophores une origine complètement différente de celle de ces prétendus béroë, ne dilTèrent pas moins par leur structure que par leur composition. Ce sont toutefois ces appendices qui ont trompé Slabber sur les aflînilés.

Ed. Forbes pense que les deux figures de Slabber (pi. II, fig. 1 et 2) représentent la Saphenia dinema '.

Nous ne croyons pas que ce soit le même animal que Forbes décrit sous ce nom; indépendamment de la taille qui diffère, Forbes parle de vingtquatre tentacules courts et incolores placés entre les deux longs cirrbes. Nous n'avons rien vu de semblable dans notre espèce. Entre les deux cirrhes on ne voit que deux autres rudiments de cirrhes correspondant aux canaux gastrovasculaires.

En 1855 nous fûmes fort surpris de voir naître une petite méduse de colonies A^Eudendritim , qui jusqu'alors nous avaient toujours donné des méduses à huit cirrhes au lieu de deux. En examinant les polypes de plus près, il devint bientôt évident que nous avions sous les yeux des polypes très-difTérents entre eux par leur forme médusaire, mais Irés-semblables, au eontraiie, par leurs formes agames.

' Forbes, Brit. Nak. eyed Medusae, p. 9:.>.

SUR L'HISTOIHK fNATUHKLLE DES POLYPES. ^29

Nous avions depuis longlenips ol)sen'é celle méduse microscopique, que nous avions trouvée en assez grande abondance, au mois de mai, dans notre a(|uarium, mais sans en connaître Torigine. Nous ne lui avons pas vu d'organes sexuels.

Le léléon que M. Stret. Wright a figuré depuis sous le nom iVEudendriuui /ntsillum, présente avec celte espèce la plus grande ressemblance, par les deux longs cirrhes, rabsence de polypes, etc.; mais les polypules diiïèrenl nolablement entre eux, surtout par la communauté ',

La Sijncorijna deodorae de Gegenbaui" ressemble beaucoup aussi à celte espèce, par sa méduse au moins; mais Thydrier est complètement dilTérent. Celle espèce se rapproche plutôt, cpioique de la Médilerranée, {[(^.VEudendrium sessih's de Stret. Wright. Cette syncoryne de Gegenbaur a les tentacules épars et sans boulons, ce qui justifie le nom de Si/ncori/ne.

On entrevoit déjà que des formes niédusaires fort semblables vont provenir de genres différents établis jus(|u'à présent sur la forme agame, et (|u\in remaniement complet sera nécessaire le jour que toutes ces espèces seront connues dans leurs diverses phases d'évolution. Nous sommes encore loin de cette époque.

Sous le nom iYAtrcictylis pnUiala, M. Stret. Wright a décrit tout récemment un polype qui , à l'élat de léléon , présente avec le genre Ditiema une grande ressemblance. Il est à noter toutefois que le savant naturaliste anglais a vu des appendices surgir entre les deux longs cirrhes '".

Comme il faut bien donner un nom à cette curieuse forme de méduse , à cause des deux longs cirrhes, nous proposons de lui donner le nom générique de Dineina.

Les polypes agames ont tous les caractères des véritables Eudendrium, c'est-à-dire qu'ils ont un seul cercle de tentacules disposés en verticille , étalés dans toutes les directions et fort rétracliles. Le polypier est faiblement développé et sans anneaux.

Les léléons naissent le long de la tige; ils portent deux longs cirrhes fort

' Eudendrium pxsillitm , Stret. Wiiglit, Oliscrv. un lliit. Zoopinjl , .Ni:\v l'iiii.. .Iiirii.v. Jiily 1857, pi. Il, fig. 8-!).

- Aini. et Mmi. Xal. lusl.. IS(il . p. 1-29.

rélracliles el deux autres riidimentaires. Des palpes simples enlourenl Porifice de la bouche.

DlNEMA SlABBERI.

(PI. IXelX.)

Synonymie. — Gladdh Beroë, Slabber, lYatiturk. verlustig., pi. Il, fig. I et 2.

OcEANiA MiCHOscoi'icA, Pcroii et Lesueui', Tahlmu des caractèr...., pag. 5M. OcEANiA jiicnoscopiCA, Lcsson , Acalèplies, pag. 521.

EuDENDRiuM RAMEUM, îohnstOTi , Bvit. Zoophytes , '2' éd., pag. A'i, pi. V, lig. \-± TuBUi.ARiA RAMEA, PhIIbs, Elencluis, pag. 83. Takidg pyp-corallyn. nat. Hisl. ilr

planl-Dicren, door Boddaert, p. 102.

Tumii.AiiiA RAHOSA, JohnstOH. Transact. Tew Soc, vol. H, p. 255, pi. X.

Johnslon doute encore de la valeur réelle de celle espèce, puisqu'il dit, p. 4.6 : It is possible this may be a state of E. ramosum, but ils arborescent charncter, and ihc complexness of its striicltire, are so remarkabie that i hâve ivillinylji foUoived the example of Pallas , who lias given a description of the species in hit usual accurate and expressive style.

VEudendrium ramosum est le même sur nos côtes el les côles de Sicile, d'après Gegenbaur.

VEudendrimn racemosum , observé par Cavolini el Krohn, dans le golfe de Naples, el par M. Gegenbaur à Messine, est-il encore le mêmep

Nous en douions, surtoul pour le dernier, donl Cavolini nous fait connaître les méduses incomplètes.

Le polype agame a de cinq à dix tentacules sur un seul rang. On ne voit ce premier nombre que sur les jeunes individus.

Le polypier est ramifié el n'offre pas les anneaux de l'espèce précédente. Il forme aussi une touffe chevelue sur divers corps, surtout sur le halodactyle.

La méduse est assez grande relativement à la précédente. Elle nait, comme elle, le long de la lige. Les inférieures sont les plus âgées. Il y a quatre canaux droits qui parlent de l'estomac pour se rendre au canal marginal, mais ce n'est qu'au bout de deux de ces canaux que naissent les longs cirrhes. Au bout des deux autres canaux, il se trouve seulement un mamelon. 11 n'y a pas d'yeux. La bouche est sans tentacules au moment où la méduse se détache. Le développement est le même.

J'ai leiui des méduses de ces deux espèces en vie, pendant quatre semaines, sans avoir vu apparaitre les organes sexuels. Je les ai perdues après cela. J'en avais des centaines de l'une et de l'autre espèce pèle-mèle dans un vase dont l'eau se renouvelait nuit et jour et se trouvait constanmient en mouvement.

La méduse que nous avons trouvée libre dans l'aquarium au mois de mai était toute transparente ; la cavité de l'estomac était seulement teinte de rouge, ainsi que la base des cirrbes. Nous n'avons pas vu d'organes sexuels. Des palpes simples occupaient l'orifice de la bouche.

Genrk h YDR ACTINIE V. Ben.

Los polypes agames sont nus, et couverts, à leur base seulement, d'un polypier mince et délicat, souvent imperceptible; les tentacules ne forment (|u'un seul verticille; les polypes qui engendrent la forme médusaire n'ont généralement pas de tentacules '. Les téléons apparaissent vers le milieu du corps ou en dessous des tentacules, et sont sessiles. Ils ne se développent généralement pas jusqu'à la forme médusaire.

Nous étions loin de songer, en 1841 , en établissant ce genre Hydraciinie , que peu d'années plus lard ces polypes seraient signalés sur des points aussi éloignés les uns des aulres que le sont la mer du Nord, la Méditerranée et les côtes des États-Unis d'Amérique. Partout ils se sont présentés sous des formes particulières, qui leur ont valu les noms les plus singuliers. Presque ei\ même temps, Philippi propose pour eux le nom générique de Disnwrpliom -; A. de Quatrefages, celui de Synhi/dra '%• Hassall et Sars, iVEchinocliorium* et de Podocoryna'' . Dans le Règne animal illustré de Cuviei-, 1'%-

' Nous disons (jénéralement , parce que Gegenbaur vient dobscrver des individus i^éiiériiteurs dans la Méditerranée, avee teutaeules et sans tentacules, VerijL AnuUtm., p. 'J4, ilg.lS.

-' Wieqmann's Arcliiv, 1842, tab. I, p. 37, fig. 2-3.

■" AiiiKiles (les sciences iiatm-eUes, 2' série, 1843, t. XX, pi. VIII-IX.

' Ami. and Magaz.ofnat. hist., vol. VII, p. 371, pi. X, lig. !J.

■ Fauna tiltoralis Norveyiav; Clirisliania, 184(1, p. '(•, pi. l-Il. .\ug. Kndin, L'ebcr Podocorijiiit . TiioscHEi.'.s Ancinv, I8;jl , p. 2(i3.

druciiii/e o!?l |)Iacce dans le genre Corijitc '. C'est sous le même nom générique que R. Wagner a signalé une espèce [Coryna aculeu(a) de TAdrialique ".

Sais, qui avait dc'jà consigné ses intéressantes observations sur les hydraelinies dans sa Fmma tilloralis Norvegiae, a fait de nouvelles observations sur ce même genre pendant son voyage sur les bords de la Méditerranée, et nous n'avons pas été peu surpris de le voir dislinguer deux nouvelles espèces dans le golfe de .\ai)les : Tune, qui est identique avec la Podoconjini cartwa de la mer du Nord ''; l'autre portant le nom de Podocoryna fuckola; celle-ci diffère surtout de la première par les tentacules qui, quoique moins nombreux, ne couronnent pas moins les neutres comme les autres, et par les atrophions complets dans les deux sexes.

Dans une note, M. Sars l'ail connaître une autre espèce encore de la mer du Nord , qu'on trouve sur les liges du Tuindaria indivisa, habitant à 30 ou /i-0 brasses de profondeur, et qu'il appelle Podocoryna inhulariae *.

Des sept espèces que nous comptons aujourd'hui dans ce genre, trois sont de la mer du Nord, une de la Méditerranée, une de l'Adrialicpie, une de la Baltique et une des côtes des Étals-Unis. Une espèce, l'Ecliinala, qui semble à la fois, d'après Leidy, habiter la mer du Nord et les côtes des États-Unis (Rhode-lsland). La Fucicolu de la Méditerranée, la Polyelina des États-Unis et ÏËchinala de la mer du Nord, produisent des atrophions. Les deux espèces ÏAculeala de l'Adrialique et la Curnea de la côte de Norwége se développent, au contraire, jusqu'à la forme médusaire. La première, toutefois, dont nous ne connaissons que la femelle par R. Wagner, devieni sexuelle avant sa séparation et ne devient guère téléon libre; la seconde offre cette autre particularité, que la femelle seule est un alrophion complet, et le mâle, au contraire, send)le devenir téléon libre et complet.

La Synhydra pai'asile est sans doute synonyme de VHydractinia echinata.

Nous ne connaissons pas l'âge sexuel des nouvelles espèces que nous faisons connaître, si ce n'est de l'espèce observée par .M. Lovèn. Le savant professeur de Slokholm regrette de n'avoir pu poursuivre plus loin le développemenl

' Rkjiii; animal illustir, Zoopuïtes, pi. LXIV, fig. 2. C'est mu- des (iijuiTs de Quatrefages.

•^ Isis, 185,-), Hcll III, ])!. XI, |). 'i.jd.

"' Sars, /or. cit., p. 3ÎJ.

* Ib., |). 3(). en noie.

SIR L'HISTOIKE INATIUKLLE DES l'OLYPES. f.l.l

tie ses curieuses hydraclinies; mais il n'a, à noire avis, rien à regretter : les mâles ne continuent pas longtemps, sans doute, leur existence libre, el portent tous leurs attributs au moment de leur séparation , tandis (|ue les femelles ne semblent même pas devenir libres et complètes.

En effet, les hydraclinies observées par M. Christian Lovèn, sur les cotes de Bohusian (Norwége), ont des individus prolifères plus courts que les autres, qui partent des bourgeons au-dessous des tentacules demi-rudimentaires. (]es bourgeons deviennent des méduses avec huit cirrhes marginaux, et paraissent appartenir aux Sarsia parmi les Océanides.

Les méduses abandonnées à elles-mêmes perdent, au bout de deux ou trois jours, de leur vitalité, et M. Christian Lovèn a vu les femelles se letourner complètement, et montrer dès ce moment une activité plus grande dans le iléveloppement des œufs el des ovaires.

Ce phénomène est le môme, croyons-nous, qui s'observe dans toutes ces

petites méduses nées en pleine mer et tenues en captivité dans un aquarium.

M.Stret.Wright divise les individus hydractinies en : ï" AUinenlanj polyps ;

2" Reproductive poUjps ; 3° Spiral pobjps ; i" Sessile (jeneralive sacs of tlie

polypari/; ^'' Teiitacidar poii/ps. l\ nous semble que les deux premières catégories mentent seules d'être conservées ici. Ils accomplissent les deux grandes fonctions qui entretiennent la vie '.

Quelques auteurs avaient pensé (|uc le polypier des hydractinies est interne, el (pi'il ne correspond pas avec celui des polypes hydraires. H aurait nécessairement fallu , dans ce cas, retirer les hydractinioft de ce dernier groupe. Par des observations suivies, M. Stret. Wright a prouvé ([u'il n'en est rien, que le polypier des hydractinies est, au contraire, extérieur, et en tout semblable à celui des tubulaires el des campanu-

D'ajin-s SUol. Wilylil. lalrCS ".

' Slret. Wriglit, Ann. May. nul. Itisl. Aug. I8(il , p. 152. - .inn. Miig. iiat. Itisl. Aug. 18GI , p. 151.

iU RECHERCHES

Hydractima echikata.

Les polypes aganies sont dïm blanc lactescent; les inàles et les femelles portent des Atroplnons : les premiers, de couleur blanche avec le support jaunâtre; les seconds, rougeàtres ou rosés.

Ils s'étalent le plus communément sur des coquilles du genre Buccinimi ou Nalica, et laissent à la surface de ces coquilles, après leur disparition, une croûte brune fort rugueuse, que l'on a prise pendant fort longtemps pour un polypier bryozoaire.

Il est à remarquer que cette espèce de nos côtes n'a jamais de téléon médusaire; c'est un Atrophioa complet. La Podocoryna carnea, au contraire, (|uc Sars a observée sur la côte de Norwége, a les femelles complètement atrophiées, comme dans notre hydractinie, tandis que les mâles prennent tous les caractères d'une méduse complète '. L'espèce de la Méditerranée, (pie Sars a nommée H. fucicola, a également les deux sexes en alroplnov complet.

Sijiwnipiiic. — Hydractina lactea et nosiiA, Van Beneilen, Bullelins de l'Acudémiv royale de

Bruxelles, I. VllI, 1841; Van Beneden , Recherches sur V embryogénie de.s

Tubutdires, Mém. de l'Acad. koy. de Bbuxelees, t. XVII, p. 104, pi. IX (I84ô);

Van Beneden, Sur les genres Eleulhérie et Sijnhydre, Bull, de l'Acad. nov.

DE Belgique, I. XI, 1844.

Snrs, Bidrug lil Ktindskalien om Middelhavets littoral- Faiinu; Xvt. Magaz.,

vol. IX. Christiania, ISoCi, p. ôo.

Hydractima EcinNAXA, Leidy, Journ. Acad. Se; Philadelph., vol. III, 18.j^. Hydractinia EcuiNATA, Ailmann , On the structure of the reproduction orguns in

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Hydractinl^ lactea, Cari Gegcnbaur, Grundziige der vergleichenden Anatomie.

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Chr. Lovèn , Till Utvickeiing... {Suv le développement des hydracliuies. ) Of

versigt of kong. Ventenskap. Akad. fordhandl., 1837, p. 303. Stokholni, 1838;

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