CHAPITRE IV
La faune malacologique fluvio-lacustre de l’Afrique équatoriale.
Nous avons constaté, chez les Mollusques terrestres de l’Afrique tropicale, un certain nombre de genres à distribution limitée ; nous allons voir que de tels genres sont exceptionnels chez les Mollusques fluviatiles qui présentent, dans leur ensemble, une homogénéité tout à fait remarquable. Les Pulmonés et les Pélécypodes sont les classes chez lesquelles cette homogénéité est la plus complète.
On trouve des représentants des genres Limnœa, Physa , Physopsis (2), Planorbis et Segmentina dans tout le domaine équatorial. J’ai montré dernièrement [Germain 1907c, p. 115 et suiv., 1908 i, p. 621 et suiv.) que les différents bassins fluviaux (Nil, Chari, Congo, Sénégal, Niger) et les grands lacs
(1) On observe le même phénomène dans la répartition des végétaux,
(2) Ce genre est spécial à l'Afrique équatoriale.
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(Nyassa,Tanganyika, Victoria-Nyanza, Rodolphe, Tchad, etc.) renfermaient toujours les mêmes espèces ou des formes représentatives très voisines (1). Je crois inutile de revenir sur ce sujet, et me contente de rappeler ce fait important.
Tous ces animaux vivent en colonies généralement très populeuses ; ils pullulent parfois, comme les Planorbes et les Physes dans le lac Tchad. Cependant leur diversité spécifique est à peu près nulle. C’est ainsi que tous les Planorbes de l’Afrique tropicale se groupent seulement en deux séries : celle du Pla norbis sudanicus Martens (2), et celle du Planorbis apertns Martens (3), la première de ces séries renfermant, à elle seule, la presque totalité des espèces. Il est curieux d’opposer ici ce qu’on observe en France où, sur une superficie incomj^arablement moindre, les rivières et les lacs donnent asile à huit groupes très distincts de Planorbes (4).
La même homogénéité se retrouve chez les Limnées qui ne constituent qu’un seul groupe gravitant autour du Lwincea africana Ruppell (5). Il en est de même des Physes. Parmi ces dernières, les Isodora dérivent d’une espèce paléarctique : Physa ( Isodora) conforta Michaud, et tous les Pyrgopliysa appartiennent au groupe du Physa {Pyr go physa) Dunkeri Germain. La limite nord de ces animaux correspond, très sensiblement dans l’ouest, à celle des Achatines et des Limicolaires, limite définie dans le chapitre précédent. Pendant la dernière expédition de MM. Chudeau et Gruvel en Mauritanie (1907), M. Chudeau a recueilli, à Boguent, c’est-à-dire à l’extrémité
(1) Consulter, à ce sujet, les tableaux comparatifs que j’ai publiés [1907c, p. 116, p. 124 et fiuiv. ; et 190S a , p. 627].
(2) Planorbis Boissyi Potiez et Michaud, PL tanganyikanus Bourguignat, PL tetmgonostoma Germain, PL Bozasi de Rochebrune et Germain, PL Buppelli Dunker, PL Herbini Bourguignat, et \, etc.
(3) Planorbis upertus Martens, PL Lamyi Germain.
(4) Ce sont les groupes suivants : 1° Groupe du Planorbis corneus L. ; 2° Groupe du PL umbilicatus Müller ; 3° Groupe du PL vortex Linné ; 4° Groupe du Pl. rotundafus Poiret ; 5° Groupe du PL contortus Linné ; 6° Groupe du PL albus Müller ; 7° Groupe du PL nautileus Linné ; 8° Groupe du PL fontanus Lightfoot.
(5) Je ne tiens pas compte ici des formes à'introduction récente , comme Limncea truncatula Müller. Voir chap. VI. Sauf cette exception, toutes les Limnées africaines dérivent d’un mémo type ancestral très peu évolué.
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nord de la limite des crues du Sénégal, Planorbis Bridouxi Bourguignat, Limnœa africana Ruppell, et Pliysa ( Pyrgophysa ) Dautzenbergi Germain. A Test, toutes les Physes, Limnées et Planorbes africains descendent jusqu’aux bouches du Nil. Les Physopsis remplacent, en partie, les Physes dans des contrées équatoriales ; les espèces de ce genre ne varient également que dans de très étroites proportions.
De cette pauvreté spécifique, il faut conclure à une grande homogénéité du milieu fluvio-lacustre de l’Afrique tropicale. Il suffit, en effet, d’avoir étudié notre faune française pour voir que, suivant la phrase de Locard (1881, n, p. 315], « chaque marais, chaque étang, chaque pièce d’eau a sa forme de Limnée qui lui est propre ». Tout varie : la forme de la coquille, l’épaisseur et la couleur du test, etc. Or, la constatation du peu de variabilité des Limnées africaines — aussi bien chez les espèces actuelles que chez les espèces quaternaires — prouve que le milieu où ces Limnées ont vécu et évolué, où elles vivent encore, n’a pas subi de changements notables, ce qui ne peut s’expliquer qu’en supposant une grande similitude pétrographique des fonds et des communications larges et faciles qui, à une époque peu éloignée, reliaient entre eux les différents bassins fluviaux de l’Afrique équatoriale.
La faune des Prcsobranches nous conduit à des constatations analogues, mais les formes génériques sont plus variées, et si l’ensemble présente encore une grande uniformité, quelques genres sont tout à fait localisés.
Les Vivipara , les Bythinia , les Clcopatra , les Ampullaria et les Lanistes se rencontrent partout en plus ou moins grande abondance, les mêmes espèces vivant indifféremment dans le Nil, le Chari, le Congo, le Sénégal, le Niger, et les grands lacs, y compris le Tchad [Germain, 1907c, p. 115] . L’uniformité présentée par certains genres est tout à fait singulière. Tel est le* cas des Vivipara dont on peut dire qu’il n’existe qu’une seule espèce ( Vivipara unicolor Olivier) autour de laquelle viennent se grouper, à titre de variétés ou d’espèces représentatives, à
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peu près toutes celles décrites jusqu’ici (1) Le genre Neothauma Bourguignat, a une dispersion beaucoup plus restreinte. Pendant longtemps, on le crut spécial au lac Tanganyika; mais Smith [ 1893 , p. G36, pi. lix, fîg. 5-7) en a décrit une espèce (2) (Neothauma mwzruensis Smith) du lac Mweru (lac Moéro), et il est à présumer qu’on en rencontrera de nouvelles dans les autres cours d’eau ou lacs de l’Afrique orientale (3).
Les Mélaniens sont relativement peu variés dans les contrées intérieures (4) où domine partout,et en très grande abondance, le polymorphe Melania tuberculata Millier. Cependant le bassin du Congo nourrit une riche suite de Mélaniens ornés (5), qui ne sont pas sans analogies avec ceux des régions brésiliennes, et qui vivent, dans certaines parties du moins, en colonies populeuses. Le haut bassin du Congo (cours du Lualaba et du Luapula) semble plus riche que le reste du fleuve car, ainsi que me l’a écrit M. Roubaud (6), la partie du Congo qui s'étend en aval du Ivassaï est singulièrement pauvre en Mollusques fluviatiles ; on n’y trouve plus, comme Mélaniens, que le seul Melania Liebrechtsi Dautzenberg.
Le lac Nyassa possède une faune très riche en Mélaniens
(1) Tels sont les Vivipara Jeffreysi Frauenfeld, Vio, abyssin ica Jf art eus, Viv. Robertsoni Frauenfeld, Vü\ Bellamyi Jousseaume ; ete...
(2) Sous le nom de Viviparus mweruensis Smith.
(3) Le genre Neothauma est très voisin du genre Vivipara ; je le considère cependant comme distinct, mlagré l’opiniou de Pelseneer [1886, p. 104].
(4) Je fais, bien entendu, abstraction ici des nombreux Mélaniens qui vivent dans les lagunes côtières si nombreuses en Afrique, comme les Potamides palustris Linné, Potam. decollatus Bruguière, Patam. obtusus Lamarck,etc... sur la côte est, et les Tympanotomos fuscatus Linné, Ciaviger auritus Müller, Cl. Mat oui Gray, etc... si répandus dans les lagunes de la côte ouest.
(5) Melania ponthiervillensis Dupuis et Putzeys, Mel, nyangweensis Dup. et Putz., Mel. depravata Dup. et Putz., Mel. nsendweensis Dup. et Putz., Mel. soror, Dup. et Putz., Mel. consobrina Dup. et Putz., Mel. kinshassaensis Dup. et Putz., Mel. Liebrechtsi Dautzenberg.
(6) 31. Roubaud, membre de la 3Iission d’Etude de la 3Ialadie du Sommeil, qui m’a fourni de si précieux documents sur la faune du Congo, m’écrivait de Brazzaville : « Dès le début de mon arrivée, j’ai visité les bords du fleuve et les îles, m’attendant à y trouver des monceaux de coquilles en cordon littoral. Je n’ai rien rencontré, sauf, de loin en loin, et le plus souvent vivants,des individus isolés, que les eaux venaient d’abandonner. J’ai parcouru déjà pas mal de chemin dans le Congo de l’Hinterland, j’ai fait, tant dans la vallée de l’Alima que sur les plateaux de la route des caravanes, des recherches nombreuses sur un parcours de plus de 1.200 kilomètres, autant que me le permettaient le loisir des étapes, et si j’ai été surpris d’une chose, c’est de la grande rareté des 3Iollusques au Congo. La faune du Pool même, qui est la plus riche, me paraît jusqu’à présent singulièrement pauvre étant donné sa surface qui couvre en largeur près de 40 kilomètres ».
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caractérisés par la diversité des formes spécifiques qui, toutes, restent de petite taille. Bourguignat [1889, p. 5 et suiv. ] a décrit cette faune, mais en multipliant les genres et les espèces d’une manière inacceptable. Avec le Melania tuberculata Müller, vivent dans ce lac, les Melania (Nyassia) nodocincta Dohrn, Mel. (Ny.) Simonsi Smith, Mel, (Ny.) polymorpha Smith, Mel. (Ny.) lacimosa Smith, Mel . (Ny.) pupœfomiis Smith, Mel. (Micromyassia) turritispira Smith, Mel. (Micron.) singularis Bourguignat, etc. Toutes ces coquilles ont, comme leurs congénères du lac Tanganyika, un aspect marin qu’il est difficile de contester; elles ont en outre, certaines d’entre elles tout au moins (Melania lœvigaia Bourguignat, Melania callista Bourguignat, Melania polymorjiha Smith, etc.) de grands rapports (1) avec les Mélanies du Lualaba et du Luapula dont j’ai parlé précédemment.
Enfin le lac Tanganyika renferme une faune de Prosobranches dont beaucoup de types paraissent, jusqu’ici, localisés dans cette immense nappe d’eau. Ce sont les genres Tanganyikia Crosse (Tang. rufofîlosa Smith), Paramelania Smith (Param . nassa Woodward) Lavigeria Bourguignat (2) (Lavig. Damoni Smitli), Bythocems Moore (Byth. iridescens Moore), Chytra Moore (Chytra Kirlci Smith), Bathanalia Moore (Bath. Hoicesi Moore), Limnotrochns Smith (Limn. Thomsoni Smith), Tiphobia S mit h (3) (Tiph. Horei Smith), Sjiekia Bourguignat (Spekia zonata Woodward), Rumella Bourguignat (Ram. neritinoides Smith), Giraudia Bourguignat ( Gir. prœclara Bourguignat) Syrnolopsis Smith (Syrn. lacustis Smith), Anceya Bourguignat (Ane. Giraudi Bourguignat) et Turbonilla Smith (Turb. tirebriformis Smith) (1) Presque tous ces genres présentent un aspect marin parfois très accentué et constituent 1’ « halolimnic group » de Moore [18983, p. 166], les genres dits « thalasscïles » par Bourguignat [18853, p. 9]. Frappés de ce faciès marin et de l’appa-
(1) La taille des animaux du lac Nyassa restant toujours beaucoup plus petite
(2) C’est le genre Nassopsis de Smith.
(3) C’est le genre Hylacantha d’Ancev.
(4) Je ne cite, pour chaque genre, qu’une espèce type.
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rente ressemblance de quelques Prosobranches du Tanganyika avec certains fossiles du Jurassique marin (1), White [1882] et Taush [1884] ont voulu voir, dans le groupe halolimnique, une faune résiduelle [Rdiktenfauna ] que Moore [1898, 1903] pense être d’âge jurassique. J’ai, dans deux publications antérieures, [Germain, 1907c, p. 117 et suiv., 1908 a, p. 623 et suiv. ] développé les raisons qui ne permettaient pas d’accepter l’opinion de Moore. Je n’y reviendrai pas et rappellerai que Hudleston [1904] est arrivé aux mêmes conclusions par l’étude purement géologique de la question. L’aspect marin de la faune du Tanganyika est dû à un phénomène de convergence. Bien entendu, comme tous les animaux, les Prosobranches thalassoïdes du Tanganyika dérivent de faunes primitives marines, mais seulement au même titre que les autres Gastéropodes fiuviatiles, c’est-à-dire que leurs ancêtres se sont détachés d’une souche marine bien avant la formation des espèces vivant maintenant dans le lac. Quant à leur aspect marin actuel, il provient uniquement d’une nouvelle adaptation à des conditions de vie présentant de grandes analogies avec celles qui régnent dans certaines mers.
La même uniformité se retrouve, peut-être plus accentuée encore, chez les Pélécypodes. Je ne ferai également qu’indiquer ce caractère ayant, dans un travail précédent (Germain, 1907c, p. 123 et suiv.), montré que non seulement les mêmes genres, mais encore les mêmes espèces se retrouvaient, à travers toute l’Afrique tropicale, depuis la côte de l’Océan Indien jusqu’à celle de l’Océan Atlantique. Comme pour toute la jaune fluviatile , l’Afrique orientale est la plus richement dotée en Pélécypodes d’eau douce.
(1) Ainsi que l’ont montré SMITH [1904, p. 79] et GERMAIN [1907e, p. 120], 1m analogies signalées par Taush et White ne sont qu’apparentes. Un examen attentif montre qu’on ne saurait rapprocher les Paramelania et Nassopsis des Purpurina du Jurassique marin, pas plus d’ailleurs qu’on ne peut établir de rapports réels entre les Bathanalia, Limnotrochus , Chytra et Spekm du Tanganyika et les Amberleya, Littorina,Onustus et Neridomus du Jurassique marin. Les auteurs qui ont établi ces rapprochements ont été trompés par un phénomène de convergence, d’ailleurs très remarquable, et Moore [1903, p. 349] a encore exagéré davantage lorsqu’il dit que les Prosobranchcs thalassoïdes du Tanganyika sout «pratically indistinguishable » des fossiles jurassiques correspondants.
La famille des Unionidæ est représentée par un petit nombre de sous-genres ; Unio sens, str., Granclidieria , Noclularici . et par le genre Pseudavicula Simpson. Presque tous les Unio vrais sont loealisés dans l’est africain et, surtout, dans le vaste bassin dépendant du Nil (1) ; ee n’est qu’à l’état d’exception qu’on en trouve dans le Congo, le Sénégal, le Niger ou le Chari et, dans ee eas, ce sont des espèces représentatives de celles des grands lacs ou du bassin du Nil. Tel est le eas de Y Unio mutelœformis Germain, qui représente, dans le lae Tchad, Y Unio Monceti Bourguignat, du Vietoria-Nyanza. J’aurai à revenir, au chapitre VI, sur les causes de cette distribution si spéciale.
Les Grcindidieria sont des Unionidæ qui présentent un faciès particulier dû à la sculpture très développée de leur test. On ne saurait les considérer comme un genre spéeial. Plus abondants dans le Tanganyika que partout ailleurs (2), ils ont été retrouvés dans le Tehad [Unio {Grandidieria) tsadianus Martens], et dans le lae Rodolphe [ Unio {Grand.) RothscJiildi Neuville et Anthony ; Un. {Grand.) Chefneuxi Neuv. et Anth. ]
Par contre, les Nodularia ont une distribution plus large. Ce sont à peu près les seuls Unionidæ qui vivent dans les bassins du Congo, du Sénégal, du Niger ou dans le lae Tchad. Us y sont souvent extrêmement répandus, mais les espèces restent toujours peu nombreuses.
Enfin, e’est encore dans l’est africain (3) qu’a été découvert, par le voyageur anglais H.-H. Johnston, le Pseudavicula Johnstoni décrit par Smith [1893, p. 632] sous le nom d 'Unio {Jletaptera) Johnstoni .
La famille des Mutelidœ caractérise la faune des Péléeypodes fluviatiles d’Afrique, au même titre que celle des Acha-
(1) Dans le Vietoria-Nyanza, les Unionidæ ont un test orné de stries très apparentes et de chevrons leur donnant un aspect spécial. Tels sont les Unio hypsiprimnus Martens, U. Hauttecœuri Bourguignat. etc.
(2) Unio (Grandidieria) Burtoni Woodward, Un. (Grand.) tanganyieensis Smith, Un. (Grand.) Thomsoni Smith, etc... J’ai montré [Germain, 190S, a, p. 6SC, fig. 27 à 36] que le nombre de ces espèces devait être considérablement réduit.
(3) Dans le lac Mweru (lac Moéro).
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tinidœ caractérise la faune terrestre. Bien que le nombre des espèces vraiment distinctes soit encore assez restreint, les genres sont assez nombreux puisque l’on doit admettre les suivants : Spatha Lea, Jlutela Scopoli, Mntelina Bourguignat, Pseudospatha Simpson, CheUdonopsis Ancey, Brazzea Bourguignat, Arthropteron de Rocliebrune, Pliodon Conrad, et Iridina Lamarck (1). Mais, le genre Spatha mis à part, chacune de ces coupes génériques ne renferme guère qu'une seule espèce autour de laquelle gravitent un plus ou moins grand nombre de variétés dont beaucoup ont été, à tort, élevées au rang spécifique.
Les genres Spatha et Mulela sont ceux dont la distribution est la plus étendue. Ils vivent dans tout le domaine équatorial, descendent le Nil jusqu’à son embouchure et se retrouvent même dans la Colonie du Cap [Spatha Wahlbergi Krauss]. Ils forment des colonies aussi populeuses que les Unioe t Ano douta dans nos rivières de France et possèdent d’ailleurs le même modus vivendi.
Les autres genres de J Iutelidœ ont une répartition plus limitée. Les Pseudospatha ( Pseud. tanganyieensis Smith, Pseud. Livingstonei Bourguignat) et les Brazzea [Brazzea Anceyi Bourguignat ] ne sont jusqu’ici connus que du lac Tanganyika. Cependant le genre représentatif des Brazzea habite le bassin du Niger, dans la région du Ouassoulou {Arthropteron ouas soulouensis Rochebrune). Le genre CheUdonopsis Ancey est limité à une faible partie du bassin du Congo (2)
Quant aux espèces à charnière pliodontiforme, celles de la série des Pliodon sens. str. [Pliodon ovatus Conrad, PI. ovatus var. pachyodon Bourguignat ] habitent seulement, dans l’ouest africain, les bassins du Sénégal et du Niger, tandis que les espèces de la série des Iridina Lamarck [ = Camzronia Bourguignat] ont une répartition beaucoup plus vaste, embrassant
(1) Se reporter au chapitre II (I rQ partie) pour les divers groupements de ia famille des Mutelidæ.
(2) Se reporter à la l r ® partie, chap. I.
Aiieir. de zool. nxr, et gêx. — y série. — t. 1. — a).
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surtout les régions de l’est, mais rayonnant au moins jusqu’au Tchad où les espèces sont très répandues [ Pliodon (Inclina) Hardeleti Germain, PI ( Irid .) Molli Germain, PL (IricL) tchadiensis Germain]. D’ailleurs, les dents de la charnière sont, chez les Mutelidœ , d’autant plus fortes que l’on avance davantage de l’est vers l’ouest. C’est ainsi que les rudiments de dents présentés par les Mutela sont beaucoup mieux formés chez les échantillons vivant dans le Chari ou le Tchad que chez ceux que l’on recueille dans le Nil.
La famille des Cyrenidœ possède de nombreux représentants, dans l’Afrique tropicale, mais les genres Galatea Bernardi, et Fischeria Bernardi, sont les seuls dont la distribution ne soit pas étendue à toute la province tropicale. Les espèces, peu nombreuses, vivent assez profondément enfoncées dans le sol et semblent en voie de disparition lente. Elles ont dû, en tous les cas, être plus abondantes à l’époque quaternaire ainsi qu’en témoignent les immenses dépôts de ces coquilles qui, au Congo, sont exploités par les indigènes pour la fabrication de la chaux. On ne connaît de Galatea que dans l’ouest africain où elles vivent dans toutes les rivières depuis le Sicrra-Leone jusqu’au Benguella. Elles sont particulièrement communes dans le Congo, et dans le Cuenza près de Saint-Paul de Loanda. Par contre, on n’en connaît pas au Cameroun. Enfin j’ai décrit, sous le nom de Fischeria centralis [Germain, 1907, p. 583], une espèce qui vit dans le Bani et le moyen Niger, c’est-à-dire beaucoup plus loin des côtes que toutes celles jusqu’ici signalées.
Les Sphœriiün et Ewpera vivent partout. U En per a parasi tica Parreyss, par exemple, se retrouve dans le Nil, le Sénégal, le Congo, le Chari, le lac Tchad, le Zambèse, et la colonie du Cap. Il en est de même des Ephœrium ; mais M. A. Chevalier a découvert, dans le Mamoun (territoire du Chari), une espèce, Sphœr . Courteti Germain, caractérisée par les lamelles de sa charnière fortement et régulièrement serrulées, pour laquelle j’institue le nouveau sous - genre Serratisphœrium Germain. Enfin les Corbicula sont également très répandues
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dans le domaine équatorial, mais surtout dans les régions de l’est, le bassin du Chari et le lac Tchad. M. R. Cliudeau en a recueilli d’intéressantes espèces dans le Niger. Je les décrirai prochainement. Dans les régions de l'ouest, elles sont partiellement remplacées par les Galatea ; c'est ainsi que les Galatées
sont abondantes dans le Benguella et le bas Congo où les Corbicules sont absentes.
Le genre Ætlieria est tout à fait spécial à l'Afrique tropicale et au nord-ouest de Madagascar [Germain, 1907a, p. 225], 11 appartient à la famille des Ætherkhv , très voisine de celle des Unionidæ, sinon identique [Anthony, 1905), et dont la répartition embrasse (fig. 54) l’Amérique équinoxiale (genres Mulleria et Bartlettia) et l’Inde péninsulaire (genre Mulleria). Tl n’existe qu’une seule espèce d’Ætherie ; ( Ætlieria
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elliptica Lamarck), essentiellement polymorphe, dont les formes garnies d’épines tubuleuses [var. tubifera Sowerby ] vivent de préférence dans les eaux calmes, tandis cpie les formes lisses se rencontrent surtout dans les eaux agitées et au voisinage des
Jb’Kî. 53. Répartition géographique du genre Ætheria.
rapides (1). Il est aujourd’hui possible de précise)*, avec une rigueur suffisante, la répartition géographique des Ætlieries. Leur limite nord est constituée par la zone de débordements
(1) H existe d’aillenfà tous les intermédiaires entre les formes garnies de tubercules épineux et les formes lisses, ainsi que l’a montré Anthony [1907, p. 368 et sulv.J. „
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du Sénégal (1), le Niger, le Tchad, les affluents septentrionaux du Chari, le Bahr-el-Ghazal et le Nil jusqu'à son embouchure. Ces Mollusques ne pénètrent donc pas dans le Sahara. On remarquera, d’autre part, qu’entre le Tchad et l’Océan Atlantique, la limite nord de leur dispersion se confond avec celle que j’ai indiquée pour les Limicolaria. Au sud, les Ætheries ne dépassent pas le Zambèse (fig. 55). Leur aréa correspond donc parfaitement aux limites que j’ai assignées à la province équatoriale (2). Il faut seulement y ajouter les rivières du nordouest de Madagascar [Germain, 1907a, p. 225 et suiv. ] (Fig. 55), fait très important sur lequel j’aurai à revenir.
En résumé, les caractères généraux de la faune malacologique fluviatile de l’Afrique équatoriale peuvent ainsi s’établir :
1° Abondance des Pulmonés ( Physa , Physopsis, Limnœci , Plancrbis) répandus partout.
2° Répartition des Ampullariidœ , des Melaniidœ , des By~ thinia et des Cleopatra dans toute la province tropicale.
3° Abondance des Viviparidcr dont la répartition est générale, le genre Neothanma étant, cependant, localisé jusqu’ici dans les lacs Mweru et Tanganyika.
4° Localisation, dans le lac Tanganyika, d’un certain nombre de Prosobranches [Genres fipekia, Tanganyiha , Chytva, Para melania , etc. ]
5° Répartition très générale de certains Cyrenidœ [Sphatrium, Eupera , Corbicula ), quelques genres de la même famille [GaJatea, Fischeria ), étant localisés dans les régions de l’ouest.
6° Abondance des Ætheria dans tous les lacs et cours d’eau de l’Afrique tropicale.
(1; M. Audan m'a rapporté, des marigots «au nord de Guidimake et des mariguU du Cliamuna (région de Brakna) des exemplaires de grande taille de Y Ætheria elliptka Lamarck.
(2) Entre ces deux limites, les Ætheries habitent tous les grands bassins équatoriaux (Sénégal Xiger, Chari, Nil, Congo, Gambie, rivières de l'Angola, etc...) «ainsi que les lacs de l’Afrique orientale (Xy«assa, Tanganyika, Victoria-Xyanza, etc.). Ces Mollusques sont, par endroits, si communs qu’ils servent aux indigènes à la fabrication de la chaux.
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7° Enfin, développement considérable des Mutilidœ qui jouent, dans la faune fluvio-lacustre, le même rôle prépondérant que les Achatiniclœ dans la faune terrestre. Tandis que les genres principaux [Mvtela. Spatha] sont répandus partout,
Flu. .'fi. Limites de la Faune fluviatile équatoriale.
d’autres sont localisés, soit dans le Tanganyika (Brnzzea, Pseuilospatha), soit dans les régions de l’ouest {Chelidonopsis, Arihropteron, Pliodon).
La province équatoriale qui nourrit ces animaux possède des limites sensiblement différentes de celles indiquées pour les Mollusques terrestres. Elle présente, en effet (fig. 56), une
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extension considérable vers le nord : le bassin du Nil, et une autre vers le sud, le bassin du Zambèse. L’étude des migrations expliquera cette apparente anomalie.