Éd. Labarte, p. 337, art
Louis a été ajouté à la fin du volume, sur des feuillets supplémentaires, à la suite de l’office du Saint-Sacrement, fête instituée par le pape Urbain IV en 1264.
Ce qui me porte à croire que le Bréviaire n° 1 023 a été exécuté, sinon pour un roi, au moins par l’ordre et aux frais d’un roi, c’est que le B initial du Psautier renferme une petite image d’un roi en prières, et ce roi ne saurait être le roi David, car il est agenouillé devant une statue de la Vierge tenant l’enfant Jésus sur son bras.
Le luxe avec lequel le Bréviaire a été exécuté convient bien à une œuvre royale. Le vélin en est d’une exquise finesse, l’écriture d’une irréprochable régularité, la décoration d’une grande élégance alliée à beaucoup de simplicité.
Le frontispice qui fait suite au calendrier est un tableau qui occupe toute la hauteur de la page ; il est divisé en deux compartiments : dans celui du haut, le peintre a représenté, sur un fond d’or, l’onction de David par Samuel ; dans celui du bas, sur un fond de losanges d’or alternant avec des losanges d’azur à fleurs de lis d’or, nous voyons Saül assister au combat de David contre Goliath. Les différentes parties du Bréviaire sont ornées d’une foule de miniatures qui, pour être petites (généralement des carrés de 35 millimètres de côté), n’en sont pas moins d’un bon travail. Les bordures des colonnes d’écriture, dont les traits se prolongent sur la marge supérieure et la marge inférieure de certaines pages, contribuent à récréer les yeux qui s’arrêtent sur les feuillets de ce beau volume.
Le calendrier contient trois articles qui sont bien à leur place dans un livre du petit-fils de saint Louis.
nu idus aprilis. Obitus interfectorum in Egypto a Sarracenis.
vi kal. maii. Dedicatio capelle regis Parisius.
h idus julii. Anniversarium inclite memorie regis Philippi.
Ne pouvons-nous pas nous demander si nous n’avons pas
là le bréviaire pour la façon duquel Philippe le Bel paya 1 07 livres 1 0 sous en 1296, et si les peintures ne sont pas de la main de cet Honoré qui travaillait alors à l’enluminure des livres du roi1?
Voici les divisions du livre qui se compose de 577 feuillets, hauts de 21 0 millimètres et larges de 133 :
Fol. 1 . Calendrier»
Fol. 8. Psautier.
Fol. 70. Propre du temps.
Fol. 265. Propre des saints.
Fol. 503. Commun.
Fol. 524. Partie supplémentaire, dans laquelle il faut remarquer, au fol. 534 v°, un long office en l’honneur des reliques de la Sainte-Chapelle. A la fin de ce supplément2, il faut remarquer une prière qui devait se réciter dans un couvent de femmes, ce qui peut s’expliquer en admettant que le bréviaire ait été déposé pendant un certain temps dans un couvent, tel que ceux des Cisterciennes de Maubuisson ou des Dominicaines de Poissi, dans lesquels la famille royale allait souvent faire ses dévotions.
Fol. 551 . Second supplément, ajouté après coup et con- ' tenant les offices du Saint-Sacrement, de sainte Anne et de saint Louis.
Fol. 564. Rubriques relatives à l’ordre des offices pendant l’Avent, puis des Commémorations propres à l’église de Paris et enfin l’office de la Conception de Notre-Dame.
Ce volume a été l’objet d’un article dans ma Notice de
1. « Pro uno breviario facto pro rege, 107 1. 10 s. Honoratus illuminator, pro libris regis illuminandis , 20 1. » Compte de la Toussaint 1296 , publié par Julien Havet dans la Bibl. de l’École des chartes , t. XLV, p. 252 et 253, art. 203 et 215.
2. Fol. 549 : « Summe sacerdos et vere pontifex... Pro nobis miseris pecca- « tricibus... Nos miseras et indignas...» — En marge sont écrites des variantes convenant à la récitation de la prière par une femme seule : « Pro me misera « peccatrice... Me miseram et indignam... »
douze livres royaux , p. 57-63. On y trouvera des détails sur le goût de Philippe le Bel pour les livres liturgiques.
XX et XXI.
Bréviaire dominicain connu sous le nom de Bréviaire de Belleville.
Bibliothèque nationale, mss. latins 1 0483 et 1 0484.
Très beau manuscrit de la première moitié du xive siècle, orné de remarquables miniatures, qui dut entrer dans la maison royale à la suite de la confiscation des biens d’Olivier de Clisson et de sa femme, Jeanne de Belleville1, en 1343.
Ces deux volumes, copiés sur du vélin très fin, sont ainsi décrits dans l’inventaire du mobilier de Charles V dressé en 1380 2 :
Ung très beau bréviaire, très parfait, bien escript, très noblement enluminé et très richement ystorié, lequel est en deux volumes, et est à l’usaige des Frères Prescheurs, et est appelle le Bréviaire de Belleville3, et se commence le second fueillet du premier volume : Et scitote, et du second volume justicie. Et en sont les fueillez par dehors ystoriez à ymage. Et sont les fermouers d’argent doré esmaillez des armes de Belleville. Et sont en deux estuiz de cuir bouilly ferrez.
Des notes calligraphiées par Jean Flamel, à la fin du premier volume et au commencement du second, nous
1. De la même confiscation vint aussi un second manuscrit dont le sort n’est pas connu : « Un très bel messel, bien escript et bien richement enluminé, « aux armes de Belleville, et est à l'usage de Saint-Dominique, et est nommé le Messel de Belleville. » Inventaire du mobilier de Charles V, en 1380, art. 3300.