‹ Recherches sur la librairie de Charles VChapitre 153 sur 219 · LXXV1II · texte numérisé non relu

LXXV1II

Bernard Gui, Version française par Jean Golein des Fleurs des Chroniques.

Bibliothèque nationale, ms. français 1409 des Nouvelles acquisitions.

Exemplaire original à la fin duquel Charles V a mis cette note :

Cez croniquez dez papez dez empereurz sont à nous Charles, le Ve de notre nom, roy de France, et le fimez faire l’an M CCC LXVIII CHARLES.

Ce manuscrit figure dans tous les inventaires de la librairie (A. 81, B. 82, D. 49, E. 48, F. 37). Il est ainsi mentionné dans l’inventaire de 1 41 1 :

Item unes Croniques des papes, empereurs de Romme et roys de France, faisans mencion combien chacun d’eulz a régné, et partie des faiz notables, qui en leurs temps sont avenuz, couvertes de cuir rouge à empraintes, de lettre de forme, en françois, à deux coulombes, commençant ou ne fueillet puet estre intitule , et ou derrenie.r prins en Gascoigne , à deux fermouers de cuivre.

Estimé 2 livres 10 sous en 1425.

Voir ma Notice sur les manuscrits de Bernard Gui, dans Notices et extraits des manuscrits, t. XXVII, part. II, p. 227. — La note autographe de Charles V a été reproduite dans mes Facsimilés de livres copiés et enluminés pour le roi Charles V, pl. V.

Bernard Gui, Divers opuscules historiques traduits en français par Jean Golein, en 1369.

Bibliothèque du Vatican, n° 697 du fonds de la Reine.

Exemplaire original, en tête duquel Charles V est représenté recevant le livre des mains du traducteur.

Ce volume figure sur tous les inventaires de la librairie du Louvre (A. 64, B. 65, D. 36, E. 35, F. 24). Il est ainsi mentionné dans celui de l’année 1411 :

Item unes Croniques faisans mencion du temps que il a que les papes, les empereurs et les roys de France commencèrent à regner chascun en son siège, et combien chascun y a régné, et des faiz notables, ou de la plus grant partie, qui au temps de chascun d’eulz est advenue, nommées Martiniennes, couvertes de soye à dqux fermouers d’argent, esmaillez aus armes de France, escriptes de lettre de forme, en françois, à deux coulombes, commençans ou ne foillet Loys conte d' Estampes, et ou derrenier en celluy lieu.

Il fut estimé 8 livres en 1424.

Voir la notice rédigée par M. Ant. Thomas et insérée dans le Cabinet des manuscrits, t. III, p. 330. Cf. l’article du même auteur dans les Mélanges d’histoire et d’archéologie de l’École française de Rome, année 1881 .

On peut s’étonner que la bibliothèque de Charles V, où l’œuvre de Bernard Gui était si bien représentée par des traductions françaises, n’en ait pas contenu le texte latin. Cela paraît d’autant plus extraordinaire que la Bibliothèque nationale de Madrid a recueilli l’exemplaire original de 1 édition des principaux traités historiques que l’auteur fit exécuter pour le roi Philippe de Valois et en tête duquel il fit écrire cette dédicace :

Régie magestati principis domini Philippi, gratia Dei Francorum regis, suus fîdelis frater B. misericordia divina episcopus Lodovensis, in provincia Narbonensi, presentem offert librum Cronicorum Romanorum pontificum et imperatorum ac regum Francorum, anno Domini 1331 C

1. Schifl, article publié dans la Bibliothèque de l’École des chartes, 1896, t. U VII, p. 637-639, et notice insérée dans La Bibliothèque du marquis de Santillane, p. 212-214 (fascicule CLIII de la Bibliothèque de l’École des Sautes-Etudes, 1905).

Tite-Live, traduit en français par Pierre Bersuire. Bibliothèque de Sainte-Geneviève, n° 777.

Ce gros volume a dû être copié pour le roi Jean ou pour Charles Y. Des trois grandes peintures qui décoraient le commencement des trois décades, il ne subsiste plus que la première et la troisième. Le manuscrit renferme en outre une quarantaine de petites miniatures. Toutes ces peintures sont encadrées de bordures tricolores.

Porté sur les inventaires de la librairie du Louvre (A. 91 3, D. 924, E. 902 et F. 200), il est ainsi décrit dans celui de 1 41 1 :

Item Titus Livius, en françois, en très grant volume, contenant trois décades en xxix livres, escript de très bonne lettre de forme, à deux coulombes, et très bien historié et enluminé, de la translation du prieur de Saint-Éloy de Paris. Commençant ou ne foillet ner jour d'avoir audience, et ou derrenier ront perpetuelment en soy ' . Et fut du roy Charles, comme il est escrit en la fin dudit livre. Couvert de cuir qui fut vert, à n fermouers d’argent dorez, esmaillez de France.

Ce volume, sorti de la librairie du Louvre, y fut renvoyé en 1 409 par le duc de Guyenne, fils aîné de Charles VI.

On a anciennement effacé la signature de Charles V qui était sur le dernier feuillet, précédée d’une note de plusieurs lignes : mais les vestiges en sont encore bien visibles.

Le Tite-Live, estimé 60 livres en 1 424, fut envoyé en Angleterre par le duc de Bedford, pour être offert à son frère Honfroi, duc de Gloucester. C’est ce que nous apprend une note écrite au-dessous de la signature de Charles V .

Cest livre fut envoyé des parties de France et donné par monsei-

1. C’est bien ainsi que commencent le deuxième et le dernier feuillet du ms. de Sainte-Geneviève.

gneur le régent le royaume, duc de Bedfort, à monseigneur le duc de Gloucestre, son beau-frère, l’an mil quatre cens vingt sept.

On ignore quand et comment il est revenu en France.

Yalère Maxime, Les quatre premiers livres, traduits en français par Simon de Hesdin.

Bibliothèque nationale, ms. français 9749.

Exemplaire original de la traduction, que l’auteur rédigea en 1375. Parmi les nombreuses peintures dont le volume est orné, il faut remarquer celle du frontispice, sur laquelle on voit, dans le compartiment supérieur, deux scribes occupés à écrire l’un le texte latin, l’autre le français, et, dans le compartiment inférieur, le traducteur offrant son livre à Charles V ; au bas de la page avaient été peintes les armes de France, posées entre deux lions à très longues queues : l’écu a été effacé, mais les lions sont à peu près intacts.

Gilles Malet a ainsi enregistré ce livre dans son inventaire (A. 242, B. 245) :

Yalerius Maximus, couvert de soie vermeille, à queue, très bien escript et ystorié.

Une note marginale ajoutée sur le fol. 13 du ms. français 2700 nous apprend que le livre fut remis « à monseigneur d’Anjou, vie de mars IIIPX » . Aussi ne figure-t-il pas sur les autres inventaires de la librairie du Louvre.

Ce manuscrit a été l’objet d’une notice, accompagnée d’un fac-similé, dans V Album paléographique de la Société de l’École des chartes, pl. 42.

Jacques de Voragine, La Légende dorée en français.

Bibliothèque Mazarine, ms. 1729.

Exemplaire de la fin du xive siècle, dont le frontispice, représentant le couronnement de la Vierge, est orné d’encadrements tricolores et de deux lions analogues à ceux qu’on voit sur un certain nombre des livres de Charles V, ce qui peut faire supposer que c’est un livre de la librairie du Louvre, quoiqu’on ne puisse lui appliquer aucun article des anciens inventaires.

On en doit dire autant de la Légende dorée qui est à Chantilly dans le Musée Condé et qui vient de la bibliothèque de l’Oratoire à Paris. Le frontispice, représentant le couronnement de la Vierge, a des encadrements tricolores, comme le frontispice du manuscrit de la Mazarine; mais on n’y voit pas les lions, qui me semblent caractériser les livres faits pour Charles V.

Le premier des inventaires (A. 22 et B. 22) mentionne « une Légende dorée, en françois et en un volume, de grosse lettre », qui fut délivrée à « madame de Bourgogne, xnie de octobre IIIPXI ». — Ce pourrait bien être l’exemplaire de la Légende dorée qui est à la Bibliothèque royale de Belgique (n° 3421 , jadis n° 9227) : il a un encadrement tricolore et doit venir de la librairie des ducs de Bourgogne.

Sur le manuscrit de la Mazarine, voir A. Molinier, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque Mazarine, t. II,

Gautier de Coinci, Les Miracles de Notre-Dame, en vers.

Bibliothèque du Séminaire de Soissons1.

1. Cette notice a été rédigée en 1904, au moment de l’Exposition des Primitifs. — J’ignore le sort actuel du manuscrit du Séminaire de Soissons.

Admirable exemplaire, orné de miniatures et qui peut être cité comme un modèle de calligraphie du milieu du xiv° siècle. C’est à lui que s’applique l’article suivant du Catalogue de Gilles Malet (A. 154 et B. 154) :

Les Miracles Nostre Dame rymés, couvert de veluyau ynde; et furent racheteez des Angloiz; bien escript et historiez.

Dans le recolement qui fut fait après la mort de Gilles Malet, il fut constaté que le volume n’était plus à la librairie du Louvre et qu’il avait été livré au duc de Berry, « lequel livre fu baillié à monseigneur de Berry » (C. 45). Il figure en ces termes sur l’inventaire des trésors du duc de Berry 1 dressé en 1413 :

Item un livre des Miracles Nostre Dame, escript en françoys, de lettre de fourme, et noté en aucuns lieux; et au commencement du second fueillet a escript comment que2; et est couvert de viez veluiau violet doublé de tiercelin vermeil; et fermant à deux fermouers d’argent dorez, esmaillez aux armes de France ; lequel mondit seigneur a eu du Roy.

Il fut prisé 30 livres tournois en 1416.

Je reproduis ici la petite dissertation que j’ai publiée en 18673 et dans laquelle je crois avoir établi que cet exemplaire des Miracles de Notre-Dame est celui qui, pris par les Anglais [après la bataille de Poitiers], fut racheté pour le compte du Boi et prit place dans la librairie du Louvre.

Parmi les manuscrits du moyen âge qui furent exposés en 1 867 au Champ-de-Mars, dans les galeries de l’Histoire du travail, se trouvait un volume in-folio, très bien conservé, qui attirait les regards du visiteur par la pureté de l’écriture, et encore plus par l’élégance et l’éclat des peintures

1. Guiffrey, Inventaires de Jean, duc de Berry, t. I, p. 248, n° 946.

2. Dans le manuscrit de Soissons, le second feuillet du texte commence par le vers Comment que die Evan ou Eve.

3. Comptes-rendus des séances de l’Académie des inscriptions, année 1867, p. 262-266. Cf. Cabinet des manuscrits, t. III, p. 324.

et des ornements. Ce volume qui, depuis deux siècles, a fixé l’attention d’un certain nombre de savants, et qui a fourni la matière d’un assez long mémoire lu par Louis Racine à l’Académie des inscriptions, le 28 janvier 1744, m’a semblé mériter d’être soumis à un nouvel examen. On s’est en effet mépris, jusqu’à présent, sur la véritable origine de ce manuscrit, et les singulières vicissitudes par lesquelles il a passé n’ont point encore été racontées. Je ne pourrai pas les faire toutes connaître, mais du moins j’indiquerai celles qui présentent le plus d’intérêt.

Le manuscrit dont je vais parler se conservait, avant la Révolution, à Soissons, dans l’abbaye de Notre-Dame1. Il appartient aujourd’hui au Séminaire de Soissons. Il renferme les Miracles de Notre-Dame mis en vers français, au commencement du xme siècle, par un moine de Saint- Médard de Soissons nommé Gautier de Coinci. C’est un ouvrage fort considérable et qui a joui longtemps d’une grande vogue, comme l’attestent les nombreux exemplaires qui en sont conservés dans les bibliothèques de la France et de l’étranger. Je n’ai pas à analyser cette vaste compilation, dont le texte a été publié par M. l’abbé Poquet en 1 857, d’après l’exemplaire de Soissons, en un gros volume in-4°, et sur laquelle la critique n’a pas encore dit son dernier mot. Le seul but que je me propose d’atteindre aujourd’hui est de faire l’histoire d’un des plus précieux manuscrits du poème de Gautier de Coinci.

Le premier auteur qui, à ma connaissance, en ait parlé est Dom Michel Germain, l’ami et le compagnon de Mabillon. Dans son Histoire de l’ abbaye royale de Notre-Dame de Soissons 2, publiée en 1 675, il dit avoir vu entre les

1. D’une inscription à moitié effacée qui est sur la première page, il résulte que le manuscrit fut donné en 1645 à Son Altesse Madame de Lorraine, abbesse de Notre-Dame de Soissons.

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