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mains de l’abbesse, Armande-Henriette de Lorraine d’Harcourt, « un livre manuscrit dont l’écriture est ancienne de près de cinq cens ans, et contenant les vers de Gautier de Coinci touchant les miracles de la Sainte Vierge, dont ceux qui sont arrivés à Soissons font la meilleure partie et sont représentés avec des tailles douces fort agréables. »
Je ne relève pas ce qu’il y a d’étrange dans l’expression taille douce employée par le bon bénédictin, comme aussi par Louis Racine1, pour désigner d’anciennes miniatures. Ce que je tiens à constater, c’est que Dom Michel Germain considérait le manuscrit de Notre-Dame de Soissons comme contemporain de l’auteur et qu’il en rapportait l’exécution au commencement du xme siècle.
Telle est aussi l’opinion de M. l’abbé Poquet, qui ne doute pas non plus que ce manuscrit ait été fait dans l’abbaye même de Saint-Médard. Alfred Darcel, dans une très fine appréciation des peintures de ce beau livre2, s’en est servi pour montrer à quel degré, de perfection, suivant lui, l’art français était parvenu à la fin du xme et au commencement du xive siècle.
La question d’origine n’a pas été traitée par Édouard Fleury, qui a consacré à ce même volume un des chapitres les plus importants de ses Études sur les manuscrits à miniatures de la ville de Soissons 3 ; cependant cet auteur s’éloigne de l’opinion de ses devanciers sur l’âge du manuscrit, puisqu’il le range parmi les monuments du xive siècle. Et en effet, c’est bien à cette époque que se rapportent les caractères paléographiques aussi bien que le style des peintures.
Les descriptions et les dessins qui en ont été donnés
1. Notice communiquée à l’Académie des inscriptions en 1744 et insérée dans les Mémoires de cette Compagnie, t. XVIII, Hist., p. 357.
2. Gazette des Beaux-Arts, septembre 1859, t. III, p. 278-291.