‹ Recherches sur la librairie de Charles VChapitre 181 sur 219 · Phototypie, Ibid., pl. XII · texte numérisé non relu

Phototypie, Ibid., pl. XII

5. Ces deux lettres ont été déjà citées à la page précédente.

APPENDICE

Dans la première de ces deux missives, quatre mots, écrits en toutes lettres, contiennent desp barrés sans aucune raison plausible, comme s’il s’agissait de remplacer la syllabe per ou par :

A la ligne 4 : presant .

— 6 : prandre.

— 12 : prison.

— 16 : autre asinasionz en aprez.

Dans le post-scriptum de l’autre lettre, à la première ligne, l’initiale du mot quer (= car) a la queue coupée par un trait horizontal1.

Il faut donc admettre que Charles V a parfois barré les p et les q dans des mots qui ne comportaient pas la moindre abréviation.

Voilà les raisons qui pouvaient être invoquées pour faire accepter comme authentiques les documents dont il s’agit. Ce qui m’a fait mettre en garde et m’a déterminé à leur faire subir un minutieux examen, c’est, d’une part, le sujet même des lettres : l’idée de mettre en scène un prince dont les goûts de bibliophile éclairé sont depuis longtemps connus, et de faire assister les curieux du xixe siècle aux entretiens de Charles V avec un bibliothécaire justement célèbre, était de nature à tenter l’imagination d’un faussaire habile et avisé. C’est, d’autre part, l’étrangeté de plusieurs des pièces en compagnie desquelles les deux lettres de Charles V firent leur apparition en 1847 sur le marché des autographes. M. le chanoine G. Durville, membre de la Commission administrative du Musée départemental de la Loire- Inférieure, a bien voulu me communiquer, à ce sujet, des observations qui font grand honneur à sa perspicacité et dont il ne tardera pas, je l’espère, à faire jouir le public.

1. La barre du q est omise dans le fac-similé du Musée des Archives ; elle est bien rendue dans le fac-similé de la Paléographie .

A ces considérations d’ordre moral s’est ajoutée la fâcheuse impression que m’a causé le mauvais ton de 1 encre. — Je remarquai, non sans surprise, que, dans la lettre du 1 2 juin, à la ligne 4, le mot vous est écrit nous, tandis que Charles V avait l’habitude de mettre en tête des mots, non pas un u, mais un v. — N’y avait-il pas aussi lieu de s’étonner qu’à la première ligne de la lettre du 21 mai, Charles Y eût écrit ainsi le nom de son physicien : métré Gervah. Toutes les fois que ce personnage figure dans les inventaires de la librairie du Louvre, il est appelé, non pas Gervah, mais Gervese ou Gervaise1. C est aussi la seule forme qu’on rencontre dans le recueil des Mandements2.

A la fin d’un très bel exemplaire des Voyages de Jean de Mande ville3, le célèbre copiste Raoulet d’Orléans a calligraphié ces mots : « Ce livre cy fist escrire honnorables homs,

« sages et discret maistre Gervaise Crestien... » Il y a plus, sur la dernière page du même manuscrit, Charles Y a ainsi mentionné l’origine de ce précieux volume : « Ce livre « est à nous, Charles le Ve de notre nom, roy de France,

« et le nous donna métré Gervese Cretien, notre premier « fisicien, l’an M CCC LXXI. CHARLES4. »

N’est-il pas anormal que le roi, en écrivant à son cher et aimé physicien, n’en ait pas orthographié le nom conformément à l’usage généralement suivi, auquel il s’était d’ailleurs conformé lui-même quand il avait pris la plume pour rappeler que l’un des beaux volumes de sa librairie

1. Voici les formes relevées dans l’édition des Inventaires que j ai donnée : maistre Gervese (n«* 478 et 479); maistre Gervaise Christien (n” 809); maistre Gervaise Chrestien (n“* 810 et 877).

2. Maistre Gervaise Crestian (n° 440) ; maistre Gervaise Crestian (n" 604) ; maistre Gervaise Chrestien (n° 1497); maistre Gervaise Crestien (n° 186 1).

3. A la Bibliothèque nationale, ms. français 4515 et 4516 des Nouv. acq. La souscription de Raoulet d'Orléans est reproduite en phototypie dans mes Facsimilé de livres copiés pour Charles V, pl. VI.

4. Un réactif a permis de lire cette note qu’on avait voulu effacer.

APPENDICE

lai avait été offert par son premier physicien « métré Gerce vese Cretien »?

Mais ce qui m’a convaincu de la fausseté des deux lettres que j’examine en ce moment, c’est la qualification de Maître donnée à Gilles Malet en tête et au dos de la lettre du %\ mai : Métré Gilet et A métré Gilet Malet.

Gilles Malet n’était pas un clerc. Il est simplement appelé Gilet, et très souvent Gilet Malet, dans les Inventaires de la librairie du Louvre qui furent dressés de son vivant1; les inventaires rédigés après sa mort le mentionnent avec la dénomination de feu messire Giles Malet2. Il est simplement appelé Gillet ou Gilet Malet, valet de chambre du roi, dans sept textes espacés entre les années 1365 et 1377 que renferme le recueil des Mandements et actes divers de Charles F3. Le roi, dans son testament du 16 septembre 1 380 4, ne fait pas précéder du mot maître le nom de Gilles Malet, son valet de chambre, alors qu’il accorde cette distinction à deux maîtres des comptes, Thomas Le Tourneur et Jean Grete, à son sous-aumônier Hugues Boileau et à un avocat en parlement maître Jean Canart.

Gilles Malet n’était point un clerc, et dans les abondants détails que j’ai réunis sur sa vie, rien n’autorise à supposer que Charles Y ait jamais pu l’appeler maître Gilet. Je tiens donc pour fausses et controuvées les deux lettres de la bibliothèque municipale de Nantes et du Musée Dobrée. Le

1. N" 33, 42, 72, 77, 81, 85, 87, 89, 90, 113, 291, 299, 772 , 790, 906, 909, 940, 990, 997 de l'Inventaire publié dans la seconde partie de l’ouvrage.

2. N"‘ 33, 42, 72, 77, 81, 85, 87, 89, 98, 299, 790 du même Inventaire.

3. 1365. Délivrez à Gilet Malet, nostre vallet de chambre (n* 297). — 1369. Délivrées de nostre commandement à Gilet Malet, nostre vallet de chambre (n“ 618). — 1370. A nostre amé valet de chambre Gilet Malet (n° 715). — 1371. Audit Jehan de Vaudestar et à Gillet Malet (n° 779). — 1377. Nostre bien amé vallet de chambre Giles Malet (n° 1578). — 1378. Noz amez vallés de chambre Gilet Malet et Jehan de Vaudetar (n° 1673). — 1379. Nostre bien amé varlet de chambre Gilles Malet (n° 1896).

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