Mandements , n
faussaire qui les a fabriquées a pu prendre pour modèles les deux lettres des Archives nationales relatives à la rançon de Du Guesclin.
De la main du faussaire qui a fabriqué les deux lettres de Charles Y est aussi sortie une troisième lettre adressée à maître Gilles Malet, qu’un singulier hasard a fait arriver à la bibliothèque de Nantes, après avoir fait partie du cabinet du comte d’Hunolstein, puis de celui de La Bouchère1. Elle est signée d’un prince du nom de JEHAN. Auguste Molinier, qui l’a signalée dans le Catalogue des manuscrits de Nantes2, a cru que la signature mise au bas de la lettre était celle du roi Jean. Il est de toute évidence que le faussaire qui a fabriqué la lettre a entendu tracer, non pas la signature du roi Jean, mais celle de son fils Jean, duc de Berry, et il a pris pour modèle la signature de ce prince qui se trouve dans la Bibliothèque protypographique de Barrois, à la fin de la partie liminaire. Il ne semble pas avoir eu la prétention d’imiter, dans le corps de la lettre, l’écriture du duc de Berry, dont il n’avait peut-être pas d’exemples à sa disposition. Mais il savait quels étaient les goûts du prince et quelles incomparables collections il avait formées; il ne se trompait pas en supposant que, sur le marché des autographes, il se rencontrerait des concurrents pour se disputer la possession d une relique du plus illustre des dilettantes du moyen âge. Ainsi fut imaginée de toutes pièces une lettre par laquelle Jean, duc de Berry, pendant un séjour à Clermont en Auvergne, écrivait au fameux Gilles Malet, garde de la Librairie royale du Louvre, pour lui annoncer l’arrivée d’un clerc que le prince avait fait venir de Tolède pour lui traduire des livres espagnols : ce clerc devait, dès le lendemain, prendre la route de
1. Volume 668 de la bibliothèque de Nantes; article 229 de la vente du comte d’Hunolstein.