PRISÉE DES LIVRES DE CHARLES VI
Et premièrement en la première chambre d’em bas :
Ung livre escript de lettre de forme, qui commence de Genesis en françois, et aussi traite des faiz de Julius César, appellé Suetone, couvert de cuir vermeil à empraintes, ouquel livre souloit avoir mi fermoirs d’argent blanc, comme en l’ancien inventoire est contenu, mais de présent n’en n’y a que deux, prisés par lesditz priseurs jurez ainsi qu’il est, présent lesditz commissaires. . xvi 1. p.
Le vendredy xxn juin mil CCCC XXV, mon très puissant prince et mon très redoubté seigneur monseigneur Jehan, regent du royaume de France, duc de Bedfort, demoure content de tous les livres cy dessus désignez et spécifiez, montant par prisée à la somme de deux mil trois cent vingt et trois livres quatre sols parisis, lesquels il a reçus de Garnier de Saint Yon, jadis garde desdits livres, et en quitte et descharge ledit Garnier. Et en témoin de ce, j’ay, par son ordonnance et commandement, escript cest présent article et signé de mon seing manuel, l’an et jour dessusdits.
Signé : Petmel, avec paraphe.
Depuis la quittance et déchargé dessusdits, mondit sieur le Regent a baillé en garde tous les livres en ce présent papier escriptz et désignez, lequel Garnier la tenu et obligé de luy en rendre compte bon et loyal. Escript de ma main ledit xxii6 jour de juin mil CCCC XXV, sous mon seing manuel.
Signé : Petmel, avec paraphe.
Et tout à la fin est escript ce qui suit :
Le samedy xve jour d’octobre, l’an mil CCCC XXIX, très hault et puissant prince monseigneur le regent du royaume de France, duc de Bedford, se tient comptant de tous les livres désignez et déclarez cy devant en cest présent inventoire, et en quitta, en ma presence, Garnier de Saint Von
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et veut qu’il en fut et demourat quitte et deschargé. En tesmoing de laquelle chose, j’ay, par l’ordonnance et mandement de monseigneur le regent, escript cest présent article de ma main et signé de mon seing manuel, l’an et jour dessusdits.
Signé : J. Salvain, avec •paraphe .
(Extrait de l’inventaire F de la librairie du Louvre, lequel dérive de l’inventaire E et non pas de l’inventaire D, et dont nous avons deux copies, 1 une, n° 965 de la bibliothèque Sainte- Geneviève, employée par Van Praet, l’autre, n° 2030 de la Mazarine, employée par Douët d’Arcq.)
Le duc de Bedford bibliophile.
On comprend l’empressement du duc de Bedford à s’approprier la bibliothèque de Charles V et de Charles VI, quand on a pu admirer la somptuosité des manuscrits auxquels le nom de ce prince est resté attaché, et dont trois, célèbres depuis longtemps, ont été, en 1 866, l’objet d’un article inséré par Vallet de Viriville dans la Gazette des Beaux-Arts, sous le titre de Notice de quelques manuscrits précieux sous le rapport de l’art, écrits ou peints en France durant l’époque de la domination anglaise (tirage à part, in-8°, 42 p.).
I. Le Missel dit de Juvenal des Ursins, qui a été détruit dans l’incendie de l’ Hôtel-de-Ville de Paris, au mois de mai 1 871 . On peut s’en faire une idée en jetant les yeux sur les trois miniatures, dont une reproduction en couleur a été donnée dans l’ouvrage de Tisserand et Le Roux de Lincy, Paris et ses historiens aux XIV0 et XVe siècles, p. 197, 537 et 586.
II. Le Bréviaire de Salisbury, ms. latin 17294 de la Bibliothèque nationale. L’illustration de ce volume était encore inachevée en 1433, puisqu’il renferme les armes de Jaquette ou Jacqueline de Luxembourg, seconde femme du duc de Bedford, qui l’avait épousée le 20 avril 1433. Au fol. 106, la devise A souhait. Voir ce qu’en dit M. le comte Durrieu1. — Jaquette a possédé un manuscrit
1. Les Souvenirs historiques dans les manuscrits à miniatures de la domination anglaise en France au temps de Jeanne d’Arc, p. 16-19 (extrait de l’ Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, année 1905).
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d’œuvres de Christine de Pisan qui avait été offert par l’auteur à la reine Isabeau et que le duc de Bedford fit passer en Angleterre pour en disposer en faveur de sa seconde femme1.
III. Les Heures de Bedford, ms. additionnel 18850 du Musée britannique, dont quelques pages ont été reproduites en noir dans le recueil de The Palæoyraphical Society, série I, pl. 172 et 173, et en couleurs dans les Illuminated manuscripts in the British Muséum de M. Warner2. Ce beau manuscrit a fourni la matière d’une intéressante dissertation de Richard Gough, et M. le comte Durrieu l’a décrit avec la compétence et l’enthousiasme dont ses travaux de critique portent l’empreinte3. Ces heures ont été exécutées pour la première femme du duc de Bedford, Anne de Bourgogne, morte en 1432. On y remarque d’excellents portraits du duc et de la duchesse de Bedford, avec leurs devises : A YOVS ENTIER — J’EN S VIS CON¬ TENTE.
IY. A côté de ce livre d’heures, il en faut citer un autre, auquel le nom du duc de Bedford est étranger, mais qui, comme écriture et illustration, est tout semblable au ms. additionnel 18850 du Musée britannique. Malheureusement, ce second manuscrit ne présente aucune particularité décisive pour en déterminer l’origine. Toutefois, M. Warner, qui l’a étudié avec beaucoup de perspicacité et qui l’a reconnu comme un frère du ms. 18850, est persuadé que les deux manuscrits, sortis d’un seul et
1. Sur ce manuscrit, qui est au Musée britannique, voir une note de M. Paul Meyer dans le tome III de l’édition des Œuvres poétiques de Christine de Pisan, p. xxi.
2. An Account of a rich illuminated Missal executed for John duke of Bedford (London, 1794, in-4“) ; elle est ornée du fac-similé gravé de 3 pages du ms., pages qui, dans certains exemplaires, sont en outre représentées par des gouaches.