LE DUC DE BEDFORD BIBLIOPHILE
même atelier, ont été faits pour les deux soeurs, Anne et Marguerite de Bourgogne, filles de Jean Sans peur. Il a été amené à cette conclusion après avoir constaté que, dans le second manuscrit, la princesse pour qui le livre a été fait est représentée en prières devant sainte Marguerite, comme Anne, duchesse de Bedford, devant sainte Anne dans le premier. Il en a conclu que la princesse Marguerite doit être Marguerite de Bourgogne, sœur d’Anne, duchesse de Bedford. Cette Marguerite mourut en 1441 , après avoir épousé en 1 41 2 le dauphin Louis, duc de Guyenne, et en 1423 Arthur de Bretagne, comte de Richemont, le célèbre connétable de France. L’existence et le mérite de ce beau manuscrit, conservé dans la bibliothèque du roi d’Angleterre à Windsor, viennent de nous être révélés par M. George F. Warner dans l’avant-dernier fascicule paru du recueil de The new Palæographical Society. La notice est accompagnée du fac-similé de trois pages (plates 94-96), représentant l’épisode de l’enfant Jésus retrouvé dans le Temple conférant avec les docteurs, la légende de saint Denis et le Jugement dernier. Le nombre des sujets traités par les peintres ne s’élève pas à moins de 270. Parmi les pages dont M. Warner a bien voulu m’envoyer la photographie, je citerai celles qui sont consacrées :
à l’Annonciation et à divers traits de la vie de la sainte Vierge;
à la légende de saint Pierre; à celle de saint Étienne ; à celle de sainte Agnès ;
à l’Invention et à l’Exaltation de la vraie Croix ; à la légende des Onze mille vierges ; à celle de sainte Geneviève ;
aux pèlerinages du Mont-Saint-Michel (miniature à rapprocher de celles qui sont dans les Heures du duc de Berry
APPENDICE
au Musée Condé, et dans les Heures de Pierre II, duc de Bretagne, ms. latin 1159 de la Bibliothèque nationale).
Sur le portrait de la princesse [Marguerite de Bourgogne ?] , pour qui le livre a été fait, la princesse est en prières, à genoux devant un tableau représentant sainte Marguerite ; auprès d’elle, trois suivantes se tiennent debout.
Voici maintenant quelques détails qui prouvent que le duc de Bedford ne s’intéressait pas seulement aux manuscrits de grand luxe.
Ce fut pour ce prince que maître Jean Tourtier, chirurgien de ce prince, copia à Rouen, en 1429, la traduction des Aphorismes d’Hippocrate par Martin de Saint-Gille, ms. français 24246. — Jean Gallopes, dit Le Galois, dédia au duc de Bedford sa rédaction en prose du Pèlerinage de l’àme, ms. français 602. — On lit à la fin du ms. français 1 352 : « Ci fine le livre du Jugement des estoilles, que « fist Albolhazen Haly, le filz Abenragel, lequel a esté « escript en l’an mil quatre cens et trente par le com- « mandement et ordonnance de très hault, excellent et « puissant prince monseigneur le regent le royaume de « France, duc de Bedford, par moy Guillaume Harnoys. » — L’abbé de La Rue a cru reconnaître les armes du duc de Bedford sur le ms. français 25447 (jadis 273 de Notre- Dame), qui renferme un Castoiement de chevalerie. — Le marquis Léon de Laborde (les Ducs de Bourgogne, t. III, p. 488, n08 7397 à 7399) a publié quelques renseignements sur deux livres que le duc de Bedford fit copier à Paris en 1 427 par un clerc nommé Jean Thomas.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
P. 14 et 15. — Gilles Malet n’est pas le seul officier du roi et des princes de la maison de Valois qui occupe une place distinguée parmi les bibliophiles du xive et du xve siècle. On en comptait plusieurs dans l’entourage du duc de Berry. Quelques-uns de ces amateurs ont fait peindre sur leurs livres l’anagramme de leurs noms, qu’ils avaient pris pour devise. J’ai cité (p. 87) les deux anagrammes de Jean Le Bègue : I1E BIEN ALEGUE et A BELE VIEGNE, dans deux manuscrits, l’un de Jean de Salisbury, l’autre de Raoul de Presles, et nous savons que ce secrétaire de Charles V a pris part à la rédaction d’un des inventaires de la librairie du Louvre. Dans une récente visite à la bibliothèque de Munich, M. le comte Paul Durrieu a reconnu sur le frontispice du Cas des nobles malheureux illustré par Fouquet l’anagramme du nom de Laurens Girard, notaire et secrétaire de Charles VII : SVR LY N’A REGARD. Et pendant que j’achève de corriger les épreuves de ce livre, M. le comte Alexandre de Laborde veut bien m’annoncer que la devise VA HATIVETÉ M’A BRVLÉ, peinte dans la Cité de Dieu de la bibliothèque Sainte-Geneviève, lui a révélé le nom de l’amateur qui a fait exécuter ce beau manuscrit : Mathieu Beauvarlet.
P. 53, 1. 22. — Au lieu de : Thomas de Boulogne, lisez : Thomas de Bologne.
P. 56. — Les deux lions qui caractérisent plusieurs des manuscrits faits pour le roi Charles V se voient dans un exemplaire du tome II du Miroir historial français qui a depuis appartenu au duc de Berry et qui est aujourd’hui chez M. Henry Yates Thompson. Voir la seconde partie du présent ouvrage, p. 306*.
p. 65. — Sur la liste des manuscrits dont les miniatures sont entourées de bordures tricolores, il faut ajouter un petit bréviaire franciscain de la bibliothèque de M. Pierpont Morgan, à New-York.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
P. 68. — En janvier 1371, Henri L’Uilier, libraire, demeurant à Paris, vendit quatre romans au duc de Berry.
(Inventaire du duc de Berry, éd. Guilfrey, t. II, p. 337.)
P. 79-81. — Nos trop rares connaissances sur les enlumineurs qui ont travaillé pour Charles Y, et sur les œuvres des artistes anonymes du temps de ce roi et de Charles VI, viennent de s’accroître de renseignements considérables, grâce à l’étude magistrale du comte Paul Durrieu, dans le tome III de Y Histoire de l’art, p. 103 et suiv. J’ai cru devoir indiquer ici des renvois à des passages qui se rapportent à plusieurs des manuscrits enregistrés dans mes Recherches .
P. 80. — Sur Pierre Remiot ou Perin Remiet, il faut voir ce qu’en dit le comte Durrieu ( Histoire de l’art , t. III, p. 157 et 158).
P. 146. — La Bible glosée de Jean de Sy. En relisant ce volume pour en préparer la table, j’ai regretté de n’avoir pas suffisamment examiné la Bible de Jean de Sy (ms. français 15397), de façon à mieux mettre en relief la valeur du morceau que nous en possédons et qui est, à coup sûr, un des restes les plus remarquables de la librairie de Charles Y. Il y a là une lacune, incomplètement comblée par ce qui en a été dit à la p. 330, à propos des livres du roi Jean. Je reviens donc sur ce manuscrit, qui a droit à une place d’honneur dans la galerie des livres à peintures du xive siècle.
Les principaux enlumineurs connus pour avoir illustré les livres du roi Jean sont Jean de Montmartre, Jean Susanne et Jean Le Noir.
Jean de Montmartre est qualifié d’enlumineur du roi dans un compte de l’année 1352, où il figure comme ayant reçu de l’orfèvre du roi deux paires de fermoirs d’argent, émaillés de fleurs de lis, destinées évidemment à la couverture d’un manuscrit dont il avait exécuté l’illustration 1 . En 1350, le même Jean de Montmartre avait touché au trésor, par ordre de Jean, alors duc de Normandie, une somme de 400 livres « pour les emploier et convertir en la façon d’une Bible qu’il fait faire pour monseigneur le duc [de Normandie] », travail qui, dans une note additionnelle, est ainsi désigné : te De operatione et illuminatione cujusdam