Histoire de l’art, t. ÏII, p
ADDITIONS ET CORRECTIONS
livre de premier ordre, auquel on n’a pas encore accordé l’attention qu’il mérite. Ce que Samuel Berger a dit du texte suffit pour montrer quelle en est l’originalité et l’importance. Les points essentiels mis hors de contestation par le très regretté auteur de La Bible française au moyen âge peuvent se résumer en quelques mots : le Roi avait voulu faire traduire en français la Bible glosée, en y ajoutant des commentaires étendus, accompagnés de très abondantes illustrations. C’était un travail immense, qui devait être subventionné à l’aide d’une contribution imposée aux Juifs. Le texte des premiers livres s’achevait en 1356 et pouvait être livré aux artistes chargés de l’enluminer, qui se mirent aussitôt à l’œuvre, mais la captivité du roi Jean interrompit l’entreprise de cette grande œuvre, subitement arrêtée et qui ne devait pas être reprise ; il n’en subsiste que quarante-six cahiers, reliés en un volume, qui, après avoir appartenu à un membre de la famille des L’Arbaleste, vicomtes de Melun, au chancelier Séguier et à l’abbaye de Saint- Germain-des-Prés, forme aujourd’hui le ms. français 15397 de la Bibliothèque nationale. Tout cela résulte de la notice sommaire que nous a laissée Samuel Berger1. Rien ne peut être ajouté à ce que ce grand savant a dit de la date. L’auteur a pris soin de l’indiquer formellement dans l’emprunt fait au traité de Bède sur les âges du monde, qui se lit à la fin de la Genèse (fol. 156) et se termine par les mots : « Et qui ajouste le miliaire de Jhesu Crist, ce sont VIm IIIL et III F* et IIII, en l’an LYI. » Mais il est bon de relever plusieurs passages qui montrent quelle importance 1 auteur attachait à l’illustration de l’œuvre entreprise sous les auspices du roi. Rien ne devait être épargné pour donner pleine satisfaction aux lecteurs du texte français de la Bible. Voici en quels termes Jean de Sy s’exprime au sujet de cartes géographiques qui devaient être intercalées dans ses commentaires.
Au commencement du chapitre xi de la Genèse (fol. 7 v°), nous lisons cette observation préliminaire :
Ci, jusques au xu" chapitre, l’en puet trouver la division des païs de la terre habitée, des merveilles qui sont en divers païs, et dure ceci jusques à une figure qui monstre la disppsition de la terre.
La place de la figure ainsi annoncée a été réservée en blanc sur le fol. 11 v°, où la carte devait se trouver, précédée de ces mots :
Et pour ce que 1 en puisse veoir les parties de la terre, si comme dit est, je ordenerai une figure qui le demonstrera plainement.