La Bible française au moyen âge, p. 238 et
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 407
Cette mappemonde n’était pas suffisante. Trois cartes detaillees furent jugées nécessaires pour faire comprendre la migration des Hébreux après leur séjour en Égypte. Elles devaient être placées au commencement de l’Exode, et Jean de Sy en explique ainsi la composition (fol. 156 v°) :
Après faut noter que, combien que je aie nommé les parties d'Egipte sur l’onziesme chapitre, selon Anselme, de l’Ymage du monde \ non pourquant pour miex veoir les hystoires qui s’ensuient, je descnrai par une figure, ou
sera la disposition de la terre d’Egypte.
Après, en une autre figure, descrirai les dezers, où le peuple demoura et
e™près, je descrirai en figure la terre de promission. Et ces figures entendues, l’en verra legierement l’entendement de ce livre et du livre des Nombre
et le livre Josué. , . .
Donc, quant au premier, de la terre d’Egipte, .1 faut savoir que la figure sera ronde, et aura une crois parmi, si que l’un bout montrera Orient l’autre Occident, le tiers Mydi, le quart Septentrion. Et puis a chascun des quartiers respondront diverses cités, fleuves et montamgnes.
Je n’ai pas assez étudié le texte des commentaires de Jean de Sy pour être à même de dire si on y trouvera des renseignements sur les miniatures qui devaient servir à expliquer les récits bibliques. J’ai pu cependant noter sur le fol. 157 quelques lignes relatives à un tableau du Passage de la mer Rouge :
Considérés cele figure, comment les enfans d’Israël, quant il s’e“f°"I™"t d’Egipte, par le commandement Nostre Seigneur, il passèrent pu ta mer Rouge à pié sec; car elle se devisa en xn divisions si grans que chascun des enfans Jacob et toutes leurs femmes, leur bestail et leurs famil es y pooien aler au large et segurement...
La Bible de Jean de Sy, telle qu’elle fut recueillie dans la librairie de Charles V, consistait en soixante-deux cahiers, soit environ 500 feuillets, et la description que Gilles Malet en a mseree dans son Inventaire est ainsi conçue :
Soixante et deux caiers de la Bible que commença maistre Jelian de Sy, et
1 Voici la notice de la Gaule que Jean de Sy avait tirée de l’Image du monde Elle se trouve au fol. 10 v“ du ms. : « Après est Galle ou Galbe, ainsi nommee pour la blancheur, car Galle en grec est Lait en latin. Et Galle est devisée s en ni l’une est ditte Belgiche, d’une cité ditte Belgis, et ceste région muet vers laMontaigne Joue jusques vers Aquilon, et chiet en la mer de Bretaingne, ou chiït Îe Rin. APrè est Galles francoise, que Franco, qui s’en vint de Troie aîec Enée ei edêfl. une cité et appelle le pais France, et par devers occiden est Lyon et le pais est dit France cornée {sic) ou chevelue, pour les grans cheveus qu’il so' oient porter, et s’estant jusques vers Nerbonne vers midi ou est la France nerbonnaise appellée Galle aux longues cotes, et par devers occident a Acquittaine. Après est Espaingne... »
ADDITIONS ET CORRECTIONS
laquelle faisoit translater le roy Jehan, dont Diex ait Famé, que on a fait escripre aux despenz des Juyfs.
Ces soixante-deux cahiers furent livrés au duc d’Anjou le 3 mai 1382. Il n’en subsiste plus aujourd’hui que quarante-six, et le travail de l’enlumineur n’a porté que sur les six premiers, où nous pouvons admirer une quarantaine de petits tableaux dont plusieurs sont simplement esquissés ou ébauchés.
Un artiste fut choisi pour illustrer l’exemplaire royal de la grande Bible glosée en français, aussitôt après que l’auteur eut achevé de mettre au net son premier volume et d’en faire exécuter la copie par un calligraphe, c’est-à-dire vers 1356 ou 1357. Or, je dois faire remarquer qu’à la date du 10 décembre 1358 le Dauphin récompensa, par le don d’une maison, les services déjà longs et aucunement rémunérés de ses bien-aimés l’enlumineur Jean Le Noir et l’enlumineresse Bourgot, fille du dit Jean Le Noir, lesquels, poui la plaisance du Roi, avaient jadis délaissé le service de la comtesse de Bar.
Je n’ose pas dire que l’illustration de la Bible de Jean de Sy doit être comprise parmi les services encore non rémunérés que le dauphin voulut récompenser à la fin de l’année 1358. Ce qui ne peut être contesté, c’est que cette illustration doit tenir une place d honneur parmi les chefs-d’œuvre de la peinture française.
Il est impossible de n’y pas voir déjà la trace des doctrines nouvelles qui devaient finir par prévaloir sous le règne de Charles VI et qui devinrent la règle de l’école appelée par quelques critiques l’Ecole réaliste. Voilà pourquoi je me suis décidé, au dernier moment, à insérer dans 1 album joint à mes Recherches neuf sujets empruntés à la Bible glosée de Jean de Sy :
Fol. 3. Sacrifice de Noé au sortir de l’Arche. « Noé édifia un autel à Nostre Seigneur et prist de ses bestes et des oisiaus et les offri en sacrefice à Nostre Sire sur un autel. » (Gen., VIII, 20.)
Ibid. Un ange transmet à Noé les promesses du Seigneur. « Et Diex beneist Noé. » (Gen., VIII, 21.)
Fol. 5. « Hee sunt generationes filiorum Noe. » Double tableau, esquissé, représentant, je crois, les travaux des champs et ceux d'une école. (Gen., X.)
Fol. 12 v°. « Nostre [Seigneur] dist à Abram : His hors de ta terre et de ta lignée, et de la maison c’est de ta lignée, et de la maison, c’est de la famille de ton père et vien en la terre que je t’orai monstrée... » (Gen. XII 1.) — Double miniature. ’
Fol. 14. « Donques Abram s’en monta de Egipte, lui et sa femme, et toutes tes choses que il avoient avec lui, et Loth avec lui, et montèrent vers la plaie, cest la partie de midi... » (Gen., XIII, 1.)
Ibid. Séparation d’ Abraham et de Loth. (Gen., XIII, 8.)
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Fol. 16. « Movens tabernaculum suum Abram... » (Gen., XIII, 18.)
Fol. 29 v° et 30. Histoire des filles de Lotb. (Gen., XIX, 31-38.) — Deux tableaux esquissés au bas des pages.
Fol. 34 v*. Traité entre Abraham et Abimelech. (Gen., XXI, 22.)
Fol. 40 v°. Rencontre du « sergent » d’Abraham avec Rebecca. (Gen., XXIV, 15.) — Tableau esquissé.
On appréciera d’après les phototypies le style et le talent du peintre qui a illustré les premières pages du manuscrit, correspondant aux chapitres viii-xxiv de la Genèse. On sera frappé de l’accent de vérité qui les caractérise, de l’élégance des attitudes, de l’expression des physionomies et d’efforts souvent heureux pour rendre la couleur locale. Rarement on a vu au moyen âge d’aussi excellentes reproductions du chameau que celles des fol. 40 v°, 41, 42 et 42 v°. J’ai fait reproduire celle qui nous montre les chameaux abreuvés par Rebecca; celle du fol. 42, qui nous montre Rebecca et le sergent d’Abraham montés sur leurs chameaux, n’est pas moins gracieuse.
Il faut aussi noter la fidélité avec laquelle le peintre s’est attaché à suivre le texte qu’il avait à illustrer. Je me bornerai à citer deux exemples se rapportant aux tableaux des fol. 29 v° et 30 (l’Histoire des filles de Loth), et à celles du fol. 40 v° (la Rencontre du sergent d’Abraham avec Rebecca).
L’Histoire des filles de Loth.
Ci Moïses monstre comment chascune de ses filles l’enyvra, et dit Moyses ainsi. Et la plus grande dist à la mendre : « Nostre père est viex, et nul des hommes n’est demoré en terre qui puit entrer à nous selonc la manière de toute terre. Vien et l’enyvrons de vin, et dormons avec lui, à ce que nous puissions susciter et garder semence de nostre père. » Et ainsi elles donnèrent à leur père boire du vin. Et la plus grant entra avec lui, et dormi avec son père; mais il ne senti ne quand elle se leva ne quant elle se coucha.
Et l’autre jour, la plus grande dist à la mendre : « Vesci, j ai dormi erson avec mon père. Donnons fi boire encore du vin en ceste nuit, et tu dormiras avec lui, et sauvons semence de nostre père. » Et en celle nuit, donnèrent vin à leur père. Et la mendre fille est entrée avec lui, et adonc il ne senti quand elle se coucha ne quand elle se leva. Donc les ii filles Loth concernent de leur père, et la plus grand enfanta i fil, et appela le nom d’icelui Moab, et est père des Moabiciens jusques au jour présent. Et ainsi la mendre enfenta i fil, et appela le nom d’icelui Amon, qui est interprétés le fil de mon pueple, il est père des Amonites jusques à hui, et c’est le sens de ceste partie en gros (fol. 29 v°,et 30).
La Rencontre du sergent d’Abraham avec Rebecca.
Et vesci, Rebecque, fille de Melche, femme Nachor, le frère Abraham, issoit hors aient une cruche en son espaule, et estoit pucelle très honorable
ADDITIONS ET CORRECTIONS
et vierge très bele et non cogneue de homme ; mès elle avoit descendu à la fontaine et avoit emplie sa cruche et retournoit, et le sergent encontra à elle et dist : « Donne moi à boire, petit, de l’yaue de ta cruche; » laquele respondi : « Boi, sire mi, » et legierement elle demist sa cruche sur son bras et donna boire; et comme il eust beu, elle adjousta : « Certes, et à tes chamaus; je trairai yaue jusqu’à tant que tuit boivent. » Et espandent sa cruche ès channes, elle s'en recourut au puis, à ce que elle traissist yaue, et la traitte elle la donna à tous ces chamaus (fol. 40 v°).
P. 155. — A la liste des auteurs qui se sont occupés de la Bible de 1362, il faut ajouter le nom du comte Paul Durrieu (t. III, p. 123).
P. 179-182. — A côté du Bréviaire de Philippe le Bel, j’aurais dû citer un autre Bréviaire antérieur à la canonisation de saint Louis, dont il ne subsiste plus que des fragments, qui a probablement été fait, comme le ms. latin 1023, pour la chapelle du Roi. Voici les articles que j’avais relevés dans le calendrier, lors de la vente des manuscrits de M. Gélis-Didot, à Paris, en avril 1897 :
v kal. febr. Obitus Ysabellis, regine Francorum (1271).
n kal. martii. Honorine virginis et martiris. Nichil in kalendario Parisiensi.
vin idus aprilis. Obitus interfectorum in Egypte a Sarracenis.
vi kal. maii. Dedicatio capelle regis Parisiensis.
n idus julii. Anniversarium inclite memorie regis Philippi (1223). iii idus augusti. Susceptio sancte corone Domini, duplum. (Absence du nom de, saint Louis.)
xiii kal. octobris. Obiit Ludovicus, rex piissimus (1180). n kal. octobris. Hieronimi presbiteri et confessons, ix lect. Susceptio reliquiarum in capella Regis.
n nonas octobris. Obitus Philippi, regis quondam Francorum (1285). n nonas decembris. Inventio Reliquiarum. Duplum in ecclesia Parisiensi.
On y voit marqués les anniversaires des rois depuis Louis VII jusqu à Philippe le Hardi et celui d’Isabelle, femme de ce dernier roi.
De ce beau bréviaire, écrit sur du parchemin très fin, il ne subsiste plus guère que le calendrier et le Psautier, qui forment aujourd’hui le n° 72 de la bibliothèque de M. H. Yates Thompson. M. Cockerell, qui en a fait la notice1, a remarqué l’initiale du Psautier, dans laquelle une reine (peut-être Marie de Brabant, seconde femme de Philippe le Hardi) est représentée à genoux aux pieds d une statue de la Vierge. Il a fait aussi observer que les trois fêtes de la Sainte-Chapelle sont mentionnées dans le