Ms. français
OUDIN DE CARNAVAY.
1 0 Le plus ancien est une petite Bible historiale, dédiée au dauphin Charles, dont le second tome seul nous est parvenu (ms. français 5707). La transcription en fut achevée le 20 décembre 1 362, comme nous l’apprend la souscription tracée sur le fol. 367 v°, à côté d’une note autographe de Charles Y :
Ci fine l’Apocalipse saint Jehan, || parfaite par Raoulet d’Orliens, le || vintiesme jour de décembre, l’an || mil trois cens soisante et deus.
Les trois dernières lignes de cette souscription ont été effacées, et c’est seulement très récemment, et en essayant de divers jeux de lumière, que je suis parvenu à les lire ; elles ont échappé à la photographie.
La copie terminée, sur un dernier feuillet, au-dessous d’une charmante miniature représentant le Dauphin en prières devant la Vierge, près d’un pupitre recouvert d’un tapis aux armes de France et de Dauphiné, Raoulet ajouta une prière qui, dans sa pensée, devait être récitée par Charles, ainsné fils du roy de France , duc de Normandie et dalphin de Viennoys. Ce sont là les mots que nous offrent en acrostiche les lettres initiales des vers de la prière :
Courtoise Vierge, fille et mère,
Æonnorée du très doulz père, duquel nuis n’a comparoison,
Recevez en gré m’oroison.
Le loyer estes de bien fait,
En vous est tretout bien parfait.
Vi vueil mettre toute m’entente A vous servir, com excellente, impossible de mortel vice, iVommée mère de justice,
«Yeur tous les ciex estes assise, iV'onques pour riens ne fustes mise Enz ou siégé de deité Cors pour sauver humanité.
Me des anges, si' vous pri
ÉCRIVAINS
Zoiaument, d’umble cuer, merci, .Si vraiement, com le salu De sauveraient, qui tant valu U monde, vous dist Gabriel, .Rendant respons qui moult fu bel, Ouquel char et sanc déité Y prist avec l’humanité ;
•Dieu le très hault souverain père, En vous com sa très douce mère Diablement se heberga ;
Raison fu quant il s’i loga.
/près cil qui onc ne menti iVoblement de vous se parti, Conques mais tele départie Rn ce monde ne fu oÿe,
De vierge naistre purement U monde sans corrumpement.
Cil qui toutes choses puet faire, .Dont après, par divin mistère,
•En vie de mort surrexi, iVous le savons tretous de fi.
Or vous suppli, très doulz ymage, Royne de humain lignage,
Mère Dieu, pour toutes loenges, duquel nom s’enclinent les anges, No urricière des orphelins,
Droit port à tous bons pèlerins, /oie de tous desconfortez,
En qui soûlas et grant bontez Et tout bon conseil et aÿe Zreuve cil qui de cuer vous prie.
.Depriez li que par sa grâce liions pour demourer espace Zà sus ou ciel où il monta,
•Pour ce que de mal s’exenta.
//onnorablemcnl à sa destre /hesu, le très douls roy celestre, iVoble siège vous ordena Dessus toutes et vous donna Ri chief couronne de salut ;
U monde n’a qui ce valut.
/ointes mains et d’umble courage
RAOULET D’ORLÉANS
En vostre très digne servage, iVoble dame, me recevez,
No procureur estre devez Ou ciel, où perdurablement Y puissons manoir sauvement i’ans faillir avecques les siens.
De tous ces vers enluminez Par ordre les testes prenez,
Si vous sera moult bien descript Pour qui cest livre fu escript.
Et fu parfait, que je ne mente,
L’an mil CCC trois et LX.
Ces vers sont évidemment l’œuvre de Raoulet d’Orléans. Nous allons voir qu’il se plaisait à insérer dans ses copies des échantillons de son talent de rimeur, fantaisies de meilleur goût que les étranges interpolations d’un autre copiste contemporain, Raoul Tainguy, dont le regretté Siméon Luce1 a spirituellement tiré le nom de l’oubli.
21° Après la Rible historiale de 1 362 doit prendre place une copie de la traduction du livre de Jacques de Cessoles, la Moralité sur le jeu des échecs, terminée par ces mots : « Et fu escript de Raoulet d’Orléans, l’an de grâce mil « IIIe LX et VII. » L’existence en est attestée par une copie du xve siècle, ms. français 1169 de la Bibliothèque nationale, dans laquelle a été servilement reproduite la souscription de l’exemplaire exécuté en 1367.
3° En 1368, Raoulet d’Orléans copia les Quarante homélies de saint Grégoire et le traité de l’Arrhe de l’âme par Hugues de Saint-Victor, dans un volume destiné au roi Charles V et qui est aujourd’hui conservé à la bibliothèque
1. En tête du t. II des Œuvres d’Eustache Deschamps, p. vi-xvi. — Outre les manuscrits cités par Luce, M. Camus a cité un exemplaire de la traduction de Végèce copié par Raoul Tainguy, conservé à Gênes dans la bibliothèque du duc de Gênes; voir Romania, 1896, t. XXV, p. 393.
ÉCRIVAINS
de l’Arsenal sous le n° 2247. Nous y lisons, à la fin de la première partie :
Ci fine le livre que saint Grégoire pape fist des Omelies sur xl euvangiles, exposées moult noblement; *et fut parfait et escript par Raoulet d’Orliens, l’an de grâce mil CCC LXVIII, qui fut le quint an du règne au très noble roy Charles, roy de France, que Dieux vueille garder en corps et en ame de tous ennemis visibles et non visibles. Amen.
4° En 1371, Gervais Chrétien, premier physicien du roi Charles Y, offrit à son maître un bel exemplaire des Voyages de Jean de Mandeville1, qu’il avait fait écrire par Raoulet d’Orléans :
Ce livre cy fist escrire honnorables homs, sages et discret maistre Gervaise Crestien, maistre en medicine et premier phisicien de très puissant, noble et excellent prince Charles, par la grâce de Dieu roy de France. Escript par Raoulet d’Orliens, l’an de grâce mil CCC LXXI, le xvme jour de septembre.
5° Sous l’année 1 372 se place la splendide Bible historiale2 que Jean de Vaudetar fit écrire par Raoulet d’Orléans pour être offerte à Charles V. Le copiste a mis à la fin une longue pièce de vers, dans laquelle il vante la richesse des illustrations du livre :
Onques je ne vi en ma vie Bible d’ystoires si garnie,
et rappelle qu’il avait déjà copié trois autres bibles, dont l’une a été citée cinq pages plus haut. La pièce mérite d’être publiée dans son entier :
Ci fine la Bible en françois ;
Plus ne vous en diray, ainçois Vueil supplier la souveraine,
Qui de miséricorde est fontaine,
f . Mss. français 4515-4516 du fonds des Nouvelles acquisitions.