Voir plus loin, chap. XIII, notice xcvn
2. On trouvera à l’Appendice (XIII) la lettre dédicatoire de cet ouvrage. Pierre Bohier vante le goût du roi pour la lecture et le soin qu’il prenait de former une bibliothèque comparable à celle d’Alexandrie.
3. Copie du xvn8 siècle dans le ms. latin 13806. Une note jointe à ce manuscrit mentionne la présence d’un exemplaire de cet ouvrage dans la bibliothèque du couvent des Célestins de Paris.
4. La Bibliothèque nationale (Réserve, S. 1001) possède un exemplaire de
l’édition qui paraît la plus ancienne et qui est sortie de l’atelier parisien de
Simon Vostre.
TRADUCTEURS
et l’utilité de cette entreprise n’ont pas échappé aux contemporains. Voici en quels termes y fait allusion un sergent Jacques Bauchant, en présentant au roi sa traduction des Voies de Dieu : « Ceste noble affection de faire « translater livres, especialment historiens et moraulx, « avés vous eu tous dis en volenté et propos, et est chose « ainsi comme toute notoire1. » De son côté, Christine de Pisan ne craint pas d’entrer à ce sujet dans des détails longs et circonstanciés :
Non obstant que bien entendistle latin, et que ja ne feust besoing que on lui exposast, de si grant providence fu, pour la grant amour qu’il avoit à ses successeurs, que au temps à venir les voult pourveoir d’enseignemens et sciences introduisables à toutes vertus, dont pour celle cause fist par solempnelz maistres, souffisans en toutes les sciences et ars, translater de latin en françois tous les plus notables livres, si comme la Bible en m manières, c’est assavoir le teste, et puis le teste et les gloses ensemble, et puis d’une autre manière alégorisée. Item le grant livre de saint Augustin de la Cité de Dieu. Item le livre du Ciel et du Monde. Item le livre de saint Augustin de Soliloquio. Item des livres de Aristote Ethiques et Politiques, et mettre nouveaux exemples. Item Yégèce de chevalerie. Item les xix livres des Propriétés des choses. Item Valerius Maximus. Item Policratique. Item Titulivius, et très grant foison d’aultres, comme sanz cesser y eust maistres qui grans gages en recevoient de ce embesoignés 2.
La même Christine de Pisan, dans son poème intitulé le Chemin de long estude, indique avec une grande précision le but que le roi se proposait :
Fist-il pour celle entention Mainte noble translacion,
Qui oncques mès n’ot esté faitte,
Et moult fu noble œuvre et perfaitte,
Faire en françois du latin traire,
Pour les cuers des François attraire
1. Préface de la traduction des Voies de Dieu, ms. français 1792.
2. Faits de Charles V, III, xn. J'ai suivi pour cette citation le texte du ms. français 10153.
TRADUCTEURS
A nobles meurs par bon exemple.
Combien que le latin tout emple Entendist, les voult il avoir,
Affin de ses hoirs esmouvoir A vertu, qui pas n’entendroient Le latin, si se entendroient * .
Au témoignage de Christine de Pisan viennent se joindre ceux de Denis Foulechat et de Raoul de Presles. Le premier de ces auteurs nous avertit, au commencement de la traduction du Polycratique1 2, que Charles V l’a chargé de cette besogne, « afin que toutes gens s’i puissent grandement « profiter » . Raoul de Presles s’adressant au Roi lui-même ne tient pas un autre langage : « Vous avez, lui dit-il3, « fait translater pluseurs livres, tant pour plaire à vous, « comme pour proufîter. à voz subgés... Vous avez voulu « estre translaté de latin en françois, pour le proufit et uti- « lité de vostre roiaume, de vostre pueple et de toute cres- « tienté, c’est assavoir le livre de monseigneur saint Augus- « tin de la Cité de Dieu. » Il paraît que les termes « pour « l’utilité du roiaume et de toute la chrestienté » se trouvaient dans le mandement même par lequel Charles V allouait des fonds à Raoul de Presles pour l’indemniser de son travail4.
Le choix des ouvrages à traduire ne fut point renfermé dans d’étroites limites : les textes sacrés ne firent point négliger les textes profanes, et les auteurs de l’antiquité ne