A BELE VIE&NE
La devise A bele viegne est l’anagramme du nom de Jehan Le Bègue, greffier de la Chambre des comptes, dont il a été question (p. 28) à propos des inventaires de la librairie du Louvre, et dont nous connaissons plusieurs autres manuscrits (latin 6416; français 13569 et 23083). Dans le ms. latin 6416, les mots A bele viegne accompagnent la mention De libris Johannis Le Bègue, et, sur le frontispice du volume, la devise Paix et joye à Bele viegne est plusieurs fois répétée. — Jean Le Bègue est connu pour avoir dédié à Charles VII une traduction de l’histoire de la Guerre punique par Léonard L’Arétin. Voir P. Paris, Les Manuscrits françois, t. I, p. 35-37.
2. Il y en a une belle copie dans le ms. latin 3233, auquel je viens d’emprunter la note de Jean Le Bègue.
3. La Bibliothèque nationale en possède deux anciennes copies : lat. 15690, fol. 141 v», et lat. 1821 des Nouv. acq., fol. 95.
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posé des ouvrages latins dont le texte nous est parvenu ; il était, en outre, 1 auteur d’une compilation historique en français dont nous ne connaissons que le sujet : une Chronique générale allant de la Création jusqu’au temps de Tarquin l’Orgueilleux et de Cambyse.
Ce fut en 1371 que Raoul de Presles, sur l’invitation expresse du roi, prit la plume pour traduire et commenter en plus d un endroit la Cité de Dieu de saint Augustin. Dans l’Épître dédicatoire mise en tête de l’ouvrage, l’auteur, après avoir exprimé son étonnement d’avoir été choisi pour rédiger une si difficile traduction, rappelle ses travaux antérieurs et entre dans des détails fort intéressants sur les principes d’après lesquels il a pu mener l’entreprise à bonne fin :
Je doi estre esmerveillé, et non sans cause, de ce que délaissiez les souverains clers de vostre roiaume, dont il y en a tant et de si grans que en toute crestienté n’en a tant de telz, et auxquiex tele euvre appartenoit et leur estoit deuee à translater, il peut estre cheu en vostre pensée de le moy baillier, qui, au regart de eulx, ne suis que poudre et cendre, et comment vous avez voulu à moy, qui sui de si feible entendement, baillier si fort fessel, et à si petite main si grant mole à tourner. Et pour ce que l’en ne cuide pas que par arrogance ou par moy ingerer je l’aie voulu entreprendre, je appelle Dieu à tesmoing, et vous le savez assez, comment et par quel temps je l’ai refusé et différé à entreprendre, et les excusations que je y ai prétendues, tant pour ce que je Savoie et scé la foiblesse de mon engin, la grandeur de l’euvre, et l’aage dont je sui, qui me deusse, si comme il me semble, d’ores en avant reposer. Si ne tiengne, vous ne autre, moy avoir esté si hardi ou si oultrecuidé de l’avoir entreprise de moy. Car, se je cuidasse avoir commis plus grant offense, et que l’en me tenist plus oultrecuidre de le vous avoir refusé que de avoir obey à vostre commandement, je l’eusse à plain refusé; car il me sembloit que je avoie assés labouré en mon temps, tant à faire le livre qui se apele le Compendieux moral de la chose publique, et le livre qui se apele la Muse, laquele il vous plut à recevoir en gré, pour ce que je l’avoye intitulé à vouz, comme les Croniques en françois contemporisées du commencement du monde jusques au temps de Tarquin l’Orguilleux, et du
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roy Cambises, qui régnèrent en i temps, avecques aucunes espistres, considéré encore la grant charge du fait de mon advocacie, qui est office publique et qui requiert labour continuel ; mais je croi que vous aviés leue cele parole de Senèque qui dit « ociosité sans lettre « est mort et sépulture de homme vif ».
Si suppli à vostre royal Majesté que, aussi comme simplement à vostre commandement j’ai ceste euvre entreprise, vous plaise à la recevoir en gré, et supporter mes defaultes, dont je sai bien que il en y aura pluseurs; et se je ne ensuy en ceste translation les propres moz du texte, et que je y voise aucunes fois par une manière de circonlocution ou autrement, il me sera pardonné, pour ce que vous m avez commande, pour la matière esclarsir, que je ensuive la vraie, simple et clere sentence et le vrai entendement, sans ensuivre proprement les mos du texte, et si y a pluseurs mos qui ne se peuent pas bonnement translater en françois sanz adicion ou déclaration...
Pour indemniser Raoul de Presles du travail qu’exigeait la traduction de la Cité de Dieu, le Roi, par une lettre du 28 octobre 1 37 1 4 , lui assura une pension annuelle de 400 livres, qui paraît avoir été portée à 600 livres et avoir été assignée sur la terre de Vailli en Vermandois2. Le travail, commencé à la Toussaint 1 371 , fut terminé le 1er septembre 1375. C’est ce que nous apprenons par une note placée à la fin du second volume de l’exemplaire qui fut offert au roi 3 :
Ceste translacion et exposicion fu commenciée par maistre Raoul
1. Jusqu’ici, le texte de cet acte n’est point connu. Voici 1’erxtrait qu’en a pris Pierre Dupuy : « M. Raoul de Praesles, advocat et conseiller du roi, par « mandement dudit seigneur du 28 octobre 1371, a translaté en françois le livre « de saint Augustin de la Cité de Dieu, et pour ce lui a ordonné 400 frans d'or « par chascun an jusques à ce que la translation soit faicte. » Collection Dupuy, vol. 755, fol. 98. Cf. Van Praet, Inventaire de la bibliothèque du Louvre, p. 43; et Lancelot, Mém. de l’Académie des inscr., t. XIII, p. 619. — Une note de Blanchard mentionne ainsi l’acte du 28 octobre 1371 : « Don de 400 1. « à maître Raoul de Praelles, advocat et conseiller du roy, pour translater de « latin en françois le livre de saint Augustin de la Cité de Dieu, pour l’utilité ï publique du royaume et de toute la crestienté. » Mandements de Charles F, p. vu.