Ms. français
5. Le premier volume de cet exemplaire est à la bibliothèque de l’Arsenal, n° 5212.
6. Christine de Pisan (1. III, ch. xn), mal renseignée, fait honneur à Charles V de trois genres de travaux qu’il aurait fait entreprendre sur la Bible : « Si comme la Bible en trois manières, c’est assavoir le texte, et puis le texte et les gloses ensemble, et puis d’une autre manière allégorisée. » — — « Le texte » désigne la traduction de Raoul de Presles; « le texte et les gloses ensemble », c’est le travail commencé par Jean de Si sous le règne de
TRADUCTEURS
veau recours à Raoul de Presles, qui vécut encore assez longtemps pour terminer, ou peu s’en fallut, la traduction de la Bible.
Les conditions dans lesquelles le travail fut entamé et la méthode que le roi fit adopter sont très nettement indiquées par Raoul de Presles. Il s’exprime ainsi dans une Épître dédicatoire qu’un seul manuscrit paraît avoir conservée, le premier volume d’un exemplaire original, que Charles VI abandonna en 1403 à son oncle le duc de Berry et qui a été recueilli par le Musée britannique1 :
A vous, très excellent et très puissant prince, Charles le quint, roy de France, je Raoul de Preelles, vostre petit serviteur et subject, tout ce que je puis faire. Mon très souverain et très redoubté seigneur, Quant vous rue commandastes à translater la Bible en françoys, je mis en deliberacion lequel seroit plus fort à moy, ou du faire ou du refuser. Car je consideroie la grandeur de l’euvre et mon petit engin, d’une part, et, de autre part, je consideroie qu’il n’estoit riens que je vous peusse et deusse refuser. Je consideroie de rechief mon aage, et l’adverse fortune de ma maladie, et les autres euvres que je avoie faites : c’est assavoir, la translacion et exposicion du livre de monseigneur saint Augustin de la Cité de Dieu, le livre qui s’appelle le Compendieux moral de la chose publique, le livre qui s’appelle la Muse, aveques aucunes espitres. Mais tandis corne je debatoie ceste question en moy meismes, je me recordai que je avoie leu en un livre que nature humaine est comme le fer, lequel, se l’en ne le met en euvre, il se use, et se l’en n’en use point, il s’enrouille et se gaste, et toutevoies se degaste il moins quant l’en en use que quant l’en le laisse gésir. Et pour ceste cause je l’entrepris et amai miex à moy user en exercitant que moy consumer en occiosité, comme, selon le dit du sage, occiosité sans lettres soit mort. Si suppli à Vostre Magesté que vous veulliez recevoir en gré ce que je en ferai. Car, quant à la manière du translater, là où je verray qu’il cherra abreviacion, je la ferai, la sustance demou-
Jean; quant à la Bible allégorisée, ce pourrait être un arrangement de la Bible moralisée qui a été étudiée dans VlMst. litt. de la France, t. XXXI, p. 218-243.
1. Fonds Lansdowne, n* 1175. — Le texte qui suit est emprunté à Samuel Berger {La Bible française, p. 245), qui l'a tiré du Catalogue des mss. du fonds Lansdowne.
RAOUL DE PRESLES
rant entière. Et où je verrai qu’il ara repeticion d’une meisme chose, si comme en Paralipomenon et en Esdras le secont, et ailleurs, je ferai remission. Et aussi lairai je à nommer plusieurs noms de gens, de villes et de citez, là où je verrai que ce ne seroit que charge au liseur, et qu’il n’en seroit de riens miex édifié; et aussi ne scet l’en aucune fois se ce sont leurs propres noms, ou de leurs pères ou aiolz, ou de leurs villes ou citez, pour ce que ainsi le m’avez vous commandé. Mon entente est aussi de faire aucuns prologues où je verrai qu’il en sera besoing à la declaracion des livres, et aussi aucuns integumens ès commencemens d’aucuns chapitres, afin de comprendre plus legierement la sentence, et partout où il ara une ligne par dessouz, ce sera hors le texte, pour le declairier et pour comprendre plus legierement ce que le texte du chapitre veult dire. Car sans declaracions aucunes le texte est mult oscur en plusieurs lieux, especiaument aus gens lais qui n’ont point estudié en la Sainte Escripture. Et ne tiengne nul à arrogance ce que je l’ai entrepris : car vostre commandement m’en excusera en tout et par tout. Aprez, je supplie à touz ceulx qui verront ceste euvre que, s’il y a aucune chose qui ne soit à point mise et à son droit, qu’il veullent supporter mes deffautes; et ce qu’il y trouveront de bien, il le veullent attribuer à Nostre Seigneur, duquel tout bien vient. Et en outre, se il y a aucune chose regardant la foy, je m’en rapporte à ce que la foy en veult, et que nostre mère la sainte Eglise en tient.
La part que le roi prit à la direction du travail est expressément rappelée dans le prologue mis en tête du Lévitique :
Combien que je pensse avoir procédé en ceste translacion et ensuivi le texte sans faire declaracion quelconques, toutes voies, pour ce que il pleut à Vostre Magesté de moy commander que je ne me passasse pas de la translacion si legierement comme je eusse peu bien faire, par laquelle parolle je conçu que vous vouliés avoir ce qui faisoit à l’entendement du teuxte, il m’a semblé que à l’entendement de ce livre de Levitique il y fault mettre aucunes declaracions par manière de préambule, si comme fist le Maistre des histoires, lequel ensuivi en partie Josephus,... si l’ensuivray en ceste partie'...