DEVINE
/ re réponse William Stubbs.
Elisa H.
Isaak Harding.
Sophia Shaw.
Cassandra. .
John Jones .
Tom . . . .
Esther Ogle.
Arthur Higgins.
réponse
Hester Wilson,
Timotliy Taylor..
. Alfred Henderson.
. Ai/iy Freemore . A rny Erogmore.
. Albert Singrore. Albert Grover.
On doit attribuer ces succès à une sensibilité exquise des sujets, et probablement à des Qualités spéciales des expérimentateurs, car da,ns d'autres expériences les résultats parfaits furent moins nombreux. Voici les essais faits à Brigton, le 3 décembre 1882. L'agent (l’opérateur) était Donglas Blackburn et le percipient (le sujet) G. A. Smith. Edmond Gurney et F. W. H. Myers établirent les conditions d'essai, la suite et le mode d'expérience, et garantissent, grâce à la surveillance attentive qu’ils ont exercée, qu’aucune coihmu ni cation ou indication inconsciente n’a pu se produire entre l’agent et le percipient.
Pensé
Noms désignés aupar. i* Réponse parles expérimentateurs.
Barnard . Harland. .
Bellairs . Hamphreys.
Johnson . Jobson . .
Deviné
2' Réponse. )' Réponse.
Barnard.
Ben Nevis . Benaris.
Johnson .
(1) Schrenck. Sur la télépathie et la clairvoyance. Ann. des Scie ne. psyc . 1891. p. 86.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
Regent Street. . . Rembrandt Street. Regent Strcci.
Hobhouse .... Hanter'
Black . Drack . Blake.
QueenAnne . . . Queechy. . . . Qiiecn.
Wissenchaft . . . Wissie .... Wisenaft.
(Blackburn ne sait pas l’allemand)
Toutes les expériences que nous avons relatées ont eu lieu pendant que l’opérateur et le sujet étaient dans la même salle, ou séparés seulement par un paravent, enfin dans deux chambres voisines dont la porte était fermée. Les précautions les plus minutieuses ont été prises pour éliminer des chances d’erreur telles que : transmission de sensations odorantes, concordance d’associations d’idées, fraude, mouvements inconscients, suggestion verbale, etc. 11 paraît donc certain que la pensée s’extériorise, indépendamment de toute médiation sensorielle. Afin qu’il ne reste pas l’ombre d’un doute à cet égard, nous allons signaler l’action à grande dislance d’un opérateur sur son sujet.
Action à distance sur un sujet éveillé.
On a beaucoup plaisanté les magnétiseurs au sujet de leur croyance au « fluide magnétique», mais si l’on ne peut admettre aujourd’hui un dégagement fluidique dans le sens d’une substance sortant du corps, d’une émanation physique, il faut nécessairement imaginer un rayonnement dynamique pour expliquer comment un magnétiseur agit sur un sujet à travers des cloisons ou des murailles, alors que l’imagination ne peut jouer aucun rôle, puisque c'est à l’insu du sujet qu’on opère. Il n’est même pas démontré que ces ondulations qui se propagent dans l’espace n’entraînent pas avec elles des particules matérielles infiniment petites, car les travaux de Reichenbach sur l’od, montrent que les lueurs qui s’échappent incessamment du corps de tous les êtres vivants ondulent comme des flammes lorsque l’air est agité. (1) Les récentes expériences du Dr Le Bon (2) el de M. de G. de Heen établissent que certaines réactions chimiques produisent des émanations qui ionisent l’air et déchargent l'électroscope. Il ne serait donc pas impossible que le corps humain, qui est un laboratoire toujours en activité,
(1) Reichenbach. Le fluide des magnétiseurs , traduit par M. de Rochas. Voir aussi du même auteur : L'extériorisation de la sensibilité.
(2) Revue scientifique . Dr Le Bon. La transparence de la matière et la lumière noire, 4 Avril 1900; et Mme Curie. Les nouvelles substances radioactives , 24 juillet 1900.
émit des corpuscules infiniment petits qui seraient entraînés par les vibrations dynamiques qui se propagent dans l’espace. Mais délaissons les hypothèses, pour ne voir que les faits, ils sont nombreux et convaincants pour établir l’action à distance d’un homme sur un autre.
Mesmer est le premier qui ait donné une démonstration de ce phénomène. En 1775, au château de Rochow, en Hongrie, en présence du savant autrichien Scifert, il fit accomplir des actes variés à un sujet qui était dans une pièce voisine, et qui ne pouvait voir ou entendre les gestes du grand magnétiseur. L’action se produisait ou était suspendue suivant que Mesmer agissait ou s’arrêtait, et les sensations transmises étaient celles que xMesmer voulait provoquer ( 1).
Dès que le magnétisme fut pratiqué en France, on s’aperçut que la présence de l’opérateur dans la même chambre que celle où se trouvait le sujet n’était pas nécessaire pour produire le sommeil. Le marquisde Dampierre et Bruno en citent des cas; (2 et 3) mais les faits les mieux constatés de cette époque sont sans contredit ceux que Du Potet a produits à l’Hôtel-Dieu en 1820 (4). Le 4 novembre, le Dr Husson, médecin de cet hospice, proposa à Du Potet d’endormir un sujet, Mlle Samson en restant dans un cabinet fermé à clef et séparé par une forte cloison de la pièce où se tiendrait la malade. Il accepta. On convint d’un signal, et lorsque le sujet fut arrivé, on le fit asseoir, le dos tourné, à trois ou quatre pieds de cette cloison. Au signal convenu, Du Potet commença à magnétiser en observant le plus profond silence, et sans faire le moindre bruit qui pùt décéler sa présence. Trois minutes après, Mllc Samson dormait. Le 7 novembre suivant, la même expérience eut lieu devant le professeur Récamier, et le résultat fut le même que la première fois. Une troisième tentative fut couronnée de succès, bien qu’on opérât sur la malade dans la salle où elle était couchée et à plus de vingt pieds de distance. On a essayé d’expliquer ces résultats par l’auto-suggestion du sujet, qui se serait douté qu’on voulait l’endormir, en voyant M. Husson à une heure inaccoutumée.
(1) l)rJ. Kerner. Fr ant* Anton Mesmer aus Schwabcn . p. 23.
(2) Réflexions impartiales sur le Magnétisme animal etc.
(3) De Lausanne. Des principes et des procédés du magnétisme animal et de leurs rapports avec la physique et la physiologie . T. I, p. 12 et suiv.
(4) Du Potet. Traité complet de magné tismp animal, p, 35 à 60.
Mais la contre-épreuve a été favorable à l’hypothèse de l’action à distance, puisque le sujet amené dans le cabinet de M. Husson, placé aux mêmes endroits que précédemment, et devant lequel on tint les mêmes propos et on fit les mêmes gestes que précédemment, ne s’endormit nullement, ce qui prouve que son imagination n’était pas intervenue la première fois pour la mettre en somnambulisme ; puis à peine Du Potet commence t-il à magnétiser, à l'insu de Mlle Samson, que celle-ci s’endort.
Cinq ans après, le Dr Froissac renouvelait ces expériences, sur Cazot, avec un plein succès et dans des conditions qui ne laissaient rien à désirer (1). Lafontaine (2) endormit à Rennes son sujet, sans que celui-ci fut prévenu, en agissant sur lui d’un étage à l’autre de l’hôtel ou il était descendu. A Saint- Mars-la-pille, il put montrer la réalité de Faction dite magnétique en plongeant un sujet dans le sommeil, malgré qu’il en fût séparé par une distance d’un demi-kilomètre. Nous avons vu le Dr Dusart agir à 700 mètres de distance et dans un cas à 12 kilomètres
Le professeur Ch. Richet a raconté que pendant son internat à l’hôpital Baujon, deux fois il endormit une malade en restant dans la salle de garde, pendant que le sujet était couché dans son lit. Le Dr Héricourt, rapporte qu’il eut l’occasion, exerçant à Perpignan, de magnétiser une dame sur laquelle il acquit un grand pouvoir. Il lui était possible d’agir sur elle à 300 mètres de distance, en choisissant des heures où le sommeil normal ne se produisait jamais.
M. Le l)r Moutin a consigné des observations d’actions à distance dans sa these doctorale (3). MM. Gibert et P. Janet (4) ont étudié l’action à distance sur un sujet très sensible, nommé Léonie, et ils ont pu convaincre divers observateurs comme MM. Ochorowicz, Mari 1 lier , Myers, Paul Janet de leur pouvoir de mettre cette femme en somnambulisme, bien qu’elle demeurât à 300 mètres de distance du cabinet du Dr Gibert. Sur vingtdeux expériences , il y eut six ccbecs : trois tout au début quand
(0 Du Potet. Traité complet etc. Rapport de Husson à V Académie, p. 137. Edit, de 1883.
(2) Voir l’ouvrage du D1 2 * 4’ Ochorowicz: La Suggestion mentale où ce cas et celui de M. Richet sont rapportés en détail, p. 426 et s.
(31 Dr Moutin. Le Diagnost :c de la suggestibilité.
(4) P. Janet. Bulletin de la société de psychologie physiologique de mai 1886.
l’habitude somnambulique n’était pas assez bien établie ; un, un peu plus tard, également après une interruption de quelques jours dans les séances ; et deux quand le sujet a résisté plus d’une demi-heure avant de s’endormir. En somme sciçe succès « précis et complets ».
Faut-il croire, ajoute M. P. Janet, qu’il y a eu seize fois une coïncidence fortuite quoique exacte ? La supposition est peut-être un peu invraisemblable ; y a t-il eu suggestion involontaire de notre part? je ne puis répondre qu’une chose, c’est que très sincèrement nous avons pris toutes les précautions possibles pour V éviter.
M Richet a fait à Paris 39 expériences avec Léonie et il obtint cinq succès. En parlant des expériences réussies, il dit :(i)
Deux hypothèses seules se présentent : il y a eu simple hasard ou action à distance. Il est bien difficile d’admettre la première hypothèse : celle du hasard pur et simple. D’autre .part, je me suis entouré des précautions les plus minutieuses pour éviter la supercherie, le soupçon, l’éveil de la perspicacité qui est si grande chez ces malades. Reste donc l’action à distance. Or, ma réussite dans des conditions aussi sévères que possible d’expérimentation, me force à reconnaître son existence.
Ceci est catégorique. La science la plus méfiante est obligée d’admettre Faction à distance d’un magnétiseur sur son sujet. Nous disons magnétiseur, car il est évident que l’hypnotisme n’a rien à faire ici. On sent que les observateurs se servent de ce vocable pour ne pas trop effaroucher les sensibles oreilles de leurs confrères scientifiques, déjà suffisamment horrifiés par ces nouveautés, qui mettent en évidence la fausseté de leurs théories favorites.
Mais il nous faut aller plus loin encore, et constater que ce qui se produit entre magnétiseur et sujet, se réalise dans la vie ordinaire c’est-à-dire que la transmi sion de pensée est un phénomène relativement fréquent, entre des personnes reliées par des liens de parenté, d’affection ou de sympathie. On a donné à cette action le nom de Télépathie. Nous l’étudierons au chapitre suivant.
Maintenant que nous avons la certitude de la possibilité de transmettre la pensée sans intermédiaire sensoriel, il devient urgent de préciser dans quelles conditions ce phénomène peut se produire, et de nous demander dans quelle mesure il peut
(1) Ch. Richet. Hypnotisme à grande distance , communication à la société de psych. Physiol. ( Revue de T Hypnotisme ier janvier 1888).
SUR LA MÉDIUMNITÉ
servir à l’explication des messages automatiques qui relatent des faits inconnus de l’écrivain, mais dont un assistant peut affirmer l’authenticité.
Conditions nécessaires pour que la suggestion mentale puisse se produire entre magnétiseur et sujet.
Jusqu’ici nous n’avons relaté que des résultats, sans nous occuper des circonstances qui favorisent ou entravent la suggestion mentale.il est cependant fort important de remarquer qu’elle ne se produit pas régulièrement, même lorsqu’on a pu la constater quelquefois avec certitude entre un opérateur et son sujet. Nous avons mentionné, en même temps que les réussites, les échecs subis par MM. Gibert. Janet, Ochorowicz, Ch Richet, de sorte que nous devons en conclure que cette transmission dépend d’un certain concours de circonstances qui ne se trouvent pas réunies lorsque l’expérience échoue. Il nous faut donc examiner séparément l’état du magnétiseur, celui du sujet, et la relation qui les lie lorsque la suggestion mentale se réalise.
L’opérateur. — D’après les rapports faits par les commissions de la Société deReclierches psychiques , « il résulte qu’un état sceptique de l’agent est défavorable à la transmission, parce que cet état empêche la participation intensive de la volonté à l’activité de conception.» Tous les assistants paraissent influencer le phénomène dans son résultat, et la tenue d’esprit de l’observateur lui-même, vis à vis de l’objet de l’épreuve, est dans le même cas. Pour que l’on puisse suggérer mentalement une pensée, il est indispensable que l’opérateur se recueille, s’isole et pensé nettement Dans les expériences qui eurent lieu au Havre, avec Léonie, le Dr Gibert et M. P. Janet avaient pour habitude de sc retirer dans leur cabinet afin de pouvoir mieux être à l’abri des distractions. Dans un cas, [ i) M. Gibert, à force déconcentrer sa pensée, a eu une forte syncope. M. P. Janet. dans une autre experier.ee, s’isole et emploie toute sa volonté pour ordonner à Léonie, éloignée d’un kilomètre environ, de tomber en somnambulisme, (2) ce qui eut lieu.
A vrai dire, ce n’est peut-être pas encore tant l’intensité de la volonté qui est enjeu, c’est surtout la clarté de la vision intérieure et la fixité de l’image mentale que l’opérateur doit main-
(1) Ochorovicz. La Suggestion mentale — p. 128.
(2) id. — p. 1^8.
tenir dans son cerveau. Tous les expérimentateurs ne sont pas également aptes à concentrer leur pensée, et par conséquent à se faire une idée exacte de ce qui doit être transmis. Nous avons assisté assez souvent à des essais de transmissions mentales qui réussissaient avec des personnes et échouaient avec d’autres, parce que ces dernières ne savaient pas, lorsqu’elles voulaient faire accomplir un acte, décomposer la série des mouvements que le sujet doit exécuter pour réaliser la pensée de l’agent.
Un récit de M. Ochorowicz montre bien la nécessité de cette énumération successive. (1) La malade endormie doit se lever, aller au piano, prendre une boîte d’allumettes, l’apporter au docteur, allumer l’une d’elles, puis retourner à sa place. Voici la série des injonctions mentales de l’opérateur actionnant le sujet :
Suggestions mentales.
Se lever
Mouvements du sujet .
Elle se lève avec difficulté.
S’approche de moi.
Elle va au piano.
Mais passe devant,
Elle revient.
Elle s’avance vers la porie.
Elle revient au piano.
Cherche trop haut. .
Sa main s’abaisse.
Elle touche la boite , puis recule.
Elle la touche de nouveau et la prend. Elle vient à moi .
Elle veut me passer la boîte.
Elle retire une allumette .
Elle rallume .
Elle retourne à sa place.
Indépendamment de cette nécessité de savoir diriger et concentrer nettement sa pensée, l’opérateur qui endort un sujet indue sur son genre de somnambulisme, par son action personnelle. L’ individualité psycho-physiologique joue un rôle important, car, ainsi que nous allons le voir, il y a un état spécial dans lequel le sujet peut recevoir la pensée. Ceci nous amène à reparler du rapport magnétique, dont nous avons signalé déjà l’existence (2).
Qu’est ce que le Rapport? Un somnambule endormi par les procédés magnétiques reconnaît toujours, parmi plusieurs autres,
Va au piano !
Retourne !
Encore en arrière !
Je l’arrête par la main.
Plus bas !
Plus bas]
Prends la boîte !
Prends la boîte !
Viens à moi !
Allume !
Allume 1
Retourne à ta place.
(1) Ochorowicz. La suggestion mentale, p. 94.
(2) Voir p. 81.
SUR LA MEDIUMNITE
l’attouchement de son magnétiseur, qui lui est agréable. C’est un des phénomènes qui différencie l’hypnotisme du magnétisme. Le sujet hypnotisé entend tout le monde, sent les contacts de toutes les personnes présentes et peut être réveillé par n’importe qui. Le sujet magnétique, au contra ’re, est généralement isolé du milieu ambiant; il est sourd et aveugle pour tout ce qui ne lui vient pas de son magnétiseur, mais, en revanche, les seules sensations qu’il perçoit ont une acuité remarquable . Il semble que les passes ont opéré une sorte de réglage, d’unisson vibratoire entre l’organisme de l’opérateur et celui du sujet, comme il en existe un entre deux diapasons qui donnent la même note. Lorsque cette sympathie est établie, le somnambule voit son magnétiseur les yeux fermés, ou, plus exactement, il traduit en images visuelles toutes les sensations qui en proviennent. Il le sent par ses gestes qui produisent des mouvements de l’air ; par les émanations de la senteur cutanée ; par la chaleur qui s’en dégage. 11 juge ainsi s’il est à droite ou à gauche, devant ou derrière et toutes ces sensations, associées par l'habitude à des images mentales, font que le somnambule traduit ses impressions en langage des yeux ( i). Cette explication convient parfaitement pour les expériences où l’agent et le percipient sont dans la même salle, mais ne s’applique plus au cas de suggestions lointaines.
Lorsqu’un sujet a été magnétisé souvent par le même opérateur, il se développe un rappport d’une autre nature, puisque la transmission de pensée a lieu à grande distance et que toute impression sensorielle est supprimée entre l’expérimentateur et son sujet. C’est là la véritable action magnétique ; elle peut être comparée aux ondes hertziennes qui, elles aussi, se propagent au loin, sans conducteur matériel, en traversant presque tous les obstacles non métalliques.
La transmission de pensée expérimentale exige donc impérieusement un rapport, et celui-ci ne s’établit qu’après un contact matériel ou des magnétisations prolongées. Dans les expériences du Havre, lorsque c’était le Dr Gibert qui endormait Léonie, M. Janet ne pouvait pas lui transmettre sa pensée, alors même qu’il l’avait souvent endormie auparavant et qu’il avait pu lui faire déjà des suggestions mentales. Le magnétiseur a une action qui lui est particulière ; il crée une liaison invisible, mais bien
(i) Ochorowicz — Ouvrage cité. Voir p 295 et suiv.
réelle, entre lui et le sujet dont il règle l’organisme d'après sa constitution physiologique, suivant son rayonnement dynamique propre, de manière, probablement, à créer une sorte de synchronisme vibratoire entre les deux organismes.
Voici, d’après M. Ochorowicz (1), les faits incontestables qui appuient cette manière de voir.
11 existe des cas ou le magnétisé perçoit l’action de son magnétiseur sans que ses sens puissent l’avertir de sa présence, il distingue son attouchement entre plusieurs autres, meme par l’intermédiaire d’un corps inerte (une lige en bois par exemple) qui ne peut pas l’influencer différemment par elle-même. Par conséquent, si le sujet distingue aussi bien l’attouchement du magnétiseur à travers une tige que directement, il faut bien qu’il existe un courant moléculaire quelconque, propre à l’organisme du magnétiseur et qui dénote sa présence, à peu près comme un courant galvanique décèle la présence d’une pile par l'intermédiaire d’un fil qui nous touche. L’objection, que la majorité des sujets n’éprouve rien, est sans valeur puisqu’on ne sent rien avec le courant d’une faible pile, quoique la boussole indiquera nettement sa présence, et que pour un courant encore plus faible, celui d’un télér phone ou d’une grenouille, on n’obtient rien du tout en employant la même boussole. 11 faut un instrument plus sensible encore, un galvanomètre comme celui de M. Du Bois Raymond pour en indiquer l’existence.
En second lieu, on peut obtenir des effets marqués au point de vue thérapeutique en agissant sans contact q t kVmsu des malades , par exemple chez des enfants endormis. Il y a donc une action inductive qui dépasse la surface du corps de l’opérateur. On constate également des différences très nettes dans l’action magnétique de différentes personnes sans que l’influence morale puisse les expliquer . Une main agit autrement qu’une autre main ; il y a donc bien une action physique et cette action est spéciale pour chaque individu.
Enfin puisque les faits nous obligent à constater l’action à distance. c’est que quelque chose sort de l’opérateur pour agir sur le sujet.
Si le rapport n’est pas établi par une magnétisation préalable, dit encore M. Ochorowicz (2), ou bien par des magnétisations précédentes, je crois que l’action mentale resterait sans résultat.
11 y a des faits qui semblent s’opposer à cette manière de voir. On a obtenu des transmissions de pensées avec des personnes qui n’ont jamais été magnétisées. Mais, en examinant ce fait de près, on voit que d’abord le sujet a toujours été prévenu, que toujours son attention
(1) Ochorowicz. la suggestion mentale. p . 506.
(2) Ochorowicz. Ouvrage cité. Voir p. 333.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
expectante le mettait dans un état plus ou moins anormal, et que toujours avant d obtenir un résultat quelconque, l’opérateur était obligé de concentrer bien sa pensée, avec Vidée d'influencer le sujet . ce qui équivaut, à peu de chose près, à une magnétisation. Donc, je crois qu'il ny a pas de suggestion mentale sans rapport magnétique.
C’est là une constatation très importante au point de vue spirite, car même en supposant que le méd'um soit un somnambule éveillé, il est nécessaire, pour que la transmission de la pensée soit possible entre lui et un assistant, qu'un rapport magnétique ait été préalablement établi, sans quoi la suggestion mentale n’a pas lieu, D’ailleurs celle-ci ne se produit pas toujours, même avec un sujet très entraîné. Il faut une certaine espèce de sommeil magnétique pour amener l’état psychique particulier, qui est seul favorable à la réception de l’onde mentale. Nous allons définir tout à l’heure cet état.
En résumé, le rapport magnétique résulte soit :
i° D’une concentration de l’attention du sujet dirigée uniquement vers le magnétiseur ; (c’est le cas le plus fréquent).
2° D’un réglage particulier psychique obtenu en partie par cette concentration même, mais principalement provoqué par les procédés de magnétisation et soutenu par des indications involontaires de l’attitude, delà voix, etc., du magnétiseur (c’est déjà un cas un peu moins fréquent).
30 D’une action physique individuelle.
4° D' une suggestion mentale.
Etudions maintenant quel est l’état du sujet lorsque la transmission mentale se produit.
Le Sujet (i). S’il est un fait aujourd’hui bien constaté, c’est qu’il n’y a pas de sommeil magnétique proprement dit, mais une série d’états somnambuliques, qui se succèdent ou se remplacent, en accompagnant toutes les modifications physiologiques du sujet. Suivant l’intensité de l’action magnétique, l’état psychique du sujet peut passer par tous les degrés, depuis l’aïdéie profonde, c’est-à-dire l’absence complète d’idée, le néant cérébral, jusqu’à un état d’excitation très grand que l’on nomme la polyïdeie. Quel est parmi tous ces états celui qui est le plus favorable à la transmission de la pensée ? Pour le savoir, il faut bien se rendre compte de ce qu’est la suggestion mentale. On peut considérer ce phénomène comme une sorte d’audition mentale ; alors on va comprendre de suite dans quels cas elle peut le
(x) Ochowwicz.Ouvrage cité . Voir p. 397.
mieux se produire. On n’entend pas la parole ordinaire pour plusieurs raisons : i° Lorsqu’on est sourd ; 20 Quand il y a trop de bruit; 30 Quand o 1 est distrait. Appliquons ces observations au sommeil magnétique, elles vont nous renseigner. (1)
On est sourd pour une transmission de pensée, lorsque l’on dort si bien que le cerveau ne fonctionne plus. Comment un sujet serait-il sensible à une action aussi délicate que celle de la pensée lorsqu’il n’entend même pas la voix de son magnétiseur? Il est sourd. Inutile de lui crier à l’oreille, et à plus forte raison de lui chuchoter à distance. La suggestion mentale sera donc plus difficile dans cet état d' aïdéie paralytique proj onde que dans l’état de veille, et ceux qui s’imagiment qu’il suffit d’endormir profondément quelqu’un pour le rendre sensible à faction mentale se trompent complètement.
En second lieu, en poursuivant notre comparaison, on n’entend pas une voix faible lorsqu’il y a trop de bruit dans l’appartement. Un sujet hypnotisé n’entendra pas une voix mentale, parce que n’étant pas isolé, il est à la merci de tout le monde ; parce qu’il a trop de sensations fortes et différentes ; parce que son attention n’est pas dirigée exclusivement sur l'opérateur ; en un mot parce qu’il n’y a pas rapport magnétique.
Enfin on n’entend pas quand on est distrait, ou pour mieux dire, quand on est occupé à autre chose, parce qu’une action exclut l’autre. Celui qui parle écoute mal. Les rêves du somnambulisme actif étant plus vifs qu’à l’état normal, étant presque toujours des rêves parlés, s’opposentdavantage à une perception délicate que l’état de veille lui-même, plus mobile et plus varié dans ses phénomènes. Par conséquent, inutile d’essayer la suggestion mentale directe sur un somnambule qui cause avec vivacité, il ne vous entendra pas Son attention n’est pas nulle comme chez l’hypnotisé, mais- ce qui est pis pour la transmission de la pensée, elle est dirigée ailleurs. Donc, malgré les apparences favorables (il peut vous entendre toujours, vous, son magnétiseur) l’état de polyidéie fortement active ne convient pas plus aux expériences qu’une aïdéie paralytique.
Quand donc alors peut se produire la suggestion mentale ? C’est pendant les états intermédiaires.
, (i)Nous résumons ici la discussion et les observations faites par M. Ochorowicz dans son ouvrage sur la Suggestion mentale, p. 1 1 1 et suivantes.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
Généralement, les sujets ne passent pas brusquemment de l'absence de pensée à une idéation active ; ils s’arrêtent plus ou moins longtemps à une phase à laquelle on a donné le nom de monoïdéisme. Dans cet état on n’est plus en face d’une paralysie complète du cerveau, il commence à fonctionner et se concentre sur une seule idée, qui par ce fait devient très intense parce qu’elle est seule dominante. Ce monoïdéisme peut être actif ou passif. Lorsqu’il est actif, il s'approche de la polyïdéie et n’est pas favorable à la transmission de la pensée, tandis que lorsqu’il est passif, les idées ne peuvent naître d’elles-mêmes, elles ont besoin d’être suggérées, et bien qu’elles soient très vives, elles sont acceptées " avec une facilité extrême. Dans cette phase, la transmission de pensée est toujours possible, mais elle peut être troublée par l’instabilité mentale du sujet. Il faut donc chercher encore un peu plus bas pour atteindre la limite entre l'état aïdéiqne et le monoïdéisme passif . Comment arriver à régler le sommeil sombambulique pour le fixer juste à ce degré? Voici les conseil que donne M. Ochorowicz à ce sujet : (1)
Comment régler un somnambule? Ah ! voilà la grande question. Heureusement elle n’est pas beaucoup plus difficile en hypnologie qu’en téléphonie. Seulement, ici comme là, il faut que l’instrument soit réglable. Or, il y a des sujets qui ne se laissent pas manier sous ce rapport On 11’aura qu’à les employer pour autre chose, ou bien se contenter d’une action furtive comme on l’a fait jusqu’à présent. Mais aussi il faut éviter les sujets par trop obéissants et déjà éduqués, les sujets à manivelle. En revanche il faut apprendre à provoquer le degré de sommeil voulu. Les premières séances doivent être destinées uniquement à une observation purement passive de ce qu*a produit votre action primitive, pour bien se rendre compte de la nature du sujet. Attendre même plusieurs heures s’il le faut pour que le sujet se réveille de luimême, à moins qu’il ne demande à être réveillé plus tôt. Chez les sujets éminemment sensibles au sommeil (car il y en a avec lesquels vous pouvez faire toutes les expériences physiques, mais pas psychiques), vous obtiendrez toujoursdeux phases principales : Le sommeil profond , qui se dissipe peu à peu, puis le sommeil lucide ou somnambulisme proprement dit. C’est un état intermédiaire qu’il vous faut. Ne pas laisser le sujet se réveiller de trop, en regagnant son activité spontanée et ne pas le rendre par trop ..ssoupi , car alors il ne vous entendra pas. Le meilleur moyen
(1) Ochorowicz. Ouvrage cite, p. 116.
pour obtenir cette gradation, ce sont les passes dites magnétiques, longitudinales et transversales, car la profondeur du sommeil augme nte généralement avec le nombre de celles-là (longitudinales) et diminue avec le nombre de celles-ci (transversales). En faisant donc deux, trois, quatre passes devant le sujet (sans conact), vous obtenez un peu plus ou un peu moins de sommeil, et on arrive quelquefois jusqu’à pouvoir graduer à volonté les phases intermédiaires que je viens -d’énumérer. Si cette gradation .n’est pas possible par des passes', il vous sera difficile de l’obtenir par un 'autre moyen quel qu'il soit. Et il faut éviter surtout d’employer une méthode différente pour les phases différentes, car alors vous créez une association idéo-organique artificielle, une mauvaise habitude qui désorganise le sujet.
En résumé, nous voyons que la transmission de la pensée entre un magnétiseur et la personne sur laquelle il agit, nécessite des conditions nombreuses, variéeset délicates, qui dépendent à la fois de l’opérateur, du sujet et du rapport magnétique. Si l’un quelconque de ces éléments vient à faire défaut, la suggestion mentale n’est plus possible, et l’on assiste à ces insuccès qui ont permis de nier pendant si longtemps la réalité de ces phénomènes.
Mais en revanche.il est très possible que la transmission mentale ait lieu dans un certain nombre de cas, alors que les circonstances précédentes sont réunies. Lorsqu’on se livre à des expériences spirites en famille, ou dans un milieu où les assistants se connaissent bien et depuis longtemps, l’automatiste peut percevoir la pensée, grâce à cet état spécial d'hémi-somnambulisme que nous avons constaté, et faire des réponses qu’il oublie immédiatement. Dans ce cas, c’est son propre esprit qui répond, et il le fait le plus souvent en conjecturant, lorsqu’il s’agit d’un événement inconnu. On peut donner quelques exemples de ces faits (i)
Le cas de miss Summerbel.
Voici une expérience d’écriture automatique qui contient une apparence de prophétie; ce message montre comment une préoccupation de l’avenir peut être interprétée commejune prédiction.
(i) Cet exemple, et les suivants, sont empruntés à l’étude de M . F. W. H. Myers sur V écriture automatique , publiée dans les Pro ceedings de la S. P. R. de l’année 1 888. C’est la seule étude sérieuse et impartiale qui ait été faite de l’écriture automatique, encore que l’auteur émette des hypothèses bien contestables sur la dualité des hémisphères cérébraux.
SUR LA MEDIUMNITE
Je me suis souvent servie de la planchette, écrit miss Summerbell, mais je n’ai guère obtenu de résultats que dans les deux cas suivants, dans lesquels fut traduite la pensée de l’une des personnes présentes, dont les mains, cependant, ne touchaient pas la planchette. 11 y a un an, nous demandions quels présents nous recevrions à la Noël. Mes mains, et, je crois, celles de miss Lay posaient sur la planchette ; il est absolumeut certain qu’elle 11’était touchée par aucune autre personne qui eut pu donner une réponse à la question que je posais et qui était celle-ci : « Combien mis T. recevra-t-elle à la Noël ? » Miss T... était bien dans le salon, mais à une certaine distance de . la table. La planchette indiqua aussitôt une assez forte so^nne. Je demandai : « Qui la donnera? » Réponse : << B. et un autre. » Quelques semaines plus tard je rencontrai miss T..., qui me demanda si je me rappelais cette réponse et ajouta : « J’ai reçu encore davantage et je comptais bien, à cette époque, recevoir quelque chose ; mais je ne savais pas combien.il est possible qu’il y ait eu là un phénomène de communication de !a pensée, car je suis certaine que dans l’assemblée aucune autre personne que moi ne connaissait quoi que ce fût de la question. » L’argent venait effectivement u’un de ses parents dont ie nom 'commençait par un B et d’une autre personne.
Miss Summerbell parait appartenir exclusivement à la classe des Automatistes simples, dépourvus même de clairvoyance, puisque malgré ses nombreuses expériences elle n’a jamais obtenu que ce fait et celui que nous allons citer. Nous ne voyons, malgré l’inconscience de l’écriture, aucune raison d’attribuer ce messageà un Esprit, car la sommetouchée était indiquée inexactement. La transmission de la pensée se manifeste par l’indication du nom de B., inconnu de l’écrivain, mais sur lequel la pensée de miss T s’était arrêtée. Il n’y a donc ici qu’une apparence de communication; elle nous instruit sur le rôle que joue parfois la penséed’un assistant dans'ces expériences d'écriture automatique. Voici lesecond fait rapporté par miss Summerbel, où Ton pourra constater l’action du souvenir latent d’un des expérimentateurs:
Dans une autre occasion, je priai une amie de poser une question à laquelle aucune personne présente ne pût répondre. Elle dit : « Qui viendra déjeuner demain ? » Miss Lay et moi ayant les mains sur la planchette, celle-ci écrivit : « Lucas ». Notre amie reconnut que c’était exact. Ni miss Lay, ni moi, n’avions entendu parler de ce Monsieur. Notre amie dit : « Demandez son prénom.» Réponse : « William. « — «Est-ce exact ?» -«Je 11e sais dit notre amie, je n’ai jamais entendu prononcer son prénom.» Alors l’un des assistants qui ne touchait pas la planchette, fit observer que
l’on trouverait parmi les morceaux de musique une œuvre signée Lucas. On regarda et l’on trouva le nom complet: William Lucas. Personne ne se rappelait avoir vu ce nom.
Il nous paraît très probable que l’amie de M. Lucas, laquelle transmettait la pensée, avait connu le prénom de M. Lucas, puisqu’il était imprimé sur un morceau de musique qui se trouvait chez elle ; il était sorti de sa mémoire consciente, mais il existait en elle, et elle l’a suggéré involontairement par suite d’une association formée dans sa pensée. Elle avait oublié le prénom, mais il restait dans sa mémoire latente en contiguïté avec le nom, propre, et la question posée le fit surgir de l’inconscient, mais pas avec assez d’intensité cependant pour être connu par le moi normal.
Voici un autre exemple où la transmission expérimentai de la pensée s’est produite d’une manière remarquable,et avec une précision et une continuité extraordinaires.
Les expériences du Révérend P. H. Newnham.
Le Révérend P. H. Newnham était vicaire de Maker Devonport. Expérimentateur froid et méthodique, sans idées préconçues, sa parfaite bonne foi nous est affirmée par M Myers, membre de la Société de recherches psychiques. Ce pasteur s’est adonné pendantde longues années à l’étude des|questions psychiques : il est probable qu’il dût la réussite de ses expériences à ce qu’il trouva dans sa femme un sujet exceptionnellement sensible, en parfaite harmonie sympathique avec lui. Déjà, étant jeune homme, pendant son sommeil il s’était dégagé de son corps pour aller la voir chez ses parents, et celle-ci sentit sa présence avec assez de netteté pour le reconnaître) 1). Pendant longtemps M Newnham fit un grand nombre de tentatives pour transmettre volontairement sa pensée à sa femme ; il n’y parvint qu'en 1871, et seulement pendant une période de huit mois.
A cette époque, il tint un journal de ses expériences quotidiennes et recueillit ainsi 385 réponses, écrites automatiquement. Il est très important de signaler tout de suite que Mme Newnham ne pouvait avoir aucune connaissance, ni par l’ouïe, ni par la vue, des questions mentales écrites par M. Newnham. Comme les réponses correspondaient directement aux questions posées, pour rester fidèle à la méthode scientifique,nousdevons supposer
(1) Gabriel Delanne. L 'âme est immortelle. Voir p. 149 où ce cas e»t rapporté complètement.
SUR LA MÉDIUMNITÉ 283
qu’il y a eu suggestion mentale du mari à sa femme. D’ailleurs, les réponses données ne semblent pas, pendant ces huit mois, témoigner de la présence d’une intelligence étrangère, et nous remarquerons que presque toujours la présence d’un tiers troublait complètement l’expérience.
Nous allons reproduire quelques extraits du Journal de M. Newnham, qui nous feront connaître le mode opératoire qu’il a employé pendant ses recherches, ainsi que les principaux résultats obtenus ; ses observations nous permettront, d’abord, de vérifier l’exactitude de nos affirmations sur le rôle que joue l’esprit de TAutomatiste pendant que se produit l’écriture, et ensuite, ils nous mettront à même de l’apprécier sous les différents aspects qu’il revêt pendant cet état spécial d’hemi-somnambulisme.
Conditions de l’expérience.— Ce fut en janvier 1871 que je songeai à étudier les phénomènes de l’écriture avec la planchette ; j’arrêtai soigneusement avec ma femme les conditions de l’expérience, qui furent scrupuleusement suivies. Les voici :
i° — La question est toujours écrite avant que l’on mette la planchette en mouvement. Elle n’est jamais connue de l’opérateur (Mme Newnham).
20 — Lorsqu’une première réponse est vague et nécessite d’autres questions pour arriver à une formule claire, l’opérateur n’est mis au courant d’aucune de ces questions, ni du sujet qui les provoque, avant que la réponse définitive n’ait été obtenue.
3° — Toutes les fois que l’opérateur 11’est pas nommé, c’est de ma femme qu’il s’agit.
4° — Lorsque le questionneur n’est pas nommé, c’est moi qui remplis ce rôle.
Quoique notre mutuelle bonne foi ne puisse être mise en doute, je ferai remarquer que ma femme s'est toujours assise devant une table basse, sur une petite chaise. Quant à moi, j’étais assis à une distance de huit pieds, à une table beaucoup plus haute, et nous nous tournions le dos pendant que j’écrivais. 11 lui était absolument impossible de deviner ma pensée, soit à un geste, soit au moindre jeu de ma physionomie. En general, elle tenait les yeux fermés , mais jamais elle ne tomba, à aucun degré, dans le sommeil magnétique ou naturel (1).
(1) Nous avons vu que apparences de la ve.lle.
d’hé mi-somnambulisme.
automatiste peut conserver toutes les alors même qu'il est déjà dans l’état C’est précisément l’ignorance dans laquelle on était généralement de cette modification de la personnalité, qui passe inaperçue de l’écrivain lui-même, qui a causé pendant si longtemps la confusion entre l’automatisme et la médiumnité.
Ces huit mois d’expérience épuisèrent à tel point le système nerveux de ma femme que nous décidâmes de suspendre les séances lorsque le fait de la transmission de la pensée nous parut suffisamment démontré.
Avec ma femme, la planchette se mit instantanément en mouvement, et souvent la réponse était déjà à moitié écrite avant que j’eusse achevé d’écrire la question. Je posai d’abord trois simples questions sur des sujets connus de l’opérateur, puis trois autres sur des sujets connus de moi seul : les six réponses furent exactes.
Voici quelques-unes des questions que je posai ensuite, avec les numéros qu’elles portent sur mon journal.
Puisque Mme. Newnham ne savait pas ce que la planchette écrivait sur le papier, quelle était l’intelligence qui dirigeait cette planchette ? Ce tut la première préoccupation de M. Newnham. Voici les questions qu’il fit à ce sujet :
29 Janvier.
13 — D — Est-ce le cerveau de l’opérateur ou quelque force externe qui remue la planchette ? Répondez « cerveau » ou « force » — R — Volonté.
14 — D — Est-ce la volonté d’une personne vivante ou d’un esprit immatériel, distinct de cette personne? Répondez: « Personne » ou « Esprit » — R — Femme.
15 — D — Donnez-moi d’abord le prénom de cette femme et
le nom familier que j’aime à lui donner. (Ceci fut fait très exactement). A
27 — D — Quel esi votre propre nom ? — R — ■ « Comme vous ».
28 — D — Nous ne sommes pas bien sûrs d’avoir compris. Expliquez-vous. — R — Femme.
Ne pouvant d’abord obtenir rien de plus, nous revînmes sur cette question après le n° 114. Ayant serré de près un autre sujet, nous reçûmes cette courte réponse: « Dis tout ce que je sais».
18 Février.
1 1 7 — D — Qui êtes-vous, vous qui écrivez, et avez-vous dit tout ce que vous savez? — R — Femme.
118 — D — Mais quelqu’un 11e dit-il pas à ma femme ce qu’elle doit écrire ? Et alors, qui est-ce ?
R — Un Esprit.
119 — D — Quel Esprit? — R — Le cerveau de votre femme.
Remarquons, en passant, que l’intelligence qui agit ici ne se
donne pas pour l’esprit d’un mort. Malgré les suggestions du pasteur, elle s’affirme comme celle de la femme de M. Newnham. Ceci est important a signaler, car nous en déduisons que dans
SUR LA MÉDIUMNITÉ
l’état d’hemi-somnambulisme, lorsque le sujet n’est pas suggestionné par sa conviction ou des lectures sur le Spiritisme, il n’y a pas tendance, de la part de la conscience somnambulique, à se faire passer pour un esprit désincarné.
Mais alors, lorsque nous trouverons des sujets qui ignorent le Spiritisme et qui obtiennent cependant de l’écriture automatique signée du nom d’une personne décédée, il y aura de fortes présomptions pour que ce message soit réellement celui d’une intelligence de l’espace. Poursuivons. Mmc Newnham, lorsqu’elle écrit, ne paraît pas avoir des facultés supérieures à celles de son état normal, aussi est-elle incapable d’expliquer comm.ent la pensée de son mari lui parvient, comme en témoigne le dialogue suivant pendant lequel les demandes.il ne faut pas l’oublier, sont toujours mentales :
15 Mars.
132 — D — Qui donc l’impressionne Newnham) — R —
Beaucoup de choses étranges.
133 — D — Quelle espèce de choses étranges? — R — Des choses qui sont au-dessus de notre connaissance.
134 — D — Des choses au-dessus de notre connaissance impressionnent donc l’esprit de ma femme ? R — Des choses qu’aucun homme ne connaît ou ne comprend.
136 — D — Ces influences que nous- ne pouvons comprendre sont-elles extérieures à ma femme? — R — Extérieures — Invisibles.
137 — — Cette influence est-elle exercée par un esprit ou
des esprits? — R — Non — Jamais. — (Ces mots écrits en grands caractères et avec solennité.) 4
Notons que cette réponse s’applique strictement au cas de Mme Newnham et ne peut être invôquécommeun argumentcontre les communications des Esprits, puisque toutes les réponses se réfèrent exclusivement à la femme du pasteur, qui se rend bien compte qu’il n’y a, dans son cas, aucune intervention étrangère. Quelques jours plus tard, il sem'le qu’un travail s’est fait dans l’intelligence de l’écrivain, qu’il existe maintenant une sorte d’auto-suggestion, car elle va formuler une espèce de théorie, en utilisant les idées qui avaient cours à cette époque en Angleterre sur ce que l’on appelait « L’électro-biologie. » (1) Voici :
( 1) Consulter l’ouvrage de Durand, de Gros, intitulé': Elecirodynatnisme Vital dans lequel est exposée la doctrine du fario-g ris mis m ou Electro-biologie .
Jario-g ris mis me
19 Ivîars.
,42 — D — Par quels procédés des secrets qui lui sont inconnus, sont-ils transmis au cerveau de ma femme? (1) R — Par des influences que vous appelez mesmériques.
144 D — Pourquoi dites-vous : « que vous appelez ». Et vous comment appelez-vous cela? — R — Electro-Biologie.
145 — J) — Par qui ou par quoi cette force électro-biologique est-elle mise en œuvre? — R — Je vous ai dit que vous ne pouviez en savoir plus que vous ne savez.
146 — D — Ma femme pourrait-elle donner une réponse que îe ne connaîtrais pas? — R — Pourquoi essayez-vous de me faire dire plus que je ne le veux?
147 — D — Simplement parce que je désire m’instruire. Pourquoi ne le direz-vous pas ? — R — Votre femme pourrait le dire si quelqu'un d’autre, doué d’une grande volonté et le sachant , se trouvait dans cette pièce.
Ici encore nous avons affirmation, par l’écrivain lui-même, qu’il ne sait des choses étrangères que ce qui peut lui en être communiqué par transmission dépensée. En voici de nouvetles preuves :
10 Avril.
190 — D — Pourquoi n’ètes-vous pas toujours influencée par ce que je pense ? — R — Votre femme sait quelquefois ce que vous pensez.
ï 9 ï — c D — Comment ma femme le sait-elle ? — R — Lorsque son cerveau est excité et n’a pas été trop tourmente auparavant.
192 — D — Par quels moyens ma pensée est-elle transmise à son cerveau? — R — Par l’électro-biologie.
19^ — D — Qu’est-ce que l’électro-biologie ? — R — Personne 11e le sait.
194 — D — Vous 11e le savez donc pas? — R — Non, votre femme ne le sait pas.
195 — D — Pourquoi l’appelez-vous toujours femme ? — R — Vous pensez toujours a votre femme.
190 — D — Mais je ne l’ai jamais appelée femme. Pourquoi le fai te s- vous ? — -R — Je ne suis rien sans la Je mine.
200 — D — Ceci n’est pas une réponse. Pourquoi l’appelezvous ainsi ? — R — Parce qu’elle est bien une femme.
L’Intelligence de Mmc Newnham dans cet état spécial, ne possède aucune faculté transcendante ni par la clairvoyance, ni par la prémonition de l’avenir. De même que dans toutautoinatisme,
(1) Ici, M. Newnham fait allusion à certaines réponses delà planchette concernant des rites et symboles maçonniques que sa femme ignorait, mais que lui, franc-maçon, connaissait bien.
SUR LA MEDIUMNITE
il y a évidemment dans son cas rétrécissement temporaire du champ total de la conscience, car la planchette n’hésite pas à répondre mensongèrement lorsque l’on insiste pour lui faire dire des choses qu’elle ne sait pas. En voici un exemple :
7 mai.
267 — D — Que fera X . demain soir ? — K Je ne sais.
268 — D — Vous 11e pouvez donc jamais prévoir l’avenir ? — R — Non. je ne le puis.
269 — D — Alors comment savez-vous qu’il m’arrivera quelque chose à la Noël? (Allusion à une prédiction faite antérieurement par la planchette.) R — Ceci est déjà décidé dès aujourd’hui, ce n’est plus une chose à décider.
270 — D — Qui donc l’a décidé, et à quel moment ? — R — Qu’avez-vous besoin de le savoir?
271 — D — Je voudrais contrôler votre attestation lorsque le
moment sera venu. — R — X . l’a décidé depuis trois mois.
272 - D — Qui le lui a proposé ? — R M..., et P..., (Noms complets des deux personnes qui devaient le plus probablement s’occuper de la question.)
Toutes ces réponses, ajoute M. Newnham, faites aussi rapidement que les questions mentales, 11e sont que d 'audacieuses inventions, imaginées dans le but de maintenir le crédit acquis quelques mois auparavant par les premières réponses.
Ces affirmations tout à fait inexactes sont semblables à celles que l’on obtient souvent dans les séances spirites, et les expérimentateurs novices ne manquent pas de les attribuer à des « esprits trompeurs », quand ce ne sont que des produits de l'imagination violentée du sujet. Généralement les premières réponses sont sincères ; mais si elles sont négatives et que l’on continued’insister,on est trompé. C’est l’obstination du questionneur qui est la cause de ces racontages, car par son désir d’obtenir des renseignements que l’écrivain ne peut donner, il l’oblige en quelque sorte à se débarrasser de cette contrainte fatigante en inventant des fables. En voici encore un exemple :
18 — D - Qu’arrivera-t-il au vieux J..., ? (C’était un de mes vieux paroissiens assez malade en ce moment. ) La réponse faite se rapporte à un sujet traité précédemment.
1 9 — E> — Je vous prie de me répondre au sujet de J..., — R — Non.
20 — D — Ne pouvez-vous pas ou ne voulez-vous pas ? — R —
Je ne . (Ici le crayon glisse hors du papier.)
21 — D — Je répète la question. — R — Je 11e puis.
cependant rien. J vécut encore plusieurs an-
L’expérience aurait du se terminer là, mais le pasteur revient à la charge.
22 — D — Ira-t-il mieux ? Le savez-vous ? — R — Oui.
23 D — Ce oui est-il pour la première ou pour la seconde
quest on ? Répondez par un ou deux. — R — Deux.
24 D — Ai-je tort de vous poser cette question? — R —
Non.
23 — D — Alors, J..., succombera-t-il oui ou non à la maladie actuelle ? — R — Bientôt.
11 n’en fut nées.
H est utile de faire observer que pendant l’écriture automatique, la volonté consciente étant considérablement diminuée, l’esprit de l’écrivain a moins de pouvoir sur lui même et cède comme un enfanta toutes ses impulsions, ce qui parfois l’amène à s’amuser, à plaisanter, et contribue dans les expériences spirites à fortifier l’hypothèse beaucoup trop généralisée des esprits farceurs. Le journal du pasteur anglais nous en offre un cas.
16 Avril.
Nous avions tous été préoccupés de certaines questions, et lotsque nous posâmes, le soir, la première question, la planchette refusa d’écrire des mots. Après avoir fait un vrai griffonnage illisible, elle traça le profil d’une figure hideuse. J’intervins alors :
201 — D — Votre réponse est inintelligible. — R — Je ne puis voir la question. (Elle reproduit ensuite le même profil grimaçant.
202 - D — Pourquoi tracez-vous cette figure a la fin? — R — Je m’amuse.
203 — D — Est-ce le portrait de quelqu’un? — R — La femme veut vous amuser.
204 — D — Cette figure a-t-elle la prétention d’être un portrait? — R — Certainement.
203 — D — De qui, alors? — R — Lorsque les gens sont légers, il faut les amuser.
206 — D — De qui donc faites-vous le portrait ? — R — Vous le savez fort bien.
207 — D — Je n’en sais rien, veuillez me répondre. — R — l3eut-ètre que je lésais mieux.
208 — D — Je le pense ; mais répondez-moi'. — Ici un vrai griffonnage.
209 — D — La question est posée de nouveau. — R — Ce que vous voudrez.
Après avoir éludé encore quelques questions, je lui dis :
SUR LA MEDIUMNITE 289
221 — D — Répondez à ma question et 11e dites pas de sottises.
— R — Ne vous fâchez pas.
Quelques minutes plus tard, en réponse à une question 230, la planchette trace une ligne plus ou moins ondulée et elle écrit : « Un joli petit homme. »
231 — D — Veuillez vous expliquer sans plaisanterie. — R — Elle reproduit le profil du n° 201.
232 — D — Je vous prie de répondre. — Elle dessine une espèce de muraille avec une tour crénelée.
233 — D — Ne soyez donc pas ridicule et répoudez-moi. — R
— C’est le portrait de D., (la sœur de ma femme.)
234 — D — Répondez à ma question ou déclarez que vous ne le voulez pas. — R — Vous ne comprenez pas la plaisanterie.
23^ — D — Si, je l’entends, mais ce 11’est pas le moment. Veuillez répondre. — R — Il vaut beaucoup mieux être quelquefois un peu fou, que d’être toujours sage.
236 — D-— J’en conviens avec vous. Cependant, répondez à ma question. — R — Trop de travail sans distraction rend Jeannot stupide.
237 — D — Voulez-vous, ou non, répondre à ma question? — R — Vous êtes assommant.
238 — 1) — Répondez à ma question. — Ici des traits illisibles.
239 — D — Répétez de façon lisible. — R — Il est temps de dormir. Bonsoir.
Pendant les huit mois que durèrent les expériences, les réponses furent toujours banales, et sauf deux cas que nous allons rapporter et qui ont des apparences spirites, tout l’intérêt du phénomène résida dans cette conversation mentale, qui est véritablement surprenante par sa régularité, et dans l’auto * matîsme absolument inconscient du sujet Voici les deux faits qui auraient pu faire croire que l’automatisme se compliquait de clairvoyance. Le premier a trait à la divination exacte d’un nom inconnu de M. et Mmc Newnham.
J’avais à cette époque, dit le pasteur, un jeune étudiant auquel je donnais des leçons particulières. Le 12 février, en rentrant de vacances, il entend parler de nos expériences et manifeste l'incrédulité la plus déterminée. J'offre cle lui donner telles preuves qu’il voudra, pourvu que je voie auparavant la question. Mmo Newnham prend place dans mon cabinet de travail, sur sa chaise ordinaire, tandis que nous passons dans le vestibule, en fermant la porte derrière nous. Là, il écrit sur un morceau de papier :
87 — D — Quel est le nom de ma sœur aînée?
Nous rentrons aussitôt et nous trouvons la réponse qui nous attendait déjà. — R - — Mina.
C’est l’abréviation de Wilhelmina et je fais remarquer que je 11e connaissais pas ce nom.
Comme ce cas est isolé et que nous avons constaté par les expériences faites à la S. P. R. qu’un sujet aussi sensible que Mmc Newnham est capable de ressentir la suggestion mentale d’une chambre à une autre, nous pensons qu’on peut attribuer cette réponse à l’action télépathique du jeune homme, car nous en verrons d’autres exemples dans les chapitres suivants.
Voici le second cas :
C’était pendant la guerre Franco-Allemande ; deux jeunes français, mes élèves, avaient été rappelés au service militaire. Pour mettre l’intelligence à l’épreuve, je posai les questions suivantes :
29 janvier.
29 — D — Où est actuellement A. H. ? — R — - Il se porte bien. (11 lut prouvé plus tard que cette réponse était juste ; mais mon jeune ami fut tué plus tard.)
30 D — Et L. D. ? — R — Il est hors de chez lui.
32 — - D — Est-il encore en campagne ? — R — Non.
32 — D — S’est-il battu ? — R — Oui.
33 — D — Dans quel pays se trouve-t-il ? — R — Prisonnier.
11 faut surtout remarquer cette curieuse façon d’éluder la question ; du reste il a été prouvé que la réponse était juste.
Plus tard, le 19 mai, je demandai :
156 — D — Qui vous a dit que L. D. fut prisonnier ? — R — Il aura encore seulement une légère punition.
157 — D — Répondez, je vous prie, à ma dernière question.
R — Ils aimaient beaucoup son .sermon.
II y a bien ici une volonté formelle d’éviter de répondre.
^8 — D — Comment avez-vous appris que L. D. lût prisonnier ? — R — Le cerveau de la femme est surmené.
Plus tard, en octobre, je demandai, /’ opérateur connaissant cette fois la question.
^ 13 - Où le cerveau de l’opérateur a-t-il puise les réponses
29 et 30 ? — R — Le cerveau de la femme l’a connu, parce qu’elle connaissait leurs caractères.
En étudiant les réponses de la planchette, on constate que la première, relative à A. H., peut être purement fortuite, et ne répond pas tout à fait à la question posée. Pour la seconde, il faut observer que Mme Newnham savait que ce jeune homme par-
SUR LA MÉDIUMNITÉ
tait pour faire son service militaire et comme elle n’indique ni quand, ni comment il fut fait prisonnier, pas plus que l’endroit où il se trouvait, nous pouvons accepter parfaitement l’explication qu’elle donne elle-même, c’est-à-dire que son affirmation n’était qu’une simple conjecture, qui s’est trouvée accidentellement exacte. D’ailleurs, à cette date, les journaux avaient annoncé les désastres de Sedan et de Metz ; l’on savait donc en Angleterre que les armées françaises avaient été capturées tout entières, et la supposition que L . D. fût prisonnier était ïa plus probable. Ce sont des cas comme ceux-ci qui simulent la clairvoyance ou la communicaiton des Esprits ; mais il est facile, par un simple examen, de se rendre compte que cette faculté n’y a aucune part et que l’intervention d’intelligences désincarnées est tout à fait inutile.
Remarques sur les conditions dans lesquelles la pensée était transmise.
Une partie du journal de M. Newnahm est consacrée à l’étude des réponses de la planchette sur des sujets complètement inconnus de l’opérateur ; c’est une des plus instructives, car elle nous renseigne sur le rôle joué par chacun des expérimentateurs et sur les limites de cette faculté de transmettre la pensée.
Nous constatons d'abord que le rôle de Mme Newnham est tout à fait passif. Ce n’est pas elle qui pénètre dans la pensée de son mari ; elle reçoit l’influx cérébral, mais elle est incapable de lire dans le cerveau du questionneur. Nous l’avons déjà signalé, en voici une nouvelle preuve.
21 Mai.
2 80 — D — Pouvez-vous écrire ce soir, le triple R. A. Mot ? (1) — R — Abracadabra.
281 - D — Ce n’est pas cela. Essayez de nouveau. — R — La femme ne peut écrire des paroles secrètes.
282 — D — Pourquoi, l’autre jour, avez-vous prétendu l’écrire ? — R — Je n’ai écrit que ce que la femme savait.
283 ; — D - Mais si elle le sait, pourquoi 11e pas l’écrire ce
soir ? — R — Vous le lui avez dit.
284 — D —Que lui ai-je dit ? — Un jour que votre influence sur elle était très grande .
(1) Un mot maçonnique dont le révérend Newnham recherchait l’origine linguistique , et qui était inconnu de l’écrivain,
(N- B. La réponse du n° 284 est une réponse retardée, c’està-dire que c’est la suite de la réponse au n° 283.J
285 — D — Mais pourquoi ne l’écrit— el le pas maintenant ? — R — La femme ne peut comprendre.
286 — D — Est-ce ma question ou laréponse à celle-ci qu’elle ne peut comprendre ? — R — Je ne sais.
287 — D — Qu’avez-vous donc ce soir? — R — Vous êtes fatigué ainsi que la femme.
Nous constatons que pendant l’état d’automatisme, Mme Newnham n'est pas clairvoyante, ce que nous avons déjà signalé. Elle ne comprend que les questions nettement posées par son mari, mais elle en ignore la réponse, alors même que M. Newnham la connaît.
Cette observation montre clairement qu’un sujet ne pénètre pas dans la pensée de celui qui l’interroge, même quand il perçoit la suggestion mentale. Si par hasard elle donne un renseignement vrai, c’est que son mari le connaît, mais il faut qu il concentre sa pensée sur ce sujet spécial, sans quoi la transmission ne peut s’opérer. On voit combien l’hypothèse que la suggestion mentale peut expliquer tous les cas dans lesquels l’interrogateur connaît la réponse, est fausse dans sa généralité. Ce n’est que l’ardente volonté de l’opérateur et sa concentration mentale qui peut amener une réussite, et encore quand le rapport est longuement et fortement établi.
Même avec un excellent sujet, les circonstances ne sont pas toujours favorables. La fatigue est souvent une cause de non réussite 11 est encore d’autres facteurs qui entravent la manifestation, car le Journal de M Newnham relate des expériences manquées lorsque des incrédules assistaient aux séances. On doit penser que les influences délicates qui agissent sur l’ automatise peuvent être neutralisées par des influences de même nature, mais contraires. C’est ce que le Dr Paul Joire a signalé, en montrant qu’un sujet sur lequel il expérimentait a subi d’abord son action mentale, puis celle d’un autre assistant, qui s'est substituée à la sienne. (1) Ces échecs ne sont pas rares dans les séances où les incrédules dominent ; mais ceux-ci ne sauraient rien en inférer, puisque, la plupart du temps, c’est leur scepticisme qui est la cause de ces insuccès.
Lorsque l’on veut opérer sincèrement, il est indispensable de soustraire le médium à ces causes perturbatrices qui agissent puis* samment sur lui ; il faut qu’il se sente dans une sécurité morale
(1) P. Joire. De la suggestion mentale. Ann, Psych. Juillet-Août 1897. p. 280.
parfaite, soutenu et protégé par ceux qui savent qu’il existe une atmosphère psychique favorable, aussi réelle que l’atmosphère matérielle, etqu’eile peut être troublée et viciée par des éléments antagonistes.
Résumé.
Nous savons aujourd’hui que les anciens magnétiseurs ne s’étaient pas trompés, et qu’il n’est plus possible de douter maintenant de la transmission de la pensée par d’autres procédés que la parole, l’écriture, la télégraphiera téléphonie ou le geste. La pensée, ou plus exactement le corrélatif dynamique qui la représente, se propage dans l’air par un procédé encore inconnu, mais dont les ondes Hertziennes nous offrent une frappante analogie. Nous avons vu par l’observation et l’expérience que toutes les modalités de la pensée peuvent se transférer, mais d’une manière rudimentaire et incomplète dans la plupart des cas, et souvent sous une forme hallucinatoire lorsqu’il s’agit de sensations visuelles, auditives ou tactiles. Quand la pensée est formulée en langage intérieur, c’est tout au plus un mot, un chiffre qui est transmis, et l’exemple du pasteur Newnham qui fait comprendre des phrases entières, reste unique dans son genre.
Ce mode anormal de transmission de la pensée est soumis à des conditions rigoureuses sans la réunion desquelles il ne peut se produire.
C’est d’abord un état spécial de l’opérateur, une concentration de son activité mentale, indispensable à la projection de sa pensée ; ensuite il est nécessaire que le sujet soit d’une passivité absolue, qu’il réalise un état monoïdéique ; enfin un rapport magnétique fortement établi entre les opérateurs. Si l’une quelconque de ces conditions vient à manquer, l’expérience ne réussit pas.
Ces observations nous permettent de préciser dans quels cas la transmission de la pensée pourra être invoquée pour l’explication des faits inconnus de l’écrivain, relatés par l’écriture. Si les expériences ont lieu dans un milieu familial, avec un médium bien connu des assistants, auxquels il est lié peut-être par la parenté ou l’affection, nous devons prudemment tenir le plus grand compte de la suggestion mentale, qui a toutes les facilités pour se produire. Cependant, il ne faudra pas perdre de vue que la concentration mentale de l’interrogateur est un facteur important, et ne pas se presser de conclure que sa pensée seule
a fourni le renseignement désiré, puisque nous avons vu que Mme Newnham, malgré le désir de son mari, ne pouvait pas lui donner une réponse sur des questions qu’il connaissait bien. Ici l’appréciation est délicate et demande une grande habitude de ces expériences.
Mais dans les cas où la séance a lieu avec des personnes complètement inconnues du médium, où nul rapport magnétique n’existe, nous devons conclure que si de s renseignements exacts sont fournis et que la clairvoyance ne puisse être invoquée pour les expliquer, il faut absolument admettre l’intervention d’une intelligence étrangère et savoir si c’est celle d’un vivant ou d’un mort. Avec la transmission mentale de la pensée, nous avons fait encore un pas en avant dans notre enquête. Observons, en effet, que nous sommes ici en présence d’un phénomène de transition entre l’automatisme proprement dit et la médiumnité. L’automatisme simple ne nécessite pas d’autre facteur que l’auto-suggestion, tandis qu’avec la suggestion mentale, nous assistons à l’influence d’un esprit extérieur agissant sur celui du médium. Spontanément, Mme Newnham n’écrirait pas mécaniquement ; il lui faut l’adjuvant de la suggestion mentale de son mari pour que l’automatisme se produise. En un certain sens, madame Newnham est déjà médium, puisqu’elle perçoit une pensée étrangère sans l’intermédiaire des sens, mais c’est elle qui y répond, et c’est en cela qu’elle rentre dans la classe des automatistes, dans celle signalée par Allan Kardec où l’esprit du médium intervient seul. Lorsque nous rencontrerons des sujets qui seront assez sensibles à la suggestion mentale pour la reproduire intégralement, sans y rien mélanger de leurs propres idées, nous serons en présence de véritables médiums, alors même que le suggestionneur serait un être vivant
Notons encore que si les expériences de transfert des idées ne réussissent parfaitement bien qu’avec certains opérateurs, quand le rapport magnétique est bien établi, il ne sera pas étonnant qu’il en soit de même pour les Esprits ; on peut donc admettre avec raison que certains d’entre eux sont plus aptes à transmettre leur pensée à un médium particulier, que beaucoup d’autres habitantsde l’espace. Nous ne serons alors pas trop surpris de constater que Mme Piper ou Mme Thomson ont un guide , un être spécial qui sert d’int. rmédiaire aux autres désincarnés, puisque c’est lui qui peut le plus facilement transmettre sa pensée. Nous reviendrons sur cette question dans la troisième partie, lorsque les faits nous
SUR LA MEDIUMNITE
Seront mieux connus, il nous suffisait ici de signaler cette analogie.
Voyons maintenant des cas de communications de vivants se manifestant pendant leur sommeil, par action télépathique, iis formeront un développement logique des cas simples de suggestion mentale, et une transition naturelle aux messages qui nous arrivent du monde spirituel.