‹ Recherches sur la morphogénèse de l'œil composé des ArthropodesChapitre 11 sur 33 · CROISSANCE DES VEUX COMPOSÉS · texte numérisé non relu

CROISSANCE DES VEUX COMPOSÉS

Trois points de vue principaux peuvent guider un travail sur la croissance :

Le premier, synthétique, consiste à rechercher des lois élémentaires d’accroissement applicables à l’ensemble des organismes, à traduire sous forme de courbes moyennes et de relations mathématiques les rapports entre les diverses parties d’un être, ou entre ses constituants chimiques, au cours de son existence. Cet ordre de recherches, très développé actuellement depuis les travaux de Dusois, Laricque, Bropy, SchmaLHAUSEN, HuxLey, Teisstrer, et bien d’autres, aboutit aujourd’hui à un ensemble de représentations qui cadre avec beaucoup de faits.

Le second plus physiologique, amène à déceler, par l'examen des courbes de croissance, les phases critiques et autres changements d’état interne non reconnaissables par une description qualitative. Ce point de vue conduit à des résultats moins généraux, mais renseigne mieux sur l’être envisagé.

En troisième lieu, la croissance est considérée, non plus en elle-même, mais comme guide pour la zoologie et l’anatomie comparée : soit qu'un certain type d’accroissement caractérise un groupe entier, soit que la taille et la structure aberrantes de quelques organes résultent d'anomalies dans l’évolution post-embryonnaire.

Ces trois tendances sont représentées dans le présent chapitre. La première à cause de l'intérêt biométrique des yeux composés : d’une part, le nombre des facettes est proportionnel au nombre des cellules de l'œil, d’autre part, la rigidité géométrique des ommatidies donne une précision assez rare aux mesures cellulaires de leurs éléments. On verra que, pour certaines parties au moins, la croissance linéaire est relativement simple par rapport à celle du corps de l’animal. Pour d’autres cellules visuelles, les phénomènes sont plus complexes, mais donnent quelques indications utiles sur les

30 FRANCIS BERNARD eee Re il Ti pee ee changements d'état intervenus, ce qui nous fait passer au second point de vue indiqué.

Enfin, j'aurais voulu développer amplement la troisième phase de cette étude, c’est-à-dire l'examen de croissances incomplètes comme origine possible des yeux réduits. Quelques indications sur des Crustacés Décapodes à petits yeux, seul matériel utilisé ici, représenteront une première tentative dans cette voie.

Terminologie de.la croissance relative.

Le vocabulaire employé pour décrire la croissance varie suivant les auteurs. Récemment, Huxzey et TersstEeR (1936) ont proposé une nomenclature commode, tendant à l'unification des termes. J’adopterai ici les conventions précisées dans cette note, en y introduisant une légère amélioration apportée par Ch. Pérez (1936).

Voici, brièvement résumés, les principes suivis dans ce chapitre :

1° Quand un organe croît proportionnellement au corps entier, ou à une partie choisie comme référence, il y a tsométrie.

L’isométrie exacte est un phénomène assez rare dans la nature : le plus souvent, la croissance d’un organe est plus ou moins différente de celle du corps : il y a a/{lométrie. Si le taux de croissance considéré est supérieur à celui de l'organe de référence, l’allométrie est dite majorante; s’il est inférieur, on parle d’allométrie minorante (ces deux derniers termes sont proposés par Ch. PÉREz).

Enfin, dans certains cas, l’organe décroît pendant que le corps augmente : c’est un phénomène d’énanliométrie. On en trouvera quelques exemples dans les yeux composés.

2° La croissance d’un organe de dimension y par rapport à celle d’un organe de dimension æ se traduit souvent de façon satisfaisante par la relation y — bxt, où b est une constante qui dépend des unités de mesure et > caractérise le type d’allométrie. & est supérieur à 1 dans le cas d’allométrie majorante, égal à l'unité s’il y a isométrie, inférieur à 1 pour l’allométrie minorante. HuxLey et TEISSiER appellent # : constante d'équilibre (anciennement : constante de dysharmonie) et b : indice origine. En coordonnées logarithmiques, la relation y — bx? se traduit par une droite de pente et d’ordonnée à l’origine log b (exemple : graph. 5, droite IT, p. 53).

5° Beaucoup de croissances se divisent en plusieurs phases, cha-

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