‹ Recherches Sur La Nature Du Faux Bulbe Des Ophrydées Ou Ophrydo-BulbeChapitre 3 sur 4 · SÉANCE DU 9 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 9 NOVEMBRE

base se prolonge dès cette époque et descend au-dessous du niveau de son insertion. — Si l’on fait une coupe verticale de ce jeune tubercule, on voit qu’il se compose dans ses deux tiers supérieurs d’une sorte de pédicelle creux qui n’est autre chose qu’une dilatation en forme de sac ou d’éperon de la base des premières feuilles. — Cette dilatation en éperon de la base des feuilles est le résultat de la pression oblique qu’a exercée sur ces feuilles externes, encore très jeunes, le corps du bourgeon, qui est doué d’une tendance particulière à se prolonger au-dessous de son insertion. Un cordon nourricier ou raphé (représentant l’axe du bourgeon dans l’intervalle qui sépare les feuilles dilatées en éperon de l’insertion des feuilles terminales) est adhérent à la paroi interne du canal de l’éperon. — Le tiers inférieur du jeune tubercule se compose de la partie terminale du bourgeon consistant en plusieurs feuilles emboitées et émettant inférieurement une masse radiculaire soudée à la cavité de l’éperon, qu’elle continue à distendre à mesure qu’elle acquiert plus de volume. •— Cette masse radiculaire est d'abord indivise et plus ou moins globuleuse ; elle conserve souvent cette forme pendant toute sa durée; c’est ce quiarrivechez \'Orchis galeata et le Loroglossum hircinum. Chez le Platanthera bifolia, elle se prolonge en une, rarement en deux fibres radicules; chez d’autres, enfin, elle se divise en lobes peu profonds, comme chez \'0. sambucina; ou bien elle se prolonge en quatre ou six racines parallèles, comme chez Y O. maculata, soit que l’éperon distendu outre mesure cesse insensiblement de recouvrir ces longues racines, soit qu il les recouvre jusqu’à leur extrémité d’une mince membrane.

La démonstration de la présence de l’éperon au niveau de la partie radiculaire du tubercule (à laquelle partie il est adhérent) résulte de l'examen de plusieurs jeunes bulbes chez lesquels j’ai trouvé l’éperon de la feuille la plus extérieure (qui sans doute n’avait pu se développer assez rapidement pour suivre l’accroissement de la partie inférieure du bourgeon), j’ai trouvé, dis-je, l’éperon traversé par l’éperon de la seconde feuille, qui seule avait pu suivre l’évolution du bourgeon. Évidemment la première feuille, avant de s être laissé traverser, formait un cul-de-sac qui renfermait la base descendante du bourgeon, et si la dilatation eût été assez rapide, elle eût conhnué à envelopper toute la masse et à faire corps avec elle.

L’observation du mode de végétation du Gymnadenia albida me parait confirmer l’exactitude de cette manière de voir. Chez cette espèce il n’existe pas de tubercule parce que les sacs ou éperons se laissent immédiatement déchirer et traverser par les racines émises à la base du bourgeon; il en résulte que les racines sont complètement libres et isolées dès leur naissance. Leur coupe transversale montre que leur axe est occupé par un seul faisceau fibreux et non par plusieurs, comme chez les tubercules renfermés dans | es éperons (tubercules qui paraissent constitués par les cléments de Plusieurs racines agglomérées); en regardant avec attention au niveau de

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l’origine des racines du Gymnadenia cilbida, on trouve une petite gaine constituée par les débris d’un éperon court qui a été déchiré par le passage des racines presque aussitôt après sa formation. — Les racines des Spiranthes me paraissent être le résultat d’une semblable organisation.

Outre la masse radiculaire dont je viens d’exposer la structure, des racines naissent plus tard sur la base de la tige qui résulte du développement ultérieur du bourgeon; j’ai trouvé dans la famille des Liliacées, chez les Lilium Martagon et L. pyrenaicum (et la même disposition existe probablement dans d’autres espèces de la même section), un exemple analogue de racines naissant à la base de la tige pour venir en aide aux racines émises par le bulbe.

Le fait de !a dilatation en sac ou éperon de la base des feuilles extérieures d’un bourgeon bulbeux (éperon dans lequel s’introduit la masse du jeune bulbe), bien qu’exceptionnel dans l’histoire des organes de la végétation, est loin d’être un phénomène sans analogue chez des plantes appartenant à d’autres familles que celle des Orchidées. Je citerai seulement ici les bulbes pédicellés et descendants qui existent dans le genre Tulipa, la structure de ces bulbes présentant une analogie frappante avec celle du tubercule ou bulbe des Orchidées. Nous trouvons dans les deux cas un bourgeon bulbeux qui repousse devant lui la base d’une ou deux de ses premières feuilles et se loge dans le sac qu’il y détermine par sa pression continue. La différence la plus saillante est que, chez I ’Orc/ns, la racine est contemporaine du bourgeon, forme la plus grande partie de la masse, et est adhérente aux parois du sac ; tandis que, chez la Tulipe, les feuilles du bourgeon sont charnues et constituent toute la masse, et les racines ne se développent qu’à l’époque où l’éperon est réduit à une membrane sèche ou inerte. (Ces racines traversent alors cette membrane, comme un corps étranger, par une fissure qui s’établit sur la ligne selon laquelle elles exercent leur pression; cette ligne limite un pincement oblique qui termine le renflement de

l’éperon.)

Je viens de parler de la structure du faux bulbe (que je nomme Ophrydobulbe) de la section des Ophrydées. On sait qu’un grand nombre d’Orchidées présentent des souches bulbeuses d’une tout autre nature : tels sont les renflements bulbiformes d’un grand nombre d’Orchidées dites épiphytes,

et qu’on a dans ces derniers temps si merveilleusement multipliées dans nos serres. Ces plantes présentent soit des bulbes à tuniques charnues, soit des pseudo-bulbes qui sont le résultat d’un renflement ou hypertrophie de la

partie basilaire de la hampe ou tige florifère. Après la floraison, cetlepar de l’axe se renfle, devient charnue et pyriforme, et finit par constituer un pseudo-bulbe entouré par les écailles situées à la base de cette tige, et qui persistent ou se détruisent plus ou moins lentement. Quant au pseudobulbe, il est susceptible de persister plusieurs années et finit par s’épuiser

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et;se flétrir ; c'est à l’aisselle des écailles de ces faux bulbes que se développent les bourgeons qui s’allongeront en tiges florifères, et dont les bases constitueront plus tard de nouveaux renflements bulbiformes à la surface des anciens. — Une Orchidée indigène, le Liparis Lœselii , présente exactement la même structure, avec cette différence que son renflement bulbilorme s’épuise et se détruit plus rapidement, et qu’elle végète dans les

•Sphagnum de nos marais au lieu de végéter dans les détritus d'écorce des arbres tropicaux.

Un autre mode de végétation, qui diffère du précédent sous certains rapports, nous est offert par le Malaxis paludosa. Chez cette plante intéressante, que des dessèchements récents et regrettables ont fait disparaître de nos tourbières, le faux bulbe n’est pas précédé, comme chez le Liparis , d’un bourgeon bulbeux composé de tuniques emboîtées; la tige florifère se renfle simplement à une hauteur variable au-dessus de sa base, quelquefois au niveau de son tiers inférieur, en une masse globuleuse ou ovoïde charnue destinée à conserver, comme dans les cas précédents, une substance alimentaire pour la jeune tige de l’année suivante, laquelle se comportera de la même manière à son tour.

Je terminerai cette communication en exposant certains faits d’un haut intérêt pour les recherches qui nous occupent ; il s’agit de la force de résistance à la destruction que présente le Goodyera repens. On sait que cette plante, complètement dépourvue d’appareil bulbiforme, offre de longs rhizomes filiformes qui s'étendent entre les détritus des feuilles de pins à demi réduites à l’état de terreau. Ces rhizomes se terminent, la première année, par une rosette de feuilles radicales qui fournit la tige florifère de l’anuée suivante. Cette plante, recueillie au mois de juillet (il y a quatre mois environ), et placée immédiatement dans le papier et sous la presse, sous un Poids de Z»0 kilogrammes, a présenté une force vitale de l’énergie la plus remarquable. Chez les échantillons en fleurs avancées, toute la force végétative s’est concentrée dans les tiges florifères, et principalement dans les ovaires, et la dessiccation de la plante n’a été complète, après plus de trois mois, qu’alors que, par la maturité du fruit, la reproduction de 1 espèce a été assurée. -- Chez les rhizomes terminés en rosette, le phénomène s’est Présenté avec une bien plus grande intensité ; la plante n ayant dans ce cas de ressource que dans la conservation de l’individu lui-même, malgré son faible volume et sa délicatesse, n’a pas voulu mourir. I.a xie s est retiiée lentement de la souche vers la rosette terminale, et ces rosettes se sont conservées vivantes, alors que les tiges fructifères charnues bien plus volumineuses s’étaient complètement desséchées après avoir fourni leurs graines. c ’est mon ami M. de Schœnefeld qui a bien voulu appeler mon attention

Sur ces intéressants phénomènes.

J ajouterai quelques mots sur le curieux mode de végétatiou d une Oi-

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chidée indigène du nord de l'Europe, YEpipogium Gmelini. Cette belle plante présente, comme le Corallorrhiza innata , une souche charnue rameuse dont chaque rameau est susceptible de se prolonger en tige florifère; mais tandis que chez le Corallorrhiza. la tige ne présente aucun renflement, chez Y Epipogium la tige florifère présente vers son tiers inférieur un renflement charnu fusiforme analogue à celui du Malaxis paludosa. Ce renflement persiste après la destruction de la partie supérieure de la tige, et renferme un dépôt nutritif qui se vide l’année suivante au profit d’une nouvelle tige florifère.

M. J. Gav invite M. Germain de Saint-Pierre à consulter le travail publié en Allemagne, sur le même sujet, par M. Irmisch.

M. Germain de Saint-Pierre répond que la communication qu’il vient de faire à la Société a pour but non de comparer ses opinions à celles qui ont été émises postérieurement à la publicité qu’il leur a donnée dès le mois de mars 1850, dans les comptes rendus des séances de la Société philomatique, mais d’établir que les opinions qui résultent de ses observations, et qu’il croit conformes à la vérité,

ont été publiées par lui avant le travail de M. Irmisch, lequel a paru

dans le courant de!850 et longtemps avant les publications récentes de M. Sehacht et de M. Fabre.

M. Planchon dit :

Qu’il ne saurait partager l'opinion de M. Germain de Saint-Pierre, qui semble considérer le bulbe des Orchidées comme étant composé de racines agglutinées. Il rappelle que chez certains Drosera d’Australie il a vu uu bourgeon, partant de l’aisselle d’une feuille, s’allonger couvert de feuilles, se renfler au bout en un organe moitié tige et moitié racine, et développer un bourgeon a sa partie supérieure. Ces observations et l’analogie de ces bulbes de Drosera avec ceux des Orchidées ont été signalées par lui en 18£i8 dans les Annales des sciences naturelles. M. Planchon ajoute que généralement chez les Orchidées épiphytes, les pseudo-bulbes portent des

feuilles. Il termine en répétant qu’il ne saurait admettre l’explication donnée par M. Germain de Saint-Pierre. Le nom d’éperon, que M. Germain donne au prolongement de la racine, lui paraît devoir être écarté; le nom de talon lui paraîtrait préférable. Enfin , il demande à M. Germain s'il considère la partie qui unit le bourgeon à la vieille tige comme un axe ou comme uue feuille. Quant à lui, il la n

M. Germain de Saint-Pierre répond :

Que la masse radiculaire du faux bulbe des Ophrydées lui parait corres-

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