‹ Recherches sur la nature et le traitement des teignesChapitre 12 sur 19 · HUITIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

HUITIEME OBSERVATION

F A VUS SCUTIFORME PARTIEL DU CUIR CHEVELU, EXISTANT DE¬ PUIS DOUZE ANS. — - TRAITÉ DEUX FOIS PAR LA MÉTHODE DES FRÈRES MAHON. — CONSTATATION DE LA GUÉRISON. — RÉCIDIVE CHAQUE FOIS AU BOUT D’UN MOIS — GUÉRISON RA¬ DICALE AU PAVILLON SAINT-MATHIEU, PAR L’APPLICATION DU NOUVEAU TRAITEMENT. ( Observation recueillie par M. LAFARGUE).

Le nommé Griliion (Léon), âgé de 18 ans, tisserand, de petite taille, cheveux blonds, yeux bleus, imberbe, mais paraissant jouir actuellement d’une bonne constitution.

Né à Paris* conditions hygiéniques bonnes. Son père est mort à l’âge de ans, à la suite de contusions violentes. Sa mère est morte à l’âge de 38 ans de tubercules pulmonaires.

Il a un frère et deux sœurs puis jeunes que lui. Il avait un autre frère qui était son aîné et qui est mort de h\ poitrine. Personne dans sa famille n’est porteur d’affection cutanée, d’ophtalmie ou d’engorgements glandulaires.

Il a contracté la teigne à l’école, il y a une douzaine d’années. Les frères Mahon l’ont traité, il y a six ans environ, et après deux années de traitement, il fut regardé comme guéri; mais le mal reparut un mois après : entré dans le service de M. Moissenet à une époque plus rapprochée de nous, il fut de nouveau soumis à la méthode des frères Mahon pendant cinq mois. Considéré de nouveau comme guéri, il sortit de l’hôpital, mais trois semaines après, le mal a vait encore reparu. Des glandes se montrèrent sur les parties latérales du cou. et ce jeune homme rentra une seconde fois au Pavillon Saint-Mathieu, le lâ mai 1851. 11 fut soumis aux soins deM. Bazin, qui lui fit suivre, pendant sept mois, un traitement antiscrofuleux, et fit appliquer sur sa tête des

pommades de diverses natures, — celles d’iodure de plomb et de ciguë, de carbonate de potasse, d’oxyde de manganèse, etc. Dans les premiers jours de février 1852, l’engorgement des glandes cervicales ayant complètement disparu Grillion reçut son exeat et sortit de l’hôpital. Quinze jours s’étaient à peine écoulés qu’il se présenta de nouveau à la consultation de M. Bazin, demandant à entrer dans son ser« vice pour s’y faire soigner de sa tête, dont l’état n’avait été nullement amélioré par le séjour de sept mois qu’il avait fait précédemment à l’hôpital.

Le nouveau traitement a été commencé le 13 mars 1852. Â cette époque^ il existait au sommet de la tête et sur la partie latérale gauche du crâne, tout près de la ligne médiane, trois plaques, larges chacune comme une pièce de cinq francs. — Deux plaques de la même grandeur occupaient la région occipitale. Toutes ces parties malades étaient couvertes de croûtes jaunâtres, traversées par des cheveux rares et notablement altérés dans leur couleur.

L’épilation n’a été que partielle, circonscrite aux parties malades, trois fois répétée dans l’espace de quatre mois, et chaque fois suivie, pendant quatre à cinq jours, de lotions avec la dissolution de sublimé, puis ensuite d’onctions avec l’axonge. Le malade a pris en outre la tisane de houblon, le sirop d’iodure de fer et deux bains alcalins par semaine.

Vers la fin de juillet, Grillion était parfaitement guéri de son favus, et nous ne l’avons gardé dans nos salles que pareequ’il remplissait les fonctions d’un infirmier

habile surtout à épiler les teigneux.

Bien que la tête de Grillion n’ait pas été épilée en tota iité, et que dans ces favus partiels on ne soit jamais certain qu’au bout d’un temps plus ou moins long il ne reviendra pas sur les parties qui paraissaient saines des poussées faviques , jusqu’à ce jour la guérison de notre

teigneux ne s’est pas démentie : les cheveux sont repoussés en grande partie sur les plaques antérieurement occupées par les croûtes faveuses. Il ne reste plus sur ces points qu’une dépression légère ; la peau y est plus blanche que sur les parties environnantes du cuir chevelu.

KEDVISIIE OBSERVATION.

FAVUS SCUTIFORME GÉNÉRAL DU CUIR CHEVELU, DATANT DE HUIT ANS. - TRAITÉ TROIS FOIS PAR LA MÉTHODE DES FRȬ

RES MAHON ET TROIS FOIS RÉCIDIVÉ} GUÉRI PAR DEUX ÉPI¬ LATIONS GÉNÉRALES , SUIVIES D’APPLICATION DU SOLUTUM DE SUBLIMÉ ET d’acétate DE CUIVRE. ( Pavillon Saint- Mathieu , 83. — Observation recueillie par m. lafargue).

Laslier (Edouard-Antoine), teinturier, né à Paris, âgé de 18 ans, entré le 26 janvier 1852.

Ce jeune homme, grand pour son âge, yeux bleus, cheveux châlin- foncé, imberbe, teint pâle, habitude extérieure assez maigre, né à Paris où il a toujours demeuré. Les conditions hygiéniques au milieu desquelles il a vécu ont loujours été bonnes, - alimentation suffisante et de bonne qualité, vêtements appropriés aux saisons, logement à un troisième étage dans une rue bien aérée.

Son père est mort à l’âge de 52 ans, après six mois de maladie. Sa mère a 51 ans, et jouit d’une parfaite sanié. Il a cinq frères et une sœur. L’un de ses frères a été noué dans son enfance; il est parfaitement bien portant aujourd’hui. Deux autres ont contracté [la teigne à l’école ; ions les deux traités par les frères Mahon sont parfaitement guéris. Le malade n’a pas entendu dire que quelques personnes de sa famille soient ou aient été atteintes d’affections de la peau.

Quant à lui, il a eu des petites glandes engorgées au cou dans son enfance. Il n’en existe plus de trace aujourd’hui. A l’exception de la teigne que lui a donnée l’un de ses frères avec lequel il couchait, il n’a jamais été malade. — Vacciné. —

Voici déjà huit ans qu’il porte au cuir chevelu l’ affection pour laquelle il est venu récltmer des soins. Cependant il n’en est point à son premier traitement, ainsi qu’on va le voir.

L’un des messieurs Ma bon l’a traité à trois fois différentes. Entre chaque traitement il restait, deux à trois mois., bien portant et le mal reparaissait de nouveau. A l’age de 15 ans il est entré à l’Enfant-Jésus : on l’épila pendant trois semaines ; puis il passa dans un autre service., et fut confié aux soins de M. Mahon ; on l’épilait; une pommade et une poudre épilatoires étaient appliquées sur la tête. Au bout de dix mois il fut regardé comme guéri et reçut son exeat. Quatre à cinq mois après le mal avait reparu : il fut soigné au traitement externe de l’hôpital Saint-Louis et confié pour une troisième fois, aux soins de M. Mahon, qui dirigea contre la maladie les mêmes moyens qu’il avait employés autrefois. Au bout de sept à huit mois nouvelle disparition du mal; mais quatre mois après il avait de nouveau reparu. Le malade fut alors admis à l’hôpital Saint-Louis ; il entra dans la salle Henri IV, qui était alors sous la direction de M. Bazin. Trois semaines après son entrée, M. Hardy prenait le service. Ce médecin fit faire sur la tête des ap^ plications de pommade au vert de gris ; mais le malade, après six semaines de ce traitement, demanda son exeat. Le 26 janvier 1852, il entra de nouveau à l’hôpital Saint- Louis dans le service de M. Bazin au pavillon St -Mathieu.

Toute la tète est couverte d’une éruption comme pityriasique, mais plus adhérente cependant que dans le pityriasis ordinaire du cuir chevelu. Les squames sont aussi plus épaisses et d’une couleur plus foncée que les écailles é pidermiques simples. Çà et là on dirait une gomme appliquée sur le

cuir chevelu et qui enduit les cheveux. Ceux-ci n’ont pas une couleur franche : ils sont d’un brun sale et beaucoup sont pâles et décolorés. L’affection squameuse occupe les 5[6CS au moins du cuir chevelu; quelques points des régions temporales et la partie supérieure de la nuque sont seuls exempts de celte éruption. On abandonne le mai à luimême jusqu’au 24 février 1852.

A cette époque le favus est manifeste. — Sur les régions indiquées une substance croùteuse, jaunâtre, comme plâtreuse, d’un ton mat, couvre entièrement la peau. A la circonférence de celte large plaque on remarque des portions formées par la même substance, mais sur un plan plus élevé et disposés en arcs de cercle. Les cheveux, quoique moins épais que sur les parties saines de la tê:e, sont néanmoins assez abondants; ils traversent les croûtes, et comme ils sont assez courts, ils présentent sur les surfaces malades une sorte de crinière inégale, peu fourni»1. Dans quelques endroits ils sont agglutinés en petits bouquets parla matière faveuse. L’éruption a acquis assez de développement pour laisser détacher des granulations plus ou moins volumineuses, éparses au milieu des cheveux. Le malade éprouve par fois de vives démangeaisons. Du reste, il n’y a aucune humidité sur le cuir chevelu. Quand le malade se découvre , la tête exhale une odeur particulière qu’on a comparée à tort à celle de l’urine de chat : elle est sui generis.

Le 24 et le 25 février on a fait prendre un bain au malade. L’immersion de la tête dànsl’eau a provoqué la chute des croûtes que des applications de cataplasmes de farine de graine de lin ont achevée complètement.

Le 26, frictions sur le cuir chevelu avec la pommade alcaline. Le 27 au matin, après la friction avec cette pommade, on a commencé l’épilation. Les cheveux ont été arrachés facilement et sans que le malade eût témoigné la moindre souffrance. Après chaque épilation on a eu le soin d’imbiber les surfaces dégarnies avec une éponge

trempée dans une solution de sublimé (5 grammes pour 500 grammes d’eau distillée.)

L’épilation générale de la tête suivie de lotions parasiticides pendant 10 à 12 jours, a fait tomber la rougeur et la tuméfaction du cuir chevelu. Les démangeaisons ont été calmées, et au bout d’un mois les cheveux commencèrent à repousser. Le cuir chevelu étant en bon état, on pouvait croire le malade complètement guéri : il n’en était rien. Six semaines s’étaient à peine écoulées depuis l’épilation, que déjà sur différents points des parties naguère couvertes de croûtes, un enduit de matière glutineuse, adhérente, se reproduisait à la base des poils : cette espèce de cambouis semblait coller les cheveux ensemble et au cuir chevelu On attendit quelque temps, et bientôt de la matière favique se montra avec tous les caractères qui lui sont propres ; il ne pouvait y avoir le moindre doute sur l’existence d’une récidive. On fit une seconde épilation, immédiatement suivie, sur les parties épilées, d’une imbibition avec la dissolution d’acétate de cuivre (5 grammes pour 500 grammes d’eau distillée). Ces lotions furent continuées chaque jour pendant une quinzaine de jours, puis on recommanda au malade de se graisser la tête avec de l’axonge seulement. Sous l’influence de ce traitement on vit se dissiper graduellement les accidents locaux : rougeur et tuméfaction du cuir chevelu, prurit, hypersécrétion épidermique. Le cuir chevelu ne tarda pas à reprendre un aspect tout à fait normal, et lorsque le malade sortit de l’hôpital le là août, il n’offrait aucune trace de sa maladie, si ce n’est que les cheveux n’étaient pas entièrement repoussés.

Nous revîmes ce malade six semaines après sa sortie de l’hôpital. Les cheveux étaient déjà grands, ils avaient une couleur franche, d’un brun foncé qu’ils n’avaient pas encore présentée depuis le commencement de la maladie,

malgré tous les traitements mis en usage. Il n’y avait ni rougeur, ni tuméfaction, ni démangeaisons au cuir chevelu, ni apparence d’une nouvelle production épidermique, signe avant-coureur d'une récidive du favus. La mère nous dit qu’elle n’avait jamais vu son enfant dans un aussi bon état, et réclama de nous un certificat de guérison radicale pour le faire entrer au service militaire, en remplacement de son frère aîné.

line chose bien digne de remarque dans cette observation , c’est l’énergique activité de l’appareil pilifère. Les cheveux de ce jeune homme ont été arrachés douze ou quinze fois en totalité, et néanmoins nous lui avons trouvé encore, à notre dernière visite, une chevelure extrêmement fournie. C’est là sans doute ce qui explique pourquoi sa teigne a été si tenace, si difficile à guérir. C’est dans la sécrétion pileuse que le champignon puise les matériaux nécessaires à son développement.

On remarquera peut-être que le sujet de cette observation est resté dans nos salles, en traitement, pendant plus de cinq mois. Cela est vrai, mais il est un de ceux sur lesquels nous avons fait la première application de notre nouveau traitement. Nous n’avions pas, dans le principe, l’expérience que nous avons acquise plus tard. Nous manquions à cette époque des règles fixes que nous possédons . aujourd'hui. Nous n'attendrions certainement plus la reproduction de la matière faveuse pour pratiquer une seconde épilation dans un cas de teigne aussi invétérée. Nous mettrions beaucoup plus de soin dans l’épilation, que nous appliquerions à toute la chevelure.

DIXIEME OBSE»VATI©3¥.

FAVUS SCUTIFORME PARTIEL ET PAR PLAQUES ISOLÉES DU CUIR CHEVELU.— PRÉDISPOSITION HÉRÉDITAIRE.— ANCIENNETÉ DE LA MALADIE QUI, SANS FAIRE REAUCOUP DE PROGRÈS, MONTRE UNE TRÈS GRANDE TÉNACITÉ SUR LES POINTS PRI¬ MITIVEMENT ENVAHIS. ( Observation recueillie par ledocteur LAFARGUE.)

Auvry, âgé de l/i ans, journalier, bien constitué, très fort et très développé pour son âge. — Cheveux noirs, yeux noirs: — intelligent et malin, est entré dans le service, le 19 janvier 185*2. Le malade est né à Paris, où il a toujours demeuré ; il couche dans une chambre située au cinquième

étage. Son alimentation a été bonne ; il a toujours été bien vêtu. Sa mère est morte, il y a trois ans, en mettant au monde sa plus jeune sœur. Le choléra a emporté son père il y a deux ans. Ce jeune malade nous apprend que son père est mort ayant la teigne. Il a deux sœurs qui ont eu aussi mal à la tête, mais qui sont parfaitement guéries à l’heure qu’il est. Les pommades employées pour guérir leur mal se composaient d’axonge et d’huile fine; à l’intérieur on leur faisait prendre du sirop antiscorbutique et de la tisane de houblon. Quant â lui, il a la teigne depuis son enfance; mais, à l’exception de cette maladie,, il ne se rappelle pas d’avoir été atteint d’aucune autre affection. En 1851 il s’adressa aux frères Mahon pour le traiter, mais l’inconstance de son caractère l’empêcha de suivre régulièrement les prescriptions, et pendant cinq mois il revint, à deux fois différentes, se confier à leurs soins.

Avant cette époque il s’était adressé aux sœurs Saint- Thomas, qui lui avaient donné des pommades , mais qu’il avait employées fort irrégulièrement. Depuis le 3 octobre

1851, jusqu’au lâ novembre, il est resté dans le service de M. Bazin, ne faisant d’autre traitement que des frictions sur la tête avec une pommade alcaline, et prenant alternativement des bains alcalins et sulfureux. Quand il rentra de nouveau dans le service, il présentait à la tête cinq plaques croùteuses presque toutes bien distinctes les unes des autres, siégeant au sommet, à la partie antérieure et postérieure du crâne ; elles avaient une forme arrondie, ovalaire, à bords relevés, entourés d’une auréole rouge formée par la peau enflammée, et offrant celte coloration jaune plâtre qui caractérise les productions laveuses. Toutes ces plaques avaient une étendue qui variait entre celle d’une pièce de 2 francs et celle d’une pièce de 5 francs. La plus large était située au niveau du tiers supérieur de la suture lambdoïde droite; elle était couverte de croûtes épaisses offrant l’aspect jaunâtre si caractéristique de la matière faveuse. Ces croûtes ne répandaient pas une odeur fétide. Les cheveux, sur les plaques, étaient d’un gris sale; partout ailleurs ils étaient noirs, épais, et ne se laissaient arracher qu’avec la plus grande difficulté.

Le 22 février, on a commencé le traitement. Les croûtes ont été détachées avec des cataplasmes. Pendant quatre à cinq jours des frictions étaient faites, matin et soir, avec la pommade alcaline, puis l’épilation a été pratiquée sur toutes les plaques malades et, chaque fois, suivie de l’application d’un solutum de sublimé. En raison de l’ancienneté du mal, de sa circonscripiion, du peu de soin avec le quel avait été pratiquée la première épilation, ou a fait recommencer deux fois, à six semaines d’intervalle, cette opération sur toutes les plaques. — Le malade est sorti guéri le 25 juillet.

Nous avons revu Àuvry le 25 novembre. Trois mois s’étaient écoulés depuis le dernier examen. Toutes les plaques qui, autrefois, avaient été le siège du mal, étaient

parfaitement guéries. — Le cuir chevelu, si enfoncé sur ces plaques quon aurait pu croire qu’il avait été enlevé avec un emporte-pièce, n’offrait plus qu’une dépression, se confondant insensiblement avec le cuir chevelu. Partout les plaques, où le mal était si radicalement guéri, étaient couvertes de cheveux, très beaux, noirs et parfaitement semblables à ceux des autres parties de cuir chevelu. En arrière seulement, et en dehors de l’ancienne plaque, existaient deux croûtes jaunes, chacune de la largeur d’une pièce de 50 centimes , bien évidemment formées, l’une et l’autre, par une éruption de porrigo s eu tu-

lata. Àuvry nous dit que ces croûtes étaient survenues quinze jours après sa sortie de l’hôpital , et que depuis cette époque elles ne s’étaient pas accrues. Il nous avoua d’ailleurs qu'il avait négligé sa tête et ne l’avait graissée avec aucune pommade depuis deux mois.

Nous n’en considérons pas moins cette observation comme l’une des plus confirmatives de l’efficacité radicale de notre traitement, puisque sur les parties , autrefois si malades, il n’était absolument rien revenu.

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