SEIZIÈME OBSERVATION
FAVUS SQUARREUX. --INOCULATION DE LA TEIGNE SUR UNE PLA¬ QUE d’herpès, SUIVIE de l’apparition d’un GODET FAVI- QUE. ( Observation recueillie par M. LAF ARGUE, interne de /’ hôpital Saint-Louis).
Un enfant de douze ans, assez grand pour son âge, cheveux châtain-clair, yeux bleus, teint rosé* habitude extérieure assez forte, est entré dans le service le 2t> décembre 1851.
Cet enfant est né à Paris, où il a toujours démeuré. Sa mère, qui est très bien portante habituellement, sauf un catarrhe dont elle est atteinte depuis quelques années, a été abandonnée par son mari depuis fort longtemps, et notre malade n’a jamais connu son pere. lour de- raisons particulières, il est entré dans une maison de correction pendant trois ans. 11 a une sœur âgée de dix-huit ans qui jouit
d’une bonne santé et n’a jamais porté d’affections au cuir chevelu ou sur la peau. Dans son enfance, il dit avoir souffert de la faim, mais il a toujours été bien vêtu. Il habitait au cinquième dans une chambre petite, et où les murs laissaient suinter l’eau. Il dit aussi avoir ét énoué et avoir marché avec des béquilles pendant quatre ou cinq ans. 11 y a cinq ans, il a eu une inflammation d’intestins qui l’a rendu malade pendant un an.
A une époque moins avancée de sa vie, et qu’il fie saurait préciser, il a eu des glandes engorgées au cou; elles ont disparu sans suppurer; il a été vacciné étant tout enfant; gourmes à la tête qui ont été mal soiguées ; elles ont disparu, cependant, et il n’est plus resté sur le cuir chevelu que de petites peaux qui s’en détachaient en abondance. Rentré à la maison de correction, il y a trois ans , une plaque rouge se manifesta au sommet de la tête; des croûtes s’y formèrent. On rasa le cuir chevelu ; on fit faire des frictions avec la pommade au vert de gris, avec l’onguent mercuriel jusqu’à déterminer la salivation. Le traitement fut poursuivi, pendant six mois, par M. Vée, médecin de la maison, Les croûtes tombaient et se reformaient de nouveau. Sorti des Madelonnettes, le malade resta cinq jours chez lui et entra à l’hôpital Saint-Louis.
Aujourd’hui 11 février 1852. — Tout le sommet de la tête, la partie antérieure du crâne, et aussi les parties latérales sont couvertes de croûtes épaisses , disposées sur le cuir chevelu comme des monticules, séparés par des sillons profonds, et qui font ressembler toute celte partie malade à ces élévations qui représentent les montagnes sur les cartes géographiques en carton-pierre. Dans certains endroits les élévations croûteuses s’abaissent graduellement et se continuent par leur base avec celles qui les entourent. D autres fois elles sont implantées a pic sur le cuir chevelu et séparées de celles qui les avoisinent par des rigoles profondes où la peau paraît rouge, sans pellicules épidermiques et garnie de cheveux assez nombreux. Sur
le sommet et ies lianes des monticules, les cheveux qui les couvrent en assez grande abondance sont tantôt isolés, tantôt comme agglutinés entre eux.
La coloration de ces diverses masses offre un fond jaunâtre,, jaune paille, avec quelques plaques blanchâtres qui sont probablement des plaques épidermiques. Le ton général offre un aspect mat. M. Bazin compare l’apparence de cet ensemble de monticules et de sinuosités profondes à celle du sol de FArdèche : des collines blanc-jaunâtre sur ■un terrain desséché.
La tète du malade n’exhale point cette odeur particulière qu’on perçoit lorsqu’on s’approche d’un individu atteint du porrigo scutuLata. li n’y a pas la moindre humidité sur le cuir chevelu ; par moment toute la partie malade devient le siège de démangeaisons très-vives. Fonctions digestives, respiration, circulation régulières, normales. Le malade marche et court bien. A quatre travers de doigt, au-dessous de l’omoplate droite, cicatrice d’un abcès qui a donné du pus en très grande abondance, mais pendant peu de temps et qui a été le dernier phénomène de l’aftection rachitique pendant son enfance. Sur la région lombaire, de chaque côté de la colonne vertébrale, cicatrices de six cautères. Les pieds ne sont point déjetés en dehors ; les jambes et les genoux sont régulièrement conformés. La seule trace de rachitisme qui existe est une courbure assez prononcée des fémurs à convexité antérieure et externe. —Prescription : Tisane de houblon édulcorée avec le sirop antiscorbutique. (Deux portions.)
14 février, — Il y a à peu près huit jours, le malade s’est aperçu d’une éruption siégeant sur la face palmaire des avant-bras et qui maintenant se montre à la face antérieure et interne de la partie inférieure des cuisses. Elle est constituée par de petites plaques rouges, assez régulièrement arrondies, disséminées sans ordre, moins larges en surface qu’une pièce de vingt centimes, saillantes au-dessus du niveau de la peau, et dont il se détache de très peti-
to
es squamme-s. Le corps papillaire de la peau s'y dessine très distinctement.
Ces plaques, qu’on prendrait au premier abord pour du psoriasis gullata, s’en distinguent cependant, en ce que la coloration n’est pas aussi vive que dans celles-ci, et en ce que l’examen avec la loupe y fait découvrir des vésicules très nombreuses, contenant un liquide transparent dans quelques-unes et légèrement jaunâtre dans d’autres.
19 février, — Sur une des plaques d’herpès qui siège à la partie interne et inférieure de l’avant-bras gauche, on sème de la poussière faveusc prise sur un des monticules de la tête ; une compresse est appliquée par dessus et le tout assujetti au moyen d'une bande.
22 février. — Aujourd’hui on examine la surface sur laquelle on avait semé du favus. On y voit un point jaunâtre qui, à la loupe, est très manifestement un godet faveux.
Cet enfant surpris en flagrant délit de vol est envoyé à la Préfecture de police.
mX-SEPTlEJHE OBSERVATION.
fEIGNE TONSURANTE, DONT LE DÉBUT REMONTE A CINQ MOIS. — ÉPILATION PLUSIEURS FOIS RÉPÉTÉE, SUIVIE CHAQUE FOIS D’UNE LOTION AVEC LA DISSOLUTION DE SUBLIMÉ , PUIS D’ONCTIONS AVEC LA POMMADE D’iODURE DE SOUFRE. — GUɬ RISON EN TROIS MOIS ET DEMI.
La nommée B... (Adèle) est âgée de 12 ans; elle est d’une constitution assez délicate, d’un tempérament lymphatique. — Père et mère bien portants. Le père est bijoutier , rue Michel-le-Comte.
Cette enfant est en pension à Viliiers -le-Bel ; elle a contracté, dans sa pension, l'affection du cuir chevelu qu’elle porte actuellement. Au dire d’Adèle, plusieurs élèves de la
meme pension auraient été atteintes (le maladies du cuir
chevelu à l’époque où elle-même a ressenti les premiers symptômes de son affection; elle a éprouvé quelques démangeaisons à la tête qui l’ont portée à se gratter, puis quelques pellicules ou squames se sont montrées sur deux ou trois places ; presqu’en même temps, les cheveux se sont rompus d’eux -mêmes, et on l’a fait voir au médecin de la pension. — Des pommades dont elle ne connaît pas la composition ont été appliquées sur les parties malades ; elle a pris des bains et on l’a mise à l’usage de la tisane de houblon et du sirop antiscorbutique.
La mère voyant que la maladie de son enfant se prolongeait, conçut quelques craintes et me l’amena à ma consultation dans les premiers jours de juillet.
Etat de C enfant au juillet. — Quatre plaques d herpès tonsurant existent sur le cuir chevelu ; la plus large occupe la région temporale gauche : elle a quinze à dix-huit lignes de diamètre. Le cuir chevelu sur cette plaque est bleuâtre et fait saillie; il dépasse le niveau des parties envi formantes. Les cheveux qui recouvrent la plaque sont cassés à deux ou trois lignes du cuir chevelu ; leur base est entourée d’une squamule blanchâtre. Autour dé cette plaque, il existe quelques cheveux moins foncés en couleur que ceux du reste de la chevelure ; sur les trois autres plaques qui occupent les régions frontale et occipitale, l’altération est moins avancée. Chacune des trois plaques n’a guère plus de largeur qu’une pièce de cinquante cen¬
times.
Je fis immédiatement l’arrachement des cheveux mala¬
des; je débarrassai les plaques mesurantes des cheveux et des squammes qui les recouvraient, et je recommandaià la mère d’épiler de nouveau les parties malades, aussitôt que les cheveux commenceraient à repousser sur ces plaques et de répéter cette opération tant que la peau conserverait une teinte bleuâtre et resterait tuméfiée. Je lui recommandai aussi de laver, après chaque épilation, les parties nia’
la des avec le solutum de sublimé et de graisser la tête avec la pommade d’iodure de soufre. A la fin d’octobre, Adèle B... était parfaitement guérie.
MX-MU OBSEBYiTIOX.
TEIGNE TONSURANTE.— TROIS GRANDES PLAQUES ET BEAUCOUP DE PETITES DISPERSÉES ÇA ET LA SUR LE CUIR CHEVELU.— Épilation SUIVIE DE lotions PARASITICIDES. ( Observation recueillie par m. deffis.)
Félix D..., âgé de huit ans et demi, fut mis en pension à Palaiseau le 1er juin 1852. Quelque temps après sonarrivée, la maîtresse de pension s’étant aperçue que Félix avait, au sommet de la tête, une dartre de la largeur à peu près d’une pièce de 50 centimes, se procura de la pommade de M. Vaconsin (dite pommade des frères Malion), et en frictionna, sans aucun bon résultat, la partie malade. Il rentra chez ses parents le 28 août, et le 7 septembre, ceux-ci firent appeler M. le docteur Fiaux, praticien distingué, qui conseilla des frictions avec une pommade d’iodure de soufre. Le mal faisant des progrès, au lieu de diminuer, Félix fut conduit le 10 octobre, d’après les conseils de M. Fiaux, dans la maison de santé, rue de Ménilmontant, N° 150, afin d’y recevoir les soins qu’exigeait sa position. Un frère plus jeune que lui ainsi que son père jouissent d’une bonne santé. Quant à la mère, elle n’est pas très bien portante depuis cinq à six ans.
Félix D... a eu une enfance maladive ; il est d’une constitution faible, lymphatique. Les ganglions cervicaux et sousmaxillaires sont légèrement engorgés. A l’inspection de la tête, on aperçoit, à huit endroits différents, des places recouvertes d'une espèce décrassé et qui paraissent dénudées de cheveux; cependant, en y portant un peu d’allen-
lion, on s’aperçoit que les cheveux sont seulement rompus à leur base et entourés d’une espèce de gaine d’un blanc mat qui pointillé et qui tranche sur ces plaques rugueuses, chagrinées, faisant saillie au-dessus du niveau de la peau et offrant une couleur ardoisée.
Une de ces plaques circulaires, de six centimètres de diamètre, occupe la partie postérieure et supérieure gauche du crâne, se réunissant à une autre plaque de trois centimètres de diamètre occupant la partie antérieure et supérieure, de façon à former un huit de chiffre. La troisième, qui a deux centimètres de diamètre, se trouve placée sur la bosse pariétale droite. Les autres, beaucoup plus petites, sont dispersées sur la partie antérieure du cuir chevelu.
L’herpès tonsurant se présentant avec tous scs caractères et ne pouvant pas être confondu avec une autre affection du cuir chevelu, l’épilation a été mise en usage le 15 octobre. Toutes les plaques ont été dénudées, séance tenante, et l’épilation a été portée à un centimètre plus loin que les parties malades, chose facile à voir par le contraste qui existe entre la partie saine de la peau et la partie saillante, grisâtre, ardoisée, qui est occupée par le végétal parasite. L’épilation terminée, la solution d’acétate de cuivre a été appliquée avec une brosse sur toutes les parties epilées. L’épilation a été ainsi continuée, tous les six jours, sur les parties malades seulement. Un mois après le commencement du traitement, la pommade d’iodure de soufre a été employée en frictions, alternativement avec la solution d’acétate de cuivre. Déplus, l’enfant prend tous les matins une cuillerée à bouche de sirop de prolo-iodure de fer. Aujourd’hui, 28 novembre, son état général t avantageusement modifié : les plaques herpétiques ne ront plus en saillie, elles sont complètement affaissées et elles ont à peu près repris la couleur normale du cuir chevelu. La teinte des cheveux qui repoussent paraît franche et non altérée comme elle l’était avant le traitement.