‹ Recherches sur la nature et le traitement des teignesChapitre 3 sur 19 · STRUCTURE MICROSCOPIQUE DES POILS · texte numérisé non relu

STRUCTURE MICROSCOPIQUE DES POILS

Avant d'aborder F étude de l’évolution des teignes, nous croyons devoir, pour l'intelligence du sujet, donner une idée de la structure des poils dans l’état sain.

Nous nous bornerons à reproduire ici très succinctement des détails anatomiques que Henlé, Mandl et beaucoup d’autres auteurs ont exposés plus longuement dans leurs ouvrages et dont nous avons pu nous-même vérifier la parfaite exactitude. Nous y avons ajouté quelques observations ou rectifications qui nous sont propres.

Le dessin que nous avons mis en regard de la descri p tion donnera une idée plus juste des rapports qu’ont entre elles les différentes parties constituantes du poil.

Le poil est formé de deux parties, la racine (PL I ,fig. 1, A) et la tige (B) .

La racine est tout entière insérée dans l'épaisseur de la peau. La tige est libre dans toute son étendue, si ce n’est à sa réunion avec la racine, où dans l'espace de quelques millimètres elle se trouve sous-épidermique et intra-épidermique.

Pour plus de simplicité nous diviserons le poil en deux parties, l’une intra- cutanée, l’autre extra- cutanée. La pre mière sera, si l’on veut, la racine, la seconde la tige.

La tige du poil, vue au microscope, se compose de deux parties distinctes l’écorce (C) et la moelle (D) dans les gros poils, et d’une seule partie, l’écorce, dans les petits, le duvet ou les poils follets.

L’écorce, beaucoup moins colorée que la partie centrale, est d’autant plus foncée que le poil est plus noir : elle paraît formée de fibres longitudinales (E), en général parallèles, très sensibles vers la racine, et d’autant moins distinctes qu’on se rapproche davantage de la pointe.

Ces fibres sont droites, plates, à bords nettement dessinés, plus accusés que le centre, larges de 0mm, 002 à 0mm,003. C’est à tort qu Henlé les dit cassantes, elles sont flexibles et ne deviennent cassantes que dans l’état morbide.

Outre ces fibres longitudinales on distingue encore sur la tige et surtout à sa réunion avec la racine des stries transversales ou oblongues (PL I, fig. 1, F. fig. 2, A), souvent très rapprochées, droites ou bifurquées et anastomosées. Ces stries sont généralement plus larges que les fibres longitudinales ; ellet> ont des bords ombrés et ne s’aperçoivent qu’à la superficie. Henlé les considère comme formées de squamules épidermiques, qui se recouvriraient à la manière des tuiles d’un toit. Elles tombent par le contact de l’acide sulfurique. Ce sont, sans doute, ces stries trans verses qui par leurs divisions et anastomoses constituent ce que quelques anatomistes ont appelé les fibres en spirale; ce sont elles qui, par leur disposition, ont fait croire que le poil était formé d’une série de cônes emboîtés.

La moelle ou partie centrale (D) occupe le quart ou le cinquième du diamètre du poil; elle n'existe pas toujours, et souvent elle est interrompue de distance en distance ou bien elle est bifurquée, divisée en deux bandelettes parallèles dans une plus ou moins grande étendue de la longueur du poil.

Au microscope elle semble composée de globules pigmentaires (G), qui ne paraissent pas différer beaucoup de ceux du bouton. On les voit assez souvent sous la plaque de verre se séparer, se réunir, former une série continue et quelquefois s'échapper par l’extrémité du cône qui termine la tige du poil comme s'ils sortaient d'un canal central. Heusinger (1) serait assez disposé à admettre la perforation des poils à leur pointe. Il y aurait là une ouverture par laquelle pourraient s'échapper les globules de pigment. Les faits rapportés par certains auteurs de cheveux qui déteignent viendraient à l’appui de cette opinion.

C’est de la moelle que dépend en grande partie la couleur du poil. Dans les cheveux blancs elle est plus claire que l’écorce. Cette substance parait formée de graisse et de matière colorante où , d'après les analyses chimiques, il existerait des traces d’oxyde de fer.

Enfin sur la tige on aperçoit encore ça et là de petites plaques épidermiques peu adhérentes, (II)

La racine du poil mérite d'être étudiée avec le plus grand soin. Nous donnons, comme on sait, le nom de racine à la partie intra-épidermique , à celte portion renllée qui termine le poil après L arrachement.

(1 ) Journal complémentaire des sciences médicales tome XIV, page 235,

La racine comprend le prolongement radiculaire de là tige (I) et la capsule (K) .

Le prolongement radiculaire de la tige est constitué de bas en haut par le bouton ( PL I, fig. 1, L, fig. 2, B), la souche {PL I, fig. 1 M, fig . 2, C) et l’origine proprement dite du poil. (PL I, fig. 1 N et fig. 2, D). Le bouton (Henlé) est le point noir qui se voit à L extrémité de la racine après l’arrachement d’un poil. Au microscope c’est un corps noir, renflé, conoïde ou cylindrique, dont l’extrémité inférieure est ordinairement évasée, souvent plus éch ancrée à la face antérieure qu'à la face postérieure. Son contour épais et arrondi donne assez habituellement insertion à des conglomérats de points noirs soiis forme de rayons (PL I, fig. 1, 0) plus ou moins sinueux, inégaux, et qui représentent assez bien le chevelu des racines bulbeuses. L’extrémité supérieure du boiiton est Un peu élargie et offre des globules pigmentaires étoilés (PL I, fig. 1 P et fig. 2 E), puis l’origine des fibres longitudinales. (PL I, fig. 1 Q., et fig. 2 F).

Quand après une macération de quelques jours dans l'alcool, on fait à la peau une coupe horizontale de manière à enlever, avec F épiderme, la partie superficielle du derme, et qu’on examine la tranche entre deux lames de verre par la surface profonde, en s’aidant d’une forte loupe on distingue parfaitement la papille pilifère (PL I fig. 3 A), et l’on voit que le bouton n'est autre chose qü’un cône creux dans lequel elle est emboîté ?

La papille pilifère est courte et composée d'un tissu jaunâtre, comme pulpeux, pénétré de vaisseaux sanguins et de filets nerveux. Nous avons vu ces vaisseaux très distinctement sur la peau du porc et du bœuf. Nous les

avons vus très dilatés sur le cuir chevelu d’un teigneux nui avait succombé à une diathèse tuberculeuse.

La souche est formée par l’épanouissement du bouton et l’évolution des fibres longitudinales. Les globules pigmentaires à l’extrémité supérieure du bouton s’isolent, s’allongent, deviennent ovoïdes, se dépouillent peu à peu de leur matière colorante, prennent la forme de grains d’orge, puiss’allongentencore, deviennent serpentiformes, et bientôt ne sont plus que l’origine des fibres longitudinales qui se prolongent dans la tige pour en former l’écorce ; ces fibres longitudinales commençantes sont coupées à leur surface par des stries transverses, oblongués, souvent très rapprochées.

C’est à la partie supérieure et centrale de la souche que commence la moelle. Là on reconnaît assez souvent la naissance de la tige (PL I, fig. 1 R) à l’existence d’un cône dont le centre est occupé par la moelle formée de globules pigmentaires et la circonférence de fibres longitudinales rapprochées qui constituent l’écorce. Nous avons vu, sur quelques poils, une série continue de globules pigmentaires, au centre delà souche, partant de l’extrémité supérieure du bouton , venant aboutir à l’origine de la moelle et se continuer avec elle. Il suit de là que c’est principalement à la surface du bouton et de la souche que s’opère l’élaboration des globules pigmentaires, qui doivent former les fibres longitudinales, ou, si l’on veut, la substance corticale du poil, tandis que le centre du bouton laisse passer des globules pigmentaires peu modifiés, qui vont se réunir à la partie centrale de la tige pour en former la moelle.

Ces diverses parties constituantes de la racine du poil, le

bouton, la souche et la naissance de la tige sont renfermées dans la capsule, surmontée de la gaine épidermique (Flourens).

La capsule (PL I, fig. 1 X) se compose de deux membranes. L’une externe (PL I, fig. 1 T) grenue, jaunâtre, qui prend naissance en bas sur le contour du bouton, et se continue en haut et en dehors avec la partie profonde et pigmentaire de l’épiderme. L'autre interne (PL ï, fig. 1 V) translucide et mince offrant des vacuoles, prend naissance en bas au-dessus de la précédente sur le contour du bouton, et se termine en haut au canal épidermique du poil, en se repliant du côté de la tige.

Le canal épidermique du poil, gaine épidermique de Flourens, entoure la tige à sa sortie de la capsule ; il est formé d'un épiderme squameux adhèrent au poil, et se continue en dehors avec la partie superficielle de l’épiderme cutané.

Toute cette partie intra-cutanée du poil est elle -même logée dans une petite cavité dermique qu'on nomme le follicule, ou membrane externe de la capsule. Le follicule est une enveloppe cellulo-fibreuse qui, par sa face externe, est continue avec le derme ou avec le tissu cellulaire sous-jacent, et qui, par sa face interne, est en rapport avec la tunique grenue de la capsule, à laquelle elle est assez souvent unie par des filaments que l’on peut distinguer à la loupe après l'arrachement des poils ; ces filaments ne sont autre chose que des tractus celluleux.

Le follicule, comme le bulbe qu'il renferme, a une direction oblique dans l'épaisseur de la peau.

Les rapports des follicules pileux avec les follicules sébacés ont occupé longtemps les anatomistes. On s'accorde

assez généralement aujourd'hui à n'admettre, avec M. Cruveilhier, entre ces petits organes, que des rapports de contiguïté ou de juxta-position. Jamais le poil ne traverse un follicule sébacé à sa sortie de la peau ; ce qui a pu induire en erreur, c’est que Ton voit assez souvent sortir d’un crypte hypertrophié un filament sous forme de poil, qui n’est autre chose qu'une excrétion vcrmiculaire de sébum.

Les follicules sébacés ne viennent jamais s’ouvrir dans la capsule ou le conduit épidermique du poil. Les glandes annexes ou auxiliaires des poils, figurées d’après Gurlt, dans f atlas de Mandl, ne sont peut être que des glandes sudoripares ; en tout cas, il y aurait toujours erreur dans l’indication fausse des points où viennent aboutir les conduits excréteurs de ces glandes.

A. — Delà Teigne foreuse.

Le favus est une teigne ayant ordinairement pour siège le cuir chevelu , mais pouvant indistinctement occuper toutes les régions du corps où existent des bulbes pileux; caractérisé par la décoloration des cheveux, leur chute et 1 alopécie qui en est la conséquence, et par la production de croûtes sèches plus ou moins étendues et saillantes, inégales ou creusées en godet, d'une couleur jaune de soufre ou d’un blanc jaunâtre, exhalant une odeur sui generis .

Le favus présente dans son aspect extérieur, son développement et sa marche, trois formes que les auteurs ont décrites sous les noms de favus urcéoluirc , scutiforme et sgu arreux.

L'évolution favique, en général, peut être partagée en trois périodes. — Dans la première, le cheveu seul est altéré, la peau sur laquelle le poil est implanté n'a subi aucune modification, la démangeaison n'existe pas encore

ou elle est à peine sensible. —-Dans la seconde période, l'altération du poil est plus avancée ; le champignon favique apparaît extérieurement sous forme de concrétions jaunâtres, précédé ou non de congestion tégumentaire et d'une hvper-sécrétion d’épiderme; il subit toutes les phases de son développement plus ou moins régulier. — Dans la troisième période, l’altération des cheveux est parvenue à son plus haut degré : les poils tombent d’eux-mêmes, des cicatrices succèdent à leur chute. Les parties moins malades sont couvertes de débris de croûtes qu'on ajustement comparées à certains lichens, à des fragments pulvérulents de plâtre ou de terre argileuse desséchée.

Cet ensemble des trois périodes du favus peut se présenter et se présente fort souvent sur la même tête. Il existait sur un grand nombre de nos malades.

1° Favus urcéoliire, disséminé, isolé, indépendant, porrigo favosa, tinea lupinosa, teigne alvéolaire, etc.

Il peut se développer sur toutes les parties du corps couvertes de poils; c’est le plus souvent au cuir chevelu qu on l'observe. Il occupe quelquefois toute la surface du corps (favus général) , — primitif ou consécutif à d’autres affections de la peau et notamment à l’herpès circiné qui favorise son développement. Sur vingt-huit enfants que renferme l’une de nos salles, la salle Saint-Prosper au pavillon Saint- Mathieu, à un moment donné, vingt-six malades se sont trouvés atteints d’herpès circiné. Sur ces vingt-huit plusieurs étaient affectés, depuis longtemps, de favus. Quatre parmi les sujets porteurs d'anneaux herpétiques virent se développer au centre de toutes leurs pla

ques des godets faveux dont révolution fut rapide et parfaitement régulière. Les malades sur lesquels ces godets apparurent n’avaient pas de favus au cuir chevelu et, chose assez remarquable, parmi ceux qui en avaient, au cuir chevelu, aucun ne nous en offrit sur les plaques herpétiques. Le dessin de ces favus consécutifs a été pris par M. Bion ; nous le donnerons ailleurs.

Depuis l’époque où ces faits étaient soumis à notre observation, nous avons eu l’occasion de traiter et de guérir en quelques jours un enfant sur la tête duquel, au centre d’un anneau herpétique, se trouvaient quatre godets faveux. Dernièrement, enfin, il est entré dans notre service à la salle Saint-Prosper, un jeune enfant atteint de favus au cuir chevelu et d’herpès circiné sur la face, le tronc et les membres supérieurs. Le nez et les joues de cet enfant étaient parsemés de godets faveux.

Le favus urcéolaire a comme les autres variétés trois périodes. — Dans la première, qui dure un temps variable, la démangeaison existe souvent, mais non toujours. Le cheveu est le plus ordinairement modifié dans ses caractères physiques : sa couleur change, son brillant disparaît, il prend un aspect terne, qui contraste avec celui du cheveu resté sain, enfin il se décolore. Si on l’arrache, on voit qu’il n’offre plus à l’arrachement le même degré de résistance, et si on l’examine au microscope il est facile de se convaincre qu’il a déjà subi, dans sa texture intime, des modifications profondes. Ainsi l’on trouve déjà les deux substances qui composent la tige confondues en partie ou même en totalité. La couleur est sale, rouillée, grisâtre ou brunâtre, semblable à celle de la rouille ou de la nielle. Des traces évidentes du champignon se remarquent sur le

bouton et le prolongement radiculaire du ipoii. (Voir Pûtiiogcnic).

Dans la seconde période, les démangeaisons sont plus vives. — * Le champignon apparaît à l’extérieur, mais son début n’a pas toujours lieu de la mênm manière. Quand on examine à l'œil nu le champignon naissant, on l’aperçoit le plus souvent, sous forme d’un point jaunâtre, à peine perceptible et cependant offrant déjà une dépression centrale traversée par un poil. Si l'on se sert de la loupe on peut surprendre , en quelque sorte , vingt-quatre heures plus tôt le développement du champignon. L’œil* avec le secours de cet instrument, ne laisse rien échapper des premiers signes extérieurs de l'évolution favique. Eh bien, voici ce que l'on constate : tantôt un petit soulèvement épidermique à l'endroit où le poil pénètre dans la peau; tantôt un petit point jaune sous-épidermique et latéral ou bien deux ou trois petites concrétions jaunâtres, isolées, séparées à la base du poil et qui le lendemain n’en forment déjà plus qu’une seule, creusée d'un enfoncement conique et traversée à son centre par le poil.

La croûte jaune s’accroît rapidement; son diamètre vertical augmente d'une demi-ligne à une ligne dans les vingtquatre heures ; la dépression centrale devient chaque jour plus caractérisée. Ce godet remarquable, que la plupart des auteurs comparent aux alvéoles des gâteaux d’abeilles, à la dépression qu’offrent les semences des lupins, à de petits lichens jaunâtres qu’on voit pousser parfois sur des branches d’arbre , n’est pas toujours également régulier. Tantôt, en effet, la face interne de cette dépression est parfaitement lisse et unie comme celle de la cupide du gland de chêne, et d’autres fois elle est inégale, offre une série

de reliefs circulaires concentriques dont le nombre indique en quelque sorte l’âge de la cupule favique, et qui pour la disposition ressemblent assez aux saillies circulaires qu’offrent à l’extérieur les nids d’hirondelle. Ces différentes couches, successivement superposées, et de plus en plus larges du godet favique, ont, en général, une couleur d’autant plus jaune safrané qu’elles sont plus récentes, et d'autant plus blanche qu elles sont plus anciennes. La dernière de ces couches, celle qui forme le rebord de la cupule, soulève quelquefois fortement F épiderme et dépasse de plusieurs millimètres le niveau de la peau environnante. Le godet favique peut ainsi acquérir sans se déformer une largeur de plus de deux centimètres ; mais le plus souven t, avant qu’il ait atteint ces dimensions le champignon fait irruption au dehors en brisant F enveloppe épidermique, presque toujours à quelques millimètres au dessus du point où la croûte est traversée par le poil ; il fait hernie à travers cette ouverture et n’offre plus de forme régulière dans son accroissement.

Quand les godets faviques sont isolés, les choses se passent comme nous venons de l’indiquer; mais s'ils sont rapprochés, ils se rencontrent bientôt par suite de leur développement excentrique, et la rencontre a généralement pour effet d’ouvrir un passage libre au champignon dans un endroit autre que le lieu d’élection.

Il arrive encore très souvent que le malade porte les ongles sur les godets et déchire l'enveloppe épidermique, tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Cette action de gratter a pour effet, la plupart du temps, de donner lieu à un suintement -de quelques gouttelettes de sang qui se dessèchent sur la croûte faveuse Elle augmente F irritation

du cuir chevelu, occasionnée déjà par la présence du corps étranger : c’est alors que de véritables pustules et des croûtes impétigineuses peuvent venir compliquer Irruption favique.

Quand les alvéoles crustacées du favus ont été détachées, soit par les ongles du malade, soit par les cataplasmes, ou par le médecin lui-même, qui peut facilement les énucléer en rompant F épiderme sur le rebord marginal et soulevant la croûte au moyen d’une spatule, on trouve les surfaces sous-jacentes déprimées, rouges, suintantes, couvertes d’une membrane épithéliale fort mince au travers de laquelle on aperçoit souvent les vaisseaux et les fibres du derme. Sur cet enfoncement du cuir chevelu produit par la pression du corps étranger, entre les deux couches de l’épiderme, on ne voit sourdre qu’une lymphe transparente et jamais de sang lorsqu’on a détaché la croûte avec précaution, sans léser les parties sous-jacentes.

Après l’enlèvement du champignon, la partie déprimée se sèche ou se recouvre d’une mince écaille grisâtre, et au bout de quelques jours elle est tout à fait revenue de niveau avec la peau environnante.

L’éruption favique envahit de jour en jour le cuir chevelu. Ses progrès sont quelquefois rapides et d’autres fois très lents ; ce qui dépend, sans doute, du plus ou moins de soins que reçoit le teigneux et de certaines conditions particulières du cuir chevelu qui favorisent la contagion.

Après un temps qui varie de quelques mois à plusieurs années, temps pendant lequel l’éruption favique extérieure a été plusieurs fois balayée et s’est plusieurs fois reproduite, le teigneux atteint la troisième période dans laquelle se montre l’alopécie.

Malgré l'application des émollients, malgré l’emploi des bains, la tête du teigneux, débarrassée de toutes ses croûtes, conserve toujours une rougeur congestive, qui augmente par la pression sur le cuir chevelu, par les efforts que fait le malade, parle renversement de la tète, etc. Cette rougeur, accompagnée de la persistance des déniangeaisons et souvent d’un senti ment de tension douloureuse, annonce la persistance delà maladie et la présence au sein des follicules pileux d'un corps étranger qui entretient l'irritation : elle ne disparaît que sur les parties chauves et sur les cicatrices qui succèdent à la chute des cheveux.

Cependant le poil s'altère chaque jour davantage. Les cheveux se décolorent de plus en plus, s’atrophient, deviennent inégaux en diamètre dans les divers points de leur étendue ; ils sont gris-souris ou cendrés, quelquefois lanugineux avec un aspect terne et mort : bientôt ils tombent d’eux-mêmes. Le peigne les enlève avec leurs bulbes ou ils se séparent de leur racine en se cassant au niveau delà peau. Le microscope fait voir dans le bulbe des altérations qui n’existaient pas à la première période. (Voir Palhogéniè).

Les parties chauves que présente la tète du teigneux sont de véritables cicatrices. Ce sont des places blanches oùles bulbes pileux et tout le pigmentum ont été absorbés par le champignon favique. On y voit quelquefois, ainsi que l'a fait remarquer M. Cazenave, des débris de cheveux qui rampent et semblent emprisonnés sous l’épiderme : c'est quand la sécrétion pigmentaire s’est encore continuée quelque peu après la mort du parasite. Ça et là sur les parties chauves existent des cheveux isolés, qui, arrachés,

ne présentent en général que le bouton et sont dépourvus décapsulé.

L’alopécie débute dans le fa vus, comme dans la plu part des affections du cuir chevelu, par la partie antérieure et les parties latérales de la tête. La région occipitale est celle qui résiste le plus longtemps à la contagion.

A cette période, le champignon est vivace. Les croûtes ge multiplient et se succèdent avec rapidité. Çà et là , sur la tête, on retrouve quelques godets caractéristiques; mais presque partout ce sont de larges croûtes saillantes, inégales , formées d'une matière qui ne peut être mieux comparée qu'à de la fiente desséchée d’oiseaux ou de chiens nourris avec des œufs. Cette matière a une odeur fade, repoussante, qui rappelle assez celle des matières animales en macération.

C’est ordinairement à cette époque que le favus gagne les autres régions du corps, soit que l'herpès circiné y favorise son développement, soit que le malade en se grattant s’inocule lui-même la maladie. Toutefois, le favüs alvéolaire peut se montrer déprimé abord sur toutes les régions et notamment aux bras, aux coudes, aux jambes, aux parties sexuelles. Il offre partout les mêmes caractères. J'ai fait prendre par M. Bion le dessin d’un favus des jambes qui était remarquable par L'énorme saillie de ses croûtes jaunâtres et brunâtres qu’on pouvait parfaitement comparer à certains lichens. Le malade qui le portait était depuis longtemps guéri du favus du corps, mais non de celui du cuir chevelu, quand il fut pris de la fièvre typhoïde à laquelle il a succombé.

f>° t’ivrs sriifiFORME-, iHimmulâire, porrigo scutulata, fa vus en cercles, en groupes, en anneaux, elc,.

Primitif ou consécutif à de F eczéma, de F impétigo ou du lichen chronique, ce favus n'existe qu’au cuir chevelu et n'attaque, en général, que des chevelures épaisses. L'indépendance des poils dans les autres régions explique facilement pourquoi nous ne F y avons jamais rencontré.

L'altération primitive des poils est aussi facile à constaler dans cette forme que dans la précédente : toutefois, elle y est moins profonde.

La seconde période, celle de l'évolution favique extérieure, diffère notablement de la période correspondante du porrigo favosa.

La teigne scutiforme apparaît au début sous l’aspect d'une ou de plusieurs petites plaques arrondies, de dimension variable depuis l’étendue d'une pièce de 50 centimes jusqu’à celle d'une pièce de 5 francs. Sur ces plaques le tégument crânien paraît soulevé, tuméfié; il est plus ou moins rouge et sensible à la pression. La peau environnante paraît déprimée. Bientôt les poils, qui recouvrent la piaquer sont entourés à leur base d'une petite écai lie épidermique, blanchâtre oud' un blanc jaunâtre, qui, en se développant, forme une gaine à l’extrémité adhérente des cheveux. Cette poussée épidermique dure quelquefois assez longtemps, et le favus scutiforme, à cette période , pourrait être confondu avec le pityriasis du cuir chevelu , si la forme de F-affection morbide, si F adhérence des squames, si l’aspect comme gommé des gaines épidermiques des poils, si la couleur de son des écailles, ordtnai-

renient plus prononcée que dans ie pityriasis ne servaient à l’en distinguer. Mais il est d’autres caractères qui, dans les cas douteux, ne doivent pas être négligés. Je veux parler des signes fournis par l’inspection microscopique* Il semble, en effet, que de jour en jour cette production d’épiderme, par laquelle se manifeste tout d’abord, àl’extérieur, le porrigo scutulata, se transforme insensiblement dans les éléments du parasite végétal. Les cellules épidermiques deviennent de plus en plus étroites et losangiques, puis enfin, ce sont des tubes de mycélium et des sporules que l’on aperçoit très longtemps avant que, sur la tête, on puisse distinguer, à l’œil nu, la couleur jaunâtre caractéristique de la matière laveuse. De l’accumulation de ces éléments cryptogamiques résulte la couleur jaune, propre au favus. Nous avons pu longtemps à l’avance, dans quelques cas douteux, diagnostiquer le porrigo scutiforme à l’aide de ces caractères microscopiques. (1)

L’éruption favique apparaît, enfin, à l’extérieur. Sur un malade couché au n° 83 du Pavillon Saint-Mathieu, nous avons vu durer six semaines cette hypersécrétion épidermique avant la manifestation des concrétions jaunes qui caractérisent si bien le favus.

L’éruption ne se fait plus comme dans la forme précédente. Les godets ne s’y montrent pas, si ce n’est quelquefois au début, mais à peine formés ils sont déjà rompus. Assez souvent la matière favique soulève f épiderme, autour du cheveu, et y fait une petite saillie. Les croûtes

(1) L’état squameux du Porrigo scutulata a été parlaftement décrit par M. Ca zen ave dans son Traité des maladies du cuir chevelu >

.individuelles se réunissent bientôt pour u en former qu une seule qui, traversée par les cheveux, recouvre complètement la plaque.

.L’altération des poils fait chaque jour de notables progrès, comme dans leporrigo favosa, mais leur chute arrive bien plus tardivement et seulement au bout de quelques années.

Il est rare de n'avoir à observer qu’une seule plaque dans le porrigo scutulata ; il y en a ordinairement plusieurs. Quelquefois, mais rarement encore, on voit 2, .3 ou 4 plaques isolées, sur différentes régions de la tête. Le plus souvent les plaques surviennent ou simultanément ou successivement dans la même région ; elles se réunissent et ne forment plus qu’une large surface qui occupe le tiers ou les deux tiers ou même la totalité du cuir chevelu. Le plus souvent, il reste une petite couronne de cheveux intacts sur le front. La partie inférieure de la région occipitale et la nuque se trouvent aussi assez souvent préservées. Sur la circonférence des parties malades on retrouve des arcs de cercle qui rappellent l’évolution primitive par plaques circulaires.

Des croûtes faveuses, plus ou moins irrégulières, fragmentées, bosselées, souvent relevées sur les bords, traversées de cheveux, imprégnées de sang desséché, exhalant une odeur fade, quelquefois infecte, sous lesquelles on trouve parfois des poux (1), couvrent toutes les parties atteintes.

Quand la teigne scutulée arrivée à cette période se mon-

(1) C’est dans l’impétigo granulata et non dans le favus qu’on rencontre généralement les fourmilières do poux.

Ire sur des régions du corps autres que le cuir chevelu, elle y revet toujours la forme du porrigo favosa.

On peut aussi trouver réunies sur le cuir chevelu les

deux formes que nous venons de décrire. Nous avons reçu dernièrement, dans notre service, un enfant atteint de

porrigo scutulata occupant presque la totalité du cuir chevelu : cet enfant portait, sur les régions temporales, de magnifiques godets de teigne urcéoiaire.

La dépression qui succède à la guérison des plaques du porrigo senti forme est quelquefois bien remarquable. Sur l’un de nos malades, couché au n° 1 5 de la salle Saint- Laurent, on eût dit que, sur ces parties, le cuir chevelu avait été enlevé par un emporte-pièce.

C’est surtout pendant la cure de cette variété de favus que Ton voit pousser des cheveux dont il semblait, au début du traitement, qu’il n’y eût aucune trace. Les follicules pileux, bouchés par la matière laveuse , livrent de nouveau passage aux poils, quand ils ont été débarrassés

de cette matière.

r>° favus souahheüx, porrig® squarrnsa.

La plupart des auteurs n’ admettent pas cette forme ; ils la confondent avec la précédente dont elle se distingue cependant par plusieurs caractères : révolution extérieuredu champignon ne se fait pas aussi régulièrement ; elle a lieu suides surfaces plus ou moins allongées, inégales, irrégulières, sans délimitation nettement circonscrite. La matière favique fuse sur les cheveux, leur forme des gaines qui se réunissent, adhèrent assez fortement les unes aux

Cette agglomération de cheveux et de champignons faviques intermédiaires produit des saillies remarquables à la surface du cuir chevelu, sortes de monticules, plus ou moins hérissés de cheveux et de croûtes fragmentées, pulvérulentes, séparés par des sillons profonds.

On ne saurait mieux comparer cette teigne , pour l'aspect extérieur, qu’à ces cartes de géographie en relief, qui représentent un terrain montagneux, comme le sol de l'Ardèche. Un de nos malades nous a offert un exemple bien remarquable de cel te variété ; nous en avons aussi fait prendre le dessin par M. Bion.

Le favus , comme toutes les teignes, est une affection essentiellement locale. Beaucoup de teigneux sont pâles, maigres, cachectiques. Quelques-uns même portent le cachet écrouelleux ; ils sont atteints de blépharite et de kératite chroniques , d’engorgements tuberculeux des glandes cervicales ; mais à côté on en trouve qui jouissent de la meilleure constitution, de tous les attributs du tempérament sanguin.

Le favus exerce-t-il une influence sur le développement des facultés intellectuelles, morales et sensitives ? Nous ne le pensons pas. On sait que parmi les teigneux, les uns, ceux surtout chez qui la teigne existe depuis la plus tendre enfance, offrent presque tous les traits de T idiotisme, tandis que d'autres sont enclins à la malice, colères, hargneux, d’un commerce difficile et de bonne heure adonnés à tous les vices ; mais ce fait, qui est le résulta i d une observation exacte et qui a frappé tous les observa-

leurs s'explique facilement par le dégoût qu inspire la teigne , par F espèce de répulsion qu’on a généralement dans le monde pour cette hideuse affection .

B.—- De la Teigne tonsurante.

La teigne tonsurante est une affection contagieuse du système pileux, caractérisée par la décoloration des poils, F altération de leurs qualités physiques, qui les rend fragiles et susceptibles de se casser à quelques lignes de leur insertion sur la peau ; — par 1 état chagriné, bleuâtre, hérissé des follicules pileux et aussi par des squammes blanches, minces, pulvérulentes, formant de petites gaines à la base des poils.

La teigne tonsurante est primitive ou consécutive à de 1 herpès circiné. Elle attaque un point ou plusieurs points à la fois du cuir chevelu ; assez ordinairement elle débute par la région occipitale , mais elle peut indistinctement commencer par toutes les régions de la tète .

Quand la teigne tonsurante est consécutive à de T herpès circiné, c’est le centré des anneaux herpétiques qu’elle envahit tout d’abord, à L’instar du favus. On la reconnaît souvent à son origine par L altération de couleur que présente un petit bouquet, une petite touffe de cheveux qui deviennent plus pâles, rougeâtres, moins foncés en couleur que les cheveux circonvoisins. En examinant la peau, sur laquelle cette touffe de cheveux est implantée, on la trouve légèrement soulevée , couverte de squammes ou d’écailles épidermiques. Le mal fait des progrès rapides ; l'altération gagne les cheveux environnants, et bientôt sur une surface d’un à deux centimètres de diamètre, on voit je tégument bleuâtre, ardoisé, tuméfié, soulevéd’une demi-

ligue au dessus du niveau de la peau saine ; les follicules pileux sont comme hypertrophiés, hérissés, ce qui donne à la surface de la plaque un aspect chagriné. — La plupart des cheveux qui naissent de cette plaque sont cassés, brisés irrégulièrement à quelques lignes du cuir chevelu. La et là, cependant, on en voit sur la plaque quelques-uns entiers. — La partie malade est en outre recouverte d’éc ailles et de squammes blanches, comparables à des parcelles de fécule, à de l’amiante ou mieux encore au duvet blanchâtre qui recouvre la coque de l'amande avant sa maturité. Ces petits flocons blancs, d’un aspect velouté, se trouvent entre les cheveux cassés et leur forment des gaines. L'altération se propage rapidement ; les plaques s'élargissent de jour en jour, finissent par se rencontrer et forment alors de larges surfaces, plus ou moins dégarnies de cheveux, irrégulières, terminées quelquefois par la réunion d’arcs de cercle qui rappellent la forme annulaire du début. Si l’on veut arracher avec les pinces les cheveux rompus qui recouvrent la plaque, on les brise de nouveau un peu plus près de leur insertion, mais avec une facilité telle que l'on croirait au premier abord avoir seulement pris un cheveu dont la capsule aurait été antérieurement détachée. Cette teigne est beaucoup moins souvent que le fa vus suivie d’une alopécie permanente.

Nous avons dernièrement observé un fait qui prouve que la teigne tondante n'attaque pas exclusivement l’espèce humaine, qu'elle peut aussi se déclarer sur les animaux.

Un gendarme s’est présenté à la consultation de l’hôpital Saint Louis, avec des plaques herpétiques sur la face palmaire de l’avant-bras droit ; sur l’une de ces plaques,

les poils étaient tombés. Ce gendarme nous apprit que cinq ou six de ses camarades étaient comme lui atteints de la même affection, ce qu'il attribuait à cette circonstance que, dans une écurie de leur caserne, il y avait des chevaux dartreux, et que par suite des soins qu’ils étaient obligés de leur donner, la main et bavant bras se trouvaient en contact immédiat avec les parties malades, d'où la transmission de la maladie du cheval à l'homme.

Curieux de connaître cette éruption contagieuse, nous nous rendîmes à la. caserne, et nous y . vîmes trois chevaux malades qui portaient sur le garrot, les épaules, le dos et le ventre, des plaques arrondies absolument semblables à celles de l’herpès tonsurant. Les poils, au centre de la plaque , étaient cassés à 6 ou 8 millimètres de la peau ; il y avait, en outre, comme dans l’herpès tonsurant, une production blanchâtre squammeuse et même eroûteuse, traversée par les poils. C'est un cheval venu de la Normandie, qui avait répandu la contagion dans l'écurie et comm unique' le mal à huit autres chevaux.

M. Deffis et moi, nous nous sommes empressés d examiner au microscope des parcelles [blanchâtres extraites de cette croûte : nous y avons reconnu les traces non équivoques d’une végétation cryptogamique , mais bien différente de celle qui caractérise la teigne tondante dans 1 espèce humaine. Les spores et les tubes étaient infiniment plus petits. Le même jour aussi, nous avions à étudier un champignon parasite qui enveloppait, de toutes parts, une araignée et formait à sa surface un duvet filamenteux, d’aspect velouté, aussi blanc, aussi éclatant que la neige. Les sporules, renfermées dans des tubes, appliquées sur leurs extrémités ou accolées sur leurs bords.

1 1 avaient que de ümm, 0002 à 0mm, 0005 de diamètre. Si nous n’avions été certains de voir ces éléments à travers un grossissement de 7 à 800 diamètres, nous aurions j-uré que nous avions sous les yeux des sporules faviques. Eh bien, les spores de la production végétale extraite du cheval malade n’étaient guère plus grosses que celles de ce dernier champignon.

Le gendarme qui nous avait conduits auprès des chevaux malades, nous fit voir aussi sa jeune fille, âgée de 8 5 10 ans : elle portait sur l’un des côtés du nez une plaque herpétique.

Page 1