C.— De la Teigne rnentagre
La teigne rnentagre est une affection du système pileux, ayant ordinairement pour siège les lèvres, le menton, les régions sus et sous-maxillaires, les parties latérales de la face, mais pouvant aussi attaquer le cuir chevelu ; caractérisée par un état inflammatoire des bulbes pileux dû à la présence d’un cryptogame parasite.
La teigne rnentagre est primitive ou consécutive à la rnentagre simple, à l’eczéma ou l’impétigo des lèvres et des ouvertures nasales.
Nul doute que dans la rnentagre dermo-phytique, il n’y ait, au début altération primitive dans les qualités physiques des poils. Si cette altération n’a frappé les observateurs qu’à une époque avancée de la rnentagre, c est que leur attention n’était point appelée sur ces phénomènes particuliers de l’origine de la maladie.
Quoiqu’il en soit, F éruption mentagreuse à son début est discrète ou confïuenle. L e plus souvent quelques pus-
taies isolées se montrent ça et là dans les moustaches ou la barbe ; elles se crèvent, le pus s'en échappe et, pour quelque temps, le mal paraît guéri; il n’en est rien. L’éruption pustuleuse se rapproche et finit par se montrer en groupes, quoiqu’ attaquant isolément chaque poil.
La poussée éruptive cle la mentagre est précédée de cuisson et même de douleur et de tension dans la partie affectée. La peau rougit et se tuméfie, puis les pustules apparaissent à l’insertion des poils ; elles sont petites, ac aminées, blanchâtres ou légèrementjaunâtres. Au bout de quelques jours plusieurs pustules se crèvent; quelquesunes peuvent être déchirées par les ongles. Sur d'autres, le pus ne s’échappe pas à l’extérieur ; il se concrète et se dessèche dans F intérieur de la pustule elle-même. De petites croûtes jaunâtres, le plus souvent isolées, couvrent alors les saillies folliculaires. D'autres fois, il se forme une -croûte unique, très adhérente, qui, avec le temps, devient
brunâtre ou noirâtre.
Parfois il arrive que l'état inflammatoire du follicule ne s’élève pas jusqu’à la suppuration. La mentagre est alors caractérisée par de petites saillies indurées, rougeâtres ou brunâtres à la base des poils, plutôt papuleuses que pustuleuses et recouvertes de légères squammes épidermiques.
L’inflammation se propage aux diverses couches de la peau et gagne les aréoles adipeuses du derme. C’est alors qu’on voit survenir la tuméfaction des parties atteintes et les saillies arrondies, variables du volume d’un gros pois à celui d’une cerise , désignées sous le nom de tubercules. Ces lésions s’observent surtout sur les lèvres et au menton .
Bornée d’abord à un point de la lèvre supérieure, la
mentagre peut se propager rapidement à toute l’ étendue de cette lèvre. D’autres fois, elle reste bornée et circonscrite à la gouttière sous-nasale.
Sous l'influence des émollients et des résolutifs, F irritation mentagreu.se diminue, tombe, l’éruption disparaît pour un temps, mais bientôt elle revient et plus vive et plus étendue.
Quand la mentagre dure depuis longtemps, quand elle est passée à l’état chronique, il s’y joint un état fongueux des follicules qui saignent à la moindre pression, une suppuration sanieusè, une altération profonde des poils qui deviennent jaunes, cendrés, blanchâtres, sont atrophiés et tombent d’eux-mêmes. Les parties malades exhalent une odeur fétide qu’un malade, dit Alibert, comparait à celle des marécages. (1) Cet état petit se prolonger pendant des mois et des années avec des alternatives d’ amélioration et d'aggravation.
La mentagre, comme toutes les teignes, peut 'être suivie d’une alopécie permanente.
D. — De la Teigne ac lira mate use.
La teigne achromateuse est caractérisée par une décoloration des poils, accompagnée de la décoloration des parties sur lesquelles ils sont implantés.
La teigne achromateuse est primitive ou consécutive au vitiligo simple. Nous donnons, en ce moment, des soins à une dame atteinte d'un vitiligo à peu près général. Les
(1) Monographie des Dermatoses , édition, page 390.
polis, sur les parties décolorées, ne participent pas à la décoloration cutanée; leurs bulbes ne sont point ébranlés et en les examinant au microscope on n’y trouve aucun vestige de champignon.
Le vililigo dermo-phy tique peut se montrer sur toutes les parties du corps, mais on l’observe le plus souvent au cuir chevelu, à la face et aux régions sous-maxillaires.
Sur un ou plusieurs points du cuir chevelu ou de la barbe on voit les poils, dans l’étendue de quelques millimètres, se décolorer, jaunir et blanchir. Si on cherche à les extraire, ils se détachent avec facilité; bientôt, ils tombent d’eux-mêmes. Les places dégarnies s’offrent alors sous la forme de surfaces très irrégulières, assez souvent
ovalaires, d un à deux centimètres d'étendue, blanches,
comme laiteuses, sans squames et sans prurit ou seulement accompagnées d’insignifiantes démangeaisons. Le mal peut rester stationnaire ou faire de rapides progrès. — Les taches se multiplient, s’agrandissent et se réunis¬
sent comme dans la teigne tondante.
£ — - De la Teigne décalvantc.
La teigne décal vante est caractérisée par une altération spéciale des poils avec alopécie rapide, sans squames, sans croûtes, sans décoloration des parties malades. Ce dernier caractère la distingue de la variété précédente dans laquelle il y a destruction du pigment cutané.
La teigne décal van te débute en général par le cuir chevelu ; elle peut ensuite gagner les sourcils, les cils, les
favoris, les moustaches et successivement les poils des diverses parties du corps, Nous avons, en ce moment, dans notre service, un exemple fort remarquable de cette curieuse alopécie.
Les poils au moment de leur chute ont le plus souvent déjà perdu de leur coloration. L'alopécie commence par un point ou par plusieurs points à la fois. Les surfaces dégarnies de cheveux, petites d’abord, s'agrandissent rapidement de jour en jour; elles sont découpées, anfracteuses, bien plus irrégulières dans cette forme que dans la teigne achromateuse. La peau sur les parties malades n’est point frappée d'une décoloration générale comme dans le vitiligo. Cette décoloration est toujours partielle et moins prononcée que dans la teigne précédente et même, sur certains points des surfaces dégarnies, on trouve la peau saine et sans aucun changement de couleur. Lorsqu'on examine les parties à la loupe, on n’aperçoit sur les oritices béants des follicules piîifères aucun vestige de poil. — 11 n’y a ni tuméfaction, ni rougeur, ni squammes. Le malade éprouve parfois d’assez vives démangeaisons.
PATFfOOÉNIE.
La Pathogénie embrasse les trois questions de siège, de nature et de classification.
Dire quel est le siège des teignes, c’est dire la région atteinte, l’organe affecté et le tissu primitivement malade.
a — Dans quelles régions du corps observe-t-on la teigne ? Au premier abord c’est là une question fort simple et sur laquelle il semble qu’il ne puisse y avoir de dissidence parmi les auteurs. Il n’en est rien, cependant : ainsi, tandis que M Lebert (1) dit avoir observé des croûtes laveuses sur le gland, M. Cazenaveet la plupart des dermatographes assurent n’avoir vu de favus que là où il y a des poils. Notre observation particulière nous a depuis longtemps rattaché à cette dernière opinion.
Nous avons toujours, avec de la patience et en nous aidant de la loupe, distingué le poil qui traverse le godet au moment de son apparition.
b . — Quel est l'organe affecté dans les teignes? Est-ce la peau, le follicule sébacé ou le follicule pileux?
(t) Physiologie pathologique , tome II, page 477,
Nous entendons ici par peau la réunion des deux cou ches, le derme et rëpiderme.
La plupart des auteurs anciens et quelques auteurs modernes parmi lesquels il faut compter Joseph Frank, placent dans la peau elle-même F origine de la teigne et croient que les follicules ne participent point à la maladie. C'est aussi F opinion des micrographes , MM. Lebert et Charles Robin.
Duncan , Luxmore , Lenderwood , Baudelocque et M. Rayer, regardent le follicule pileux comme le siège primitif du favus, D'après Sauvages et Murray, ce serait au contraire le follicule sébacé. Mahon, dans ses Recherches sur le siège et la nature clés teignes, a repris et développé F opinion de Murray. Enfin, MM. Letenneur etCazenave, tout en plaçant la source de la sécrétion faveuse dans les follicules sébacés, annexes des poils, considèrent l'extrémité du conduit pilifère comme le point sur lequel vient primitivement se déposer et se concréter le produit de la sécrétion morbide.
c. — Quel est le tissu primitivement malade? Ce serait le tissu adipeux, si I on en croit F. Bayle (1), le réseau vasculaire, d’après Crespellani, le pigment pour d’autres, la membrane interne du follicule pileux pour Baudelocque et M. Rayer, le système glandulaire pour les partisans d’une sécrétion morbide.
Sur la question de nature les opinions ne sont pas moins partagées.
Les anciens ne voyaient dans la teigne qu’une épurait) Joseph Frank. Traité üe pathologie médicale, tome TT, page
lion du corps, avec mie viciation-, une à croie pins on moins grande de la matière morbifique ; leurs théories humorales ne leur permettaient pas d’y voir autre chose. Les modernes, s’arrêtant à l’appréciation des phénomènes organiques, sans remonter plus haut, ont attribué la teigne :
1° A une inflammation simple ;
T À une inflammation spécifique ;
T A une lésion spéciale de sécrétion ;
Quel est l’élément anatomique inflammatoire de la t eigne à son début? — C’est une pustule, a dit Bateman ,• ce que Biett et beaucoup d’autres ont répété après lui.- — Malion est venu élever des doutes sur le caractère pustu leux de la teigne. La matière laveuse n’est jamais liquide ; ce n’est pas du pus, c/est une matière spéciale toujours concrète. Baudelocque admet aussi que la matière laveuse n’est pas du pus; mais, contrairement à l’opinion de Alahon, il la croit liquide au début. Enfin, M. Gazon ave professe encore aujourd’hui cette opinion, que le produit favique est liquide à l’époque de sa formation ; dans les vingt-quatre heures qui sui ven t , il se concrète et présente les caractères qui lui sont propres. C’est à tort, dit-il, que M. Letenneur (1) considère cette matière comme du pus ; on n’y doit voir qu‘un produit altéré de sécrétion folliculaire.
doutes ces théories, anciennes et nouvelles, sur l'origine de la teigne, font une part immense à la spontanéité morbide, à la cause interne. Il n’en est plus de même de la théorie allemande sur la nature végétale des teignes,
(I) Traite ries maladies duevir cherclv , page Si
théorie qui compte aujourd’hui un grand nombre de partisans parmi lesquels on doit citer Remack/des docteurs Gruby, Lebert et Charles Robin.
Persuadé que le perfectionnement du traitement des teignes dépendait de la solution de cette question : Quel est le siège précis , quelle est la véritable nature des teignes? j'ai voulu aussi faire quelques recherches sur cet intéressant sujet. Or, voici quel a été le résultat de mes expérimentations :
Si l’on prend une petite parcelle de matière faveuse, qu’on la délaye dans une goutte d’eau ou d’acide acétique et qu’entre deux plaques de verre on l’examine, au microscope, sous un grossissement de 2 à 300 diamètres, il est facile de voir qu’elle se compose en totalité de sporules (PL 2 ,fig. 3, A), (de tubes vides (wîyce/ww), PL 2 ,fig. 4,C.), de tubes chargés de sporules, simples ou complexes (sportdies) (PL 3, fig . 1, F.). Les sporules ont un volume et une forme variables : les unes sont extrêmement petites, à peine peut-on les distinguer des granulations noires , les autres ont jusqu’à 0mm, 007 à 0mm, 008 de longueur. Les plus grosses paraissent en général avoir une double enveloppe. A un grossissement de 7 à 800 diamètres, on distingue non-seulement la double enveloppe, mais on voit que le centre est composé de granules. — • Elles sont ordinairement ovoïdes, quelquefois triangulaires ou étranglées vers le milieu, réunies bout à bout en chapelet. Grosses, ovoïdes et agglomérées, elles ressemblaient, suivant une comparaison assez exacte de M. Deffïs, à des œufs de fourmis. — Les tubes sont flexueux, simples ou ramifiés, vides ou chargés de spores ou de granules; accolés les uns aux autres, ils forment des tiges plus ou moins larges
et quelquefois comme articulées, etc., (PL 3 fig. 1).. Dans quelques grosses sporules nous avons aperçu le mouvement rotatoire des granules dont a parlé M. Lebert (1).
Si Ton prend une parcelle de la poussière blanche qui recouvre les plaques et les poils rompus de Fherpès tonsurant (PI. %ffig> 4) et qu’on la soumette de même à l’inspection microscopique , on la trouve aussi entièrement composée de sporules et de filaments tubuleux. Les spores sont plus égales, plus régulières, plus sphériques, plus nombreuses, il y a des différences dans les divisions et ramifications des tubes ; mais enfin ce sont les mêmes éléments microscopiques.
Un imperceptible fragment de muscardine examiné de la même manière présente les mêmes éléments de composition (PL 3, fig . S). '
Le muguet est aussi composé de sporules et de tubes végétaux (PL 3, fig . 2).
Enfin, les champignons qui poussent à la surface des matières animales en décomposition (PL, 3, fig. 4) donnent le même aspect et offrent la même structure intime, sauf la différence des sporules dont les parois sont plus épaisses, plus accusées, plus noires, dont la double enveloppe s’aperçoit à un moindre grossissement, sauf la différence des tubes qui sont plus rectilignes, etc.
, D’autre part, nous avons examiné au microscope les matières grasses et sébacées , le cérumen qui offre une certaine analogie de couleur avec le fa vus, les substances épidermiques, la sérosité purulente, le pus à l’état
(!) Physiologie pathologique, tome II, page 479 et suivantes.
liquide ou desséché sous forme de croûtes : il n’y a aucune ressemblance entre ces matières et les précédentes pour la composition intime.
Les substances grasses, sébacées, cérumineuses paraissent formées de granules vésiculeux, de cristaux losangiques, de cellules épithéliales; les matières séro-purulentes et purulentes, de globules granuleux et de globules de pus ; mais tous ces éléments ne sauraient être confondus avec ceux des produits de la teigne, surtout lorsqu’on les prend en masse.
Si la matière faveuse est un produit de sécrétion, il faut convenir, comme on l’a dit, que c'est un produit étrange, sans analogue dans l’organisme.
Le microscope seul nous portait à penser que les produits de la teigne n’étaient que des mucédinées, mais nous avons voulu savoir aussi ce que nous apprendraient les réactifs chimiques et nous avons soumis comparativement, à l'action de quelques principaux réactifs, la matière faveuse, les poils et F épiderme, les matières grasses sébacée, cérumineuse et le pus desséché, puis les champignons qui poussent à la surface des matières animales et végétales en décomposition.
L’eau distillée à la température ordinaire ou bouillante, l’alcool rectifié, l’éther, le chloroforme ne dissolvent point la matière faveuse pure. Nous avons laissé, pendant quarante-huit heures, de la matière faveuse dans du chloroforme, puis nous avons ensuite examiné cette matière au microscope : les sporules et les tubes n’avaient subi aucune altération.
L’alcool, 1 éther et le chloroforme surtout dissolvent les matières grasses. La matière sébacée se dissout presque
entièrement dans le chloroforme ; au bout de quelque temps on ne trouve plus que des lamelles épithéliales minces en suspension dans le liquide : toute la substance grasse a été dissoute.
L’ammoniaque mise en contact avec le pus et les croûtes impétigineuses les dissout et prend un aspect blanchâtre, laiteux, gélatiniforme. Elle ne dissout pas le favus qu’elle blanchit seulement un peu, et reste incolore au contact de cette dernière substance.
La potasse à l’alcool attaque et dissout les croûtes impétigineuses, le pus, F épiderme, les poils, les matières grasses et sébacée. — Eile n’attaque pas le favus qu elle débarrasse seulement des substances étrangères qui peuvent se trouver mélangées avec lui, tels que le pus, les matières grasses, l’épiderme et les poils. Ce phénomène est beaucoup plus sensible quand on soumet la potasse à Faction de la chaleur.
La potasse tenant en dissolution les croûtes purulentes est blanchâtre, gélatineuse ; celle qui est mise en contact avec la matière favique pure ne change pas de couleur. Nous avons retrouvé les sporules et les tubes sur de la matière favique qui avait été chauffée dans la dissolution alcoolique de potasse et qui était restée vingt- quatre heures dans cette dissolution,
- L acide nitrique, versé sur des croûtes impétigineuses, prend au moment de l’expérience une couleur jaune fauve, qui devient au bout de quelques heures, jaune curcuma; sur de la matière favique une couleur jaune serin qui devient jaune paille. Le lendemain, on retrouve ces colorations plus tranchées, plus distinctes encore que quelques heures après l’expérience.
L'acide sulfurique attaque le favus et les croûtes d’impétigo. Il rougit au contact de ces deux substances, mais les croûtes faveuses deviennent poreuses, presque semblables à de la pierre ponce, les croûtes d’impétigo rougissent en conservantraspect gélatineux.
Lechlore liquide décolore le favus, les croûtes impé. tigineuses, les poils, etc.
Les moisissures se comportent avec l’éther et le chloroforme, la potasse , l’ammoniaque et l’acide nitrique, comme la matière faveuse.
Ainsi les réactifs chimiques suffiraient seuls à établir une différence de nature entre les croûtes purulentes, les produits de la sécrétion folliculaire et le favus. C’est surtout avec la potasse et l’ammoniaque, le chloroforme et l’acide nitrique, qu’on arrive à démontrer clairement, et d’une manière péremptoire, cette différence de composition.
Mais ce n’est pas tout encore, des considérations d’anatomie pathologique viennent corroborer la théorie du cryp togame parasite.
Si le favus était le résultat d’une sécrétion morbide folliculaire, comme le pense M. Cazenave, ne devrait-on pas trouver hypertrophiés les follicules annexes des poils? N’en est-il pas ainsi dans l’acné sebacea, dans l’acné varioliforme, dans les loupes, etc.? Tout organe qui devient le siège d’une hypersécrétion est bientôt hypertrophié. C’est là une loi physiologique et une loi pathologique ; et d’ailleurs cette hyperthrophie ne devrait elle pas d’autant mieux arriver, dans ce cas, que les extrémités des canaux folliculaires devraient être oblitérées par la matière faveuse. Or, il est tout aussi difficile de retrouver, sur le cuir chevelu du teigneux, les glandes auxiliaires des poils qu il
est difficile, sinon impossible, de constater leur existence dans l’état normal. ' 4jg
La même objection s'adresse à T opinion de Mahon sur la nature du favus. En effet, Mahon admet que le poil traverse, à sa sortie de la peau, un follicule sébacé, ce qui .est anatomiquement faux. Sur cette première hypothèse il en bâtit une seconde, c’est que le gpdet favique à son début n’est que l’hypertrophie du follicule distendu par son produit de sécrétion. L'entrée du godet ne serait, d’après cette manière de voir, que l’orifice élargi du follicule. Non seulement ceci est en opposition avec ce qui se passe communément dans les affections des follicules, où l'orifice des cryptes sébacés n’est susceptible que d’un certain degré d’élargissement, mais comment expliquer, dans cette hypothèse, la ténacité si differente du favus selon qu’il a son siège au cuir chevelu ou sur d'autres régions du corps. Mahon ne dit- il pas qu'un bain suffit pour guérir le favus du corps, et cependant les follicules sébacés existent tout aussi bien au corps que sur le cuir chevelu. Ne devraient-ils pas reproduire la maladie après l’enlèvement des croûtes aussi bien dans le premier cas que dans le second?
Si les favi dépendaient d’un état inflammatoire simple ou spécifique, on y retrouverait les éléments constitutifs de l'inflammation. Or, non seulement ces éléments n’existent, pas, mais les caractères anatomiques des favi sont bien différents de ceux des pustules. Cette distinction a déjà été très clairement établie par M. Lebert (1).
Les pustules ont une couleur blanchâtre ou légèrement
/■ (1) Lebert, Physiologie pathologique tome II,. page 478.. .
jaunâtre, une surface plane ou légèrement convexe avec une dépression presque imperceptible à la base du poil. Par une légère pression ou piqûre, on en fait sortir du pus.
Les favi ont une couleur jaune de soufre avec dépression alvéolaire très prononcée. En les piquant avec une aiguille,' on n’en retire jamais la moindre gouttelette de liquide. Lorsqu’on divise l’épiderme qui les recouvre à la circonférence et qu'on les soulève avec un stylet, on peut facilement les énucléer, les séparer de la peau sous-ja- £3nte.
La couche épidermique qui recouvre les pustules est extrêmement mince, le pus s’insinuant dans les aréoles du corps muqueux. Le fond de la pustule est constitué par le corps papillaire du derme. Dans les favi P enveloppe épidermique résiste davantage, et au dessous d’eux on trouve encore un feuillet mince, translucide d’épiderme, en telle sorte que le champignon est véritablement situé entre deux lames épidermiques.
Les pustules sont donc bien différentes des favi et n’ont jamais avec ces derniers que des rapports de contiguïté et non de continuité, Ce qui a pu induire en erreur, c’est qu’on voit quelquefois un cercle purulent autour du bouton favique. Ce cercle, il est vrai, n’est pas toujours entier ; mais enfin nous l’avons vu, dans beaucoup de cas, entourer complètement le petit godet favique: Au centre d’un anneau purulent, de couleur blanchâtre, s’aperçoit une petite croûte alvéolaire d’un jaune foncé. Souvent il existe uu sillon circulaire entre l’anneau purulent et le godet. Eh bien 1 dans ces cas, il est évident que les observateurs ont pris le champignon central pour une gouttelette
est difficile, sinon impossible, de constater leur existence
dans l'état normal. '/ m
La même objection s'adresse à l’opinion de Mahon sur la nature du favus. En effet, Mahon admet que le poil traverse, à sa sortie de la peau, un follicule sébacé, ce qui est anatomiquement faux. Sur cette première hypothèse il en bâtit une seconde, c’est que le gpdet favique à son début n’est que l'hypertrophie du follicule distendu par son produit de sécrétion. L'entrée du godet ne serait, d’après cette manière de voir, que l’orifice élargi du follicule. Non seulement ceci est en opposition avec ce qui se passe communément dans les affections des follicules, où l'orifice des cryptés sébacés n’est susceptible que d’un certain degré d’élargissement, mais comment expliquer, dans cette hypothèse, la ténacité si différente du favus selon qu’il a son siège au cuir chevelu ou sur d'autres régions du corps. Mahon ne dit-il pas qu'un bain suffit pour guérir le favus du corps, et cependant les follicules sébacés existent tout aussi bien au corps que sur le cuir chevelu. Ne devraient-ils pas reproduire la maladie après Y enlèvement des croûtes aussi bien dans le premier cas que dans le second ?
Si les favi dépendaient d’un état inflammatoire simple ou spécifique, on y retrouverait les éléments constitutifs de l'inflammation. Or, non seulement ces éléments n’existent pas, mais les caractères anatomiques des favi sont bien différents de ceux des pustules. Cette distinction a déjà été très clairement établie par M. Lebert (1).
Les pustules ont une couleur blanchâtre ou légèrement
* (1) Lebert. Physiologie. pathologique, tome II, .page 478.. .
jaunâtre, une surface plane ou légèrement convexe avec une dépression presque imperceptible à la base du poil. Par une légère pression ou piqûre, on en fait sortir du pus.
Les favi ont une couleur jaune de soufre avec dépression alvéolaire très prononcée. En les piquant avec une aiguille, on n’en retire jamais la moindre gouttelette de liquide. Lorsqu’on divise l’épiderme qui les recouvre à la circonférence et qu’on les soulève avec un stylet, on peut facilement les énucléer, les séparer de la peau sous-ja- <nnte.
La couche épidermique qui recouvre les pustules est extrêmement mince, le pus s’insinuant dans les aréoles du corps muqueux. Le fond de la pustule est constitué par le corps papillaire du derme. Dans les favi l’enveloppe épidermique résiste davantage, et au dessous d’eux on trouve encore un feuillet mince, translucide d’épiderme, en telle sorte que le champignon est véritablement situé entre deux lames épidermiques.
Les pustules sont donc bien différentes des favi et n’ont jamais avec ces derniers que des rapports de contiguité et non de continuité, Ce qui a pu induire en erreur, c’est qu’on voit quelquefois un cercle purulent autour du bouton favique. Ce cercle, il est vrai, n’est pas toujours entier ; mais enfin nous l’avons vu, dans beaucoup de cas, entourer complètement le petit godet favique. Au centre d’un anneau purulent, de couleur blanchâtre, s’aperçoit une petite croûte alvéolaire d'un jaune foncé. Souvent il existe uu sillon circulaire entre l’anneau purulent et le godet. Eh bienl dans ces cas, il est évident que les observateurs ont pris le champignon central pour une gouttelette
de pus concrète; ce qui leur paraissait d autant plus manifeste qu’à la circonférence il existait du pus à l’état liquide. Il n’en est rien cependant, jamais le champignon ne communique avec la pustule. Il est facile de vérifier tout cela, quand on étudie avec soin l’éruption simultanée de pustules et de favi , qui survient secondairement pendant le cours du traitement du porrigo scutulata.
La marche des pustules est essentiellement différente de celle des favi: celles-là se concrètent, se transforment en croûtes et ne s’accroissent plus ; ceux-ci au contraire s’accroissent indéfiniment. Ajoutons que les produits morbides de nature animale offrent dans leur mode de formation moins d’activité, moins de régularité progressive que n’en présente l'évolution du fa vus.
En définitive, le microscope, les réactifs chimiques et l’anatomie pathologique nous paraissent démontrer, d’une manière rigoureuse, la nature végétale des teignes.
Mais, s’il en est ainsi, pourquoi, me suis-je demandé, la teigne, qui est une affection essentiellement locale et due à la présence d’un champignon, ne guérirait-elle pas au contact d’un agent parasiticide comme la gale guérit au contact d’un agent insecticide? Pourquoi M. Lebert, avec les lotions de sublimé, pourquoi d’autres, avec le vert-de-gris, ne sont-ils pas arrivés à guérir le favus? Serait-ce que le sublimé ne détruit pas le végétal? — Cette supposition, je ne pouvais la faire, car j’avais guéri en quarante-huit heures un muguet confluent de la bouche et derarrière-bouche, avec une solution de sublimé, dans des proportions excessivement faibles (1 centigramme pour 250 grammes d’eau). Je soupçonnai que la véritable cause de Y imperfection des méthodes thérapeutiques et de l’inefficacité des agents
employés tenait à ce que le siège des teignes n’était pas parfaitement connu, et que par conséquent l’agent destructeur n'avait pas été mis partout en contact avec toutes les ramifications du cryptogame.
M. Letenneur, pour placer le siège du favus dans les follicules sébacés, avait invoqué cet argument négatif que les capsules des poils au-dessous des godets faviques étaient parfaitement saines. Les cheveux ne sont altérés qu’ au-dessus de la croûte et par le seul fait de la compression exercée sur la tige du poil. — - Si le cheveu tombe, c'est plus tard par l’atrophie du bulbe, résultat de cette compression. Il y a plus, c’est que quand le follicule est oblitéré extérieurement, cette oblitération n’entraîne pas fatalement la destruction des éléments nécessaires à la reproduction du cheveu , puisque l’on voit quelquefois le cheveu, sur des parties cicatricielles, ramper sous l’épiderme et ne pouvoir se faire jour au dehors, arrêté par cette membrane qui lui fait obstacle. Telle est l’opinion de M. Cazenave.
MM. Lebert et Charles Robin n’ont jamais constaté de favus dans les bulbes pileux, et par leurs travaux microscopiques ils sont venus donner à cette opinion une grande apparence de vérité. La croûte alvéolaire est un champignon sus-épidermique isolé, enveloppé de toutes parts dans sa membrane propre, et qui n’a aucune communication avec les cryptes ou les follicules des poils. M. Lebert a parfaitement indiqué l’altération de texture des poils ; il a, dit-il , plusieurs fois, rencontré sur la tige de petits corps opaques, enkystés, qu'il soupçonne n’être autre chose que des petits champignons ; mais enfin la
capsule est en dehors de toute altération.
C’est donc en vain qu’un grand nombre d’auteurs, que M. Rayer, entre autres, avaient placé le siège du favus dans les follicules pileux : des recherches les plus récentes sur ce point contesté , il résultait que le bulbe des poils ne pouvait devenir, à aucune époque de révolution favique , le dépositaire de la matière laveuse.
On comprend facilement combien ce résultat de l’observation moderne devait avoir d’influence sur la thérapeutique. Tout traitement rationnel procède, en effet, d’une théorie vraie ou fausse. Si les bulbes pileux ne sont pas altérés dans le favus, où est la nécessité de recourir à l’avulsion des poils? Aussi M. Lebert ne parle-t-il pas de l’épilation. M. Cazenave, dont l’expérience en pareille matière ne lui permettait pas de passer sous silence l’importance de l’arrachement des cheveux, s’est tiré de cette dif ficulté par une ingénieuse théorie delà sécrétion morbide. Le poil, suivant lui, est l’excitant de la sécrétion faveuse, et une fois arraché, cette sécrétion est suspendue jusqu’au moment de sa reproduction , de là la nécessité des épilations secondaires, jusqu’à ce qu’un changement radical se soit opéré dans la vitalité des follicules. Il est évident que cette hypothèse conduisait à l’arrachement plusieurs fois répété des cheveux dans la teigne faveuse, et à l’emploi de topiques propres à modifier la vitalité des follicules. M. Cazenave serait arrivé au même résultat que nous, s’il n’avait cru pouvoir se passer de l’épilation (1), en la remplaçant par de prétendus agents épilatoires ou des dissolvants chimiques, tels que les alcalins et le sulfhydrate de chaux.
(t) Abrégé pratique des maladies de la peau , page 324. Traité des maladies du cuir chevelu , page 269 et Suivantes. ' >
Dans cette incertitude du siège précis des teignes, il m’a paru nécessaire de faire de nouvelles recherches. J'ai commencé ces recherches par le fa vus et sur les trois formes précédemment décrites.
Les cheveux arrachés ont été examinés à la loupe et au microscope, avec des grossissements de 50 à 800 diamètres. Nous en avons pris à toutes les périodes de l'évolution favique, depuis le moment où le peu de résistance à l’arrachement et l’altération de couleur nous faisaient soupçonner une lésion commençante jusqu’à l'époque où nous ne trouvions plus que des débris de cheveux perdus dans l’épaisseur des croûtes. Les capsules ont été placées entre deux verres et vues à la loupe ou au microscope ; elles ont été coupées par tranches horizontales extrêmement minces et chacune des tranches a été soumise à F inspection microscopique.
Nous avons suivi de l’œil jour par jour, et pour ainsi dire, heure par heure, l’évolution du godet, en nous aidant de la loupe.
En détachant les godets faviques, nous avons eu soin de couper l’épiderme à la circonférence, de soulever la croûte légèrement avec un stylet recourbé, sans ébranler la partie centrale, et ensuite d’arracher le poil de manière à tout emporter ensemble, sans changer les rapports de la croûte et du cheveu. Cette précaution, qui n’a pas toujours été prise par les observateurs, explique pourquoi ceux-ci ont pu croire que le champignon était inséré sur la tige du poil, assez loin de la capsule. Si la croûte est entièrement énucléée avant l’arrachement du poil, elle remonte tour jours un peu en glissant sur la tige ; si elle ne l'est pas
assez, le poil extrait avec des pinces, vient seul et le champignon reste en place.
Sur deux sujets qui avaient succombé dans nos salles, Fun à une fièvre typhoïde, l’autre à une diathèse tuberculeuse, et qui tous deux étaient atteints de favus au cuir chevelu, nous avons fait des coupes verticales à la peau du crâne, de manière à comprendre sur une même tranche, entre deux coupes verticales, le godet, le bulbe et la peau sous-jacente, puis nous avons examiné cette tranche au microscope.
Or, voici ce que nous ont appris ces recherches, continuées pendant six mois avec autant de patience que de persévérance.
Le favus à son début, quelle que soit sa forme, est toujours sous-épidermique contrairement à ce qu’a avancé M. Lebert(l). Le godet favique est recouvert d’épiderme jusqu’au moment de sa déformation. Il est facile de voir cet épiderme à la loupe et même le plus souvent à l’œil nu. Au microscope, la partie la plus interne de cette enveloppe épidermique parait composée de cellules polygonales à noyaux.
La croûte alvéolaire, énucléée, détachée, a une forme variable. Le plus ordinairement sa surface externe ou profonde est arrondie, convexe, lisse ou un peu bosselée avec un pédicule court au sommet ou une espèce de mamelon. Une parcelle excessivement mince, détachée de cette face externe avec la pointe d’une lancette et soumise au microscope, est entièrement composée de mycélium et de sporules.
(I) Physiologie pathologique;, toute I! page 186.
D'autres fois le godet favique énucléé est allongé, coni • que comme le tuyau d'un petit entonnoir. C’est surtout dans la répullulation faveuse qui survient un mois et demi, six semaines après le premier arrachement des cheveux, dans le porrigo scutulata, que nous avons eu occasion d’observer cette forme de l’alvéole favique. Eh bien! dans ce cas, il peut arriver qu’à la face convexe de la croûte faveuse, on trouve la tunique capsulaire interne, qui se continue dès lors avec l’épiderme de la circonférence.
Il suit de là que pour nous le favus n’a pas d'enveloppe qui lui soit propre, et que, comme l'a très bien ditM. Cazenave, cette membrane propre ou spéciale, décrite par les micrographes, n’est autre chose que de l'épiderme.
Dans le favus en groupes les mêmes choses se passent avec cette différence que la tunique épidermique se rompt beaucoup plus tôt, et que la matière favique fuse en quelque sorte sur les cheveux et les agglutine ensemble. Le champignon, pareil au lierre, dans le favus squarreux, grimpe sur la tige des cheveux à deux ou trois centimètres du cuir chevelu.
Le favus disséminé et le favus en groupes sont idemtiques quant à leur nature ; pas le plus léger doute à cet égard. On trouve réunis sur la même tête, ici dufavus isolé avec de magnifiques godets, et plus loin du favus en groupes. Le favus en cercles produit sur le corps par contagion du favus isolé. Enfin, le favus en groupes est souvent transformé en favus disséminé par une première épilation. Ajoutons que le microscope ne laisse apercevoir aucune différence dans les productions cryptogamiques des trois formes de la teigne faveuse.
En premier point acquis pour nous dans la recherche
du siège précis du fa vus, c’est donc son développement sous épidermique ou plutôt intra-épidermique, car, ainsi que nous l’avons déjà dit, après l’extraction de la croûte, on trouve l’excavation cutanée recouverte encore d’une lamelle épithéliale fort mince . Le derme sous-jacent est quelquefois tellement déprimé, aminci, qu'on dirait au premier abord qu’il a subi une déperdition de substance : il n’en est rien. C’est tout simplement l’effet de la compression à laquelle il a été soumis par la croûte faveuse, pendant un temps plus ou moins long.
Sur les cheveux, nous avons constaté des altérations diverses : tantôt la tige seule était malade ; çà et là sur la tige on trouvait des fragments de matière faveuse. Le poil avait un aspect terne ; il avait perdu son brillant. Les deux substances corticale et médullaire étaient généralement confondues. Les fibres longitudinales paraissaient plus larges, plus grosses que dans l’état normal.
Sur d’autres cheveux l’altération capsulaire était des plus évidentes. — Non seulement on retrouvait des sporules et des tubes de mycélium sur les membranes, mais on voyait quelquefois de la matière faveuse en masse, déposée entre le prolongement radiculaire du poil et la tunique capsulaire interne.. Cette matière faveuse constituait une espèce de cône dont la pointe se perdait entre la souche du poil et la face interne de la capsule : dont la base déchirée répondait à l’extrémité supérieure de la tunique capsulaire interne et avait devant elle le canal épidermique du cheveu. En même temps la tige du poil offrait la même altération, mais plus prononcée encore que dans le cas précédent. Cette catégorie de cheveux nous a été fournie par un enfant atteint de porrigo scutulata, sur la tête
duquel une première épilation avait transformé le mal en porrigo disséminé. Quand on détachait les alvéoles faveuses, en les séparant du poil, et qu'une petite parcelle jaunâtre restait encore à l'insertion du cheveu, on voyait parfois très bien, à la loupe, la matière jaune s'insinuer sous la capsule, entre elle et la racine du cheveu.
Une 3me série de cheveux nous a présenté d’autres lésions ; la capsule était absente ou bien on en retrouvait à peine quelques lambeaux. Le bulbe du poil, la souche, le prolongement radiculaire étaient parsemés de spores et de filaments tubuleux (PI. %,fig. I). Quelquefois nous retrouvions encore des globules pigmentaires ouïes grains d’orge, à l’origine des fibres longitudinales, et d’autres fois ces éléments anatomiques avaient complètement disparu. Les spores et les tubes se retrouvaient aussi au milieu de la tige elle- même.
Enfin une quatrième série de cheveux a montré l’altération portée à son maximum d'intensité. Le poil alors semblait atrophié, décoloré. La capsule, le bouton et une partie de la souche manquaient ; les fibres longitudinales de la tige étaient écartées et en quelque sorte transformées en tubes ; les intervalles laissaient voir des sporules bien distinctes. Sur les bords latéraux on apercevait des filaments tubuleux qui semblaient sortir de l’épaisseur du cheveu. Dans cet état les cheveux, provenant de parties atteintes de fa vus , avaient la plus grande ressemblance avec ceux de l’herpès tonsurant.
Il nous paraît résulter de ces recherches sur l’état des cheveux dans le fa vus, que:
1° L’altération des poils n'est pas le fait de la compression exercée sur la tige par l'incrustation favorise au
dessus du bulbe, puisque les parties constituantes du bulbe lui-même sont altérées et que d’ailleurs la lésion des cheveux n’est pas une simple atrophie, mais une perversion, une altération profonde de leur texture intime ;
2° Que les follicules pileux ne sont pas étrangers à la maladie, puisque Ton retrouve, dans leur intérieur et dans l’épaisseur des organes que renferment les cavités folliculaires, le même produit morbide que l’on voit à l’extérieur;
3° Que la partie du cheveu où l’on trouve le plus constamment de la matière faveuse est sa portion intra-épidermique, entre l’extrémité supérieure de la tunique capsulaire interne et la gaine épidermique du poil;
4° Qu’à une époque avancée de l’évolution favique le bulbe du cheveu disparaît, non pas à cause de l’atrophie de la papille pilifère, comme on l’a dit , mais miné en quelque sorte par les progrès incessants du champignon, qui absorbe et détruit successivement membranes capsulaires, bouton, souche et tige, remplit les cavités folliculaires, transforme en sa substance les globules pigmentaires au fur et à mesure qu’ils sont sécrétés, jusqu’à ce que les canaux excréteurs de la papille soient complètement oblitérés ;
5° Qu’ enfin l’altération des cheveux, sur des parties où des croûtes fa veuses ne se sont pas encore montrées, prouve qu’avant de se manifester à l’extérieur le champignon a pu déjà pousser des racines à l’intérieur du bulbe.
Maintenant, comment expliquerons-nous les diverses formes de l’évolution favique extérieure?
Baudelocque pensait que la matière faveuse. sécrétée à la face interne du bulbe, se déposait sur le cheveu, s’y concrétait, formait un bouchon qui oblitérait le follicule»
et que par suite de la continuité de la sécrétion faveuse , le produit de cette sécrétion distendait le follicule, ne pouvant sortir par son orifice oblitéré, soulevait l’épiderme et s’insinuait dans la peau entre le corps muqueux et la couche superficielle de l’épiderme. La fixité du bouchon, la résistance de l’épiderme et le vis a ter go de la sécrétion faveuse rendaient compte de la formation du godet.
M. Rayer admet l’explication donnée par Baudelocque avec cette seule différence, dit-il, que, dans son hypothèse Baudelocque a supposé l’épiderme passant sur le follicule, et se réfléchissant sur le cheveu, tandis que lui admet, avec la plupart des anatomistes, que fépiderme s’enfonce dans le follicule et en tapisse la face interne. Le bouchon se forme comme Baudelocque l’a indiqué, puis le follicule se remplit et se distend de plus en plus jusqu’à ce que l’épiderme mince, qui en recouvre la face interne, vienne à se rompre ; à partir de ce moment, la matière favique s’épanche entre le corps muqueux et l’épiderme qu’elle soulève.
M. Cazenave suppose que la matière favique est sécrétée dans les glandes auxiliaires des poils : cette matière arrive à l’extrémité du conduit pilifère, s’y concrète et y forme un bouchon qui oblige le produit de la sécrétion nouvelle à s’insinuer entre l’épiderme et la couche profonde de la peau.
Nous avons dit que le point où l’on trouvait le plus constamment de la matière faveuse était la partie inférieure du conduit épidermique du poil, au-dessus de la terminaison de la membrane capsulaire interne. C’est très probablement en ce point que le champignon prend naissance, et c’est de là, sans doute, qu'il envoie ses irradia-
tiens dans l’intérieur du cheveu et que, d’autre part, il se développe extérieurement sous l’épiderme. Le conduit épidermique adhère fortement au poil et met obstacle à la libre sortie du champignon. C'est lui qui forme le point central, 1‘ ombilic du godet. Le champignon, s’accroissant sans cesse, se porte du côté delà peau, entre l’épiderme et le point de réunion de la membrane capsulaire moyenne avec le corps muqueux, c’est à dire entre les deux couches de l’enveloppe épidermique.
Dans le porrigo scutiforme ou le favus en groupes, le champignon se manifeste simultanément sur plusieurs capsules du même follicule. Les cupules faveuses commençantes se pressent mutuellement , se déforment , et de là, la rupture de F épiderme qui les recouvre. Ce qui prouve que les choses se passent ainsi, c’est que le porrigo scutiforme devient porrigo disséminé quand une première épilation, suivie de lotions parasiticides, n’a plus laissé, sur le cuir chevelu, que des poils follets isolés qui, au bout d'un mois, six semaines, se sont accrus en même temps que s'est développé le champignon dont ils portaient le germe à la racine.
L'indépendance des poils et le peu de profondeur des bulbes expliquent pourquoi, sur les régions du corps autres que le cuir chevelu, on n'observe que du favus disséminé.
Mes recherches, relativement au siège du favus, étant terminées, j’ai dû m'occuper des autres espèces de teignes. Mon attention devait naturellement se porter tout d’abord sur une affection contagieuse qui a été longtemps confondue avec le porrigo scutulata, bien qu’elle ne lui ressemble en rien, décrite parMahon sous le nom de teigne tondante
et à laquelle M. Cazenave, après l avoir étudiée, avec le plus grand soin, a imposé la dénomination d’herpès tonsnrant.
Mahon attribue sa teigne, tondante, comme le favus, à
une affection des follicules sébacés qui, dans dans son opinion, existeraient à la base des poils et seraient traversés par eux. C’est, dit-il, praceque les cheveux manquent de cet enduit onctueux qui doit les assouplir que, dans la teigne tondante, ils se cassent à quelques lignes des téguments. M. Cazenave n’émet aucune opinion sur la nature de l'herpès tonsurant.
C’est M. le docteur Gruby qui, le premier, a indiqué la véritable nature de cette affection, en la rapportant à un champignon dont il a donné la description. M. Charles Robin s'est évidemment trompé quand il a dit, en parlant du champignon de l’herpès tonsurant, décrit par M. Gruby : « Ce champignon , quoique se développant dans la « même maladie, diffère complètement de celui décrit par « M. Lebert (1).» M. Robin confond ici le porrigo scutulata et l’herpès tonsurant, qui sont deux affections biendiffé^ rentes.
Il est facile, extrêmement facile même, de reconnaître, au microscope, la lésion si caractéristique des cheveux dans l’herpès tonsurant. Si l’on extrait un des poils cassés à quelques lignes du cuir chevelu (PI. 11. fig. 11) et qu’on l’examine à un grossissement de 2 à 300 diamètres, il paraît comme épié aux deux extrémités. On n’y distingue plus les deux substances qui composent le cheveu
(t) Des végétaux qui croissent sur ’ homme et sur les animait f vivants, page 14.
dans l’état normal. — Les fibres longitudinales sont écartées et les intervalles remplis de sporules et de filaments tubuleux. Le cheveu ne porte ni racine, ni capsule et, aux deux extrémités, on distingue parfaitement la trace de la rupture.
Pour étudier l’altération du bulbe , il faut extraire un cheveu moins malade et prendre, par exemple, un de ceux qui forment, autour delà plaque herpétique, un cercle d’une couleur différente de celle de la chevelure : on
distingue alors le champignon sur le bouton et le prolongement radiculaire du poil.
La gaine blanchâtre et comme pulvérulente, qui forme une enveloppe au cheveu malade, vue au microscope , n’est qu’une agglomération de mycélium et de spores (PL 2, fig .4). Il en est de même de la substance floconneuse qui recouvre la plaque , mais il ne faut pas confondre cette substance avec les petites écailles épidermiques, débris des parois des vésicules herpétiques ou avec l’épiderme soulevé à la base des poils. A la simple vue, on peut souvent distinguer ces deux éléments. L’enveloppe épidermique est plus jaune et, à travers sa rupture, on aperçoit sous elle le flocon blanc qui constitue le parasite végétai.
M. Cazenave regarde la teigne tondante comme une variété contagieuse d’herpès circiné. Cette affection serait, suivant lui, toujours précédée de vésicules herpétiques et ses progrès se feraient par la manifestation successive, à la circonférence des plaques, d’anneaux herpétiques de plus en plus éloignés du centre ; l’état squammeux serait toujours secondaire et consécutif. Quant à la rupture du poil, M. Cazenave a très bien vu qu’elle se fait, en général,
avant la production des gaines blanches sur les cheveux et des parcelles farineuses qui recouvrent la plaque.
L’opinion de notre savant collègue repose sur des faits d’observation parfaitement exacts, et que nous avons pu constater nous-même : le développement simultané d’anneaux herpétiques sur le corps et de plaques de teigne tondante au cuir chevelu; chez quelques sujets, l’existence de plaques mixtes en quelque sorte : une moitié du cercle atteint le cuir chevelu et présente tous les caractères de l’herpès tonsurant, l’autre moitié siège sur la nuque, les tempes ou la région frontale , et offre les caractères de l’herpès circiné ; enfin, cette coïncidence fort remarquable d’une mère qui porte sur le col ou la poitrine des anneaux d’herpès circiné, tandis que son enfant est tout à la fois atteint d’herpès et de teigne tondante. Ces faits sont exacts, nous le répétons, mais ils ne prouvent pas que l’herpès circiné et la teigne tondante soient deux affections identiques. Que l’herpès favorise le développement de la teigne tondante et que celle-ci, même dans la majorité des cas, soit précédée d’herpès, cela peut être vrai ; mais n’ai-je pas rapporté, aussi, le fait de vingt-huit malades atteints d’herpès circiné, dont quatre virent se développer sur les plaques herpétiques des godets faviques. L’herpès circiné ne peutil pas attaquer presque simultanément un grand nombre d’individus, sans qu’aucun de ces individus soit atteint de teigne tondante ?
D’un autre côté, il est vrai de dire aussi que si dans la majorité des cas la teigne tonsurante est précédée d’herpès , il n’en est pas toujours ainsi et que, dans quelques cas, c’est bien vainement qu’on chercherait des vésicules au début de cette affection : il n’en existe
pas. Nous dirons plus, c’est qu’une teigne tondante, qui a débuté par de l’herpès, peut s’agrandir et faire chaque jour des progrès sans nouvelle éruption herpétique. Les seuls phénomènes que l’on constate alors sont l’altération des cheveux, la turgescence et la couleur ardoisée des bulbes,, la rupture des poils, et puis la production de poussière blanche à leur surface et sur la peau tuméfiée des parties nouvellement envahies.
La teigne tonsurante est donc pour nous une affection des poils, produite par un champignon qui a primitivement son siège dans l’intérieur même de ces poils. Cette teigne peut être primitive, mais le plus ordinairement elle est consécutive à une éruption d’herpès circiné.
Une autre affection des poils avait aussi été l’objet des recherches microscopiques de M. le docteur Gruby. Je veux parler de la mentagre. J’ai moi-même examiné au microscope un très grand nombre de poils affectés de mentagre , et j’ai pu constater F existence du champignon propre à cette affection. Assurément ce champignon n’est pas vivace et multiplié comme celui de la teigne tondante; on ne le retrouve pas dans tous les poils des mentagreux, mais nous l’avons vu très développé et très manifeste sur quelques-uns de nos malades, entre autres sur le n° 20 du pavillon Gabrielle, dont nous rapportons plus loin 1 observation.
Le champignon de là mentagre ne m'a pas paru avoir de manifestation extérieure ; il est tout entier renfermé dans le bulbe; répandu notamment sur la souche et F origine du poil, il forme, comme le dit M, Gruby, une gaine végétale, je dirais, moi, une sorte de treillage au poil.
C’est encore à M. Gruby que nous sommes redevables du .
champignon propre au porrigo decalvans. Que, par cette dernière expression, le célèbre micrographe ait entendu le vitiligo du cuir chevelu, ou ce que j’appelle la teigne décalvante, peu importe ; l’erreur n’a pas de conséquence en thérapeutique, puisque, dans l’une et l’autre affection, il existe également une production mucédinée qui déracine le poil et détermine l’alopécie.
Ainsi, pour nous résumer : Dans le fa vus, le champignon attaque les poils, se manifeste à l’extérieur sous forme de croûtes jaunes plus ou moins enchâssées dans l’épaisseur de la peau , se complique souvent de congestions , d’hémorrhagies, de fongosités, d’hypersécrétions épidermiques et d’inflammations suppuratives du cuir che velu.
Dans la teigne tondante, le champignon altère les poils, se manifeste extérieurement sous forme de productions blanches, lamelleuses, floconneuses ou pulvérulentes sans inflammations concomitantes.
Dans la mentagre, il altère les poils, ne paraît pas avoir de manifestation extérieure, mais se complique d’inflammations pustuleuses et au bout d’un certain temps de végétations fongueuses à la base des poils.
Enfin, dans les teignes achromateuse et décalvante, le végétal parasite se borne à produire l’altération et la chute des poils, sans avoir de manifestation extérieure et sans amener de complications inflammatoires.
Dans toutes ces affections, le champignon détermine plus ou moins vite et d’une manière plus ou moins durable l’alopécie , mais enfin, il l’amène toujours après lui.
Les divers champignons des teignes appartiennent à . l’ordre des mucédinées; ils ont tous des caractères propres
qui les distinguent et qui, sans doute, permettraient de les classer ; mais c’est là un travail difficile et qui, d’ailleurs, m’écarterait du but que je me suis proposé : je laisse ce soin à d’autres plus habiles que moi en cryptogamie ; j’ai dû me borner à constater la véritable nature des teignes et à en préciser le siège.
Il ne me reste plus qu’à dire quelques mots de la place que devraient occuper les teignes dans un cadre nosologique.
Les Willanistes, qui avaient placé le favus dans l’ordre des pustules, se sont trouvés assez embarrassés du moment où il a été démontré clairement que les favi n’étaient pas des pustules ; qu’il n’y avait jamais de pus dans ces concrétions jaunâtres. Mahon et Baudelocque avaient proposé de les appeler tubercules ; mais le favus aurait-il été mieux placé dans l’ordre des tubercules ? D’ailleurs , les tubercules ne sont jamais liquides, et MM. Cazenave et Rayer admettent encore la fluidité de la matière faveuse au moment de sa formation. Ne valait-il pas mieux s’entendre sur la signification de ce mot pustule et par là désigner, à l’avenir, tout bouton, toute élévation dermique inflammatoire ou autre dans laquelle se produirait une matière liquide dans le principe, concrescible et devant bientôt se changer en croûte. C’est là l’idée à laquelle s’est arrêté M. Cazenave qui persiste à maintenir le favus dans l’ordre des pustules.
La teigne tondante n’est qu’un herpès; sa place est dans l’ordre des vésicules; la mentagre dans les pustules ; le vitiligo dans les décolorations ou macules. La teigne décalvante, regardée comme une alopécie idiopathique, n’a pas de place dans la classification anglaise.
Ainsi, comme on le voit, nous avons pris nos teignes dans divers ordres de la classification anatomique de Willan ; mais ces affections si disparates à la première vue ont des caractères communs d’un haute importance, qui justifient leur rapprochement : — nature et siège sont identiques ; — dans toutes, un végétal parasite qui attaque le poil/en altère profondément la texture et en provoque la chute; — même étiologie, même traitement.
Dans une classification générale des maladies, les teighes doivent figurer parmi les parasites de l’ordre végétal, non loin de la gale qui aurait naturellement sa place dans les parasites de l’ordre animal.
Les teignes ne sont pas sans doute les seules productions végétales que l’on observe sur l’appareil tégumentaire. On doit rapprocher d’elles, le muguet qui est encore une mucédinée, les algues de la bouche, certaines moisissures observées à la surface des vieux ulcères, quelques formes de mélanose, etc., etc. ; mais les teignes se distinguent de toutes ces variétés cryptogamiques, en ce qu’elles ont essentiellement leur siège sur le système pileux.