DU TRAITEMENT
Thérapeutique générale des teignes.
Malgré les travaux, si recommandables d'ailleurs, des médecins anciens et modernes, disons-le de suite, quand nous avons commencé nos recherches, la thérapeutique des teignes était encore dans l’enfance. Aucune règle de traitement n’avait été posée.
Les uns croyaient comme Lorry que, pour guérir le favus, il fallait cautériser profondément le cuir chevelu. In postérieur, seu lopicâ et locali evellendœ sunt crustæ locum obsidentes, erodenda eorum principia , ut justa et profundior suppuratio , organismo cutis destructo, cieatricem loco tineœ efficiat, unde a tineà bene curatci semper sequitur calvities. (1)
Les autres perdaient leur temps à appliquer, sur le cuir chevelu, toutes sortes de topiques pendant des mois et des
(4) De morbis cutaneis , page 469,
années entières. La maladie semblait se jouer de leurs efforts! Naguère encore nous avons reçu, dans nos salles, des malades atteints de porrigo favosa qui avaient fait un séjour de dix mois, de dix-huit mois même, dans les divers services de l'hôpital Saint-Louis, sans que, chez eux, la teigne ait rien perdu de sa beauté primitive.
Une seule méthode était en possession de guérir le favus, sinon toujours , du moins dans la plupart des cas, la méthode épilatoire des frères Mahon ; mais cette méthode, avec les poudres et les pommades dont les auteurs ont gardé le secret, ne guérit le mal, le plus ordinairement, quand il est invétéré, qu' après quinze ou dix-huit mois de traitement. Elle ne le guérit pas toujours. Nous avons vu un grand nombre de porrigo scutiformes récidiver après avoir été soumis, pendant des années entières, au traitement des frères Mahon.
Les mentagres, dans beaucoup de cas , n'étaient pas attaquées avec plus de succès. Combien n’a-t-on pas vu de mentagreux faire un séjour de dix mois et plus à l'hôpital Saint-Louis; heureux encore , quand six semaines, deux mois après leur sortie de l’hôpital, ils ne se voyaient pas repris de l’affection pour laquelle ils y étaient entrés. (1)
Bien que la teigne tondante n’entraîne presque jamais après elle une alopécie permanente, comme le favus, sa facile propagation par contagion dans les écoles et les pensionnats, et sa ténacité, souvent fort grande, avaient appelé sur elle toute l’ attention des hommes à qui nous de
(1) La durée la plus courte du sycosis est d’un à deux mois; il peut persister pendant de longues années malgré les traitements les plus rationnels. — Rayer. Traité théorique et pratique clés maladies de la peau1 tome I, page 656.
rons de connaître cette intéressante affection. Le traitement des frères Mahon, dirigé contre elle, a réussi ; mais il n’en abrège pas la durée plus que les moyens qui ont été indiqués par M. Cazenave.
Enfin, contre les teignes achromateuse et décalvante, on ne pouvait proposer que des moyens incertains, dans l’ignorance où l’on était du principe de ces affections.
Me fondant sur la nature et le siège des teignes, j’ai dirigé contr'elles un traitement rationnel, parasiticide, exclusivement local, me bornant à fortifier la constitution quand elle était appauvrie.
Ce traitement local a pour but de mettre le champignon partout en contact avec l’agent destiné à éteindre le principe de vie dans la production végétale. Or, il est évident qu’une condition nécessaire, pour atteindre ce but, c’est d’abord d’épiler. Sans épilation, iln’yapas de guérison certaine ; quand on a détruit ou enlevé la partie libre, extérieure du champignon, il reste encore la partie intr a-pileuse et intr a- cutanée , qui reproduira infailliblement le mal, si on ne parvient à l’extraire.
L’épilation est d’autant plus nécessaire, que le champignon attaque des poils plus enchâssés dans la profondeur de la peau et plus multipliés dans le même bulbe. Si les poils sont petits, isolés, s’ils sont déracinés et emportés avec les croûtes, comme cela a généralement lieu sur le corps, on conçoit que la teigne puisse guérir sans épilation. — Si la chevelure est épaisse, si les poils sont serrés, s’il y a beaucoup de poils follets, une seule épilation ne suffira pas, il en faudra plusieurs.
L’épilation n’avait été conseillée que pour un seul genre de teignes, le favus ; il n’en était nullement question pour
la mentagre et encore, c’est comme méthode thérapeutique, que l’épilation était employée dans les teignes faveuses, et non comme moyen d’arriver à l’application régulière, méthodique, efficace des agents parasiticides.
Parmi les nombreux agents parasiticides que nous pouvions mettre en usage, nous avons choisi de préférence le sublimé et l’acétate de cuivre, à la dose de 3 à 5 grammes pour 500 grammes de véhicule. Ces agents pouvaient être employés à l’état liquide, en dissolution dans l’eau ou sous forme d'onguents ou de pommades, incorporés à des corps gras. Le liquide nous paraît préférable ; il s’insinue mieux que la pommade dans les cavités béantes folliculaires, après l’avulsion des poils. Nous recommandons d’interrompre l’épilation dès qu’une surface d’un centimètre est dégarnie, de laver la peau avec un peu d’eau de savon tiède qui dissout les corps gras, puis de faire immédiatement la lotion parasiticide, ou mieux l'imbibition avec un linge , une éponge fine ou une petite brosse douce.
Nous allons passer successivement en revue le traitement de chaque teigne en particulier ; mais hâtons-nous de dire tout d’abord que nulle autre affection n’exige, pour sa cure, plus d’exactitude, plus de soin dans l’application des règles thérapeutiques, plus de patience de la part de l’opérateur, plus de surveillance incessante que la teigne .
Le traitement de la mentagre est de la plus grande simplicité; il peut être confié à tout le monde, au malade luimême ; aussi, je pense qu’à l’avenir on ne verra plus guère de mentagres dans nos hôpitaux. Cela tient à ce que la mentagre est ordinairement limitée à la face, et que les
poils affectés sont isolés, indépendants, que le champignon s’enlève assez souvent en totalité avec le bulbe du poil ; aussi, le traitement devient-il un peu plus compliqué quand la mentagre a gagné le cuir chevelu. Dans les teignes faveuse et tondante, c’est tout le contraire : la maladie attaque de préférence le cuir chevelu et là, pour les raisons que nous avons données , elle est très tenace. Quand, par exception, elles se montrent sur le corps, le traitement est des plus simples, plus simple peut-être encore que celui de la mentagre.
À. — * Du F amis.
La teigne faveuse est une maladie contagieuse ; elle altère le système pileux, détruit la chevelure ; de plus, c’est une maladie dégoûtante qui répugne tellement, que celui qui en est atteint n’ose paraître dans la société et ne trouve, nulle part, une occupation : il est donc de la plus haute importance de la guérir. Si, pendant le règne des théories humorales, quelques médecins ont avancé qu’il était dangereux de guérir la teigne, nous croyons qu’aujourd’hui il serait difficile de trouver un praticien qui osât prendre sur lui la responsabilité d’une pareille opinion ; il ne peut y avoir aucune contre indication à la cure radicale de la teigne. La complication d’une fièvre continue ou de toute autre maladie aiguë ne serait qu’un motif d’ajournement. (1)
La vraie teigne a été, dans tous les temps, regardée
(1) Ambroise Paré voulait qifon respectât la teigne, c’était un
par les praticiens expérimentés comme une maladie d’une curation longue et difficile, d’où le proverbe si connu : Cela tient comme teigne ; et, cependant, il s’est trouvé dans tous les temps, comme il s’en trouve encore de nos jours, des personnes et même des médecins qui ont eu la folie de croire que, pour guérir cette affection, il suffisait des soins de propreté. Cela ne se réfute pas, mais cela demande une explication ; or, cette explication, la voici : c’est que la teigne a une cure palliative et une cure radicale. Dans le premier cas, la guérison n’est qu’apparente; elle dure un mois, six semaines, et souvent la tête paraît si nette, si bien débarassée de ses croûtes, le cuir chevelu a tellement perdu toute sa rougeur morbide, qu’on dirait le sujet définitivement guéri. Il n’en est rien , cependant , la récidive ne se fait pas longtemps attendre ; mais, dans l’intervalle , les malades ont été renvoyés de f hôpital comme guéris ; ils se gardent bien en général de rentrer dans les mêmes services, et le médecin croit à une guérison solide et durable qui n'existe pas. L’erreur persiste dans son esprit jusqu’à ce qu’il ait été désillusionné par le retour de quelques-uns des teigneux qu’il avait crus guéris. C’est ainsi qu’au début de notre carrière médicale nous avions cru à la guérison facile du favus par les lotions émollientes et i’ap-
émonctoire dont se servait la nature pour prévenir des maladies plus sérieuses.
Lorsque le favus atteint des enfants faibles et valétudinaires dont la santé s’est améliorée depuis son apparition, il faut, dans ces cas rares, ajourner indéfiniment le traitement de cette maladie. — Rayer. Traité des maladies de la peau , tome I, page 711.
plication sur le cuir chevelu, pendant un certain temps-, de pommades plus ou moins actives.
Une autre raison a pu encore, comme le dit Mahon (1) , contribuer à propager cette erreur, c’est la facilité avec laquelle on vient à bout du favus, quand il siège ailleurs qu’au cuir chevelu. Le plus souvent , en effet, il suffit d’un bain ou de cataplasmes émollients pour en amener la guérison, et il me paraît bien inutile, comme le recommande entre autres M. Rayer, de cautériser les surfaces malades après la chute des croûtes. Si le favus avait à se reproduire, ce n’est pas assurément cette cautérisation qui l’en empêcherait, à moins qu’elle ne s’étendît à toute la profondeur des bulbes pileux, et alors il vaudrait infiniment mieux appliquer à ce favus du corps le traitement qui convient à celui du cuir chevelu.
On a dit aussi que la teigne faveuse pouvait guérir spontanément par les seuls efforts de la nature, ou à la suite d’une maladie grave. Nous n’avons jamais observé de pareilles guérisons ; il y a plus, c’est que nous avons vu, dans un cas, sur un sujet atteint de fièvre typhoïde, les croûtes faveuses se flétrir et s’affaisser seulement, pendant le cours de la maladie, pour repulluler avec une énergie nouvelle pendant la convalescence. Un de nos teigneux a été atteint d’une variole assez confluente, et cette fièvre éruptive n’a nullement enrayé la marche du favus. Mais même, en admettant comme vrais les faits rapportés par les auteurs, ces faits, toujours rares, ne sauraient infirmer la règle que nous donnons d’entre-
(1) Recherches sur le siège et la nature des Teignes , par Mahon jeune, page 17 de l'introduction.
prendre en toute circonstance, la cure radicale de la teigne.
On a déployé contre la teigne, en topiques et en moyens internes, toutes les ressources de la thérapeutique. Les spécifiques ont été d’autant plus multipliés qu’ils échouaient davantage.
Le charbon, le vert-de-gris, l’oxyde de manganèse, fiodurede soufre, le sulfure de chaux, etc., tour à tour mis en usage et employés comme topiques, n’ont pas eu plus de succès. On a bien cité quelques cas rares de guérison, mais cette guérison a-t-elle été bien constatée? a-t-on attendu le temps nécessaire pour être certain qu'il n’y avait plus de récidive à craindre?
Les moyens internes, purgatifs et spécifiques sont aujourd’hui généralement abandonnés. On se borne à prescrire le régime plus ou moins fortifiant que commande la constitution du malade.
Les méthodes épilatoires, seules, comptent des succès réels dans le traitement de la teigne. C’est là un fait avoué aujourd'hui par la plupart des médecins, et un fait qui ne doit pas surprendre, si l’on se reporte à ce que nous avons dit de la nature de cette affection.
Le traitement par la calotte est la méthode épilatoire la plus ancienne : il consistait à arracher les cheveux au moyen d’emplâtres agglutinatifs. C’était là un traitement barbare et qui ajustement mérité le discrédit dans lequel il est tombé ; il ne guérissait d’ailleurs qu’un très petit nombre de teigneux,
L’épilation parles pinces, préconisée par Samuel Plumbe, n’a pas obtenu plus de faveur, au moins auprès des médecins français. Cette méthode d’avulsion des cheveux
nous paraît avoir été beaucoup trop amèrement critiquée (1). Ce qui fait que la calotte est un moyen cruel par l’espèce de torture qu’il inflige au malade, c’est que l’arrachement des cheveux se fait en masse et dans des directions souvent très opposées à celles des capsules. Il n’en est plus de même dans F arrachement à l’aide des pinces , que l’on dirige comme on veut dans le sens des cheveux. On a reproché à ce mode d'avulsion le temps qu’il entraîne pour son exécution et la fatigue des sujets qui s’y soumettent. Assurément, avec la calotte , on va plus vite en besogne, mais aussi on casse plus de cheveux qu’on n’en arrache, et d’ailleurs il faut savoir au juste ce que vaut ce reproche de lenteur adressé à l’épilation par les pinces.
Quelle que soit l’étendue des surfaces malades , il est facile de les dégarnir, en totalité, des cheveux qui les recouvrent, dans un espace de temps qui varie de quelques minutes à six heures; il suffit donc pour les têtes les plus malades de trois séances de deux heures chacune , ce qui peut se faire parfaitement, sans fatigue pour le sujet, en trois jours consécutifs. Les auteurs, qui ont cherché à frapper de réprobation ce mode d’avulsion des cheveux n’y ont jamais eu recours.
Mais une autre raison a contribué, plus que toutes ces
(1) Que signifie la torture de l’épilation pratiquée encore dans quelques lieux de l’Italie et de l’Angleterre ? Ce genre de médication est tout aussi barbare que celui de la calotte. Arracher les cheveux un à un, avec des pinces, et sur une surface plus ou moins étendue, ensanglanter la tete à chaque instant, par la plus douloureuse des mutilations, est un acte odieux qui rappelle le supplice de ces anciens martyrs de la foi qu’on faisait mourir à petit feu, etc. (Alibert, Monographie des dermatoses , 2e édition, page 320.)
critiques, à faire rejeter l’épilation par les pinces : c’a été la publicité donnée à la manière d’agir des frères Mahon.
La méthode des frères Mahon consiste à pratiquer F épilation au moyen du peigne et des doigts. Le cuir chevelu a été, au préalable, et pendant un temps plus ou moins long, frictionné avec certaines pommades dont les auteurs seuls ou les héritiers de leur secret connaissent la composition. On sème sur les cheveux la poudre n° 1 ou n° 2, puis on presse cette poudre sur le cuir chevelu, on la fait pénétrer dans les follicules en frottant avec la pulpe du pouce : on arrache ensuite les cheveux avec les doigts comme s’il s’agissait de plumer un volatil.
On a pensé qu ici l'instrument d’avulsion était de peu d’importance et n’agissait, en quelque sorte, que pour déplacer et emporter les cheveux, déracinés par l’effet des poudres et pommades épilatoires. C’est là une très grande erreur, et c’est ici le lieu de dire tout ce que nous pensons des remèdes épilatoires.
Dans le travail de l’épilation, il nous semble qu’on n’a pas fait assez la part de la maladie et celle des agents épilatoires.
Le meilleur épilatoire, sans contredit, c’est la maladie. Nous avons bien souvent épilé des parties atteintes de favus, surlesquelles nous avions recommandé de n’appliquer aucune espèce de pommade, et d’autres régions malades au même degré, que, pendant quelques jours, et même pendant un temps fort long, nous avions frictionnées avec des pommades et des poudres épilatoires, et même avec celles des frères Mahon, sans trouver de différence appréciable dans l’arrachement des cheveux.
Les épilatoires agissent bien plus par l'irritation qu’ils
provoquent dans les bulbes pileux, que par leurs propriétés dissolvantes (1), et les poudres épilatoires n’agissent, en général, que mécaniquement sur les bulbes des poils et non chimiquement. Aussi est-il nécessaire que ces poudres aient un certain degré de rudesse, comme celles des frères Mahon; ce que l'on peut facilement obtenir en mêlant, à ces poudres, une certaine quantité de charbon pulvérisé, de craie ou d’ardoise pilée.
Nous avons employé concurremment , sur le même s ijet, et sur deux parties également malades de la tête, la poudre des frères Mahon et une poudre que nous avions fait préparer avec deux parties de cendre de sarment et une partie de charbon. Nons ne saurions vraiment dire à laquelle de ces deux poudres nous donnerions la préférence; elles nous ont paru agir de la même manière.
Répétons le donc une fois pour toutes : la maladie est le meilleur agent épilatoire ; toutefois, si la teigne est récente, si le cheveu offre quelque résistance à l’avulsion par les pinces, on doit, pendant quelques jours, frictionner les parties que l’on veut épiler avec l’huile de cade ou une pommade alcaline, l’huile de noix d’acajou incorporée à l’axonge, etc.
L’huile de cade est le meilleur agent épilatoire ; elle éteint la sensibilité du cuir chevelu et porte spécialement
(!) Le suif hydrate de chaux est l’agent dissolvant le plus puissant. Pour connaître jusqu’où s’étendait son action, j’ai enlevé sur un cadavre une partie de cuir chevelu que j’ai recouverte de sulfhydrcte de chaux, lequel est resté douze heures en contact avec la surface tégumcnlairc. Toute la portion libre des cheveux était dissoute; l’épiderme était partout ramolli et tombait en deliquium ; mais la partie in ira cutanée du cheveu était restée intacte.
son action sur les bulbes pileux les pommades alcalines augmentent toujours l’irritation cutanée. C’est l’huile de cade, employée comme agent épilatoire, qui nous permet d’épiler tout le cuir chevelu, quand cela nous paraît nécessaire et d’arracher, sans douleur, des cheveux qui paraissent tout à fait sains.
La pommade alcaline dent nous nous servons est ainsi composée .
Chaux vive . . )
. } a a 2 grammes.
Soude du commerce. . )
Àxonge. ....... 60 grammes.
Je la remplace quelquefois par une autre, où je fais entrer l’orpiment en petite quantité. Quant à l’huile de noix d’acajou, je l’emploie à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme par 30 grammes d’axonge.
L’épilation, quel que soit le mode d’arrachement employé, débarrasse le cuir chevelu du cheveu et de sa capsule. C’est déjà la majeure partie de la racine du champignon extraite ; mais tout n’est pas détruit : il en reste encore des vestiges dans le follicule et, d’ailleurs, là où il n’existe plus de cheveux, les follicules sont souvent remplis de grains cryptogamiques. D’un autre côté, après une première épilation du cuir chevelu, les follicules ont perdu, sans doute, les capsules pileuses les plus développées, mais il en reste d’autres qui renferment encore des débris de champignons et d’où s’élèvent des tiges de poils follets qui ont échappé à la pince. L’épilation seule ne suffit donc pas ; elle n’amenerait que des résultats incertains. Il faut atteindre la partie profonde du cryptogame avec le liquida parasiticide.
En se plaçant à un autre point de vue théorique et en supposant le fa vus sécrété par les follicules sébacés, il faudra aussi, après l’arrachement des cheveux, modifier la vitalité des follicules pour qu’ils ne reproduisent plus à l’avenir de matière faveuse. On remplit cette indication, dans le traitement des frères Malien, par les onctions avec la pommade rose et le sirop dépuratif à l’intérieur.
En résumé, tous les traitements internes ou externes, dirigés contre la teigne faveuse du cuir chevelu, sans épilation préalable, échouent dans l’immense majorité, sinon dans la totalité des cas.
Parmi les méthodes épila toires, la calotte a procuré quelques succès, mais c’est un traitement barbare et auquel on a depuis longtemps renoncé. Les méthodes épila toires simples peuvent réussir, mais rarement et au bout d’un temps tort long. Le traitement des frères Mahon guérit, sinon toutes les teignes, du moins un très grand nombre; il a, il faut le reconnaître, un immense avantage sur la calotte et les autres méthodes épilatoires simples proposées jusque-là ; mais, par cette méthode, on prolonge indéfiniment la durée du traitement. La plupart des favus ne sont guéris, ainsi que nous l’avons dit déjà, qu’après six mois, un an, dix-huit mois de traitement. Nous rapporterons plusieurs observations dans lesquelles on pourra voir que, trois fois appliqué sur les mêmes sujets, le traitement des frères Mahon a échoué trois fois.
On a reproché aux frères Mahon de comprendre, parmi les teignes, beaucoup d’eczéma, de psoriasis, de lichen du cuir chevelu, de confondre, à dessein, le porrigo scu- Uilata avec le porrigo favosa, le premier passant dans l’o-
pinion générale pour être le plus facile à guérir ; je leur adresserais, quant à moi, bien plutôt un reproche contraire. C’est généralement, en effet, dans le porrigo scutulata que nous avons vu échouer la méthode des Mahon, et quant aux autres affections du cuir chevelu, tels qu’eczéma, psoriasis, lichen, je pense que les héritiers du secret des Mahon aiment autant avoir à traiter de petites teignes faveuses, bien circonscrites, qu’un eczéma ou un psoriasis général du cuir chevelu. Il semble vraiment que les dermatologistes, hommes de science et médecins, aient été honteux d’avouer qu’un traitement efficace du favus avait été trouvé en dehors d’eux, et par une personne étrangère aux sciences médicales. Il n’est que trop vrai, cependant, que pour la teigne, de même que pour la gale, l’empirisme a devancé la science.
Il me reste à faire connaître le traitement auquel je soumets les malades atteints de teigne faveuse du cuir chevelu .
La première indication qui se présente à remplir dans le traitement de la teigne, c’est de nettoyer la tête, de la débarrasser de ses croûtes , des poux quand il y en a. Les cheveux doivent être coupés à deux ou trois centimètres du cuir chevelu, les poux détruits par l’onguent napolitain ou le bain sulfureux, les croûtes détachées par les lotions cl’eau tiède, les bains dans lesquels on fait plonger la tête, à diverses reprises, les cataplasmes émollients, M. Lebert (1) donne le conseil de faire énucléer les croûtes, avec une spatule, par un infirmier. De cette manière, dit-il , les sporules se dispersent moins sur
(1) Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses, p. 255.
le cuir chevelu que quand on opère le ramollissement et la fonte des croûtes au moyen de lotions et de cataplasmes. Ce conseil peut être bon, mais seulement dans les cas de favus circonscrit, peu étendu, et aussi quand il s’agit de pratiquer les épilations secondaires, lors de la repullulation des godets faviques. Si la teigne est très étendue, si les croûtes occupent presque la totalité du cuir chevelu, il n’y a aucun avantage à suivre cette méthode, qui d’ailleurs est plus douloureuse que l’autre.
Un jour suffit ordinairement à cette opération préliminaire, à la suite de laquelle nous faisons faire sur toutes les parties malades une première lotion parasiticide avec le solutum de sublimé ou la dissolution d’acétate de cuivre, dans le but de détruire tout ce qui reste de libre des produits faviques à la surface du cuir chevelu, et sur les dépressions cutanées qui succèdent à l’enlèvement des croûtes.
La seconde indication, c’est d’épiler. Quelles sont les parties que l’on doit épiler? quelles sont celles qu’il faut respecter?
J’avoue que dans le principe, la crainte de dégarnir pour toujours une étendue plus ou moins grande du cuir chevelu m’avait rendu excessivement timide, et que je n’osais arracher les cheveux que sur les parties rouges, tuméfiées et antécédemment couvertes de croûtes : je n’allais pas au delà. L’expérience est venue bientôt m’apprendre que non seulement ma crainte était mal fondée et que les cheveux repoussaient constamment sur les parties épilées, malades ou non , mais encore que, par suite de l’application des moyens curatifs il poussait des cheveux là où nous pensions au début du traitement qu’il y aurait calvitie pour tou-
jours. Aujourd'hui je n’hésite pas à donner le conseil d’épiler, non seulement les surfaces malades, mais même les parties environnantes, celles sur lesquelles les cheveux paraissent altérés. Si on a affaire à un porrigo dispersé par places sur toutes les régions de la tête, il faut épiler tout le cuir chevelu, et pour peu que la teigne soit étendue, pour peu que les cheveux paraissent altérés et n’offrent qu’une faible résistance à l’arrachement, l’épilation primitive doit s’étendre à toute la tête. Il est important de ne pas laisser une couronne de cheveux au dessus du front ou de la nuque.
L’épilation primitive peut être assez souvent pratiquée d’emblée, sans aucune préparation et sans douleur,, au moyen des pinces. Il faudrait une complication inflammatoire assez sérieuse, une phlegmasie assez intense, un érysipèle du cuir chevelu pour faire ajourner l’épilation. Si les cheveux que l’on juge à propos d’arracher tiennent quelque peu, on fait deux fois par jour, pendant quatre ou cinq jours, des frictions avec une pommade alcaline ou mieux encore avec l’huile de cade pure.
L’épilation est toujours un travail facile mais qui exige cependant quelque dextérité de la part de celui qui la pratique. Les cheveux implantés obliquement dans le tissu de la peau demandent à être extraits dans le sens de leur implantation, Si les mors de la pince ne saisissent, à la fois, que deux, quatre, six cheveux implantés dans le même follicule, on aura ces cheveux avec une grande facilité. Si au petit bouquet uniloculaire, on veut ajouter le bouquet voisin, on occasionnera de la douleur au malade et on s’exposera à rompre les cheveux. Nous avons pu cependant extraire aisément et sans douleur, au
moyen des pinces, des bouquets formés de douze et quinze cheveux. C’est pour cela que nous avons fait faire, et que nous avons à notre disposition des pinces à mors plus ou moins larges, depuis 3 millimètres jusqu’à 8 ou 10, et dont nous nous servons tour à tour au besoin, suivant les cas.
L’épilation doit être faite avec le plus grand soin. Il faut extraire tous les poils follets que l’on peut enlever avec la pince. Un assez grand nombre de ces poils trop déliés échappent à l’instrument. Ce n’est que quelques jours après la première épilation qu’ils grossissent et peuvent être saisis à leur tour. La chevelure peut se comparer à une forêt dont les grands arbres étouffent les petits qui ne se développent qu’ après la coupe ou l’arrachement des premiers.
L’épilation se fait sans douleur; elle n’est suivie en général d’aucun suintement sanguin* Sur deux sujets seulement, l’un venant d’Alger, l’autre de Marseille, tous deux admis dans notre service pour y être traités de la teigne, il existait un état fongueux des bulbes , et l’épilation, sans occasionner plus de douleur que de coutume, fut accompagnée d’un léger écoulement de sang, qui nous a paru être plus favorable que nuisible.
L’épilation primitive est immédiatement suivie de la lotion d’eau savonneuse, et d’une imbibition parasiticide avec le solutum de sublimé. C’est ainsi que l’on remplit la troisième indication qui consiste à détruire la partie profonde ou intra-cutanée du champignon.
L’épilation primitive demande trois ou quatre jours. Les séances ne peuvent se prolonger chaque jour au delà d’une heure et demie, deux heures. Les enfants ne pieu-
rent pas, ne souffrent pas ; mais ils s'ennuient de rester deux heures dans la même position et les mouvements qu’ils font dérangent l’opérateur.
Après la première épilation on se borne pendant trois ou quatre jours à faire, matin et soir, uue lotion sur la tête avec la dissolution de sublimé, puis lesjours suivants une onction avec l’axonge ou mieux encore avec la pommade ci-dessous :
Axonge . 500 grammes.
Acétate de cuivre. ... 1 gramme.
S’il survient une éruption pustuleuse, on se borne à vider les pustules en les perçant avec une épingle.
De jour en jour on voit tomber la rougeur morbide ; les surfaces malades qui étaient tuméfiées s’affaissent, le cuir chevelu reprend quelquefois un aspect tout à fait normal. Bientôt les cheveux commencent à repousser et l’on dirait souvent le malade tout à fait guéri ; mais le plus ordinairement, au bout d’un temps qui varie entre trois et six semaines, il arrive une nouvelle éruption favique, beaucoup plus rare assurément que la première, mais qui, quelquefois encore, est extrêmement multipliée. Celle-ci nécessite de nouveaux soins : on doit, avec une épingle, énucléer chacun des petits godets faviques, arracher le poil avec les pinces et faire une nouvelle imbibition parasiticide avec la dissolution d’acétate de cuivre.
Il est inutile d’attendre la manifestation de cette nouvelle éruption favique; on doit pratiquer l’épilation secondaire dès que les cheveux peuvent être saisis avec la pince. Pendant deux ou trois jours on continue, matin et soir, la même lotion parasiticide, puis les jours subséquents on
fait graisser la tête alternativement avec le saindoux et la pommade d’acétate de cuivre. La rougeur disparaît graduellement; les démangeaisons cessent, les cheveux repoussent, mais avec des qualités physiquesbien différen • tes de celles qu’ils présentaient lors de l’entrée du malade à l’hôpital . Ils sont généralement plus multipliés ; on en trouve souvent sur des parties qui paraissaient tout-à-fait chauves. Au lieu d’être ternes, cendrés, blanchâtres, ils ont une couleur franche : noirs, châtains ou blonds ; examinés au miscrocope ils n’offrent aucune altération pathologique.
Si le traitement a été bien appliqué la guérison radicale de la teigne est obtenue au bout de six semaines, deux mois. Nous avons gardé quelques uns de nos malades pendant six et huit mois afin de nous assurer qu’aucune récidive n’était à craindre.
Ce n’est pas par l’inspection microscopique des cheveux que nous avons pu acquérir la certitude d’avoir guéri radicalement nos teigneux, pas plus que ce n’a été par la constatation de la mort des acarus que nous avons pu, en 1850, certifier la guérison des galeux après deux frictions insecticides sur tout le corps ; car, de même que pour la gale, beaucoup d’acarus,les mâles en particulier pouvaient échapper, à l’œil investigateur du micrographe , pour la teigne beaucoup de cheveux malades pouvaient également nous échapper, et il eût été bien impossible d’examiner toute la chevelure au microscope. Dans la gale, comme dans la teigne, c’est en gardant les malades, après guérison, au delà du temps nécessaire à la récidive qu’on peut être certain d’être arrivé à une cure radicale. Quand
la maladie se reproduit au bout d’un an, ce n’est plus une récidive, c’est une nouvelle attaque.
Dans cette description du traitement de la teigne nous avons supposé le favus répandu sur une grande partie du cuir chevelu et les cheveux plus ou moins altérés, d’où la nécessité de l’épilation générale. Si le favus est très circonscrit, si les cheveux sont sains, le traitement sera le même ; mais la surveillance doit être incessante et plus grande que dans le cas précédent; car il arrive souvent qu’au moment où l’on croit le malade parfaitement guéri, on voit apparaître, çà et là sur la tête, de petites places rouges et tuméfiées, avec prurit, indice certain d’une nouvelle éruption favique. Aussi, quand ces choses se passent et se répètent plusieurs fois, vaut-il mieux faire frictionner toute la tête avec l’huile de cade pendant quelques jours et abattre la chevelure entière. On évite ces poussées partielles qui tiennent souvent à la contagion, en recommandant au malade, qui n’a que quelques points atteints de cuir chevelu , de se graisser les cheveux avec la pommade d’acétate de cuivre.
Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de pratiquer avec soin les épilations secondaires, quand l’apparition de tout petits godets faviques ou de petites places tuméfiées et rouges indiquent ces épilations.
Le favus s’est montré à nous et nous l’avons décrit sous trois formes : urcéolaire, scutiforme etsquarreux. Ces trois formes sont identiques, quant au fond. Chacune d’elles n’exige aucune indication particulière. Nous dirons seulement que le favus urcéolaire ou favus isolé, regardé généralement comme le plus difficile à guérir, le plus rebelle aux agents thérapeutiques est, au contraire, celui dont on
obtient le plus aisément et le plus promptement la guérison, et cela se conçoit puisque dans cette forme les bulbes sont attaquées isolément, individuellement, tandis que dans les autres formes la maladie est confluente et que le premier effet du traitement est de la rendre discrète, de la faire passer à l’état de favus urcéolaire.
Quand le favus occupe simultanément le cuir chevelu et d’autres régions du corps, les bains seuls débarrassent le malade de son favus du corps, qui le plus souvent ne se reproduit pas. S’il se reproduisait, on l’attaquerait par les moyens que nous venons d'indiquer pour le favus du cuir chevelu, et le succès ne se ferait pas longtemps attendre.
11 est certaines précautions qu’il ne faut pas négliger pendant le cours du traitement de la teigne. Les malades en traitement ne doivent pas communiquer avec les nouveaux venus. Ils ne doivent pas séjourner dans la salle où ces derniers sont reçus. Si l’atmosphère d’une salle est chargée de sporules faviques, il est difficile d’éviter qu’il n’en tombe sur des têtes dégarnies de cheveux, et par conséquent sur un terrain propre à les développer. Nous avons soin de faire couvrir constamment la tête de nos teigneux avec un bonnet de toile imprégné d’un corps gras. Ils ne le quittent que pour les pansements et au moment de la visite. Après la guérison, la tête doit être tenue proprement, la chevelure enduite de pommade. C’est le meilleur moyen d’éviter une nouvelle atteinte du mal.
Une sécrétion épidermique, comme pityriasique , se montre assez souvent, et pendant un temps plus ou moins long, sur les parties qui ont été le siège de la teigne. Cette sécrétion n’a rien qui doive inquiéter : elle disparaît par les ablutions d’eau simple et l’application d’un corps gras.
De la Teigne tonsurante.
Les frères Mahon ont appliqué à la teigne tonsurante , le traitement du fa vus ; ils la guérissent généralement dans l’espace de huit ou dix mois.
M. Cazenave ne croit pas qu'il soit possible de fixer la durée du traitement de l’herpès tonsurant. Les moyens qu’il indique sont les lotions boratées, la pommade avec l’onguent citrin et le goudron, avec le tannin, le sulfure de chaux, etc ; il l’a vue guérir au bout de six et huit mois, quelquefois au bout d’un an et plus. Les cheveux repoussent toujours; on n’a pas à redouter, comme dans le favus, une alopécie permanente. Les topiques trop actifs ne conviennent pas. (1)
Il est certain qu’on peut obtenir la guérison de la teigne tondante sans épilation et par les moyens qu’indique M. Cazenave. J’ai, moi-même, traité par ces moyens, en ville, cinq enfants atteints de cette affection. Tous les cinq sont guéris, et les cheveux sont repoussés sains sur les places qui avaient été le siège du mal ; mais la guérison a été longue à obtenir et le traitement s’est prolongé pendant près d’une année.
Notre méthode épilatoire, suivie de l’imbibition parasiticide, réussirait à merveille dans la teigne tondante, mais lapremièreconditiondu succès, l’épilation, ne peut être que très difficilement obtenue. Les cheveux s’enlèvent avec facilité et sans douleur sur les plaques, mais on n’en arra-
(1) Traité des maladies du cuir chevelu , p. 205.
che qu’nn très petit nombre ; ils viennent presque tous sans racine. Le champignon qui les imprègne les rend fragiles et ils se rompent au plus léger effort de traction que Ton fait pour les extraire.
On doit attaquer cette affection dès sa naissance, et alors il est facile d’en arrêter les progrès ; — il faut épiler toutes les petites places sur lesquelles apparaissent des vésicules herpétiques , et lotionner les points dégarnis, avec une éponge ou une petite brosse douce imbibée d’une solution de sublimé, (2 grammes de sublimé dissous dans l’alcool pour 500 grammes d’eau distillée) . La dissolution d’acétate de cuivre ne convient pas ici, elle est trop active, et, comme l’a très justement remarqué M. Cazenave, les topiques trop irritants accroissent le mal. Sous leur influence, le champignon se multiplie d’une manière souvent effrayante.
Si la teigne tondante est prise au début, la guérison est prompte. On arrête immédiatement les progrès de cette affection.
Lorsqu’il existe déjà des plaques circulaires, squameuses, couvertes de cheveux brisés avec leurs gaines blanches ; que la peau est ardoisée, les follicules hérissés, — il faut encore recourir au même traitement ; mais la guérison n’est plus aussi rapide parceque l’épilation ne peut être que partielle et très imparfaite. Il est bon, cependant, de débarrasser la plaque de ses squames, des cheveux cassés, puis d’arracher, sur le pourtour de la plaque, tous les cheveux dont la couleur est altérée et de faire aussitôt, après cette opération, une lotion avec le solutum de sublimé. En agissant ainsi, on arrête le développement ex-
centrique de la plaque, et on détruit déjà une bonne partie du champignon.
Pendant quelques jours on continue la lotion parasiticide , puis on enduit les plaques et la chevelure
d’une pommade composée de 30 à 50 centigrammes d’io-
dure de soufre, par 30 grammes d’axonge. Dès que les cheveux recommencent à pousser sur les parties malades, on les enlève de nouveau ; on lave la plaque avec la solution de sublimé, et la même opération se répète jusqu’à ce que le cuir chevelu se soit affaissé, ait perdu sa teinte ardoisée et que les cheveux arrachés viennent avec leur racine. On peut, de cette manière, réduire à trois ou quatre mois la durée du traitement de la teigne ton suran te.
De la M enta grc.
Dans toutes les mentagres, et notamment dans les mentagres pustuleuses, qui datent déjà d’un certain temps, l’épilation est nécessaire : on doit la pratiquer immédiatement sans préparation aucune. Cette épilation se fait à l’aide de pinces convenables, et si lamentagre est partielle, si elle n’occupe qu’une partie des moustaches ou de la barbe, on peut épiler tous les poils malades en une seule séance. Dans le cas contraire, lorsque le mal attaque tous les poils de la figure, les moustaches, la barbe, les favoris et même, comme nous l’avons vu une fois, quelques points du cuir chevelu, on consacre plusieurs séances à cette petite opération, que le malade peut d’ailleurs parfaitement bien pratiquer lui-même.
L'épilation des moustaches et de la barbe se fait en général très facilement et sans que les malades témoignent en ressentir beaucoup de douleur. Cela toutefois dépend du degré de sensibilité propre à chaque individu. Si la mentagre est ancienne, lesbulbesdes poils sont en général ébranlés , la capsule est en quelque sorte détachée de la papille et séparée de F étui folliculaire ; le poil vient de lui-même. Dans les mentagres récentes, Fopération est un peu plus douloureuse; ce qui se conçoit sans peine, quand on songe au nombre de filaments nerveux qui se distribuent dans les téguments de la face.
L’avulsion des poils est quelquefois accompagnée de suintement sanguin. Cette circonstance ne rend pas l’opération plus douloureuse ; elle tient uniquement à F état fongueux des parties atteintes du sycosis.
Dès que les surfaces malades sont épilées, nous les imbibons, à l’aide d’un pinceau, d’une éponge ou d’une brosse fine, d’un solutum de sublimé.
La solution que nous employons pour la mentagre est en général celle dont nous nous servons pour le favus : elle renferme 5 grammes de sublimé pour 500 grammes d’eau distillée. A cette dose, le sublimé détermine assez souvent, aussi bien sur les lèvres que sur la tête, une éruption plus ou moins nombreuse de petites pustules que l’on ouvre le lendemain avec une épingle, et qui n’offrent d’ailleurs aucun inconvénient. Dans un cas, nous avons eu un commencement de ptyalisme. Pour prévenir ces légers accidents, on peut se servir d’un solutum ne contenant qu’un ou deux grammes de sublimé pour 500 grammes d’eau distillée ou bien d’une dissolution de 1 gramme d’acétate de cuivre dans 500 grammes d’eau*
L'épilation dans la mentagre est; immédiatement suivie d’une amélioration vraiment surprenante. Les démangeaisons, la douleur cessent, la tension de la lèvre disparaît, la souplesse remplace l'induration, L éruption pustuleuse n’a plus lieu.
La durée du traitement se réduit au temps de Fépilation. Une seule application du liquide parasiticide suffit, et le malade n’a besoin ni de traitement interne, ni de bain, ni de pommade, de sorte qu’il est à peu près inutile de l’ admettre à l’hôpital pour un traitement aussi simple. Si la mentagre est fort étendue, si elle occupe tous les poils de la figure, si elle a gagné le cuir chevelu, le malade pourra être admis à l’hôpital : il n’y fera pas un long séjour ; en huit ou dix jours il sera complètement débarrassé et sortira parfaitement guéri.
L’épilation seule peut amener la guérison de certaines mentagres, dans lesquelles il existe peu ou il n’existe point de cryptogames ; il est toujours plus sûr de recourir après l’épilation, à la lotion parasiticide.
A la suite de ce traitement, les poils repoussent parfaitement bien, et souvent plus beaux qu’avant l’épilation (voir observation n° 4). Il peut y avoir récidive ; mais elle est toujours partielle, et le malade sait comment il faut faire pour se débarrasser promptement de sa maladie.
L’isolement des poils, la nature du champignon de la mentagre expliquent pourquoi on guérit plus vite et par une seule lotion le sycosis phyto-dermique, tandis que le traitement du favus est plus compliqué.
Des Teignes achromatense et dècùtvante%
Nous n’avons que peu de choses à dire du traitement de ces affections auxquelles nous n’avons pu encore appliquer d’une manière complète le traitement qui nous a si bien réussi pour les autres espèces de teignes.
L’épilation devra être pratiquée le plus tôt possible et sur toute l’étendue des surfaces malades. Comme agent parasiticide , on pourra indifféremment choisir le sublimé ou l’acétate de cuivre.
Les bains sulfureux, les pommades avec l’huile de noix d’acajou ou le quinquina, les toniques à l’intérieur pourront être concurremment mis en usage.