‹ Recherches sur la nature et le traitement des teignesChapitre 9 sur 19 · CINQUIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME OBSERVATION

MENTAGRE PUSTULEUSE DE CINQ ANS.—- SÉJOUR DE QUATRE MOIS A L’HÔPITAL SAINT-LOUIS 5 PAS D’AMÉLIORATION.— GUÉRISON RAPIDE PAR L’ÉPILATION.

Le nommé Marchand (Auguste), âgé de 31 ans, journalier, actuellement employé au chemin de fer du Nord (service de nuit), né à Montainville (Seine-et-Oise).

Doué d’une bonne constitution, cet homme n’a jamais été atteint de maladie grave. Dans son enfance, il a eu des convulsions, et, vers l’âge de 6 ou 7 ans, une gourme dont il a été promptement débarrassé. Il a été vacciné et n’a jamais eu de variole ni de varioloïde.

En 18â7, un seul bouton apparut à la lèvre supérieure; il était accompagné d’une cuisson assez vive. Le malade l’arracha avec l’ongle. Deux mois après, ia lèvre était couverte de pustules à sa partie moyenne. Il en résulta des croûtes avec un sentiment de gêne, de tension, de douleur même dans les parties affectées, Le malade réclama les soins du docteur Lesieur, médecin à Môle, qui lui fit appliquer des cataplasmes et des pommades sur la lèvre; il en éprouva peu de soulagement. Les pustules se propagèrent sur les deux côtés de la lèvre supérieure, sur l’ouverture des fosses nasales; une croûte brunâtre, fortement adhérente, couvrait toute la gouttière sous-nasale. Un remède empirique, qui aggrava le mal, fut employé pendant six semaines

Enfin, le 20 novembre 1850, Marchand entra à 1* hôpital Saint- Lonis (salle Henri IV), où il fut confié aux soins du docteur Bazin et traité par les moyens ordinaires : — tisanes amères, purgatifs, pastilles soufrées, lotions alcoolisées, pommade au turbith minéral. La mentagre s’amenda sous l’influence de ces moyens, mais elle ne guérit pas. M. Hardy, qui remplaça M. Bazin, à la salle Henri IV, en février 1851, donna aussi des soins à ce malade, qui, ne trouvant que peu de soulagement à son mal, demanda son exeat, et sortit de l’hôpital le 16 mars. Jusqu’au 5 novembre 3852, Marchand n’appliqua sur sa lèvre que du cérat simple. Pendant cet assez long intervalle de temps, le mal fit peu de progrès; mais les parties primitivement malades l’étaient toujours au même degré, toujours couvertes de croûtes et de pustules ; la peau était rouge, tendue, douloureuse, tuméfiée surtout au pourtour des narines.

Le vendredi 5 novembre 1852, Marchand est admis au pavillon St-Mathieu. Le 6 et le 7, on fait l’épilation des moustaches sur les parties malades et on lotionne la lèvre avec le solutum de sublimé. — Deux pustules apparaissent le 8 sur les parties épilées ; on les pique avec une épingle pour en faire sortir le pus. — Le 9, la peau de la lèvre est détuméfiée. — Elle n’est plus douloureuse à la pression. Il n’y a ni rougeur ni tension. Le malade est guéri de sa mentagre.

Une guérison aussi prompte ne faisait pas le compte de Marchand, qui, par paresse, voulait prolonger son séjour à l’hôpital. Nous le fîmes sortir malgré lui ; mais il ne tarda pas à rentrer dans un autre service, avec quelques pustules artificiellement provoquées ou peut-être avec une récidive partielle de sa mentagre. Il y a quelques jours, Marchand est venu furtivement dans nos salles réclamer d’un de nos infirmiers l’extraction de quel-

ques poils de sa moustache , désireux tout à la fois de guérir de sa mentagre et de vivre aux frais de F administration.

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