‹ Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (volume 2)Chapitre 3 sur 15 · L A RICHESSE · texte numérisé non relu

L A RICHESSE

appartenant , il faut qu'il en acheté de ceux qui en ont. Quand le porteur d'un rccépijjé acheté de l'argent de banque , il acheté la faculté de retirer une quantité de lingots dont le prix eft à îa Monnoie de cinq pour cent au defius du prix de banque. L'agio de cinq pour cent , qu'il paye communément pour cela, ne fe paye donc pas pour une valeur imaginaire , mais pour une valeur réelle* Lorfque le propriétaire d'argent de banque acheté un récépïjjè% il acheté le pouvoir de retirer une quantité de lingots dont le prix courant eft de deux à trois pour cent au deiîus du prix qu'ils fe vendent à la -Monnoie.

Lp. prix qu'il paye pour cela eft donc également payé pour une valeur réelle.

Le prix du rékdpiflé & le prix de l'argent de banque font entr'eux, ou compofent enfembie, la pleine valeur,ou le prix entier des lingots.

La banque accorde un récepijjé, auffi bien que des crédits fur la banque, pour les dépots des efpeces courantes du pays. Mais ces reccpîjjes n'ont fouvent aucune valeur, ou ne rapportent aucun prix à la bourfe, (c'eft-à-dire quand, on les vend). Par exemple, pour les ducatons, dont chacun vaut, prix de

cours*

Des Nations.Lîv.ï V.Chap.IïI. %f

cours, trois florins trois ftivers ,• la banque accorde un crédit de trois florins feulement, ou cinq pour cent au deffous de leur valeur courante. Elle accorde de même un récépijjè qui met le porteur en droit de retirer le nombre de ducatons dépofés , quand il voudra, dans le terme de fix mois,en payant un quart pour cent de droit de garde.

Ce récépiffë ne rapportera fouvent rien à la boiirfe ou au marché. Trois florins, argent de banque , fe vendent généralement au marché pour trois florins trois ftivers, ce qui feroit la valeur entière des ducatons, fi on lesretiroit de la banque -y & avant de pouvoir les retirer, il faudroit payer -un quart pour cent pour le droit de garde , ce qui feroit en pure perte pour îe porteur du rêcépiffé. Cependant il l'agio de la banque venoit à tomber à trois pour cent, ces fortes de récépif- Jh pourroient rapporter quelque chofe pc le vendre un & trois quarts pour cent. Mais l'agio de la banque étant aujourd'hui généralement d'environ cinq pour cent, on les laûTe- fouvent expirer , ou, comme ils difent, tomber à la banque. Les récépifps donnés pour des ducats d'or lui tombent encore plus Tome IV. I

fouvent , parce qu'avant de pouvoir les retirer il faut payer un plus fore droit de garde ou de magafin, faroir, un demi pour cent. Les cinq pour cent que gagne la banque lorfqu'on lui îaiiîb tomber les dépôts, foit en monnoie, foit en lingots , peuvent être regardés comme une rente pour le foin de les garder à perpétuité.

La fomrne d'argent Je banque à laquelle fe montent les recepijj es qui ont expiré, doit être fort conlidérabîe. Elle doit comprendre tout ie capital originaire de la banque;, qui, comme on le fuppofe généralement, y elt relié depuis qu'il y aétédépofé, perfonne n'étant curieux de renouveller ion récépijje ou de retirer foil dépôt, parce que ni l'un ni l'autre ne pourroit fe faire fans perte, par les raifons que. j'ai dites; mais quelque puiffe être le montant de cette fomrne , elle elt- peu de chofe en comparaifon de la maife totale de l'argent de banque. La banque d'Amfterdam a été, depuis plufieurs années, le grand magafin de l'Europe pour les lingots, dont on ne la iiîc guère expirer les réccpifjés , ou qui ne tombent que très -rarement à la banque. On fuppofe que la très- grande partie de

©es Nations. Liv.IV.Chap.IIÎ. a?

l'argent de banque, ou des crédits fur les livres de la banque, a été créée ces années paifées par ces fortes de dépôts que ceux qui font le commerce en lingots font & retirent continuellement.

Il ne peut y avoir de demande fur la banque, fi ce n'en: par le moyen des récépijjés. La plus petite maife d'argent de banque dont les récépijjés font expirés , elfc mêlée & confondue avec la plus grande maiTe dont les récépijjés font encore en force* de manière que,quoiqu'il puiiie y avoir une fomme con- Édérabîe d'argent de banque pour la-»

quelle il n'exifte point de récèpijjé , il n'y en a cependant aucune fomme ou portion fpécifique qui nepuiffeètrede^ mandée par quelqu'un en tout tems. La banque ne peut être débitrice de deux perfonnes pour la même chofe, & le propriétaire d'argent de banque dépour-»

vu de récépijjés^ ne peut demander dû payement à la banque, s'il n'en acheté pas. Ordinairement & en tems de paix, il ne peut trouver de difficulté à en acheter au prix courant, qui générale-* ment correspond avec le prix auquel il peut vendre la monnoie ou les lingote

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qu'un récépijjé Pautorife à tirer de la. banque.

Les chofes peuvent changer de face dans une calamité publique , dans le tems, par exemple , d'une invafion telle que celle de la France en 1672. Les propriétaires de l'argent de banque étant alors preiTés de le retirer de la banque , pour le garder eux-mêmes, la quantité de gens qui demanderoient des récépiffés pourroit les faire monter à un prix exorbitant. Les porteurs de ces effets pourroient former des prétentions extravagantes, & au Heu de deux à trois pour cent, demander la moitié de l'argent de banque , où fe monte le crédit donné fur les dépôts pour lefquels les récépiffés ont été refpe&ivement accordés. L'ennemi, au fait de la conftitution de la banque, pourroit même les acheter, afin d'empêcher que le tréfor ne fût enlevé : on fuppofe que, dans ces circonitances, la banque s'écarteroit de la règle ordinaire de ne payer qu'aux porteurs de récépiffés. Les porteurs de ces effets qui n'ont point d'argent de banque, doivent avoir reçu entre deux & trois pour cent de la valeur du dépôt pour lequel on leur a donné leurs récépiffés

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refpeclifs. La banque, dit-on, feroit donc dans le cas de ne fe faire aucun fcrupuîe de payer, foit en monnoie, foit en lingots, la pleine valeur des Tommes pour lefquelles les propriétaires d'argent de banque feroient couchés dans fes livres comme créanciers , payant en même tems deux ou trois pour cent à ces porteurs de récêpijjés qui n'auroient point d'argent de banque, ce qui conftitueroit alors toute la valeur de ce qu'on pourroit juftemenfc fuppofer leur être dû. -

Dans les tems même ordinaires de paix, il eft de l'intérêt des porteurs de récêpijjés de faire baiiTer l'agio, pour acheter meilleur marché l'argent de banque (& conféquemrnent les lingots que ces récêpijjés les autorifent à tirer de la banque) & de vendre plus cher leurs récêpijjés à ceux qui ont de l'argent de banque, & qui ont befoin de retirer des lingots de la banque , le prix d'un récépiffé étant généralement égal à la différence entre le prix courant de l'argent de banque & celui de la monnoie ou des lingots pour lefquels on a eu le nfcêpijfê: il eft au contraire de l'intérêt des propriétaires de l'argent de banque de faire monter l'agio, pour

}€> La richesse

Tendre d'autant plus cher leur argent de banque , bu acheter un récépijje d'autant meilleur marché. Pour empêcher les tours d'agiotage que ces intérêt»

©ppofes occafionnoient quelquefois, la banque a pris, depuis quelques années, la réfolution de vendre en tout tems l'argent de banque pour des efpeces eourantes à cinq pour cent d'agio, & de le racheter pour quatre s enconféquence de cette réfolution, l'agio ne peut monter au deïTus de cinq, ni tomber au deilbus de quatre pour cent, & la proportion entre le prix de l'argent à la banque & celui de la monnoie courante, refte en tout tems à -peu- près la même que celle qui eft entre leurs valeurs intrinfeques. Avant que cette réfolution fût prife , le pris de l'argent de banque montait quelquefois jufqu'à neuf pour cent d'agio , & quelquefois il defeendoit jufqu'au pair , félon l'influence que les intérêts oppofés avoienfc à la bourfe.

La banque d'Amflerdam fait profeffion de ne rien prêter de ce qu'elle :a en dépôt, mais de garder dans fes caiffes, en monnoie, ou en lingots, la valeur d'un florin , pour chaque florin pour lequel elle donne un crédit dans fes H-

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vres. On ne peut guère douter qu'elle ne garde en effet toute la monnoie & les lingots dont il exifte des récèpîjjés en force , qu'on peut \u\ redemander en tout tems , & qui* réellement ne. font continuellement que fortir de chez elle & y rentrer 3 mais peut-être ne paroîtroit - il pas il fur qu'elle garde également îa partie defon capital donc les récêpiffés font expirés depuis longtems, qu'on ne peut lui redemander dans des tems ordinaires & tranquilles 9> & qui, dans le fait, doivent relier chez elle à jamais, eu aufïi long-tems que fubfiftcront les Etats des Provinces-Unies *, cependant il n'y a point d'article de foi mieux établi à Amfterdam, que la ferme croyance où Ton y eft que pour chaque florin qui circula comme argent de banque , on trouvera dans le tréfor de la banque un florin eorrefpondant en or ou en argent. La ville en eft garante. La banque eft fous la direction des quatre bourg -meftreg régnants, qui font changés tous les ans. Chaque nouveau quadrille de bourgmestres vifite le tréfor , le compare avec les livres , le reçoit fous ferment, & le remet avec la même folemnité refpectable au quadrille qui lui fuccé*

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de : dans ce pays fage & religieux: , îcs fermens ne font pas encore méprifés.

Ce changement annuel de directeurs paroit fournir, depuis qu'il exifte, une preuve fuffifante qu'il n'y a point eu de maiverfatiou. Quelques révolutions que les factions ayent occaiîonnces dans 3e gouvernement d'il miterdam, le parti dominant n'a jamais accufé fes prédécelfeurs d'infidélité dans Padminiftration de la banque : aucune accufation n'eût porté un coup auiîi fenfible à la réputation & à îa fortune du parti humilié , & nous pouvons être affurés que s'il y a voit eu moyen de l'appuyer, on n'auroit pas manqué de le faire. Eu 1672, lorfque le roi de France étoifc à Utrecht, la banque paya fi promptement qu'elle ne laiiïa pas le moindre doute fur fa fidélité à remplir fes engagemens. Quelques-unes des pièces qui fortirent alors de fes coffres, parurent avoir été brûlées par le feu qui prit à la maifon de ville auffi-tôt après î'etablifiement de la banque , preuve qu'elles y étoient reliées depuis ce tems-là.

Une queftion qui a long-tems occupé les fpéculations des curieux, c'eft de ft voir à quoi peut fe monter le trik

des Nations. Liv. IVe Chap.IÎI. 55

for de la banque : on ne peut offrir là- delTus que des conjectures ; on compte généralement qu'il y a environ deux mille perfonnes qui 'ont des comptes ouverts avec la banque*. & en leur accordant, l'un portant l'autre, à chacune la valeur de quinze cents livres fterlings couchées fur leurs comptes refpedtifs(& pc'eft les traiter fort libéralement), la quantité totale d'argent de banque, & cônféqùem nient le tréfor de la banque, fera d'environ trois millions fterlings, où trente- trois millions de florins (à 1 1 florins la Hvre fterling), fomme confidérable & fuffifante pour une circulation très - étendue , mais fort au deCfous des idées extravagantes que certaines gensfe font formées de ce tréfor» La ville d'Amfterdam tire un revenu..

conSdérable de îa banque : outre ce qu'on peut appeller la rente ouïe droit de magafîn, dont j'ai parié plus haut, chaque perfonne qui ouvre un compte avec la banque, paye un honoraire de dix florins , & pour chaque nouveau compte trois florins trois ftivers ou iteuvres; pour chaque transport, deux ftivers , & fi le transport eft pour moins de trois cents florins , fix ftivers, pour n'être pas furchargé d'une multipUcit!

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de petites affaires. La perfonne qui néglige de balancer Ton compte deux fois par an, paye une amende d-j vingt-cinq florins. Celui qui donne un ordre pour le tranfport d'une fomme plus grande que celle couchée fur fon compte, eft obligé de payer trois pour cent, pour la fomme fuftirée, & en outre fon ordre eft rejeté. On fuppofe auiliquela banque fait un profit considérable par la vente de la monnoie ou des lingots étrangers qui lui tombent quelquefois par l'expiration des rézépjjjés , & quelle garde toujours jufqu'à ce qu'elle puiife les vendre avec avantage j elle fait encore un profit, en vendant l'argent de 'banque à cinq pour cent d'agio , & en Tachetant à quatre. Ces différens émolumens rapportent quelque chofe de jplus que ce qui eft néçefiàire pour payer 'les falaires des officiers , & défrayer la -dépenfe de la manutention: l'on fup- 'pofe que ce qui fe paye pour la gar- 'de des lingots dont la banque donlie des récépijjes , monte, feul par an à lin revenu net de cent-cinquante à deux 'cents mille florins. L'objet de cette inftitution n'étoit cependant pas originairement un revenu, mais futilité publiquej ç'étoit de mettre les négociant

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à l'abri de l'inconvénient d'un change défavantageux. Le revenu qu'elle produit aujourd'hui n'étoit pas prévu 3 &

peut être confidéré comme accidentel.

Mais il eft tems de quitter cette longue dîgreffion , où je me fuis engagé infenfiblement en tâchant d'expliquer les raifons pourquoi le change entre les pays qui payent en ce qu'on appelle argent de banque , & ceux qui payent en efpeces courantes , doit paroitre généralement en faveur des premiers & contre les derniers. Les premiers payent avec un argent dont la valeur intrinfeque eft toujours la mè- ;me j & exactement conforme aux titres de leurs monnaies refp e clives ; les derniers payent avec une forte d'argent donc la valeur intrinfeque varie continuellement , & eft prefque toujours plus ou moins au deffous de fon titre , mais quoique le change de compte doive être généralement en faveur des premiers , le change réel peut fou vent être en faveur des autres.

Fin de la dîgreffion fur les banques

de dépôt.

Quand le change de compte entre deux places feroit le même à tous égards que le réel , il ne s'en fuivroit pas toujours que ce qu'on appelle la balance du commerce fût en faveur de celle qui auroit le cours ordinaire du change pour elle: à la vérité, le cours ordinaire du change peut être, dans ce cas, une indication paifable de l'état ordinaire des dettes & des créances entr'elles, & montrer laquelle des deux a communément befoin d'envoyer de l'argent k f autre ; mais l'état ordinaire de dett-es & de créances entre âeux places n'eft pas toujours entièrement réglé par le cours ordinaire de leurs affaires, l'une avec l'autre > il eft fou- "vent modifié par celui des. affaires qu'elles ont chacune avec d'autres pays. Si 3?ufage des négociais d'Angleterre étoit* par exemple ,. de payer les marchandiîès qu'ils achètent de Hambourg, de Dantzick,. de Riga,. &c. par des lettres de change fur la Hollande,., l'état ordinaire de- dettes & de créances entre l'Angleterre & la Hollande ne feroit pas. entièrement, réglé par le cours: ©rdinaire des affaires qu'elles font l'une avec l'autre 5 il le feroit pour queU qpo chofe^ par celui de l'Angleterre

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avec ces autres places. L'Angleterre, dans ce cas, pourroit être obligée annuellement d'envoyer de l'argent à la Hollande, quoique les«exportations annuelles qu'elle y feroit excédaient la valeur annuelle de ce qu'elle eu importèrent:, & quoique ce qu'on appelle la balance du commerce fut beaucoup en faveur de l'Angleterre.

Jufqu'ici j'ai tâché de montrer combien il eft inutile, dans les principes nié me du fyftème mcrcantille , de mettre- des entraves extraordinaires à ^importation des marchandas venant des pays avec lefquels on fuppofe que la balance du commerce éit défavantageufe.

Mais rien ne peut être plus abfurds que toute cette doctrine de la balance du commerce, fur laquelle font fondés non- feulement tous les réglemens qui tendent à le reltreindre, mais encore prefque tous les autres qui tendent à le diriger. Si. deux places 'commercent l'une avec l'autre , cette doctrine fuppofe que il la balance eft égale > aucune des deux ne perd ni ne gagne, mais que pour peu qu'elle penche d'un côté, l'une perd & l'autre gagne en proportion qu'elle s'éloigne d'un exact

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équilibre. Les deux fuppofitions font fauifes : un commerce qui e(t forcé par le moyen des gratifications & des monopoles , peut être ce communément eft défavantageux nu pays en faveur duquel on a prétendu 1 établir, ainfi que je tâcherai de le faire voir ci-après ; -mais le commerce qui fe fait régulièrement & naturellement, fans force & fans contrainte, entre deux places, eft toujours avantageux à toutes les deux, quoiqu'il ne le foitpas toujours autant à Tune qu'à l'autre.

Par avantage ou gain , j'entends non l'augmentation de la quantité d'or & d'argent , mais celle de la valeur échangeable du produit annuel des terres & du travail du pays, ou Faccroit fement du revenu annuel de fes habitai! s.

Si la balance eft égale, & fi le commerce entre deux places conilfte entièrement dans l'échange des marchandifes du pays, non -feulement elles y gagneront toutes les deux , mais la plupart du tems elles y gagneront également, ou peu s'en faudra. Dans ce cas, chacune d'elles fournit un marché pour une partie du produit furabondant de l'autre 5 chacune remplace un capital

des Nations. Liv. ÏV.Chap. Tïï. &

qui a été employé à faire nnïtre cette partie du produit furabondant de l'autre, qui a été diftrihué parmi fes habitons , & qui a donné à un certain nombre d'entr'eux un revenu & la fubfiftance. Une partie des habitans de chacune tirera donc indirectement Ton revenu & fa fubGftance de l'autre. Comme les marchandées échangées font auffi fuppofées d'une valeur égale , de même les deux capitaux employés dans le commerce feront la plupart du tcnis égaux, ou peu s'en faudra * & étant employés tous les deux à faire naître les marchandifes propres de chaque pays, le revenu & la iubfiirance que leur diiiributiôn procurera aux habitans de chacune, feront égaux, ou à -peu-près égaux. Ce revenu & cette fubfiitance qu'elles fe procurent ainii mutuellement, feront plus grands ou plus petits, en proportion de l'étendue de leurs affaires : û elles en font, par exemple, annuellement pour cent mille livres ou pour un million fterling de chaque côté, chacune d'elles procurera un revenu annuel, foit de cent mille, foit d'un million fterling, aux habitans de l'autre.

Si leur commerce eft tel que Tune

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n'exporte rien à l'autre qui ne foit de fon crû, tandis que les retours de l'autre ne fe feront qu'en marchandifes étrangères, dans ce cas, la balance feroit fup-pofée encore égale , parce que les marchandifes feroient payées avec des marchandises: ©îles y gagneroient auffi toutes deux; mais elles n'y ga*.

gneroient pas également, & les habitans du pays qui n'exporteroit que des marchandifes de fon crû , feroient ceux qui tireroient le plus grand revenu de ce commerce. Si l'Angleterre, par exemple,n'importoit rien de France que les marchandifes de France, & que n'en ayant point des ilennes dont la France eût beioin , elle les payât annuellement en y envoyant une grande quantité de marchandifes étrangères, comme du tabac Sz des marchandifes des Indes Orientales , quoique es commerce valût quelque revenu aux habitans de France & d'Angleterre, il en vaudroit un plus grand aux premiers qu'aux derniers. Tout le capital de France qu'on y employeroit annuellement , feroit diftribué dans le peuple de France ; mais il n'y auroit de diftribué annuellement danslepeuple d'Angleterre que cette partie- du

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eapitr.i anglois qui feroit employée à •produire les marchandifes angloifes avec lefquelîes on acheteroit ces marchandifes étrangères. La plus grande partie de ce capital remplacerait les capitaux employés en Virginie., dans rindoftan & à la Chine, & qui auroient donné un revenu & ia fubfiftaiioe aux habitans de ces pays lointains. Si ces capitaux et oient égaux, ou à -peu -près, cet emploi du capital François augmenter oit donc beaucoup plus le revenu du peuple de France que celui du capital anglois n'augmeïiteïok le revenu du peuple d'Angleterre. La France feroit alors un commerce étranger direct de confonimation avec l'Angleterre 5 au lieu que l'Angleterre en feloit un de détour avec la France. J'ai déjà pleinement expliqué les differens .effets d'un capital employé dans l'un & l'autre de ces commerces.

Il eft probable qu'il n'exifte pas entre deux nations un commerce confit tant uniquement , ou dans l'échange des marchandifes quQ chacune dveiles produit, ou dans l'échange des marchandifes du pays d'un côté & dos marchandifes étrangères de l'autre côté. Prefque tous les pays échangent

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les uns avec les autres, en partie leurs propres productions , & en partie des marchandifes étrangères. Cependant le pays qui gagnera le plus fera toujours celui dans les cargaifons duquel il y aura le plus de fes marchandifes, & le moins de marchandifes étrangères. Si l'Angleterre ne payoit pas les marchandifes importées de France avec du tabac & des marchandifes de l'Inde, mais avec de For & de l'argent, «on fuppoferoit alors que la balance eft inégale , parce que les marchandifes ne feroient pas payées avec des marchandifes , mais avec de l'or. & de l'argent. Cependant le commerce, dans ce cas, suffi-bien que dans le précédent, pr@cureroit un certain revenu aux habitans des deux royaumes, mais plus à ceux de la France qu'à ceux de l'Angleterre: il donneroit quelque revenu à ceux de l'Angleterre. Le capital employé à produire les marchandifes angloifes qui acheteroient cet or & cet argent, le capital qui auroit été diftribué à un cartain nombre d'habitans de l'Angleterre & qui leur auroit donné un revenu , feroit remplacé par -là, & pourroic continuer d'être employé

bes Nations. Liv. IV. Chap.IÏÎ. 4$

de même. Tout le capital d'Angleterre ne diminueront pas plus par cette exportation d'or & d'argent, que par celle de toute autre marchandife ; il augmenteroit au contraire, la plupart du tems. On n'envoyé dehors que les marchandifes dont on fuppofe que le befoin eft plus grand ailleurs que chez

Soi , & dont on compte que les retours auront conféquemment plus de valeur chez foi que n'en ont les marchandées exportées. Si le tabac ne vaut que cent mille livres fterlings en Angleterre, & qu'envoyé en France il

.y acheté du vin qui en Angleterre vaut cent -dix mille livres fterlings , l'échéance augmentera le capital d'Angleterre de dix mille livres fterlings; de même fi l'Angleterre acheté avec cent mille livres fterlings en or, du vin de France qui vaut chez elle cent-dix mille livres fterlings , fon capital augmentera également de dix mille livres fterlings; comme un marchand qui a pour centdix mille livres fterlings de vin dans fes caves, eft plus riche que celui qui n'a que pour cent mille livres fterlings de tabac dans fes magafins , de même il eft plus riche que celui qui n'a vaillant que cent mille livres fterlings d'or

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dans Tes coffres; il peut mettre en mouvement une plus grande quantité d'induitxie & donner du revenu, de la iubfiitance & de l'emploi à un plus grand nombre de perfonnes , que les deux autres. Mais le capital d'un pays eft égal aux capitaux de tous fes différens habitans, & la quantité d'induftrie qu'il peut mettre en œuvre eft égale à tout ce que fes dirférens capitaux peuvent en entretenir annuellement. Ainh, & le capital du pays & îa quantité d'induftrie qui peut y être mife en œuvre annuellement , doivent être généralement augmentés par cet échange. Il feroit à la vérité plus avantageux pour l'Angleterre d'acheter les vins de France avec fes quincailleries, ou avec fes draps larges , qu'avec le tabac de Virginie ou l'or & l'argent du Brefil & du Pérou. Un commerce étranger direct de confommation eft toujours plus avantageux qu'un commerce étranger de détour ; mais un commerce étranger de confommation qui fe fait par détour avec de l'or & de l'argent, ne paroit pas moins avantageux que tout autre qui fe fait auffi par détour. ïl n'y a nulle apparence qu'un pays qui n'a point de mines fois

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plutôt épuifé d'or & d'argent par l'exportation annuelle de ces métaux, que ne le fera de tabac celui où croît le tabac , par l'exportation annuelle de cette plante. Comme un pays qui a de quoi acheter du tabac n'en manquera jamais long -tems, de même celui qui a de quoi acheter de l'or & defargent en aura bientôt.

C'eft , dit - on, un commerce à perte, que celui d'un ouvrier avec un cabaret à bière ; & celui que feroit naturellement une nation manufacturière avec un pays de vins , feroit delà même nature. Je réponds qu'un ouvrier ne perd pas néceifairement, dans le commerce qu'il fait en achetant de la bière au, cabaret. Ce commerce eft de fa nature tout auffi avantageux qu'aucun autre, quoique peut-être plus fujet à des abus. L'emploi d'un braffeur & celui d'un marchand qui vend des liqueurs fermentées en détail, font des divifions du , travail auiîî néceifaires qu'aucune autre. Il fera généralement plus avantageux pour un ouvrier, d'acheter la bière dont il a befoin, que de la faire lui-même, & s'il eft pauvre, de l'acheter petit à petit du détailleur , que d'en acheter une grande

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quantité à la fois du braffeur. ïl peufe fans doute en acheter trop chez l'un ou chez l'autre, comme il peut acheter trop de viande chez le boucher, s'il eft glouton , ou trop d'étoffes chez le marchand de drap, s'il veut faire le beau parmi fes compagnons. Il eft avantageux au grand corps des ouvriers, que tous ces commerces foyent libres, quoiqu'on puufe abufer de la liberté dans tous , & qu'il y ait plus à craindre pour l'abus dans certains que dans d'autres. Ajoutez que (i les individus peuvent quelquefois fe ruiner par uns confommation excefSve de liqueurs fermentées, il ne paroît pas vraifemblable que toute une nation s'y ruine v quoique plufleurs excédent à cet égajd la dépenfe qu'ils font en état défaire, il y en a toujours beaucoup plus qui n'y dépenfent pas tout ce qu'ils pourroient y mettre. Une chofe encore qui mérite d'être obfervée , ç'eft que fi nous confultons l'expérience , le bon marché du vin paroît être une caufe non d'ivrognerie , mais de fobriété.

Les habitans des pays de vignobles font généralement les gens les pius fobres de l'Europe , témoins les Eipa* gnols , les Italiens & les habitans des

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provinces méridionales de France. On ne fait guère d'excès dans ce qu'on boit & mange tous les jours. Perfonne n'afFe&e detre libéral & bon "compagnon, en prodiguant une liqueur à auili bon marché que la petite bière.

Au contraire, dans les pays trop chauds ou trop froids pour y avoir des vignes , & où le vin eft par conféquent rare & cher, l'ivrognerie eft un vice commun, ainfi que parmi les nations du nord & pa/mi celles qni vivent entre les .tropiques , telles , par exemple , que les Nègres de la côte de Guinée.

j'ai fouvent entendu parler d'une observation faite en France, que quand un régiment françois alloit en quartier des provinces feptentrionales, où le vin eft un peu cher, dans les provinces méridionales, où il eft à grand marché, les foldats fe débauchoient d'abord par le bas prix & la bonté du vin j mais qu'après quelques mois de réfidence, la plupart ne buvoient pas plus que le refte des habitans. Si on ôtoit tout-àcoup les droits fur les vins étrangers, & les excifesfur la dreche, la bière & l'aile, on verrait probablement de même une ivrognerie générale & paffagere s'établir dans les rangs moyens

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& inférieurs du peuple, mais qui feroit bientôt fui vie d'une'fobriété prefque univerfelle & permanente. Elle n'eu; pas aujourd'hui le vice des gens du monde , ou de ceux qui ont le moyen de le procurer les liqueurs les plus chères. Un gentilhomme ivre d aile feroit un phénomène parmi nous; d'ailleurs les moyens par lefquels on reftraint le commerce du vin dans la Grande - Bretagne, paroifïènt moins calculés pour empêcher le peuple d'aller* fi je puis le dire, aux cabarets à bière, que d'aller où il'pourroit acheter la meilleure liqueur & la moins chère.

Us favoriient le commerce des vins de Portugal, & découragent celui des vint de France. Les Portugais, dit -on, font de meilleures pratiques pour nos manufactures, que les François , & ils doivent par conséquent être encouragés de préférence. Comme ils nous donnent leur pratique , il eft j lifte de leur donner la nôtre. C'eftainfi'que les petites finelîcs des marchands fubalternes font érigées en maximes politiques pour la conduite d'un grand empire : car i\ n'y a que les marchands les plus fiibalternes, qui le failent une" loi d'employer principalement leurs

pratiques.

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pratiques. Un grand négociant acheté toujours fes marchandées où elles font meilleures & à meilleur compte, fans avoir égard à de petits intérêts de cette efpece.

Telles font cependant les maximes où les nations ont puifé que leur intérêt confiftoit à réduire tous leurs voifins dans la pauvreté. On fait envifager à chacune d'elles , avec un œil d'envie , la profpérité de toutes les autres avec lefquelles elle commerce , & on lui fait regarder leur gain comme une perte pour elle. Le commerce , qui doit naturellement être parmi les nations, comme parmi les individus, un lien d'union & d'amitié , eft devenu la plus féconde fource de difcorde & d'animofité* L'ambition capricieufe des rois & des miniftres n'a pas été plus fatale au repos de l'Europe , dans notre (lecle & le précédent, que l'impertinente jaloufie des marchands & des manufacturiers. La violence & i'iiijuftice de ceux qui gouvernent le mondie, font un ancien mal, auquel je crains fort que la nature des affaires humaines ne laiiTe peu d'apparence de remède. Mais la baffe rapacité , Fefprit de monopole des marchands & des manu.

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