Tome IV. C
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facturiers , qui ne font , ni ne doivent être les maitres du monde, font un autre mal, peut- être incorrigible, maig dont il feroit fort aifé d'arrêter les plus mauvais effets, en l'empêchant de troubler la tranquillité de tout autre que d'eux.
Il eft indubitable que c'en; l'efprit de monopole qui originairement a inventé & propagé cette do&rine, & ceux qui l'ont enfeignée les premiers n'étoient pas, à beaucoup près, fi fous que ceux qui l'ont crue. Dans tout pays il eft , & il eft impoiîible qu'il ne îbit pas de l'intérêt du grand corps du peuple, d'acheter ce dont ilabefoinde ceux qui le vendent meilleur marché, La propofition eft G. évidente, qu'il paroit ridicule de fe mettre en frais pour la prouver , & jamais on ne l'eût mife en queftion , Ci les fophifmes intéreffés des marchands & des manufacturiers n'avoient brouillé le fens commun des hommes. Leur intérêt , à cet égard , eft directement oppofé à celui du grand corps du peuple. Comme il eft de Vintérèt de ceux qui ont obtenu la maîtrife dans une corporation, d'empêcher que le refte des habitans fe ferve d'autres ouvriers qu'eux, de même il eft
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de l'intérêt des marchands & des manufacturiers de chaque pays, de s'augurer le monopole du marché intérieur.
De là, dans la Grande - Bretagne & dans la plupart des autres pays de l'Europe, les impofitions extraordinaires fine prefque toutes les marchandifes importées par des marchands étrangers.
De là les gros droits & les prohibitions fur toutes ces manufactures étrangères qui peuvent entrer en concurrence avec les nôtres. De là les empêchemens extraordinaires mis à l'importation de prefque toutes les fortes de marchandifes venant des pays avec lefquels on fuppofe que la balance du commerce eft défavantageufe , c'eft - à - dire , des pays qui font l'objet de la plus violente animofïté nationale.
Cependant la richeife d'un pays voifin, quoique dangereufe en guerre & en politique, eft certainement a vantageufe dans le commerce. Dans un état d'hoftilité, elle peut fournir à nos ennemis les moyens d'entretenir des flottes & des armées fupérieures aux nôtres ; mais dans un état de paix & de commerce, elle doit pareillement la mettre dans le eas de faire avea nous des échanges pour une plus gran«
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de valeur , & de nous fournir un marché plus confidérable , (bit pour le produit immédiat de notre propre industrie, foit pour tout ce que nous achetons avec ce produit. Un homme riche doit être naturellement une meilleure pratique qu'un pauvre, pour les gens industrieux de ion voifinage; il en eft de même d'une nation riche : il eft vrai qu'un homme riche qui eft lui-même un manufacturier, eft un voifîn dangereux pour tous ceux qui commercent dans le même genre que lui. Cependant tout le relie duvoifinage, qui eft fans comparaifon le plus grand nombre, profite du marché qu'ouvre fa dépenfe -, ils profitent même de ce qu'il vend à meilleur compte que d'autres plus pauvres qui font le même négoce.
Les manufacturiers d'une nation riche peuvent fans doute être aufîî de dangereux rivaux pour ceux de leurs voilais: cette rivalité eft cependant avantageufeau grand corps du peuple, qui profite d'ailleurs beaucoup par le marché confidérable que lui fournit ladépenfe d'une telle nation dans tout autre genre. Les particuliers qui veulent faire fortune ne fongent jamais à fe mirer dans les provinces pauvres &
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éloignées ; ils fe rendent à la capitale, ou dans quelqu'une des grandes villes commerçantes du pays; ils favend qu'où il circule beaucoup de richeiTes , ils pourront en avoir leur part, & qu'il y a peu à gagner où il n'y en a guère en mouvement. Les mêmes maximes qui dirigent ainfi le fens eommun d'un, de dix ou de vingt individus, devroient bien régler le jugement d'un , de dix ou de vingt millions , & devroient faire regarder à toute une nation les richeCfes de fes voifins comme une caufe & une occafion probable d'en acquérir elle-même. Une nation qui vou« droit s'enrichir par le commerce étranger , feroit certainement plus à portée de le faire, fi fes voifins étoient tous des nations riches , induftrieufes & commerçantes. Une grande nation environnée de tous côtés par des fauvages errants & des peuple pauvres & barbares , peut fans doute acquérir des richeffes par la culture de fes terres, & par fon commerce intérieur, mais non par le commerce étranger: il femble que ce foit ainfi que les anciens Egyptiens & les Chinois modernes ont acquis unegrande opulence. Les anciens Egyptiens négligeaient , à ce qu'on dit , le commerc©
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étranger -, Se on fait que les Chinois modernes en font un mépris fi fouverain, qu'à peine daignent - ils lui accorder une protection décente par leurs loix. Autant que nos maximes modernes font capables de produire l'effet qu'elles fe propofent, je veux dire, l'appauvriiîernent de tous nos voifins, elles tendent à rendre le commerce même inutile & mépri fable.
Il n'y a point de pays commerçant en Europe, dont les prétendus docteurs de ce fyftême n'ayent fouvent prédit la ruine prochaine fur la balance défavorable du commerce. Après toute l'inquiétude qu'ils ont donnée fur ce fujet, après toutes les vaines tentatives de prefque toutes les nations commerçantes , pour tourner cette balance en leur faveur , il ne paroît pas cependant qu'aucune nation de l'Europe ait été appauvrie par cette caufe : au contraire , en proportion que chaque pays, chaque ville à ouvert fes ports , au lieu ' d'être ruinés par cette liberté du commerce, ainfi qu'on devoir s'y attendre d'après les principes de ce beau fyftême , ils fe font enrichis : je dis m proportion j car il y a peu de villes en Europe qui 3 à certains égards , méritent
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le no ai de ports francs , & il n'y a pas un feul pays où le commerce étranger joie libre. La Hollande approche peutêtre le plus de ce caractère , quoiqu'elle en foit encore bien éloignée, & il eft reconnu que la Hollande tire nonfeulement toute fa richeffe, mais même une grande partie de fa fubfiftance néceffaire , du commerce étranger.
Il y a véritablement une autre balance, déjà expliquée ci- devant, trèsdifférente de la balance du commerce, & qui , félon qu'elle vient à être favorable ou défavorable., occaGonne néceffairement la profpérké ou la décadence d'une nation. Ceft la balance du produit annuel & de la confommation : l'on a déjà obfervé que fi la valeur échangeable du produit annuel excède celle de la confommation annuelle , le capital de la fociété doit augmenter annuellement , en proportion de cet excédent. La fociété 3 dans ce cas, vit de fon revenu , & ce qu'elle épargne fur ce revenu , eft naturellement ajouté à fon capital, & employé de manière que le produit annuel en devient encore plus grand. Si au contraire la valeur échangeable du pro- 1 •luit annuel eft au deffous de la confond
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mation annuelle , il faut que le capital de la fociété diminue annuellement, en proportion de ce déficit. Sa dépenfe excède alors fon revenu, & prend néceifairement fur fon capital. Son capital par conféquent doit nécessairement décheoir , & avec lui la valeur échangeable du produit annuel de fon in- «iuftrie.-
La balance du produit & de la consommation eft entièrement diiférente de ce qu'on appelle la balance du commerce : elle peut s'établir dans une nation qui n'auroit point de commerce étranger, mais qui feroit abfoîument féparée du refte du monde ; elle peut avoir lieu fur tout le globe terreftre, dont la richeffe , la population & les progrès peuvent croître ou décroître par degrés.
La balance du produit & de îa conformation peut être conltamment en faveur d'une nation , quoique ce qu'on appelle la balance du commerce foit généralement contr'elle. Une nation peut importer pour une plus grande valeur qu'elle n'exporte, peut-être un demi- fiecle de fuite : l'or & l'argent qui lui viennent durant tout ce tems, peuvent être envoyés fur le champ hors
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du pays; fa monnoie circulante peut tomber graduellement, & différentes fortes de papier- monnoie en prendre la place: enfin les dettes même qu'elle contracte chez les principales nations avec lefquelles elle commerce, peuvent aller toujours en croiifant; & cependant il peut fe faire que fa richeffe réelle , que la valeur échangeable du produit de fes terres & de fon travail, ayent augmenté durant ce même efpace de tems en beaucoup plus grande proportion i l'état de nos colonies de l'Amérique Septentrionale, & le commerce qu'elles faifoient avec la Grande-Bretagne avant ces derniers troubles , font une preuve que cette fuppofition n'eft nullement impoiTible.