‹ Recherches sur la production artificielle des monstruosités, ou, Essais de tératogénie expérimentale (volume 2)Chapitre 27 sur 50 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DES CONDITIONS DE LA VIE ET DE LA MORT CHEZ LES MONSTRES SIMPLES AUTOSITES.

Sommaire, 19 Précocité de la mort des embryons monstrueux qui appartiennent à la

classe des oiseaux. — 2° Causes de cette mort précoce. Anémie simple. — 30 Anémie compliquée d’'hydropisie, — 4° Asphyxie.

Tous les faits de tératogénie que je viens de décrire dans le chapitre précédent donnent la démonstration complète d’une proposition émise au commencement de cet ouvrage : la répétition, chez les oiseaux, des types lératologiques décrits chez l'homme et chez les mammifères !. Ce fait était, avant mes recherches, presque entièrement ignoré. On ne connaissait jusqu'alors, chez les oiseaux, qu'un petit nombre de cas de cyclopie.

Ce fait résulte uniquement, je l'ai déjà dit?, d'une différence de viabilité. Les monstres simples aulosites, qui se produisent chez les mammifères, et qui, attachés par le placenta aux parois de la cavité utérine, y vivent en parasites d’une vie d'emprunt, peuvent atteindre, sans périr, l’époque de la naissance. Tout au plus, dans certains cas, cette époque est-elle un peu avancée. Les monstres simples autosites, qui se produisent dans l’œuf des oiseaux, et qui vivent, en dehors de la coquille, d’une manière tout à fait indépendante de l'organisme maternel, périssent ordinairement à une certaine époque de l’incubation, plus ou moins longtemps avant l’éclosion.

Je suis convaincu que, si l’on étudiait avec soin les œufs qui ne réussissent pas dans l’incubalion naturelle ou artificielle, on y trouverait fréquemment des monstres. C’est ainsi, par exemple, que M. Panum s'est procuré la plupart des éléments de son livre. Mes expériences, faites sur une très-grande échelle, et dans le but d'étudier les diverses questions de la tératogénie, m'ont permis de constater l'existence de ce fait très-général, que les monstres simples produits chez les oiseaux périssent fatalement avant l’éclosion.

1 Voir le chapitre 1v de la dre partie, 2 Voir p. 193,

DES CONDITIONS DE LA VIE ET DE LA MORT. 271 D'où provient cette différence de viabilité? Et comment peut-on comprendre que les mêmes organisations monstrueuses aient, si l'on peut parler ainsi, des destinées différentes, suivant les classes dans lesquelles elles se produisent ? Le temps n'est pas encore venu où l'on pourra traiter la question dans son ensemble, Pour le moment, je dois me borner à faire connaître les deux événements pathologiques qui font, le plus ordinairement, périr les monstres pendant l'incubation, Ces deux événements sont l’anémie et l’asphyxie. Je ne puis cependant affirmer qu'il n’y ait pas d'autres causes de mort pour les embryons monstrueux.

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La nature de l’anémie à été parfaitement mise en lumière, il y a trente-cinq ans, par les célèbres travaux de MM. Andral et Gavarret". Cette maladie est essentiellement caractérisée par une diminution notable de la quantité des globules du sang.

Ce fait est très-fréquent dans le sang des embryons mis à l’incubation dans des conditions anormales *. Sans doute, je n'ai pu soumettre le sang des embryons à l'analyse quantitative. Mais, à défaut de procédés chimiques, l'examen microscopique m'a permis de constater une diminution de la quantité des globules, bien plus considérable souvent que celle que l'on observe chez les adultes. Cette diminution est même le plus ordinairement appréciable à la vue simple, car la couleur du sang est beaucoup moins intense que dans l’état normal, et parfois mème elle disparaît entièrement. Le sang est alors incolore et transparent, et le très-petit nombre de globules que l’on peut encore y constater à l’aide du microscope est trop insuffisant pour lui donner même une légère coloration.

L'anémie se produit donc chez l'embryon de la même manière que chez l'adulte, et même, le plus ordinairement, avec une gravité tout exceptionnelle : car on n’a jamais signalé chez l'adulte l'existence d’un sang complétement incolore.

L'anémie de l'embryon, ou la diminution plus ou moins complète du nombre des globules qui circulent dans l'appareil vasculaire, se produit de deux manières bien distinctes. Elle résulte tantôt du dé-

1 AxDRAL €t GAVARRET, Recherches sur les modifications de proportion de quelques principes du sang, ele., dans les Ann. de physique et de chimie, 2e série, t. LXV, 1840.

2 Danesre, Sur l'anémie des embryons, dans les Archives de zoologie expérimen tale, t. 1, p. 169.

272 DES CONDITIONS DE LA VIE ET DE LA MORT faut de formation des globules, et tantôt de l'impossibilité, pour ces globules, de pénétrer dans le cœur et dans l'appareil circulatoire de l'embryon. Il y a là deux événements pathologiques bien distincts, et, par conséquent, deux causes de mort pour l'embryon.

La première forme d’anémie, celle qui résulte du défaut de formation des globules, n'est pas nécessairement liée à la production des monstruosités ; elle n’est ni la cause ni l'effet de faits tératologiques ; mais elle les accompagne fréquemment, parce qu’elle résulte, comme ces faits, de certaines modifications dans les conditions extérieures de l'évolution. Je l'ai constatée, en effet, dans trois circonstances qui peuvent également donner naissance à des monstres : 4° lorsque la température d'incubation est relativement basse (de 28 à 35 degrés); 2 lorsque l'œuf est soumis partiellement à une température assez basse, comme cela arrive pendant l'hiver, dans la couveuse à air libre; 3° lorsque la coquille de l'œuf est recouverte partiellement par une couche d’un vernis complet, ou totalement par une couche d'un vernis incomplet !, L’anémie et la monstruosité peuvent alors Coexister, comme les effets d'une mème cause ; mais ce n’est alors qu'une simple coexistence, comme le prouvent les cas dans lesquels elles ne sont point associées.

L'action de causes extérieures sur la production de l’anémie est parfaitement prouvée par ce fait, que, lorsque ces causes agissent localement, on voit souvent que le défaut de production des globules se produit également d’une manière locale. Ainsi, dans la couveuse à air libre, la partie du feuillet vasculaire la plus éloignée de la source de chaleur présente souvent une diminution très-notable dans la quantité des globules, fait rendu très-manifeste par la déformation elliptique de cette couche, dont j'ai décrit le mode de production. Ce fait est encore bien plus marqué lorsque la température de la pièce où est situé l’appareil est elle-même relativement basse. Il en est de même avec l’application locale d’un vernis sur la coquille. La formation des globules est notablement diminuée dans toutes les parties du feuillet vasculaire qui sont préservées de l'accès de l'air.

Ces faits, très-intéressants au point de vue de la physiologie générale, prouvent que la formation des globules exige deux conditions : une certaine température et l’action de l'air, ou plutôt de l'oxygène.

1 J'appelle vernis complets ceux qui détruisent complétement la porosité de la coquille, et vernis incomplets ceux qui ne la détruisent que partiellement. Voir le S 4 du chapitre 1 de la 1re partie.

CHEZ LES MONSTRES SIMPLES AUTOSITES. 273 Ils nous expliquent très-probablement le mode de production d'un certain nombre d'états anémiques chez l'adulte.

C'est un fait curieux de voir que les globules du sang, agents essentiels de la combustion respiratoire, doivent leur origine à l'action de l'air. L'air, qui a traversé la coquille, détermine la production des globules dans les îles de sang; puis, condensé dans ces mêmes globules, il vient se mettre en contact avec les différentes parties de l'organisme, pour y exercer son action comburante. La physiologie végétale présente un fait analogue à bien des égards. La radiation lumineuse détermine la production de la chlorophylle, puis, à l'aide de la chlorophylle, la décomposition de l'acide carbonique, ce fait capital de la vie des plantes.

L'anémie simple ne modifie pas l’organisation de l'embryon ; mais quand elle atteint un certain degré, elle le fait périr. L'embryon anémique est remarquable par sa pâleur ; il périt ordinairement de bonne heure, avant l'établissement de la respiration allantoïdienne.

Il est très-probable que l'on ferait vivre les embryons anémiques, en provoquant la formation des globules par une élévation de température, ou par l’ablation des couches de vernis.

Les embryons monstrueux périssent par anémie, lorsqu'ils ont été produits par les conditions mêmes qui produisent l’anémie, c'està-dire par l’action d’une température basse ou par l'application des vernis. Mais, ainsi que je l’ai dit, leur mort est alors la conséquence d'un fait complétement étranger à la tératogénie.

Une seconde forme d'anémie, beaucoup plus grave que la précédente, est celle qui se produit lorsque les globules, bien que se formant en abondance dans les îles de sang, ne peuvent pénétrer dans le cœur et dans l'appareil vasculaire de l'embryon.

Cette forme de l'anémie est toujours le résultat d'un événement tératologique, l'arrêt de développement des îles de sang, lieu de production des globules.

Lorsque ce fait se produit, le sang sur lequel bat le cœur, et qu'il envoie par le système artériel dans les diverses parties de l'embryon, reste incolore et transparent, comme il l’est toujours au début, avant que ses cavités se soient mises en communication avec le réseau capillaire de l'aire vasculaire. Or, ce liquide incolore ne diffère pas seu-

lement du sang normal par l'absence des globules ; ilen diffère encore . para propriété physiologique qu'il possède de rendre hydropiques les üssus de l'embryon avec lesquels il se met en contact, propriété qui semble indiquer l'absence ou du moins la diminution de l’albumine.

Je me borne à rappeler ces faits. Je les ai décrits dans un autre chapitre *. Je rappelle seulement que l'anémie, et l’hydropisie qui en est la conséquence, amènent toujours, plus ou moins rapidement, la désorganisation et la mort de l'embryon.

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