DANS LES DIFFÉRENTS TYPES DE LA MONSTRUOSITÉ DOUBLE
ou bien deux gouttières juxtaposées et séparées l’une de l'autre par une traînée de prévertèbres. Alors les deux têtes étaient primitivement séparées; mais, pendant l'évolution, elles se rapprochaient l’une de l’autre et se soudaient en une têle unique.
Il est évident pour moi que dans le premier cas il se constituait deux colonnes vertébrales rapprochées, mais distinctes; que, dans le second, il ne se constituait qu'une colonne vertébrale unique, mais contenant peut-être, en plus ou moins grande quantité, les éléments de deux colonnes vertébrales.
Je ne chercherai pas ici à déterminer les différents types de la monstruosité double qui se seraient ainsi constilués si ces monstres avaient continué à vivre. L'organisation des poissons est, à certains égards, trop différente de celle des vertébrés supérieurs pour que l’on puisse faire cette détermination d'une manière précise. Je veux seulement montrer comment les faits observés par Lereboullet peuvent nous servir, dans une certaine mesure, à expliquer les monstruosités doubles par union latérale chez les vertébrés supérieurs.
Il y à certains types de la monstruosité double par union latérale, dans lesquels les colonnes vertébrales sont très-rapprochées, tout en restant distinctes l’une de l’autre. Tels sont les types de la xiphodymie et de la dérodymie. Evidemment nous pouvons les expliquer à l'aide du premier cas observé par Lereboullet. Deux bandelettes embryonnaires, ayant chacune leur gouttière cérébro-spinale, se rapprochent peu à peu, et se soudent par la fusion des prévertèbres. Je dois rappeler ici que les divisions des lames dorsales que l'on appelle les prévertébres, sont des parties primitives aux dépens desquelles se produisent plus tard non-seulement les parties ossseuses des vertèbres, mais encore les muscles de la colonne vertébrale, L'union de ces parties primitives n'entraine donc pas la soudure des colonnes vertébrales.
Dans d'autres types, les colonnes vertébrales des deux sujets composants sont unies dans une partie plus ou moins considérable de leur élendue. Ainsi la colonne vertébrale est unique dans la région sacrée des pygopages; dans la région sacrée et la région lombaire des psodymes ; dans la moitié inférieure de la région dorsale et la région lombaire des rachipages ‘; dans la région dorsale des thoradelphes.
! Le type de la rachipagie est un type nouveau, établi par Deslongchamps en 1851. DesLoxGcuauPs, Mémoire sur un monstre double monomphalien conslifuant un genre
Elle est unique dans toute l'étendue du corps, mais se bifurque dans la région sacrée des iléadelphes, Elle est unique dans toute l'étendue du tronc des monstres monôsomiens.
L'unité partielle ou totale de la colonne vertébrale indique nécessairement, pour moi, la fusion très-précoce des bandelettes embryonnaires, fusion nécessairement antérieure à la formation des premiers éléments de l'axe cérébro-spinal, la gouttière primitive et le sillon médullaire. J'ai la conviction que, là comme partout, les organes définitifs apparaissent d'emblée dans des blastèmes préparés à l'avance, il faut done que les disques embryonnaires se soudent avant l'apparition de la gouttière primitive. Sans doute il peut se faire que deux goullières primitives soient Juxtaposées : cela résulte de plusieurs observations de Lereboullet et d’une observation qui m'est personnelle, dans lesquelles les deux gouttières, très-voisines lune de l'autre, étaient séparées par une bande très-étroite de prévertèbres. Dans ce cas, la colonne vertébrale unique aurait présenté en plus ou moins grand nombre les éléments de deux colonnes vertébrales. Mais il y à certainement des cas où la colonne vertébrale est simple.
Cette soudure, ou plutôt cette fusion des deux disques embryonpaires en un seul, n’a pas été constatée, jusqu’à présent, par l’observation. J'avoue franchement cette lacune de mes recherches, et je comprends que, dans des cas pareils, les physiologistes invoquent la théorie du dédoublement. Toutefois, je dois faire remarquer que, dans plusieurs observations relatives à ces monstres dont la colonne vertébrale était unique, Lereboullet a constaté l'union progressive des têtes, fait absolument contraire à l’idée du dédoublement. Pour ma part, je ne puis que rappeler ce que j'ai dit déjà, que si la monstruosité double résultait du dédoublement accidentel d’un embryon primitivement simple, je l'aurais probablement produite dans mes expériences, comme j'ai produit les divers types de la monstruosité simple. J'espère, d’ailleurs, que quelque rencontre heureuse me donnera quelque jour la vérilication de mon hypothèse. Mais dans les recherches scientifiques, comme dans toutes les conditions de la vie, il y a bien des circonstances où il faut savoir attendre et se résiuner à attendre.
Une question se pose à l’occasion de ces faits d'unité de la colonne
nouveau désigné sous le nom de rachipage, dans les Mém. de la Soc. de biol., re sér., t. 111, p.221, 4851,
DANS LES DIFFÉRENTS TYPES DE LA MONSTRUOSITE DOUBLE, 345% vertébrale. Comment peut-on comprendre le cas où la soudure n’est que partielle ?
Cette diflicullé n'existe qu'en apparence, La bandelette embryonnaire et la gouttière qu'elle présente à un certain moment ne sont pas toujours rectilignes, el présentent souvent une incurvation. Ne peuton pas admettre que lorsque deux embryons se développent sur une mème cicatricule, les deux bandelettes embryonnaires soient, dans
certains cas, incurvées de manière à se faire face par leurs convexités.
FiG. 6, — Reproduction de la figure donnée par Allen Thomson.
Et cela n’est pas une hypothèse. Nous voyons ce fait réalisé dans une observation d’Allen Thomson, Ce savant a vu deux bandelettes embryonnaires, possédant chacune leur gouttière primitive et coexistant sur la cicatricule d'un œuf d'oie. Ces bandelettes embryonnaires présentaient une courbure très-manifeste, et se faisaient face par leurs convexités. Il est donc tout naturel de penser que lorsque deux bandelettes embryonnaires ainsi recourbées viennent s'unir l’une à l’autre, elles puissent ne s'unir que par leur convexité, et que, par suite, la gouttière primitive soit simple en certains points et double en d’autres. Le corps sera donc simple dans certaines régions, double dans d'autres, ainsi que les parties qui existent dans ces diverses régions.
Il me resterait maintenant à faire connaître le mode d'union des embryons dans les types, peu nombreux, d'ailleurs, de monstres dou-
{ ALLEN THomsox, loc. cil., fig. 1 et 2.
bles parasitaires, où l'union parait ne pas se faire entre les parties similaires.
Tels sont les types qui appartiennent à la famille des hétérotypiens, et qui sont désignés sous les noms d'Æétéropage, Hétéradelphe, Hétérodyme. Tels sont aussi un certain nombre de monstres de la famille des polyméliens.
Je serai très-bref sur ce sujet, faute d'observations personnelles. J'ai observé une fois un hétérodyme ; mais il était mort et en partie décomposé.
Je crois cependant qu’il est possible de rattacher un certain nombre de ces cas, les hétérotypiens, par exemple, à la règle générale. Ici l'union s'est faite très-probablement par les parties similaires; mais l'embryon parasite ne s'est complété que sur quelques points et par la formation de certains tissus, par exemple les éléments de la peau et du tissu cellulaire; tandis que les éléments du squelette ne se sont formés qu'en partie, dans certaines places, et que les éléments du système musculaire font presque entièrement défaut.
Quant aux monstres polyméliens, l'explication de certains types présente, dans l’état actuel, des difficultés absolument insurmontables. Je ne puis actuellement, en aucune facon, me rendre compte de l’union d'un membre, avec le dos dans les notomèles, ou avec la tète dans les céphalomèles. Ici nous ne pouvons qu'attendre. Un jour viendra sans doute où nous rencontrerons des faits qui nous mettront sur la voie, et qui nous donneront l'explication de ces organisations étranges.
PR