‹ Recherches sur la production artificielle des monstruosités, ou, Essais de Tératogénie expérimentaleChapitre 25 sur 68 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L*INGUBATION. CONDITIONS ACCIDENTELLES

SouuAiRE. — 1* Position verticale des œufs. — 2" Indication de quelques autres conditions accidentelles.

Je n'ai employé, dans mes expériences, qu'une seule méthode tératogénique empruntée à des causes accidentelles et complètement étrangères à celles qui agissent dans les conditions normales : c'est l'incubation des œufs dans la position verticale. Je l'avais employée, dès le début de mes recherches, en suivant les indications de Geoffroy Saint- Hilaire ; mais j'y ai presque entièrement renoncé, parce que j'ai reconnu qu'elle ne me donnait rien de plus que ce que je pouvais obtenir, beaucoup plus simplement, par d'autres méthodes.

Si le jaune et la cicatricule occupaient, dans la coquille, une position absolument invariable, la position verticale de l'œuf pourrait peut-être changer les conditions de l'évolution. Mais il n'en est rien. Ainsi que je l'ai plusieurs fois répété, le jaune et l'albumine qui l'entoure changent de place dans l'intérieur de la coquille, toutes les fois que Tœuf lui-même est déplacé. Le jaune vient toujours se placer au point culminant, de telle façon que la cicatricule occupe toujours le point culminant de sa surface. L'embryon, lorsqu'il se développe dans le blastoderme, est donc, du moins au début, placé toujours horizontalement, quelle que soit d'ailleurs la position de l'œuf, horizontale, verticale ou oblique.

J'ai cependant obtenu des monstres en soumettant à l'incubation des œufs placés verticalement; mais j'ai tout lieu de croire que, le plus ordinairement du moins, la position verticale n'était pour rien dans leur production, et qu'ils devaient leur origine à une cause tout autre, l'immobilité. Pour mettre les œufs dans la position verticale, je les fixais avec du mastic à la paroi inférieure de la couveuse, tantôt sur le

pôle aigu et tantôt sur le pôle obtus. Ils conservaient donc une position immuable pendant toute la durée de l'incubation. Or j'ai montré précédemment comment l'immobilité des œufs peut, dans certains cas, troubler l'évolution et produire des anomalies.

Les anomalies, ainsi produites, résultent de la compression de l'embryon contre la membrane vitelline ou contre la coquille. J'ai constaté qu'elles sont plus fréquentes lorsque le pôle aigu de l'œuf est en baut, plus rares au contraire lorsqu'il est en bas. Cela s'explique facilement. Dans le premier cas, l'embryon, au troisième jour, n'est séparé de la coquille que par l'interposition de la membrane vitelline; et un peu plus tard, quand cette membrane a commencé à se déchirer, il est immédiatement en contact avec la coquille elle-même. II peut, par conséquent, se comprimer contre la membrane vitelline et contre la coquille, et même se coller à cette dernière, lorsque la membrane vitelline s'est déchirée. Dans le second cas, lorsque le pôle aigu est en bas, et lorsque, par conséquent, le pôle obtus est en haut, l'embryon n'est pas en contact, même médiat, avec la coquille dont il est séparé par la chambre à air. Il est bien en contact immédiat avec la membrane vitelline, et en contact médiat avec la lame de la membrane coquillière qui forme la paroi inférieure de la chambre à air; il peut donc, dans une certaine mesure, se comprimer contre ces membranes; mais il n'a point de contact avec la coquille elle-même, et il est ainsi à l'abri de la cause la plus active de la compression K

Si ^immobilité est la principale, sinon l'unique cause de la production des monstres dans l'incubation verticale, elle doit y produire aussi ses autres effets, l'arrêt de développement de la vésicule blastodermique, l'arrêt de développement de l'allantoTde, la non-pénétration du jaune dans la cavité abdominale, l'impossibilité de l'éclosion.

Il serait possible d'ailleurs de démontrer l'exactitude de cette manière de voir, en faisant l'expérience inverse, c'est-à-dire en retournant tous les jours les œufs soumis à l'incubation dans la position verticale. On saura alors si cette condition peut agir sur l'embryon, autrement que par l'immobilité.

Cependant la position verticale, si elle ne produit pas, par ellemême, des anomalies, peut cependant exercer une influence nuisible

* Je dois faire remarquer à celte occasion que les œufs secoués m'ont déjà présenté un fait analogue. Les secousses sont beaucoup plus nuisibles lorsque l'œuf est placé verticalement la pointe en haut que lorsqu'il est placé verticalement la pointe en bas. Voir p. 107.

sur l'embryon à une certaine époque de son existence, influence absolument étrangère à rimmobilité.

Dans les conditions ordinaires, l'embryon, lorsqu'il se développe dans le blastoderme, est dans une position horizontale, position qu*il garde pendant toute l'incubation. Mais, au début de l'incubation, il est placé de telle façon que l'axe de son corps est perpendiculaire au grand axe de l'œuf. Plus tard, sa position change. L'axe du corps de l'embryon se place parallèlement au grand axe de l'œuf, et de telle façon que la tôte, placée dans le voisinage de la chambre à air, se rapproche du p61e obtus, tandis que l'extrémité pelvienne se dirige vers le pôle aigu.

Dans l'incubation verticale, les choses se passent autrement. Au début, l'embryon est placé horizontalement, et son axe est toujours perpendiculaire au grand axe de l'œuf. Mais, lorsque l'embryon se déplace pour que son axe devienne parallèle au grand axe de l'œuf, il quitte nécessairement la position horizontale pour prendre la position verticale, et alors la tète de l'embryon sera tantôt à l'extrémité supérieure du grand axe de l'œuf, et tantôt à l'extrémité inférieure, suivant que le pôle obtus, où se forme la chambre à air, sera en haut ou en bas*. L'évolution de l'embryon, après son changement de place, se ferait-elle de la même façon dans la position verticale que dans la position horizontale ?

Un physiologiste de Vienne, Liharzick, s'est posé la question et il a fait des expériences pour y répondre. Il admet que, dans la position verticale, la partie inférieure prend un volume relativement plus considérable que la partie supérieure : ainsi la tête serait notablement plus volumineuse, et l'extrémité pelvienne moins volumineuse, lorsque l'embryon aurait la tôte en bas, au lieu d'avoir conservé la position horizontale. Le fait inverse se produirait, lorsque l'embryon aurait la tôte en haut et l'extrémité pelvienne en bas*. Liharzick croit pouvoir expliquer ces faits par l'action de la pesanteur. J'ai répété ces expériences, et je n'ai rien vu de pareil. Je dois dire cependant que je ne suis pas en mesure de contiedire absolument les faits annoncés par Liharzick. Il me faudrait pour cela des expériences beaucoup plus nombreuses, et surtout plus variées.

* A supposer, bien entendu, que les choses se passeraient dans la position verticale exactement comme dans la position horizontale. II est évident qu'on pareille matière, on doit toujours ne juger que par les faits.

* Liharzick, Das Gesetz des menschlichen WachUhums^ 1^8, p. 16 et suiv.

Mais, quoi qu'il en soitje pense que la position verticale de Tembryon ne peut pas ne pas modifier, dans une certaine mesure, les conditions de son développement, en modiQant ses relations avec le jaune et avec Tallantoîde. Il serait intéressant de savoir si l'embryon primitivement horizontal ne pourrait pas, dans certains cas, conserver toujours cette position, et périr au bout d'un certain temps, par l'effet de cette attitude yicieuse. Il serait également intéressant de savoir comment le jaune et l'allantoîde se placent dans l'intérieur delà coquille, lorsque l'embryon est devenu vertical. Et ces positions du jaune et de l'allantoîde ne sont évidemment pas les mêmes, lorsque la tète de l'embryon est placée à l'extrémité supérieure ou à l'extrémité inférieure. Je ne puis, pour le moment, donner aucune indication sur ce sujet, parce que, dans mes recherches sur la tératogénie, j'ai rarement dépassé le 5® ou 6«jour de l'incubation, sachant qu'à cette époque toutes les anomalies embryonnaires se sont déjà produites.

Les considérations que je viens de présenter nous conduisent d'ail* leurs à admettre que les effets de l'évolution dans la position verticale doivent être très variés. C'est ce qui explique très probablement les divergences d'opinions des auteurs qui en ont parlé. C'est ainsi que Réaamur affirme que la plupart des œufs qu'il a fait couver dans la position verticale ont donné des poulets éclos spontanément, tandis que Baer aurait vu presque toujours les embryons périr dans cette condition *. On arriverait certainement à rendre compte de ces divergences, en reprenant les expériences sur une grande échelle, et en déterminant avec exactitudeles conditions dans lesquelles les embryons se développent, et leurs positions dans l'intérieur de la coquille. Mais ce travail n'aurait qu'un intérêt médiocre. La position verticale des œufs ne donnera jamais qu'une méthode tératogénique très imparfaite, et qui, au point de vue delà production des monstres, me paraît devoir être complètement abandonnée.

La position verticale des œufs est la seule méthode tératogénique, fondée sur l'intervention, dans l'incubation, de conditions accidentelles, que j'aie employée dans mes expériences.

Il est évident que l'on peut imaginer un nombre indéfini de méthodes

' RéAUMUR, Art de faire éclore^ etc., 1. 1, p. 150 et suiv. — Baer, dans la Physiologie de Burdaeh, t. III, p. 281 à 297.

tératogéniques, en faisant intervenir des causes qui, dans l'état ordinaire, n'agissent point sur l'évolution. Si l'action de ces causes n'est pas assez intense pour faire périr le germe, ou l'embryon auquel il donne naissance, elles produiront nécessairement un trouble de l'évolution.

Ces études auraient évidemment un grand intérêt. Je ne pense cependant pas qu'elles conduisent à produire des anomalies autres que celles que j'ai obtenues par de simples modifications des conditions de l'évolution normale. Mais elles pourraient répandre de vives lumières sur la question encore si obscure de l'influence des milieux sur les êtres vivants.

Parmi ces causes accidentelles, il en est une, à laquelle plusieurs personnes ont déjà pensé : c'est l'électricité. On a signalé, de tout temps, l'influence des orages sur la réussite des couvées, influence que l'on cherchait dès l'antiquité, et que l'on cherche encore aujourd'hui, comme on le faisait du temps de Pline, à neutraliser en plaçant un clou de fer au-dessous des œufs en incubation. Les parois métalliques de mes couveuses annulent l'influence de l'électricité de l'air. Mais elle pourrait probablement agir dans les couveuses sans feu, lorsqu'elles sont construites en bois, et que le réservoir d'eau est un sac en caoutchouc.

Quand on pense à l'action de l'électricité sur les êtres vivants, on doit nécessairement se demander si elle n'influerait pas, d'une manière quelconque, sur l'évolution.

Lorsque les physiciens commencèrent, au siècle dernier, à étudier les phénomènes électriques, ils ne pouvaient laisser de c6té l'influence de ces phénomènes sur les êtres vivants. Un chimiste prussien, Achard, qui construisit la première fabrique de sucre de betterave, a même écrit un mémoire dans lequel il prétend avoir fait éclore des poulets en substituant à l'action de la chaleur celle d'une machine électrique. Cela est évidemment inadmissible. Dans notre siècle, divers physiologistes ont essayé de modifier l'évolution embryonnaire par l'emploi de l'électricité.

. Prévost et Dumas disent avoir produit des monstres par l'emploi de courants électriques; mais ils se bornent à cette simple indication; ils ne parlent ni des procédés employés, ni des résultats obtenus *.

Lombardini a soumis des œufs couvés depuis quelques jours (du â^

1 Prévost et Duius, Mémoire sur le développemenl du poulet dans Vœuf^ dans les Ann, des Se, nat., V* série, t. XII, p. 417.

au 9*^ jour) à l'action des courants de la pile de Bunsen, des courants d'induction ou des secousses de la bouteille de Leyde*.

Dans certains cas, l'évolution n'a pas été modifiée; dans d'autres, il y a eu diverses modifications, les unes tératologiques et les autres pathologiques. Comme les faits tératologiques ne se produisent que pendant les premiers temps de l'incubation, je me demande, comme je l'ai déjà dit, si ceux que Lombardini a observés dans ses expériences n'auraient pas été produits par des causes tout autres que l'électricité V

Ces expériences devraient donc être reprises d'une autre façon. Il faudrait soumettre les œufs, dès la mise en incubation, à l'action continue de courants électriques, assez peu intenses pour ne pas produire la désorganisation et la mort. On obtiendra certainement ainsi des résultats intéressants, et d'ailleurs complètement inattendus.

On pourrait également étudier l'évolution de l'embryon dans des atmosphères artificielles'.

J'ai souvent pensé à installer des expériences pour étudier ces deux questions, l'action tératogénique de l'électricité et celle des atmosphères artiQcielles. Mais j'ai toujours reculé, jusqu'à présent, devant les innombrables difficultés d'exécution que me présenterait l'installalion des appareils nécessaires à leur exécution. Il me faudrait, pour cela, bien des conditions qui me manquent, et, avant tout, un laboratoire plus spacieux que celui dont je puis disposer.

Je n'indiquerai pas ici d'autres méthodes tératogéniques; et je me contenterai de rappeler la condition générale qui doit régir l'emploi de toutes ces méthodes quelles qu'elles soient, condition que j'ai déjà signalée : c'est que l'on ne peut modifier l'évolution et produire des événements tératologiques qu'en agissant sur le germe dès la mise en incubation, ou sur l'embryon dans les quatre premiers jours. Après cette période, on n'obtiendra que des anomalies insignifiantes.

' Lombardini, Forme organiche irregolare negli Uccelli e Batrachidiy p. 75 et raÎY.

« Voir p. 81.

' L'étude de révolution de Fembryon dans des gaz autres que Pair atmosphérique a été tentée à diverses reprises par plusieurs physiologistes ; (Erman, /m, 1818, t. 1, p. 122, — ScHWANN, De necessitate cteris almospherici ad evolutionem pulli in ovo incubito, 1835. — Baudrimont et Martin Saint Ange, Recherches ancU, et phys,, etc., chap. 10, et aussi p. 667 et suiv. — Pott, Versuche ûber die Reepiratian des HOhner'Embryo in einer Sauerslo/fsatmosphâre^deins les Archives de Pfluger, t. 31, p. 268, 1883). Mais ces expériences, d'ailleurs très incomplètes, kûMent entièrement en dehors d'elles la question tératogénique.

Les faits généraux que j*expose dans ce chapitre et dans les chapitres suivants résultent d'un nombre très considérable d'expériences accomplies, depuis douze ans, au laboratoire de tératologie.

J'aurais voulu compléter cette exposition par le récit détaillé de ces expériences; mais je suis contraint d'ajourner ce projet. Il y a, dans toute étude scientifique, deux périodes bien distinctes : la période de la recherche et la période de la démonstration. Je n'ai pas dépassé la première. Jusqu'à présent, je n'ai tenté d'expériences que pour découvrir des faits inconnus. Elles n'ont été» par censé* quent, qu'une succession de tâtonnements et d'essais, et ne m'ont conduit à des résultats certains qu'après avoir été répétées un très grand nombre de fois, et dans les conditions les plus diverses.

Il me resterait maintenant à prouver l'exactitude de toutes les propositions que j'avance; en d'autres termes, à substituer aux expériences de recherches des expériences de démonstration. Il faudrait pour cela soumettre des œufs à l'incubation en réunissant l'ensemble des conditions que je considère comme nécessaires à l'évolution normale. En faisant varier l'une quelconque de ces conditions, on arriverait certainement à mettre son rôle en pleine évidence. Il serait d'ailleurs intéressant de compléter ces recherches par l'élude de l'action simultanée de causes dilTérentes; par exemple, en faisant intervenir l'âge des œufs dans toutes les questions relatives à l'influence des températures relativement basses ou relativement élevées. C'est un travail que je compte aborder un jour. Mais il me faudrait, pour l'entreprendre avec quelque chance de succès, des éléments de travail qui m'ont toujours fait défaut.

J'aurais besoin, en effet, d'un poulailler pourvu d'un grand nombre de poules, afin de pouvoir me procurer, moi-même, tous les œufs que je mets en expérience. L'âge des œufs, et la manière dont on les conserve jusqu'à la mise en incubation, exercent une grande influence sur l'évolution embryonnaire. Tant que je serai contraint, comme je l'ai été jusqu'à présent, d'acheter les œufs qui servent à mes études, et de me contenter des renseignements donnés par les personnes auxquelles je les achète, il me sera très difficile d'arriver à apprécier exactement les conditions qui peuvent agir entre la ponte et la mise en incubation. Comment établir, par exemple, l'influence de l'âge des œufs dans la production des anomalies, si, pour connaître la date de la ponte, on doit se rapporter au dire de personnes indiiîérentes, et qui même peuvent avoir intérêt à ne pas dire la vérité? En matière de science, nous ne pouvons ajouter foi qu'à ce que nous avons constaté nous-mêmes.

Si je puis surmonter ces difficultés et installer des expériences dans des conditions complètement satisfaisantes, je reprendrai ce travail. On pourra voir alors que tous les faits généraux énoncés dans cette première partie de mon livre résultent de l'étude d'un nombre extrêmement considérable de faits de détail, lentement et péniblement recueillis.

Voici la description de l'étuve d'Arsonval. Je l'emprunte textuellement à une Nolice sur le$ appareils à température constante de M, A. (fArsonval^ construits par V. WiESNEGG, 1877 :

• Cette étuve se compose de deux vases cylindro-coniques concentriques limi-

tant deux cavités : Tune centrale qui est Tenceinte qu'on veut maintenir à une température constante, l'autre annulaire que Ton remplit par la douille et qui constitue le matelas liquide soumis à l'action du foyer. Ce matelas d'eau distribue régulièrement la chaleur autour de l'enceinte et l'empêche de subir de brusques variations de température; il mérite donc bien le nom de volant de chaleur que lui a donné M. Schlœsing.

M. d'Ârsonval a eu l'idée d'utiliser les variations de volume de cette masse de liquide pour régler le passage du gaz allant au brûleur. C'est là ce qui constitue l'originalité de ses appareils, en même temps que leur exquise sensibilité.

Pour cela, la paroi externe de l'étuve porte une tubulure latérale 0, qui, communiquant avec l'espace annulaire, se trouve fermée à l'extérieur par une membrane verticale de caoutchouc : cette membrane constitue, une fois la douille du haut bouchée, la seule portion de paroi qui puisse traduire à l'extérieur les variations de volume du matelas d'eau en les totalisant. Or le gaz qui doit aller au brûleur est amené par un tube D qui débouche normalement au centre de cette membrane et à une faible distance de sa surface externe dans l'intérieur d'une botte métallique, d'où il ressort par un autre orifice Ë qui le conduit au brûleur. Tube et membrane constituent de la sorte un robinet très sensible dont le degré d'ouverture est sous la dépendance des variations de volume du matelas d'eau, et qui ne laisse aller au brûleur que la quantité de gaz strictement nécessaire pour compenser les causes de refroidissement.

Dans cette combinaison le combustible chauffe directement le régulateur qui à son tour réagit directement sur le combustible; ainsi se trouve justifiée l'épithète appliquée à ces régulateurs qui, de la sorte, ne peuvent être paresseux à régler.

Voici maintenant le maniement de l'appareil :

1" Après avoir ouvert la douille du haut qui communique avec l'espace annulaire A, on remplit cet espace d'eau récemment bouillie en dehors de l'étuve et, par conséquent, privée d'air. Ce remplissage est fait une fois pour toutes.

2* Sans fermer la douille, on plonge un thermomètre dans l'eau, et, après avoir ajusté les tubes de caoutchouc, on allume le brûleur F. Alors la température s'élève peu à peu.

3" Lorsque l'appareil est à la température désirée, on retire le thermomètre cl Ton replace sur la douille le bouchon avec le tube de verre C, qui le surmonte.

L'appareil se trouve définitivement réglé pour cette température, et voici par quel mécanisme : le tube qui amène le gaz porte un petit disque mobile qui, s'appliquant sur la membrane, tend sans cesse à l'éloigner de l'orifice d'arrivée du gaz, grâce à l'élasticité d'un petit ressort à boudin. Tant que la douille du haut est ouverte, l'eau provenant de la dilatation s'écoule au dehors, et, le gaz continuant d'affluer au brûleur par la tubulure E, la température s'élève d'une

Fig. 1. — Couveuse d'Arsonval.

façon continue; mais, lorsque Ton met le bouchon surmonté du tube, l'eau pro venant de la dilatation, au lieu de se perdre, monte dans le tube de verre, et celte colonne d'eau exerce sur la membrane une pression de plus en plus forte qui, surmontant graduellement l'élasticité du boudin, rapproche de plus en plus la membrane de l'orifice d'arrivée du gaz dont le passage se trouve ainsi réglé.

Le tube D, qui amène le gaz, porte un pas de vis qui permet de l'éloigner ou de l'approcher de la membrane; un contre-écrou sert à fixer le tube dans sa position.

Si le gaz ne passait pas au moment de l'allumage, cela prouverait que le tube touche la membrane : on n'aurait qu'à le reculer en le dévissant pour donner passage au gaz.

Si, au moment du réglage, la flamme ne baissait pas, malgré l'élévation de la colonne d'eau dans le tube de verre, cela prouverait que l'orifice d'arrivée du gaz est trop loin de la membrane, et on visserait le tube jusqu'à ce qu'on voie baisser la flamme.

En résumé, pour faire fonctionner l'appareil, il faut :

1" Remplir complètement d'eau bouillie l'appareil parla douille;

2*^ Mettre dans cette douille un thermomètre qui ne la bouche peu et laisse l'écoulement libre pour l'eau provenant de la dilatation;

3^ Allumer le brûleur et dévisser légèrement le tube si le gaz ne passait pas;

4** Quand le thermomètre marque la température voulue, on l'enlève et on le remplace par le bouchon qui porte le tube de verre.

On visserait légèrement Tarrivée du gaz si la flamme ne baissait pas malgré l'élévation de l'eau dans le tube de verre.

L'appareil est réglé définitivement; on peut l'éteindre. Au rallumage il remoutera de lui-même à la même température.

Cette disposition est très commode en ce sens que l'appareil est réglé une fois pour toutes. Les personnes qui voudraient utiliser toute la sensibilité de l'appareil peuvent surprimer le tube de verre et boucher hermétiquement la douille. Seulement, il ne faut pas oublier de la déboucher lorsqu'on éteint le gaz, pour per mettre à l'air de rentrer lorsque l'eau se contracte par le refroidissement. •

La cavité centrale, dans laquelle on place les œufs, est fermée supérieurement par un couvercle percé de quatre trous. L'un d'eux occupe le centre ; il sert à placer le thermomètre qui doit indiquer constamment la température de l'air contenu dans cette cavité. Les trois autres sont placés à des distances égales du trou central. Ils servent à la ventilation. A la partie inférieure, cette cavité se termine par un large tube que l'on peut ouvrir ou fermer, à volonté. Ce tube sert à la ventilation, comme les trois trous du couvercle supérieur. L'air qui s'échaufTe dans l'intérieur de l'appareil, et qui est toujours à une température supérieure à celle de l'air de la pièce, puisque l'échelle des températures utiles est contenue entre 29' et 43% sort par les trous du couvercle. Il est constamment remplacé par l'air de la pièce qui pénètre dans la cavité par la tubulure inférieure, et qui s'échauffe peu à peu au contact des parois de l'espace cylindro-conique annulaire.

On introduit les œufs dans la cavité centrale. Pour éviter leur contact avec les parois de l'étuve, ils sont placés dans une cage formée par un treillage de fil de fer. De cette façon les œufs ne peuvent être chauffés que par l'air qui remplit la cavité centrale.

Je me suis assuré que, dans cet appareil, lorsqu'il a été bien réglé, la température de l'air contenu dans la cavité centrale reste indéfiniment invariable. »

U couTeuse à air libre, que j'appelle ainsi parce que les œufs baignés dans Pair de la pièce ne sont en contact avec la source de chaleur que par un seul point, a été construite, il y a une cinquantaine d'années, par Gantelo. Je l'ai

Fig. 2. — Couveuse à air libre. Plan de l'appareil. Lettres communes aux figures 2, 3, 4 : A, chaudière ; B, tube pour rintroduction du thermomètre ; C, D, E, tuyaux de chauflfe ; F, F*, tringles du châssis en bois qui porte les tuyaux de chauffe ; G, tuyau (inférieur par lequel l'eau retourne à la chaudière ; H, thermomètre ; I, T, I'', pièce de flanelle qui porte les œufs.

modifiée en remplaçant la caisse de yerre par des tuyaux cylindriques en verre, auxquels, plus tard, j'ai substitué des tuyaux de cuivre. Ces tuyaux ont huit centimètres de diamètre. Ils sont au nombre de trois» et

Flg. 3. — Coureuse à air libre. Coupe longitudinale sur AB.

reliés à leurs extrémités par deux tuyaux de môme diamètre. Le tuyau central a son origine dans la chaudière, également en cuivre. Il se recourbe à son autre extrémité, et vient se terminer dans un tuyau inférieur G qui aboutit également à la chaudière.

Il résulte de cet arrangement des tuyaux qu'il se produit dans l'appareil une circulation d'eau chaude, lorsque la chaudière A est chauffée par une couronne de gaz. L'eau chaude sortant de la chaudière passe dans les tuyaux C, D, E, puis elle revient dans la chaudière par le tuyau inférieur G.

Co^émCD

Les trois tuyaux de chaufTe avec les tuyaux qui les relient sont supportés par un châssis en bois. Deux tringles de bois F, F' placées sur ce châssis entre les tuyaux, supportent une pièce de flanelle I, I', l" qui passe au-dessous des trois tuyaux. Les œufs sont placés entre les tuyaux et la pièce de flanelle, tantôt parallèlement aux tuyaux et tantôt perpendiculairement. L'avantage que présente cet appareil, c'est qu'il permet de chaufl'er inégalement les difTérents points du blastoderme. Si l'on place les œufs immédiatement au-dessous des tuyaux, le blastoderme est également chaufl'é dans tous les sens, parce que le point de chauiTe coïncide avec le point culminant, celui qu'occupe le cicalricule. Mais on peut arranger les œufs de telle façon que ces deux points ne coïncident pas. Dans ces conditions, les parties du blastoderme situées entre le point culminant et le point de chauffe s'échaufl'ent plus que les autres. On verra plus loin les faits intéressants que j'ai obtenus par ce procédé.

La constance de la température, dans cet appareil, est produite par le régulateur de M. Schlœsing, régulateur introduit dans la chaudière. Voici la figure de cet appareil.

Il consiste dans un réservoir en verre, terminé par un long tube. Ce réservoir

présente latéralement une petite tubu- ^ n o ^^^ ^^ verre, qui s'insère perpendicu-

lairement sur la tubulure principale, et qui est fermée par une petite membrane en caoutchouc. Le réservoir est rempli de mercure qui s'élève dans le tube supérieur, et qui remplit toute la tubulure latérale.

L'appareil est introduit dans le bain liquide que l'on veut maintenir â une température constante. Ici, le bain liquide est l'eau contenue dans la chaudière. Si l'on chaufTe l'eau de la chaudière, le mercure s'élève peu à peu dans la tubulure principale. Quand on a obtenu la température à laquelle on veut régler l'appareil, on ferme le robinet supérieur de la grande tubulure. Dans ces conditions la dilatation du mercure, produite par son échaufl'ement, ne peut se faire que par la tubulure latérale; le mercure vient alors tendre la petite membrane en caoutchouc qui ferme cette tubulure; et la tension de cette membrane diminue l'entrée du gaz par le mécanisme suivant.

L'extrémité de la tubulure latérale, ainsi que celle du tube d'entrée du gaz sont enfermées dans une sphère creuse en verre, et disposées de telle façon que leurs extrémités soient en présence l'une de l'autre. Elles sont séparées par une petite palette, en cuivre. Le gaz arrive dans la sphère creuse par l'orifice d'entrée F et en sort par l'orifice de sortie G pour se rendre au brûleur. Or voici comment fonctionne le régulateur. Lorsque le mercure se dilate dans la tubulure latérale, la membrane en caoutchouc qui la ferme exerce une pression contre cette palette de cuivre et l'applique sur la tubulure d'entrée. Elle diminue, par conséquent, la quantité de gaz qui s'échappe par cette tubulure, et par suite celle qui vient au brûleur. L'abaissement de la température de la chaudière produit la contrac-

Fig.4. — Couveuse à air libre. Coupe transversale sur CD. Dans ce dessin, on voit deux plans. Le premier, dans lequel on voit la coupe des tuyaux en antérieur, est figuré par des lignes pleines. Le second, sur lequel on voit la monture en bois, esc figuré par des lignes ponctuées. Les œufs se voient entre les tuyaux C, D, £, et la pièce de flanelle I, I', I".

tion du mercure enfermé dans le régulateur. Alors le mercure, cessant de presser sur la palette, ouvre rentrée de la tubulure par laquelle pénètre le gaz. Le mercure s'échaulTe, se dilate et vient fermer l'entrée tlu gaz. Or il résulte de ces dilatations et de ces contractions successives que la température de l'eau de la chaudière, s*élevantet s'abaissant successivement de quantités très petites, mais égales dans les deux sens, reste sensiblement invariable. Ce régulateur est d'une précision absolue.

Il me reste à dire quelques mots d'un petit appareil dont je me sers constamment dans mes expériences; c'est un appareil de mirage. Il a été construit par Carbonnier, l'auteur de très intéressantes expériences sur la reproduction de certains poissons des Indes. Carbonnier enfermait une lampe à huile dans une cage en ferblanc percée en avant d'un trou & contour ovoïde. Il augmentait la visibilité de Hntérieur de l'œuf en augmentant l'intensité de la lumière par l'emploi d'un réflecteur métallique placé derrière la mèche. Quand on place l'œuf en avant de la lampe, dans le trou métallique percé dans la paroi de fer-blanc, et qu'on le regarde au travers d'une chambre obscure, les rayons lumineux, produits par la lampe et renvoyés par le réflecteur, traversent la coquille et permettent, dans une certaine mesure, de voir ce qui se passe dans l'intérieur. J'ai remplacé, dans cet appareil, la lampe par un bec de gaz. Le mirage des œufs, pendant les premiers temps de l'incubation, permet d*observer un certain nombre de faits, sans qu'il soit nécessaire de briser les coquilles. C'est ainsi que l'on constate la propriété que possède le jaune de venir toujours occuper le point culminant de Tœuf, dans quelque position que celui-ci soit placé. C'est également ainsi que l'on peut constater si l'embryon est vivant, par les mouvements qu'il exécute et qui sont parfaitement recoonaissables. Ce

point est très important au point de vue de la tératogénie, parce que la vie de l'embryon, indiquée par sa mobilité, permet de poursuivre l'expérience aussi longtemps qu'elle peut donner des résultats utiles. Mais le mirage ne peut guère être employé que pendant les dix ou douze premiers jours de l'incubation, parce qu'au delà de cette époque, l'embryon et ses annexes sont tellement obscurs qu'il devient impossible de constater leur mobilité, et par suite leur vie. Il est possible qu'avec des éclairages plus intenses, et particulièrement avec la lumière électrique, on puisse augmenter la visibilité de l'intérieur de l'œuf. Je signale cette question aux personnes qui s'occupent d'embryogénie.

Fi;. 5. — Régulateur Schlœsing. — A, réaenroir rempli de mercure ; B, tube qui termine le réservoir ; C, tubulure latérale ; D, sphère creuse en verre ; £, palette de cuivre ; P, entrée du gax ; G, sortie du gas.

La {mesure directe de la distance du point de contact ou de chauffe au point culminant de l'œuf, dans la couveuse & air libre, est h peu près impossible. Mais on peut la calculer à Taidé de deux constructions géométriques très simples qui s'appliquent, la première au cas où le grand diamètre de l'œuf est parallèle à l'axe du tuyau de chaufTe, la seconde au cas où le petit diamètre de l'œuf est parallèle à cet axe.

Les considérations géométriques sur lesquelles je m'appuie pour obtenir ces

Fi^. 6. — Mesure de la disUnce du point culminant de l'œuf au point de chauffe lorsque le grand axe de l'œuf est parallèle à Taxe des tuyaux.

mesures sont tout à fait indépendantes de la dimension du diamètre des tuyaux dechaufTe et des dimensions du grand diamètre et du petit diamètre des œufs. Toutefois, pour fixer les idées, je resterai dans les conditions particulières où je me suis placé dans mes expériences. Les tuyaux de chauffe de ma couveuseàair libre ont un diamètre de 0"H)8. Les œufs que j'ai mesurés, et qui provenaient de poules de la race commune des environs de Lille, avaient en moyenne un petit diamètre de 0'"04 et un grand diamètre de O'^Oô. Sans doute ces nombres ne sont que des nombres moyens; et les dilTérences de forme des œufs, dont les uns sont plus ronds et les autres plus allongés, font que les nombres qui expriment la longueur du grand diamètre de chaque œuf en particulier sont relativement assez différents. Mais ces différences sont trop petites pour changer notablement la

valeur des mesures. On pourrait d'ailleurs obtenir une exactitude beaucoup plus grande en mesurant directement le grand et le petit diamètre de chaque œuf ; mais cela n'aurait aucun avantage réel.

Comme le volume des œufs n'est pas le même dans les différentes races de poules, il faudrait, si l'on voulait obtenir ces mesures pour des œufs provenant d'autres races que ceux que j'ai étudiés, mesurer la longueur moyenne des deux diamètres des œufs mis en expérience.

Cela posé, j'examine d'abord le cas le plus simple, celui dans lequel le grand diamètre de l'œuf est parallèle à l'axe des tuyaux de chauffe.

Dans ce premier cas, une section transversale de l'œuf, menée par son petit diamètre, forme un petit cercle tangent au grand cercle qui résulte de la section transversale du tuyau de chaufTe. La distance du point de chauffe au point culminant est donc un arc de cercle; mais, comme cet arc de cercle est généralement très petit, on peut le remplacer par sa corde. Or voici comment on peut obtenir la mesure de cette corde :

Je décris un grand cercle qui représente la section transversale du tuyau de chaufTe; puis je décris un certain nombre de petits cercles tangents au premier, cercles qui représentent la section transversale de l'œuf dans un certain nombre des positions qu'il peut occuper autour du tuyau de chaufTe et qui, par conséquent, sont tous égaux entre eux. Dans la figure, le diamètre du grand cercle et celui des petits cercles sont réduits à la moitié de leurs dimensions naturelles, c'estràdire & 0"^ pour le grand cercle, à 0*02 pour les petits cercles.

Cette figure géométrique présente trois propriétés remarquables qui permettent de mesurer la distance du point de chaufTe au point culminant de l'œuf.

1** Le lieu géométrique de toutes les positions occupées par le point culminant de l'œuf est un cercle dont le centre est en G, et dont le rayon est égal à ÂD> rayon du grand cercle, -f DB, rayon du petit cercle.

En efTet, considérons un cercle quelconque, par exemple celui dont le rayon est B'E'. Le rayon B'E' étant vertical est parallèle à DD'^'', diamètre vertical du grand cercle. Si par le point £' je mène une parallèle à AB', cette parallèle coupe le diamètre DD'"' au point C et détermine le parallélogramme AB'G'E'; par conséquent la ligne CE' = la ligne AB', ou, en d'autres termes, la ligne AD' + D'B'.

Or, dans toutes les positions que le petit cercle occupe autour du grand, l'égalité des lignes AB, AB', AB", etc., toutes égales à AD+DB, et celle des lignes B'Ë', B"E'", B'"E'", etc., entraînent celle des lignes CD, CE', CE", etc. Toutes ces lignes partant d'un même point C, et de môme longueur, sont donc les rayons d'un cercle, et ce cercle est, par conséquent, le lieu géométrique de tous les points culminants des petits cercles, et par conséquent de l'œuf.

2* Les prolongements des cordes D'E', D"E', D"'E"', qui mesurent la distance des points de contact aux points culminants de l'œuf, viennent tous aboutir à un point D, point inférieur du diamètre vertical DD'".

Il s'agit, pour démontrer cette proposition, de prouver que les trois points DD'Ë sont en ligne droite. Or le triangle ADD' est isoscèle, puisque les côtés AD, AD' sont égaux comme rayons d'un même cercle, et par conséquent l'angle ADD' = l'angle AD'D. Le triangle CDE' est également isoscèle, puisque les côtés CD, CE' sont égaux comme rayons d'un môme cercle, et, par conséquent, l'angle CDE' = l'angle CE'D. Mais dans ces deux triangles les angles DAD', DCE' sont égaux comme ayant leurs côtés parallèles. Il en résulte que les deux triangles ADD', CDE' sont semblables, et que, par conséquent, l'angle CDE' = l'angle ADD'. Donc leurs côtés se confondent, et, par conséquent, DD' se confond avec DE', qui est ég&UDD'+DE'.

Ce qui est vrai pour la ligne D ' E ' Test également pour toutes les autres lignes ])"£ti^ D'"£"', etc. Par conséquent, les prolongements de toutes ces lignes

viennent aboutir au point D.

3** Le rapport des cordes D''E'S D"E/, etc., à leurs prolongements DD', DD", etc., est le môme que celui du rayon du petit cercle B'E' au rayon du grand cercle âD.

Cela résulte de la similitude des triangles D'B'E' et ADD'.

En effet, les angles D'B'E' = DAD' sont égaux comme alternes internes. De plus, les deux triangles étant isoscèles, les angles B'D'E', D'E'B' du petit triangle sont égaux entre eux, et aussi aux angles ADD' AD'D du grand triangle. Par conséquent :

DNE' D'B' r

Dans le cas actuel, •

La ligne qui mesure la distance du point de contact au point culminant de l'œuf est donc la moitié de la distance du point D au point de contact, et, par conséquent, le tiers de la distance du point D au point culminant de Pœuf.

On voit comment toutes ces quantités sont liées entre elles.

Pour les appliquer à la mesure des distances, il suffit donc de déterminer exactement la position du point de contact ou point de chauffe, c'est-à-dire, sur la figure, la longueur de la ligne DD', ])])"j etc., ou, en d'autres termes, la position des poinU D', D".

Assurément ladétermination directe de la position des

Fig. 7. —Mesure delà distance du point culminant de POintS D', D", etc., présente l'œuf au point de chauffe, lorsque le grand axe de Tœuf de très grandes difficultés, est oblique à l'axe des tuyaux. Mais on peut la calculer assez

facilement pour un certain

nombre de positions de l'œuf. Il faut, du reste, faire remarquer que, dans la

question qui m'occupe ici, cela suffit complètement.

En effet, Je pais assez facilement placer un œuf au-dessous du tuyau de chauffe, de manière que le point de chauffe coïncide avec le point culminant. Je puis alors placer deux œufs parallèlement au premier, et ainsi de suite.

Je puis également placer deui œufs en contact au-dessous du tuyau de chauffe, de manière que le prolongement inférieur du diamètre vertical passe par leurs points de contact. Puis je place deux œufs parallèlement aux deux premiers, et ainsi de suite.

Je puis donc avoir très approximativement un certain nombre de positions des points D% D'', et, par conséquent, obtenir très approximativement les distances D^E', D"E", etc. Je me borne à indiquer ces faits, pour ne pas allonger cette note outre mesure.

Dans le cas où le grand diamètre de Tœuf a une position oblique par rapport aux tuyaux, il est un peu plus difficile d'obtenir des mesures exactes pour la distance entre le point de chauffe et le point culminant de Tœuf. Mais on peut obtenir ces mesures avec une approximation encore assez grande, à Taide d'une autre construction.

Ici, comme dans la figure précédente, je fais tourner autour du cercle qui représente la section transversale des tuyaux de chauffe, non plus un cercle, mais une ellipse dont les diamètres ont les dimensions énoncées plus haut (petit axe, CH)*; grand axe, 0-06).

Sans doute, la forme de Tœuf n'est pas exactement celle d'un ellipsoïde de révolution. 11 n'est personne qui ne connaisse le gros bout et le petit bout de l'œuf. Toutefois cette différence entre la forme réelle de l'œuf et celle d'un ellipsoïde est tellement petite qu'il est inutile d'en tenir compte.

Or, en construisant, point par point, le lieu géométrique de tous les points culminants de celte ellipse dans ses diverses positions autour du cercle, je constate que la courbe ainsi obtenue n'est pas un cercle, mais qu'elle ne diffère que très peu du cercle qui est le lieu géométrique des points culminants de l'œuf dans la figure précédente. Les lignes menées du centre G de ce cercle aux points culminants de l'ellipse sont un peu plus longues que les rayons de ce cercle dans la moitié inférieure, un peu plus courtes dans la moitié supérieure, mais d'une quantité très faible, et que nous pouvons considérer comme négligeable. On peut donc se rapprocher beaucoup de la vérité en employant, dans le second cas, les procédés de mesure que j'ai indiqués dans le premier. Il est bien clair, en effet, que l'intensité de la chaleur à partir du point de chauffe, décroissant d'une manière continue mais par degrés infiniment petits, ne peut présenter des différences notables qu'à des distances assez différentes, et que, par conséquent, la température du point culminant dans le second cas ne doit pas différer d'une manière appréciable de celle du point culminant dans le premier.

Il est évident cependant que l'on pourrait obtenir des mesures plus exactes en complétant la construction géométrique, comme dans le premier cas. Mais cette construction est beaucoup plus compliquée, car on voit par l'inspection de la figure que les prolongements des cordes qui mesurent les distances ne viennent point se couper au point D, extrémité inférieure du diamètre du cercle, et qu'elles viennent couper en des points différents le prolongement inférieur de ce diamètre. On pourrait, sans doute, construire empiriquement une figure qui donnerait un certain nombre de ces distances. Mais ce serait un travail très considérable et qui ne donnerait pas des résultats en rapport avec les indications que l'on veut obtenir. Il faut se contenter, dans toutes les sciences, du degré de précision qu'exigent les recherches.

Page 1