PREMIÈRE PARTIE
C’est aujourd’hui une opinion généralement recue que l'exercice d’une propriété individuelle et exclusive sur certains biens est un droit naturel, antérieur à toute société, consacré par toute civilisation à sa naissance même. Cependant, si nous remontons le cours des temps, nous devrons reconnaître que l’humanité n’est arrivée à cette conception que par une longue évolution, en passant par divers états intermédiaires qui se succèdent lentement en marquant à chaque étape un progrès nouveau vers la propriété privée. Cette évolution Îde la propriété accompagne une évolution concomitante de la famille ; l’une et l’autre sont dans un enchaînement étroit et ne sauraient être séparées dans l’histoire de leur développement. En même temps que la famille se concentre en des groupes de plus en plus restreints, le domaine collectif qui lui appartient se divise entre ces éléments et devient de moins en moins étendu.
Nous essayerons, dans notre premier chapitre, d’esquisser le tableau rapide de ces deux séries de transformations et d'en marquer les étapes principales. Dans un second chapitre, nous passerons en revue l’état de la propriété chez quelques peuples autres que les Romains. Enfin nous consacrerons notre troisième chapitre à l'exposé des preuves que
EA0 l'on peut fournir au sujet d’une semblable évolution à Rome même.