MONE
Des arguments plus considérables nous sont fournis par les historiens et les écrivains qui se sont occupé des origines de Rome ou de ses institutions. Tous s'accordent à reporter à l’un des premiers rois l’honneur d’avoir partagé les terres et constitué la propriété privée. Pour quelques-uns c’est Romulus qui est l’auteur de cette révolution, pour d’autres c’est Numa.
Festus, Varron, Pline, tiennent pour Romulus.
Festus (Vo Centurialus) s'exprime ainsi : Centurialus ager in ducena jugera definilur quia Romulus cenlenis civibus ducena jugera tribuit.
Varron (2), s'occupant de la mesure des terres, dit de même : Bina jugera quod a Romulo primum di visa virilim, quæ heredem sequerentur, herediwum appellarunt.
Avienus Phœnomena Aratea :
Nullus telluris limes datur. Indice nullo
Culta secabantur ; neque jam discretio campum Metiri in dominos monstraverat
(1) Cp. Puchta : Cursus der Instit., 6e édit., t. I, S 40. (2) De re rust.zs I, 10.
Loue
"Enfin Pline, rappelant le temps où régnait Romulus, ajoute ces mots : Bina lunc jugera populo romano salis erant, nullique majorem modum attribuit (1).
Tout au contraire Plutarque (2), Denys d'Halicarnasse (3) et Cicéron nous parlent de Numa (4).
Plutarque affirme que Numa partagea tout l’ager publicus entre les citoyens pauvres et qu'il introduisit la limitation des champs. Cicéron ne vise que le par-
.tage des terres conquises par Romulus ; Numa les distribua viritim. Denys d'Halicarnasse rapporte aussi que ce roi ordonna à tous les citoyens de limiter leurs terres en établissant des bornes. Le même historien nous parle d’un partage de terres fait par Romulus entre les trente curies, et cela par voie de tirage au sort (5).
Que conclure de tout ceci? Une chose nous paraît résulter d’une façon certaine de ces textes : c'est que la propriété privée est résultée d’un partage fait par tirage au sort (6). Entre qui ce partage s'est-il fait ? c’est ce qu’on ne saurait déterminer exactement, mais nous croyons que le territoire conquis par les tribus latines fut divisé en pagt attribués aux gentes ; plus tard un nouveau partage répartit entre les divers membres de chaque gens les terres qui formaient auparavant la propriété collective de cette gens. Cette succession semble marquée par Denys d'Halicarnasse:
(PESTE nat... XVIII, 2.
(2) Numa, 16.
(3) Antiq. rom., II, 74.
(4) De Rep., Il, 14.
(5) Denys IE
(6) Le souvenir de pareils partages, fait à la suite de conquête, nous a été conservé pour certaines iles grecques par Diodore de Sicile (V, 15, 81, 83, 84). Là aussi on a procédé au tirage au sort.
Romulus partage les terres entre les curies (à notre avis, entre les gentes) ; Numa lesdistribue vérétim (1).