CHAPITRE XI
Lorsqu'une femme malabare a déshonoré son mari par un adultère , et que l’offensé veut se séparer d’elle , la loi ordonne qu’il assemble quatre ou cinq de ses plus proches parents, assistés de quelques brahmanes, et qu’il leur expose les sujets de plainte qu'il a contre sa femme , pour mettre ces arbitres à même de prononcer sur la séparation des époux ; car le mari ne peut pas quitter sa femme de sa propre autorité , et lors même qu’il a obtenu une sentence de séparation , il ne peut la chasser de sa maison ; il est toujours obligé de la garder chez lui dans quelque lieu séparé, et de lui fournir toutes les choses nécessaires à la vie. Si des enfans sont nés de ce mariage, ils se retirent sous la direction de leur père. La femme rend à son mari le #&li (>) qu’elle porte au cou; si elle a reçu quelque dot en mariage, et que cette dot soit entre les mains de son mari, elle la retire. Cependant les parens des deux époux travaillent avec zèle à opérer entre eux une réconciliation, et s'efforcent d'amener cet heureux résultat avant que le mari s’avise d’épouser une autre femme; car la loi lui donne ce droit; et s’il arrive qu’après ces secondes noces, la première épouse se réconcilie avec son mari, la seconde devient sa maîtresse : de là une guerre continuelle qui s’entretient entre les femmes et ne contribue pas peu à mettre le trouble dans la famille.
La femme n’a pas les mêmes priviléges que son mari : bien qu’elle sache qu’il vit dans un état continuel d’adultère, elle ne peut ni se plaindre, ni demander à se séparer de lui. Mais si le mari maltraite gravement sa femme , et qu’elle s’en plaigne à ses parents , ceux-ci demandent, sous quelque prétexte honnête, la permission d’avoir leur fille quelques jours chez eux, et ne la rendent qu’à de bonnes conditions, si son mari vient la redemander , ce qui se fait toujours en présence des parents.
Si les Malabars ne mariaient pas leurs enfants en si bas âge , et qu’ils les laissassent se choisir euxmêmes , d’après la conformité de leurs mœurs et de leurs inclinations, ces unions seraient beaucoup plus heureuses ; car ces pauvres enfants, que l’on a mariés à deux ou trois ans, ne viennent pas plus tôt à se connaitre qu’ils se haïssent , et cette haine, qui accompagne toute leur vie, les rend extré-
mement misérables.