CHAPITRE XIV
On ne peut dire que les Malabars regardent leurs femmes comme leurs compagnes, car on ne voit pas en eux cette douceur , cet amour, cette patience, vertus inséparables de deux personnes qui ne doivent avoir qu’un même cœur. Les maris sont aussi violents à maltraiter leurs femmes pour un ragoût mal assaisonné ou pour l’omission du moindre apprèt, qu’ils le seraient à punir leurs serviteurs des mêmes fautes : il n’est point de terme bas dont ils ne se servent, lorsqu'ils sont en colère contre leurs femmes...
L’oisiveté n’est pas le vice des Malabars ; l'extrême avidité qu’ils ont d’amasser de l'argent leur donne naturellement un grand amour du travail. Ce n’est cependant pas qu’ils fassent de grandes dépenses pour l’entretien de leurs familles, puisqu'ils ne vivent que de riz et de quelques légumes assaisonnés (la plupart s’abstenant de manger du poisson et de la viande, par suite du principe de la transmigration des ames) ; mais persuadés que la pauvreté est un signe de malédiction pour cette vie et pour l’autre, ils croient aussi que les richesses sont un gage assuré de leur bonheur... (2).