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CHAPITRE XVII

Explication des cérémonies du mariage des Malabars gentils.

Si les calculs astrologiques par lesquels les brahmanes prétendent reconnaître que deux personnes peuvent se marier ensemble, n’étaient pas dépourvus de toute valeur, il ne devrait jamais y avoir de mariages malheureux entre les Malabars, moins encore entre les brahmanes ; car ceux qui se vantent de connaître les mystères cachés dans les astres, ne manqueraient pas sans doute de choisir des maris et des femmes qui pussent vivre long-temps et heureusement ensemble; et cependant

(1) Ces paroles sacramentelles sont les suivantes : Tänryam , tänam , pachou , vavoupoutiral &bam ( soyez riches de grains, d'argent, de bestiaux et d’un grand nombre d’enfants ) ; on reconnaît facilement dans cette formule de bénédiction les mots sanskrits altérés par la prononciation tamoule. E,. J.

(2) C’est là un des plus anciens rites de l’Inde ; on lit dans le Rémäyana , liv. I, lect. 73, que les fils de Dasharatha et leurs épouses firent trois fois le pradakchina autour du feu ; /rir agnim té parikramya, etc. E. J.

(3) La personne qui remplit ce ministère est ordinairement la mère de la jeune fille, ou une des plus proches parentes chargée de la représenter. E. J.

(4) Tous les voyageurs s’accordent à dire que les mariages sont la ruine des familles; le luxe est en effet, dans cette circonstance , une nécessité pour le pauvre comme pour le riche ; celui qui n’a pas encore gagné assez d’argent pour faire d’une manière honorable les cérémonies du mariage de ses enfants , emprunte à gros intérêts, à vingt ou trente pour cent. Sonnerat dit que Les plus magnifiques dépensent près de huit cent mille francs dans ces somptueuses cérémonies ; un missionnaire anglais nous assure que les plus pauvres ne peuvent guère y dépenser moins de mille ou douze cents francs. On a vu plus d’une fois trois ou quatre mille brahmanes venir de plus de vingt lieues loin assister à une noce ; or chacun d’eux reçoit en présent une pièce de toile neuve, et est invité chaque jour à un festin où il mangè avec avidité, jusqu’à ce que se rompe un lien de paille noué sur son ventre en forme de ceinture. E. J.

(b) Lorsqu'il se fait un mariage dans une famille opulente, une personne est chargée de recevoir les présents et de les

enregistrer avec les noms de ceux qui les remettent; on peut ainsi, à la première occasion, rendre à chacun des visiteurs des présents d’une pareille valeur. E. J.

combien voyons-nous de brahmines qui désolent leurs maris en se livrant à des hommes des plus basses castes? combien d’autres qui sont dans un continuel divorce ? combien de brahmanes meurent dans leur première jeunesse, avant même d’avoir eu aucune communication avec leurs femmes ? Or le plus grand bonheur des brahmines et des femmes de haute caste est de vivre long-temps avec leurs maris, puisque , eux morts, elles ne peuvent ni se remarier ni paraître avec les autres femmes dans les cérémonies publiques, et qu’elles doivent dès ce moment quitter leurs joyaux, pour ne plus les reprendre (1). Les brahmanes n’auraient-ils pas dû employer leur science à empêcher tous ces fâcheux accidents, et si bien régler leurs calculs que ces malheurs eussent été prévenus? Ils prétendront qu’ils avaient pris toutes les précautions nécessaires ; ils ajouteront peut-être que, s’ils se sont trompés , la faute en est à ceux qui ont fait les premières observations à la naissance des enfants (2); que si leurs calculs avaient été exacts, ils ne se seraient pas eux-mêmes trompés. On ne peut admettre cette excuse ; car ceux qui doutent de la précision de ces premières observations ne devraient pas s’y fier, ni donner comme réel ce qui peut être faux : c’est abuser de la simplicité du peuple et décrier la science astrologique...

L’anagramme que font les brahmanes des noms des futurs époux pour savoir s'ils seront heureux ensemble , n’a pas une plus grande valeur ; si ces noms ont quelque signification , elle n’est sans doute pas en rapport avec les constellations observées à la naissance des enfants, dans les noms desquels on veut voir expressément marquée cette rencontre des astres. Comme les observations faites sur ces constellations sont absolument fausses, et que d’ailleurs les astres n’ont aucune influence sur la bonne ou la mauvaise fortune , il est évident que ces anagrammes de noms propres ne donnent aucun résultat réel.

N'est-ce pas d’ailleurs une réverie de croire qu’aussitôt que les futurs époux ont changé de noms, ils doivent aussi changer d’humeur , d’inclinations, de tempérament, en sorte que celui qui est paresseux devienne vigilant, que celui qui est emporté devienne doux, que celui qui est d’un tempérament faible et maladif devienne fort et vigoureux ? Les astres ne font, suivant les brahmanes, que révéler les décrets de Brahmä, qui a écrit, disent-ils, dans la tête de chaque homme tout ce qui doit lui arriver, et qui les fait naïtre sous des constellations conformes à ces irrévocables décrets. Comment donc les brahmanes sont-ils assez hardis pour prétendre s’opposer aux décrets de Brahmà?..…..

La cérémonie qui accompagne la pose du premier pilier de la tente la consacre comme un temple, et la rend digne de recevoir les dieux qui doivent assister au mariage (3). Sans cette cérémonie propitiatoire, la tente ne serait qu'un pavillon ordinaire, et ne pourrait servir aux autres cérémonies du mariage...

Les Malabars gentils ne commencent jamais aucun acte de quelque importance, sans avoir d’abord offert le sacrifice du coco à Prllaiyär (4). Ce dieu est nommé Y’zkinesouvaren (5), c’est-à-dire dieu perturbateur , parce qu’il met des obstacles à toutes choses, à moins qu’on ne lui offre le sacrifice du coco. Aussi les Malabars, lorsqu'ils veulent bâtir une maison, placent-ils au milieu du terrain une figure représentant le dieu Pullaiyär (6) ; ils le prient instamment de ne mettre aucun empêchement à la construction de l'édifice, et pour se concilier ses bonnes grâces, cassent un coco en son honneur : ils font également cette cérémonie pour recouvrer les choses perdues, et pour obtenir des

(1) Voyez dans la suite de ces extraits le chapitre intitulé : Cérémonies qui ont lieu aux funérailles des brahmanes.

(2) Les observations horoscopiques se font, dans presque toutes Les parties de l’Inde, à la naissance des enfants qui appartiennent à des familles riches et distinguées. Les Indiens attachent une telle importance à l’état astronomique du ciel et à l'influence que lui attribuent leurs préjugés , qu’ils font souvent inscrire en tête des actes de leurs transactions civiles , l'indication de la mansion lunaire, de la planète et du £arana, avec autant de soin que celle du jour, du mois et de l’année. E. J.

(3) On nomme cette cérémonie la plantation du käl (pied , appui, pilier ); visiter le chef de la famille le jour de cette cérémonie est pour les amis un devoir dont ils ne peuvent se dispenser sans manquer aux convenances. E, J.

(4) On peut voir dans la xrv° livraison de l’Inde Française explication que donnent les Tamouls de ce nom propre. Je saisis l’occasion que me présente cette étymologie, de réparer une omission, en donnant celle de Ayyanär, un des noms de Hariharapoutra ( xx1° livr.). Ce mot, qui se trouve aussi écrit ayyinér, est l’altération tamoule régulière du sanskrit aryanara : ayyen représente le sanskrit arya ( maître, seigneur ). E. J.

(5) En sanskrit Vrkchénéshoara , littéralement dieu de la destruction , ou, suivant le sens que les Tamouls attachent au mot oikinam , dieu de l'obstacle. Les Vikchinaka des Pourânas shaivites sont les ministres de destruction créés par la colère de Shiva, et dont les troupes ( gana), toujours prêtes à afliger la terre de tous les maux, sont placées sous le commandement de Pillaiyär où Ganésha. Ce dieu est encore nommé Vinäyakenr où Vindyaka ( qui fait obstacle ). Les Tamouls lui donnent souvent aussi le nom de Ainkaren ( qui a cinq mains, quatre mains et une trompe). E. J.

(6) On trouve des détails plus précis sur cet usage dans la suite de ce chapitre. Lorsque les Chinois construisent une maison , ils essaient d’y renfermer la prospérité et l'abondance , en plaçant sous les poutres du faîte des 1chao ou papiersmonnaies ; ces assignats n’ont d’ailleurs aucune valeur légale sous la dynastie actuelle. E. J.

enfants. Si le coco se casse net par le milieu , succès que prépare ordinairement l'adresse du brahmane officiant , ils croient que c’est un témoignage de la bienveillance du dieu. Pillaiyär étant un des dieux le plus souvent invoqués par les Malabars, je vais rapporter son histoire ; on y verra l’origine des saluts particuliers qu’on lui adresse.

La déesse Pérpatt (1), épouse du dieu Roudra, s’étant incarnée dans le sein de la femme d’un roi nommé Richipirayäsabadi (2), Roudra fut si épris de la beauté de cette jeune fille, qu’il voulut l’épouser. Un jour que Roudra était absent, et que Pérvatï se baignait dans un étang, elle conçut un violent désir d’avoir un enfant mâle; elle en fut si vivement pressée , qu’elle se trouva couverte de sueur, et, comme elle s’essuyait la poitrine, de cette sueur il se forma tout-à-coup dans sa main un enfant mâle, qu’elle nomma 'ivagahen (3), c’est-à-dire qui n’a point de mattre. Roudra étant de retour, et voyant dans les bras de Pérvati un enfant mâle qui jouait avec elle, comme avec sa mère, crut que, pendant son absence, sa femme lui avait été infidèle ; il en conçut une violente colère. Pérvatt, qui savait combien terrible était la fureur de son époux, s’empressa de lui raconter la naissance miraculeuse de cet enfant, et réussit à apaiser ses soupçons. Cette réconciliation n’eut cependant pas d’heureuses suites, Peu de temps après, le roi, père de Pérvatt, ayant fait le sacrifice solemnel que lon nomme ydgiyam, y convia tous les dieux, mais ne pria point son gendre d’y assister. Roudra entra en fureur et se rendit à l’assemblée des dieux, au moment où ils finissaient le sacrifice et où ils se préparaient au banquet : il arracha une tresse de ses cheveux nommée chadaï (4) , et la jeta contre terre d’une si grande force , que, de la violence du coup, il en sortit un dieu formidable nommé l’irapatiren (5). Ce dieu, pour venger l’injure faite à Roudra, se jeta sur les dieux assemblés, et les terrassa tous ensemble. Comme le Soleil et la Lune, qui assistaient à ce sacrifice, voulaient s'enfuir, il donna au Soleil un si rude coup dans la mâchoire , qu’il lui fit sauter toutes les dents de la bouche, (c’est pour cette raison qu’on ne lui offre plus en sacrifice que des choses molles, telles que du lait, du riz, du beurre et des fruits); il foula la Lune sous ses pieds, et lui meurtrit tellement tout le corps,.que les marques lui en sont toujours restées ; ces meurtrissures sont les taches que l’on aperçoit dans le disque de la lune (6). J’rapatiren tua aussi le roi T'évapirayäsabadi (7), et coupa la tête à Vinäyechen (8). Pérvati vivement affligée de la mort de son père et de celle de Findyechen, pria Shiva de les ressusciter : touché de la désolation de Pérvati, ce dieu ordonna à Roudra de chercher les têtes de V’inäyechen et de T'évapirayäsabadi , et de les rejoindre à leurs corps. Mais comme ces têtes étaient tombées dans le feu du sacrifice, et qu’elles étaient réduites en cendre, Roudra coupa la tête d’un éléphant et la placa sur le corps de ’indyechen, qui revint à la vie avec un corps d'homme et une tête d’éléphant; puis il coupa la tête d’un chevreau (9) et l’appliqua sur le corps de T'évapirayäsabadi, qui fut également ressuscité. Roudra nomma le fils de Pérvatt Vikinesouvaren , c’est-à-dire dieu perturbateur : on le nomme plus communément Pullaiyér; ce nom signifie fils de

(1) Le nom de Péroati est ici presque une inexactitude ; car l’incarnation de l'énergie de Shiva en Päérvatt est considérée par tous les mythologues indiens comme postérieure à son incarnation en Sat?, fille de Dakcha. E. J.

(2) Incorréctement écrit dans l'original Rasaprayasabady. En sanskrit Richiprayädjapati, littéralement le maître du sacrifice solemnel des richis. C’est un des surnows de Dakcha (Taken en tamoul), le plus célèbre des Brahmädika , ou grands richis. E. 3.

(3) J’ai conservé l’orthographe du manuscrit, parce que le sens de ce mot ne m'est pas évident. Je pense qu’il faut lire avivägen (en sanskrit aoivdha, non marié), ou bien avivägi ( en sanskrit avivéhin ) ; maïs ce mot ne peut d’ailleurs signifier né hors du mariage. M. de la Flotte ( Essais historiques sur l’Inde ) attribue avec plus de raison au mot Vindyaken un sens semblable (qui n’a point de père , ou plus littéralement, qui n’a point de chef) ; il est probable que notre missionnaire aura confondu les significations de ces deux épithètes de Ganésha. Il est inutile d’observer que les Tamouls ont joué sur deux sens possibles du mot Vénéyaka. E. J.

(4) En sanskrit djaté : c’est une masse de cheveux rassemblés en désordre sur le sommet de la tête; le djatä est ordinairement de forme conique. Voyez, dans la suite de ces extraits , le chapitre intitulé : Le chadat et le chandiramäma. E. J.

(5) Inexactement écrit dans l’original Virapouren. En sanskrit Vérabhadra. D’autres traditions prétendent que cette terrible figure fut formée de la sueur que la colère faisait jaillir des pores de Roudra. On représente ordinairement Vérapatiren avec une tête et huit bras : les légendes shaivites lui attribuent cependant mille têtes et deux mille bras. E. J.

(6) C’est là ce que les mythologues de l’Inde méridionale ont fait de cet admirable épisode de la légende shaivite, une des plus grandes et des plus hardies conceptions de cette secte qui , dans le genre terrible, a souvent atteint le sublime, mais l’a presque toujours dépassé. Il suffirait de cet exemple pour montrer dans quel esprit les castes inférieures du sud de l’Inde ont altéré les plus belles traditions du brahmanisme; ils les ont fait descendre à la hauteur de leurs mœurs et de leur intelligence. Cette terrible scène a d’ailleurs aussi été travestie au Bengale , il ÿ a une trentaine d’années , dans une esquisse de comédie composée en sanskrit par le pandit Védyanâthaoatchaspati ; M. Wilson nous l’a fait connaître par une rapide analyse. La malheureuse aventure du dieu Sotrya a plus d’une fois excité la verve comique des poètes indiens. E. J.

(7) Inexactement écrit dans l’original Dolaprayabady. En sanskrit Dévaprayädjapati : ce surnom de Dakcha ne diffère que légèrement de celui qu’on a vu plus haut ; il signifie Ze maître du sacrifice solemnel des Dieux. E. 3.

(8) Vinayachen dans le manuscrit original ; probablement Vinäyésha , le dieu de l’obstacle; il se peut cependant que ce ne soit qu’une orthographe fautive de 7’inâyaken. E. J.

(9) Geci est une légère inexactitude : il fallait dire la tête d’un bélier. E. J.

Shiva (1). Shiva ne voulut point que Pillaiyär se mariât , avant d’avoir rencontré une femme aussi belle que Pérvati sa mère, et voulant lui faciliter le succès de sa recherche, il ordonna de le placer dans les pagodes, dans les carrefours des villes et sur les grands chemins, pour qu’il considéràt toutes les femmes qui passeraient ; il recommanda également de le suspendre au cou de toutes les femmes , comme le signe de l’indissoluble lien du mariage, afin que, s’il ne trouvait pas une épouse qui réunit toutes les perfections désirées, il eût au moins les premières faveurs de toutes les femmes mariées : comme ce dieu n’a pu trouver jusqu'ici une femme dont la beauté égalàt celle de sa mère, il est demeuré le mari de toutes les femmes(2), et en même temps le signe de l’indissoluble lien du mariage. Une femme qui est infidèle à son mari, fait également injure à Péllaiyär. Telle est la vertu de cette image de Pillaiyär, qu’on attache au cou des femmes mariées, et que l’on nomme #roumangiliyam (3), que si un garçon l’avait attachée au cou d’une jeune fille, par surprise, et même pendant le sommeil , avec le dessein de l’épouser, le mariage serait valide, et la célébration des cérémonies nuptiales obligatoire; comme cette jeune fille en effet est acquise au dieu Pillaiyar, elle doit l’être aussi à celui qui lui a assuré cette conquête.

Voici l’origine des saluts que l’on adresse à Pillaiyär (4). Un géant nommé Kachamougächouren (5) avait porté le ravage dans les diverses parties du monde supérieur, et en particulier dans le ciel de Dévendiren; il avait réduit une grande partie des trente mille millions de dieux (6) à venir lui faire tous les jours trois saluts, dont le premier consistait à tenir les mains jointes et élevées au-dessus de la tête, le second, à se battre trois fois les tempes à poings fermés et les bras croisés, le troisième, à lui faire trois révérences à la manière des femmes(7). Décidés à ne plus subir une si honteuse humiliation, les dieux prièrent Shiva de venir à leur secours. Ce dieu eut compassion de leur misère, et envoya Pillaiyär avec les troupes de dieux placées sous ses ordres, pour combattre le géant. Mais Péllaiyär ne voulant point leur faire partager la gloire du succès, les laissa simples spectateurs du combat, et marcha seul à la rencontre du géant. La victoire ne fut pas long-tems disputée; Pillaiyär terrassa son ennemi et le mit en pièces. Mais usant du pouvoir qu’il avait de se transformer, le géant prit tout-à-coup la figure du rat Peroutchäli (8), et se leva contre Pillaiydr. Ce dieu , sans s’effrayer, saisit le rat et en fit sa monture ordinaire. C’est pourquoi, dans les cérémonies où l’on porte Pillaiyär en

(1) Cette explication est certainement fausse : ce n’est pas d’ailleurs un motif d'ajouter une foi sans réserve à celle que proposent les Tamouls. Il se peut que Pilaiyér ne soit qu’une forme augmentée de pillai ( enfant), et que la syllabe désinente ér soit une orthographe altérée à dessein de la particule honorifique dr; cette explication admise, on aurait dans le tamoul Pillaiyär un synonyme du sanskrit Koumära. Les Tamouls ont confondu dans cette légende deux faits mythologiques trèsdistincts. On peut voir dans la xiv° livraison de l’Inde Française le récit des Pourânas composés anciennement dans l’Inde supérieure ; la mutilation de Ganésha y est attribuée au fatal regard de Shant , et n’a aucun rapport au sacrifice de Dakcha, troublé par Vfrabhadra. La Relation manuscrite dont il est fait mention plus haut, contient un récit qui s’accorde avec celui de notre auteur à lier les deux légendes de la naissance de Vinâyaka et du sacrifice de Dakcha, mais qui présente des variantes assez curieuses ; Roudra a appris avec plaisir la nouvelle de la naissance imprévue de Pillaiyär, et lui a donné des preuves d’affection paternelle ; Pi/laiyär succombe sous le bras redoutable de Vérabhadra ; Roudra, après avoir arrêté la fureur du vengeur qu’il s'était suscité , aperçoit son fils adoptif étendu au milieu de la salle du festin , et privé de tête; il se livre à sa douleur, se fait apporter Le corps, et ne pouvant retrouver la tête, y ajuste celle d’un éléphant. L’auteur de ce récit observe également que, depuis ce temps, on n’offre plus au soleil que des choses molles et liquides, telles que du lait, du beurre, du sucre et des fruits très-murs. E. J.

(2) Tel est le caractère de Pillaiyér, lorsqu'il reçoit les adorations des femmes stériles. E. J.

(3) Littéralement le saint ornement. Le mot mangiliyam peut être une altération tamoule du sanskrit mangalya (ox), ou bien de Méngalya (le fils de Mangalä ou Pérvait).

(4) Voyez la planche 1x1 de la x1v° livraison de l'Inde Française.

(5) En sanskrit Gadjamoukhäsoura | c’est-à-dire l’'Asoura qui a une tête d’éléphant. Quelques traditions rapportent que Pillaiyér se rompit une défense pour s’en faire une arme contre l’Asoura; mais les Pouränas vechnavites disent que cette défense fut brisée par Vichnou, à qui Ganésha voulait interdire l’entrée du ciel de Shiva. E. J.

(6) Ce nombre varie singulièrement dans les diverses traditions des Tamouls ; pour qu’il soit exact, il suffit qu'il soit invraisemblable ; la seule condition imposée à ceux qui veulent l’étendre ou le restreindre, est de n’y admettre d’autre unité que trois ; lenombre probablement le plus exact est trois cent trente-trois millions. Il est évident que cette notion est une forme moderne du mythe védique et arien des Trayastrimshat ou trente-trois dieux, sur lequel on peut consulter les savantes observations de M. E. Burnouf ( Commentaire sur le Vagna, tom. 1, pag. 338 ) ; ce qui sert à prouver ce rapport, c’est que les myriades de dieux sont placées sous l'autorité de Dévendiren, et que, dans l’antique tradition , Indra est le premier des trente-trois dieux. Les Indiens des temps modernes se sont persuadés qu’ils ajouteraient à la solemnité de ce mythe en exagérant les nombres ; on sait comme ils y ont réussi. E. J.

(j) D’autres auteurs disent que ce dernier salut consistait à se saisir les oreilles, les bras croisés, et à faire dans cette posture trois inclinations en pliant le genou , comme pour s’asseoir, et en se redressant subitement : ce que cette révérence, nommée {époukandam , peut avoir d’humiliant dans l'opinion des Tamouls, c’est qu’elle est aujourd’hui une des punitions infligées aux écoliers. E. J.

(8) Il faut ajouter au récit de l’auteur, que ce rat était de la grosseur d’une montagne. E, J.

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procession , son image est toujours montée sur le rat Peroutchäl. Les dieux , pour reconnaitre le service que leur avait rendu Pillaiyär en détruisant leur ennemi, le prièrent de permettre qu’ils lui fissent les saluts qu’ils adressaient au géant (1)... :

L’arachou est l'arbre royal (2) ; on le nomme ainsi parce que le dieu Roudra se tient à la cime, Vichnou au milieu, et Brahmà au pied de l'arbre; c’est pour cette raison que les gentils le considèrent comme un arbre sacré. Il est ordinairement planté sur le bord des étangs ; lorsque les gentils vont s’y baigner, ils ne manquent pas, après leur ablution, de tourner plusieurs fois autour de cet arbre (3), en lui adressant de grandes adorations; quelquefois même ils lui offrent des sacrifices. Cet arbre préside, pour ainsi dire , au mariage , parce qu’il renferme les divinités en l’honneur desquelles est célébrée presque toute la cérémonie (4). Voici les fables qu’on rapporte au sujet de l’arachou.

Trois géants (5) s'étant imposé une grande pénitence en l'honneur de Shiva, ce dieu , satisfait de leur dévotion , leur apparut un jour et leur demanda ce qu’ils désiraient. Ils le prièrent de leur donner trois villes , dont toutes les forteresses fussent , celles de la première , d’or massif, celles de la seconde, d’argent, et celles de la troisième, de fer. Shiva leur accorda ces trois villes (6). Comme leur dessein était de porter la guerre dans tous les mondes, ils prièrent Shiva de leur accorder encore cette grâce, de pouvoir transporter leurs villes partout où ils le désireraient , et enfin de mettre à leur disposition ses formidables armes. Shiva leur donna le pouvoir de transporter leurs villes au gré de leurs désirs , et pour ajouter encore à leur puissance, confia à l’un ses armes, à l’autre celles de Vichnou, et au troisième celles de Brahmà ; du moins ces armes étaient des manifestations des armes divines (7). Shiva leur imposa cependant cette condition, qu’ils perdraient leur puissance , aussitôt que leurs femmes leur seraient devenues infidèles. Les trois géants firent aussitôt la guerre dans tous les mondes ; ils laissaient descendre leurs villes sur la tête de leurs ennemis, et les écrasaient avec leurs armes, qui étaient autant de divinités ; ils portaient partout le carnage. Voyant que ces géants allaient conquérir tous les mondes, Vichnou résolut de mettre un terme à leur audacieuse ambition. Comme les femmes de ces trois géants n’avaient pas d’enfants , elles priaient sans cesse Shiva de leur en accorder. Un jour qu’elles étaient à se baigner et qu’elles adressaient encore leurs prières à Shiva pour obtenir des enfans , Vichnou se transforma en pauvre (8), et vint sur le bord de l’étang où elles se baignaient. Les femmes furent si touchées de l'air languissant de ce pauvre, qu’elles résolurent de lui apporter tous les jours de la nourriture, dans l’espérance que cette aumône leur mériterait quelque grace de Shiva.

Ravi du bon traitement qu’il recevait, le pauvre ne s’éloignait pas de ce lieu : il y planta comme pour se désennuyer trois petites tiges d’arachou, et eut grand soin de les arroser tous les jours, en sorte qu’elles devinrent fort grandes en peu de temps. Voyant que ces femmes continuaient à venir faire à cet étang leurs ablutions et leurs prières pour obtenir des enfants, il s’'approcha d’elles et leur

(1) L'auteur consacre une longue discussion à établir l'identité de Pillaiyär avec le démon. On me saura sans doute gré d’avoir supprimé les preuves catégoriquement énumérées qu’en donne le pieux missionnaire. E. J.

(2) Arachou signifie en effet roi dans la langue tamoule. Il est d’ailleurs fâcheux pour cette étymologie que arachou (arbre) soit une altération du sanskrit ridjou, droit, et arachou (roi) une altération du sanskrit rédjan. L'urachou paraît être une variété du peuplier. Quelques traditions tamoules prétendent que Nérdyana fut porté sur la surface des eaux par une feuille d’arachou ; suivant d’autres traditions, probablement plus anciennes, ce fut sur une feuille de vata ( ficus indica ) ; l'autorité des Pourânas est en faveur d’une fleur de kamala ou lotus. E. J.

(3) Ces circumambulations religieuses sont nommées pradakchina : ce mot signifie littéralement mouvement vers le midi : on a déjà dit que tout mouvement religieux a son point de départ à l’orient ; l’inclinaison vers le midi est le commencement d’une révolution circulaire. E. J.

(4) Quelques tribus remplacent le rameau d’ararhou par un rameau d’élam ou élamaram : cet arbre est le même que le nyagrédha ou vatta , le grand figuier des Indes, dont les branches sont les racines, suivant l’heureuse expression des Indiens. Le mot élam est originairement sanskrit, et signifie grand, étendu. E. J,.

(6) L'auteur appliquant à la mythologie de l'Inde les souvenirs qu’il avait conservés de nos vieux contes populaires , nomme géants les Asoura, les Rékchasa, les Yakcha et les autres êtres de cet ordre. E. J.

(6) Ge récit est certainement une des nombreuses variantes de la légende de Tripoura , V’une de celles qui ont été le plus diversement modifiées par Le caprice des modernes mythologues ; ils ont en effet ménagé le sujet avec tant de prévoyance, qu'ils ont réussi à étendre la légende primitive en quatre ou cinq légendes ; on trouvera dans la suite de ce chapitre un autre récit qui a la même origine. Le commencement de celui-ci appartient à la tradition commune ; le dénouement est emprunté d’autre part. E. J.

(7) Ces armes divines, au nombre de cent, sont des pouvoirs surnaturels incorporés, des divinités secondaires que les mythologues ont représentées comme les enfants du dévarchi Krishäshoa ; elles exécutent avec une irrésistible énergie les ordres des dieux supérieurs ou des héros auxquels elles sont confiées. On en trouve deux catalogues presque complets dans les lectures 29 et 56 du premier livre du Rémäyana ( éd. Schlegel) ; on en retrouve la mention dans le premier acte du drame Outtararämatcharitra. E. J.

(8) Le caractère que Vichnou revêtit en cette circonstance , était sans doute celui de pénitent mendiant. E. J.

promit de les rendre mères, si elles voulaient se conformer aux conseils qu’il leur donnerait. Ces femmes y consentirent avec empressement, n’y mettant d’autre condition que celle de ne pas se rendre infidèles à leurs maris. Le pauvre, pour mieux les assurer de la réalité de ses promesses, leur lut un traité , dans lequel il était fait mention de la vertu qu'avait l’arachou de faire concevoir les femmes stériles ; il ajouta qu’il suffisait que chacune d’elles allât embrasser un des trois arbres qu’il avait plantés. Ces femmes s’empressérent de suivre le conseil du pauvre ; mais celui-ci s'était déjà transformé en ces trois arbres; il rendit enceintes les femmes des trois géants. Elles n’eurent pas plus tôt commis cette faute, que leurs maris se sentirent privés de leur force et de leur puissance ; leurs villes ne se mouvaient plus à leur volonté. Ils comprirent aussitôt que leur malheur venait de l’infidélité de leurs femmes ; ils voulurent apprendre d’elles ce qui s’était passé en leur absence. Elles leur racontèrent toute l’aventure ; ils ne doutèrent plus alors que ce ne fût Vichnou qui leur avait joué ce tour ; ils résolurent d’aller abattre les trois plants d’arachou; ils crurent qu’ils y réussiraient facilement à coups de flèches ; mais tous leurs efforts étant inutiles, ils saisirent leurs armes divines, dont ils ne se servaient que dans les grandes occasions. Roudra parut alors à la cime ,Vichnou au milieu, et Brahmà au pied de ces arbres (1). L'apparition des trois dieux était absolument nécessaire en ce moment ; Car les armes divines confiées aux géants ne pouvaient être vaincues que par leurs propres maitres. Les dieux ressaisirent leurs armes et s’en servirent pour détruire les géants (2)...

On attache la branche de mouroukou (3) à l’arachou pour la faire participer à la vertu de cet arbre ; après la cérémonie du mariage, on ne manque pas de planter cette branche de mouroukou, et de sa croissance on tire de bons ou de mauvais présages pour les époux (4). La toile qu’on étend sur l'arachou lors même qu’on n’y attache point la branche de mouroukou , est une espèce d’habit que l’on donne par honneur aux dieux renfermés dans larachou.

Pour ce qui est de l’arbre m&, voici ce qu'on en rapporte : Le pénitent Mandararichi (6), qui s’est rendu célèbre tant par l'austérité de sa pénitence que par l'inspiration qu’il reçut, dit-on, pour écrire les prodiges accomplis par Vichnou, rapporte que ,pressé par le désir de se dévouer à la pénitence , il se retira avec sa femme dans le désert; il s’y éleva à un si haut degré de contemplation, que l'union de son esprit avec les dieux lui fit oublier, non seulement toutes les choses de la terre , mais même sa propre femme. Un jour qu’elle se plaignaïit à lui de cet abandon , il lui répondit qu’elle ne devait pas s’étonner de ce qu’il ne pensât plus à elle, parce que son intimité avec la suprême intelligence lui avait fait prendre en dédain les choses du monde ; il lui défendit de le troubler jamais dans ses méditations. Cette femme ne pouvait cependant s'empêcher de venir le troubler de temps en temps, soit par sollicitude pour sa santé, soit par désir de participer aux faveurs que les dieux lui accordaient. Mandararichi ne pouvant souffrir plus long-temps l’importunité de sa femme, lui déclara que, puisqu’elle ne voulait pas se conformer à ses remontrances, il allait la séparer de lui par une malédiction qui la condamnerait à être pour toujours privée du plaisir de le voir; il jeta sur elle une imprécation, et la transforma en un arbre nommé m& jusqu'alors inconnu sur la terre. Sa femme lui adressa d’humbles excuses, et le supplia de lui dire au moins jusqu'à quand elle subirait cette malédiction. [lui annonça qu’un pénitent nommé Choutter viendrait un jour s’asseoir sous cet arbre , pour faire pénitence en l'honneur de Vichnou , qu'après plusieurs années, Vichnou et Zatchimi (6) apparaîtraient à ce pénitent, pour lui demander quel fruit il

(1) Gette circonstance me paraît être un indice certain de la postériorité de cette légende ; la position relative des trois dieux , dans l’arachou , est évidemment la même que celle qu’on observe dans le Znga ; V’arachou est ici une autre manifestation du pouvoir générateur représenté par le Znga; la seconde partie de cette légende est donc un plagiat , comme la première, E. J.

(2) L'auteur s'attache ici à réfuter sérieusement cette légende ; j'ai supprimé ses réflexions aussi prolixes qu’ennuyeuses. Le seul fait nouveau qu’on y trouve, c’est que les dieux tirèrent des trois plants d’arachou trois flèches qui abattirent les trois géants : il est d’ailleurs difficile de concilier ce dénouement avec celui que l’auteur à rapporté plus haut. E. J.

(3) Ce rameau est vulgairement nommé kalyänamouroukou où mouroukou de bon augure ; on le nomme encore en sanskrit svastimat ( qui porte bonheur). E. J.

(4) Cette croyance populaire rappelle les gracieuses allusions des anciens poètes indiens à la vertu que possédait, dit-on, l’ashôka de fleurir spontanément , touché par le pied d’une belle femme : dans le drame de Shakountulé | la mädhavt qui se couvre de fleurs présage à la jeune fille la prochaine venue d’un époux. E. J.

(5) J'ai conservé la leçon du manuscrit original ; mais je suis persuadé qu’il faut lire Néradarichi. On sait que le sage Nérada , fils de Brahmà, et l’un des Brahmädika , fut l’ami de Krichna et reçut le premier , suivant certaines traditions , la révélation du dogme de l’yéga ; Souka, le narrateur du Bhägavatapouräna , ne fait que répéter les paroles de Nérada, lorsqu’il expose au roi Parikchit la nature divine de Bhagavat ; on peut donc considérer Nérada comme un des poètes qui ont célébré les louanges de Vichnou. Je ne me souviens pas d’avoir lu autre part la légende que rapporte notre auteur. E. J.

(6) Les Tamouls écrivent aussi Lakchimi; on reconnaît facilement dans cette leçon Lakchmt, épouse de Vichnou. Ils transcrivent par Chirf un autre nom de cette déesse, Shr{. On représente souvent Lakchmt assise sur les genoux de son époux

désirait de sa pénitence, qu’en ce moment elle recouvrerait l'intelligence et pourrait aussi demander une grâce à Latchimi. Plusieurs années se passèrent avant que le pénitent Choutter vint accomplir sa pénitence sous l'arbre m&; et ce ne fut que long-temps après que Vichnou et Latchimr lui apparurent pour lui demander ce qu’il désirait. Il leur dit qu'ayant abandonné les biens et les richesses de ce monde, il ne désirait plus en jouir, mais qu’il les priait de lui accorder la science nécessaire pour connaître tout ce qui est contenu dans les quatorze mondes : ils lui accordèrent cette faveur. En ce moment, l’intelligence vint animer l’arbre m&; l'épouse de Mandararichi se souvenant alors de ce que lui avait annoncé son mari, pria Vichnou et Latchimi d’avoir compassion d’elle, et leur fit le récit de sa transformation. Latchimi touchant l’arbre de sa main, lui dit qu’elle était délivrée des effets de la malédiction, et lui demanda si elle voulait rentrer dans le monde. Cette femme répondit qu’elle était contente de rester arbre, pourvu qu’on lui rendit quelques honneurs. Latchimi lui dit alors que ses fruits seraient offerts aux dieux dans les sacrifices, que ses feuilles seraient employées dans toutes les cérémonies comme un signe de prospérité, de joie et de pureté, et que ses bourgeons seraient placés par honneur sur la tête des dieux : ZLatchimi lui promit enfin de l'accompagner dans toutes les cérémonies. C’est pour cette raison que l’on considère cet arbre comme consacré à la déesse Latchimi; il est un des sept bois sacrés avec lesquels on peut allumer le feu des sacrifices journaliers (1). Dans d’autres cérémonies , ses feuilles servent d’aspersoir pour répandre l’eau lustrale. Les gentils suspendent souvent au-dessus de leurs portes des feuilles de cet arbre enfilées dans une corde, pour annoncer que la présence de Latchimi a introduit la prospérité et la pureté dans leurs maisons. Aussitôt que les cérémonies du mariage sont terminées, on enfile dans une corde toutes les feuilles qui ont servi d’aspersoirs dans ces cérémonies, et on les attache au faite de la maison comme un signe de la présence de Latchimi (2)...

Pour comprendre le sens de la cérémonie des cinq pots, il faut savoir qu'il y a huit dieux qui veillent continuellement aux principales parties du monde : l’est est régi par Zndiren, le sudest, par Ækinri, le sud est sous la direction de Chemen, le sud-ouest sous celle de Viroudi, Vouest obéit à J’arounen, le nord-ouest, à F’&yvou, le nord-est gardé par Kouberen, et le nord-est, par Zchänen (3). Tous ces dieux prennent soin de conserver le monde et d’empècher que les géants ne viennent les ravager. Le premier pôle est consacré à Indiren, qui est une manifestation de Dévendiren (4), et dont le séjour est une forteresse aussi grande qu’un monde, où se retrouvent toutes les délices du ciel de Dévendiren : le second pôle est consacré à Chemen (5), dont le séjour est aussi une immense forteresse; ce n’est cependant que sa maison de plaisance; car il a un autre palais où il exerce la charge de grand examinateur des âmes qui sortent de ce monde: le troisième pôle est consacré à /’arounen, qui demeure dans une forteresse de même étendue que les autres; ce dieu est chargé de dispenser la pluie : le quatrième pôle est consacré à Kouberen, qui habite un monde abondant en métaux précieux, en pierreries , en fleurs parfumées et en fruits exquis : un cinquième pôle, qui est au milieu des quatre autres, est consacré à Roudra, dont tous ces dieux reconnaissent l’autorité. Les semences germées contenues dans les cinq petits pots sont un sacrifice offert à ces cinq dieux (6), pour les prier d'empêcher que les géants ne viennent troubler le monde. On adresse des adorations à ces divinités pour les supplier de combler les époux de toutes sortes de biens, de faire prospérer leurs champs par des pluies abondantes, de les enrichir des plus précieux joyaux, et de ne pas interrompre de sitôt leurs plaisirs par une mort prématurée...

et serrée dans ses bras ; les Tamouls prétendent que Vichnou n’embrasse si étroitement la déesse des richesses, que pour qu’elle ne puisse s’enfuir et prodiguer à d’autres ses faveurs. E. J.

(1) L'arbre nommé mé est l’amra de l'Inde sanskrite ou le manguier ; ce dernier mot est l’altération du tamoul ménkdy (m4 et kây ), fruit de l’arbre m4. C’est ordinairement ce bois que l’on préfère pour construire les bûchers funéraires. E. J.

(2) Nouvelle réfutation de l’auteur, qui s’efforce de constater l’identité de Vichnou avec le démon. E. J.

(3) On trouve des notices étendues sur ces dieux gardiens des régions célestes, dans les trois dernières livraisons de l'Inde Française. Je me contenterai d'observer que l’auteur , ou plutôt le copiste, a constamment confondu l’est avec l’ouest. Plusieurs noms sont inexactement transcrits dans l'original ,Agekinr, Voyou, K ouperen , etc. E. J.

(4) C’est une opinion propre aux mythologues du sud de l’Inde ; on a déjà observé qu’elle n’avait aucun fondement réel dans la mythologie des âges antérieurs. En effet, dans la transition de la cosmologie védique à la mythologie du moyen âge , Indra ne descend au rang des Vasou où Dikpäla, qu’en perdant son caractère primitif de chef de Trayastrimshat. E. J.

(5) Cette orthographe tamoule dissimule le nom bien connu d’Yama. C’est une règle générale que tous les mots sanskrits qui passent dans la langue tamoule, peuvent y permuter , au commencement des mots , la liquide y par la sifflante chous, et souvent dans l’intérieur des mots, la sifflante ch par la liquide y, comme dans #rayen pour rédjan, ouyam pour outchtcha, ete. ; en sorte qu’un mot a souvent trois ou quatre orthographes toutes également reçues. Cette observation peut expliquer la forme et le sens du nom propre Sémalädéoi ( Inde Française , xxri° livraison ), dont la première partie paraît représenter un mot sanskrit Yamalé. E. J,

(6) Lorsque des grains renfermés dans un vase germent à point, on considère cette germination comme un heureux présage, et la famille s’en réjouit. E. J.

L’eau contenue dans le grand et dans le petit pots représente les sept déesses Kangaï, Famounau, Kodäviri, Sarasouvadi, Narmadai, Sindou et Käyeri (1) : toutes ces rivières sacrées sont représentées par cette eau el assistent au mariage. Kangaiï ou le Gange est le plus célèbre fleuve de l’Inde : les gentils ont une si grande vénération pour ce fleuve, qu’ils accordent à ses eaux la vertu de purifier de tous les péchés. Telle est même leur sainteté qu’il suffit, pour assurer le salut d’une personne morte, d’y jeter quelques-uns de ses os retirés des cendres du bûcher. La plupart des brahmanes et les personnes riches se font apporter de cette eau à de grandes distances, et la gardent dans leurs maisons avec une extrême vénération (2). Quoique l’eau contenue dans les pots n’ait été puisée ni au Gange ni aux autres rivières sacrées , ces rivières y sont rendues présentes par la vertu des oraisons que l’on prononce sur cette eau. Les Malabars pensent qu’elle a la vertu d’effacer tous les péchés, et de purifier de toutes les souillures. Voici la fable de la déesse Kangaï, épouse de Roudra.

Magäbali Chakaravardi (3) était fils du géant Pragaläden. Ayant fait une grande pénitence en l'honneur de Shiva, il le pria de lui accorder la grâce d’être immortel. Shiva lui apparut et se rendit favorable à sa prière. Le géant alla d’abord , avec une puissante armée , faire la guerre à Dévendiren ; il chassa ce dieu du monde qu’il occupait, s’empara de ses femmes, et réduisit tous les dieux à la servitude. Il descendit ensuite dans les mondes inférieurs, et les conquit tous successivement. Vichnou, qui n’attendait qu’une occasion favorable pour mettre un terme à ces désordres, vint enfin naître dans le sein de la femme d’un brahmane. Il avait le corps d’un nain et portait le nom de ’&manen (4). Comme Magäbali Chakaravardi offrait un jour le sacrifice yégiyam à Shiva, tous les brahmanes, suivant la coutume, vinrent lui demander l’aumône; le nain se présenta aussi; le roi l'ayant aperçu, lui demanda ce qu’il souhaitait; le nain lui répondit qu’il ne désirait ni or ni argent; qu'il le priait seulement de lui donner autant de terre qu’il pourrait en mesurer en trois pas, pour qu’il püt se construire une petite maison. Le roi, charmé du désintéressement de ce brahmane, lui accorda avec plaisir ce qu’il demandait ; mais le gourou du roi, nommé Choukouren (5), lavertit de bien réfléchir à ce qu’il allait faire , que ce nain pouvait avoir quelque mauvais dessein, et devenir un jour son ennemi. Le roi n’accorda aucune attention à l’avis de son gourou ; il s’apprêta, pour donner la sanction religieuse à son engagement envers le nain, à lui verser de l’eau dans la main droite ; mais aussitôt le gourou s’introduisit dans le pot et en boucha l’ouverture avec sa tête, pour empêcher l’eau de couler. Le nain, à qui cette ruse n’avait pas échappé, poussa une paille dans l’ouverture du vase pour le déboucher, et creva un œil au gourou. Le roi versa l’eau dans la main du nain , et la donation fut accomplie (6). Le nain alla pour mesurer ses trois pieds de terre; mais il se développa tout-à-coup sous une forme si grande, que d’un seul pied il couvrit le monde sur lequel il s’'appuyait, et que, jetant l’autre pied sur les mondes supérieurs, il les couvrit tous ensemble. Il les ébranla si violemment par cette secousse, qu’il y en eut un qui s’ouvrit. La déesse Kang'ai s’en échappa comme un torrent ; elle eût inondé tous les mondes si Shiva ne l’eüût retenue dans ses cheveux (7).

(1) Les noms sanskrits de ces rivières sont : Gangé, Yamouné ou Yamf, Godévart, Sarasvaté, Narmadä , Sindhou et Kävért. Cette liste varie quelquefois ; ainsi le Séndhou est souvent remplacé par le Koumari ou Koumärt , qui paraît être le même fleuve que le Krichnä. D’autres auteurs prétendent que les deux grands vases remplis d’eau représentent Vichnou et Lakchmt, ou bien Roudra et Pérvatf, suivant la secte des époux; l’autre explication me paraît plus probable. E. J.

(2) Voyez les détails donnés sur le commerce d’eau du Gange dans la xix° livraison de l’Inde Française , feuille 111.

(3) Incorrectement écrit dans l'original Mahabalisauravarti ; ce dernier mot est ainsi défiguré dans tout le cours de l’ouvrage. Le père de Mahäbali où Bali tchakravartt était Prahlâda , fils de Hiranyakashipou détruit par Vichnou dans l’incarnation qui précéda immédiatement le Vémandvatära ; Bali lui-même est le père de l’asoura Bâna, qui fut aussi vaincu par Vichnou dans le Krichnävatéra. Cette succession de princes daitya qui suit parallèlement la succession des avatära de Vichnou , indique une longue et terrible lutte entre deux civilisations ennemies ; c’est le caractère de la mythologie indienne de résumer un grand fait historique en une seule légende, et deux peuples opposés, en deux personnages héroïques. Virya est un autre nom de Bali; c’est sous ce nom qu’il paraît dans le Bhégavata. E. J.

(4) Voyez le récit du Vémanävatära ou incarnation de Vichnou en brahmane nain, dans la x° livraison de l’Inde Française. E. J.

(5) Altération tamoule de Soukra. Ce pouréhita de Mahäbali, aussi nommé Oushanas , préside à la planète de Vénus ; on le représente vulgairement privé d’un œil, habillé de blanc, et assis sur un lotus. Il appartient à la mythologie shaivite , comme le prouve le roudräkcha qu’il porte à la main, et le rôle de précepteur des asoura qui lui est assigné par les Pourânas vechnavites. E. J.

(6) L’accomplissement de cette cérémonie est imposée par la loi religieuse, qui est en même temps la loi civile, aux princes qui veulent faire des donations de terres aux brahmanes ; aussi la trouve-t-on toujours mentionnée dans les actes de donation gravés sur cuivre ( shâsana ), et ordinairement dans cette forme oudakaporoatayä. Les peuples de l'Inde méridionale , toujours empressés d’ajouter aux institutions et surtout aux pratiques religieuses, ne donnent rien à un brahmane, pas même du bétel, sans lui avoir versé quelques gouttes d’eau dans la main. E. J.

(7) Cette circonstance est évidemment empruntée aux traditions populaires de l’Inde méridionale; elle lie, ou plutôt elle confond deux légendes très-distinctes dans les Pouränas. Suivant l'autorité de ces recueils, Shiva ne reçut Gangd sur sa tête qu'au moment ou Bhagtratha obtint , par l'énergie de sa pénitence, de la faire descendre du sommet de l’'Himälaya. E. J.

on) RELIGION DES MALABARS.

Vichnou voyant que son compte n’était pas encore parfait, demanda au roi de la terre pour son troisième pied. Le roi répondit qu’il n’en avait pas davantage , mais que le dieu pouvait , s’il lui plaisait, poser le pied sur sa tête. Vichnou y consentit, et, appuyant son pied sur Magäbak, il le précipita dans le monde inférieur qu’on appelle Magädalam. Les uns disent que Magäbali Chakaravardi est encore aujourd’hui dans le Magädalam (1), où il est traité en prisonnier ; les autres prétendent qu’il réside dans les mondes supérieurs, parce que, disent-ils, il est impossible qu’un homme qui a eu le bonheur d’être touché par le pied de Vichnou, soit éternellement malheureux (2). Cependant Shiva demanda à Magébali Chakaravardi quelle consolation il désirait obtenir en récompense du sacrifice qu’il avait fait en son honneur. Le géant le pria seulement d’instituer une fête , dans laquelle on ferait partout des feux en mémoire de celui qu’il avait allumé dans ce sacrifice, avant que le nain vint lui demander ces trois pieds de terre, et d’accorder des faveurs particulières à ceux qui célébreraient cette fête. Shiva lui accorda cette grâce ; c’est pour cette raison que les Malabars font, à un jour fixe de l’année, une grande solemnité, pendant la célébration de laquelle ils allument un grand nombre de lampes au-devant des pagodes et des maisons, et font des feux dans toutes les rues , en criant : Magäbal ! Magäbal !

Le roi Sagara Chakaravardi faisant un jour un sacrifice yégiyam ou sacrifice de feu en l'honneur de Shiva, ce dieu fit sortir du sacrifice un cheval furieux (3), et assura le roi qu’avec le secours de ce cheval il pourrait vaincre les maîtres de tous les mondes. Sagara Chakaravardi rendit des actions de grâces à Shiva, et se mit aussitôt en marche pouraller porter la guerre en tous lieux; il se rendit bientôt si puissant que personne ne pouvait lui résister. Ses ennemis trouvèrent cependant le moyen d’enlever le cheval divin pendant les heures de la nuit ; ils allèrent le cacher à peu de distance d’un pénitent nommé Kabilen. Aussitôt que le roi eut appris l'enlèvement de son cheval, il partit accompagné de soixante hommes pour en faire la recherche : il le trouva enfin attaché à quelques pas de distance du pénitent Kabilen. Il adressa à ce pénitent les plus graves insultes, l’accusant d’avoir dérobé son cheval. Kabilen qui, depuis un grand nombre d’années, s'était, en esprit de pénitence, interdit la vue des choses du monde, fut indigné de cette insolente accusation ; il ouvrit les yeux ; la flamme qui en jaillit consuma le roi et tous ceux qui l’accompagnaient. Le fils du roi ayant vainement attendu le retour de son père, marcha avec le reste de l’armée pour aller à sa rencontre ; arrivé en présence du pénitent Kabilen, il vit son père consumé avec toute son escorte. Il en demanda la raison au pénitent; Kabilen répondit que Sagaren s'était attiré cette punition par la présomption qu’il avait eue de l’insulter et de troublerses méditations. Le prince le pria d’avoir compassion de son père, et de lui enseigner le moyen d’obtenir sa délivrance ; le pénitent lui dit qu’il ne pouvait espérer de succès qu’en priant Shiva d’envoyer Kangai sur la terre; que si le dieu lui accordait cette grâce, il n’avait qu’à prendre de cette eau sacrée, pour en arroser son père et toute son armée, que cette ablution suffirait pour effacer tous leurs péchés et leur assurer une éternelle béatitude. Le fils du roi, plein de confiance dans les paroles du pénitent, laissa le gouvernement du royaume à son propre fils, et se retira dans le désert pour y faire une grande pénitence en l'honneur de Shiva; mais il y mourut sans avoir rien obtenu. Le fils qui devait lui succéder, voyant que la pénitence de son père n’avait pu procurer la délivrance de Sagaren, abandonna aussi le soin de gouverner à son fils et se soumit également à la pénitence : il mourut encore sans avoir pu fléchir la colère de Shiva. Le descendant de Sagaren à la troisième génération, nommé Pagtraden (4), ajoutant aux austérités de ses prédécesseurs , fit vœu de ne point prendre d’épouse , et de passer le reste de ses jours dans la pénitence. Il se retira donc dans le désert ; il y attendit long-temps avec résignation l’accomplissement des promesses de Kabilen. Shiva, Vichnou et Brahmà lui apparurent enfin, et lui demandèrent ce qu’il souhaitait pour fruit de sa pénitence. Il leur répondit qu’il n’avait qu’une grâce à leur demander; c’était de faire descendre Kangaï sur la terre, pour effacer les péchés de ses pères et pour délivrer Sagara Chakaravardi son aïeul des terribles effets de la malédiction du pénitent K'abilen. Shiva se laissa fléchir par ses prières, et fit descendre Kangaï du ciel sur la terre. Aussitôt

(x) Incorrectement écrit dans l'original Magédalaham. En sanskrit Mahâtala , Vun des sept mondes inférieurs ; on les énumère dans cet ordre: Atala, Vitala, Soutala, Taratala, Mahätala, Rasätala, Pâtäla. C’est dans ce dernier monde que le précipite la tradition généralement reçue. E. J.

(2) La tradition des Pouränas nous rassure sur le sort de Bali; Vichnou lui laissa l’empire des mondes inférieurs. E. J.

(3) Cette circonstance, qui ne s'accorde pas avec la tradition généralement reçue, indique qu’il ne s’agit pas ici du sacrifice ashoamédha , mais du sacrifice vishwadjit ; e récit de notre auteur s’éloigne de la tradition des Pourânas, dans plusieurs autres passages , dans celui, par exemple, où soixante guerriers et Sagara lui-même sont substitués à ses soixante mille fils. E. J.

(4) Inexactement écrit dans l'original l’akirden. Bhagtratha était fils de Dilipa , fils d’ Anshoumat, dont le père était Asamandja, fils de Sagara ; il offrit les mérites de sa pénitence à Brahmä, à Vichnou et à Shiva. Gangé est du nom de ce prince, appelée Bhägtratht; les lieux bas où elle vint arroser les cendres des Sagarides, furent surnommés ségara, ou la mer; c’est ainsi que, pour expliquer plus de noms en une seule légende , on a rattaché à celle-ci le mot ségara. E. J.

que Pagiraden l'aperçut, il lui adressa ses adorations, et s’empressa de lui frayer un chemin pour la conduire jusqu’au lieu où était son aïeul; mais il rencontra sur la route un pénitent qui, irrité d’avoir été troublé dans sa solitude par ce courant d’eau , prit Kang'aï et l’avala tout entière. Désespéré d’avoir perdu Kangai, Pagiraden fit mille excuses au pénitent, et le pria, avec les plus vives instances , de la lui rendre, lui promettant de la conduire par un chemin plus éloigné de la solitude où il s’était retiré. Le pénitent lui répondit d’abord que cela était impossible, parce qu’il ne pouvait faire sortir Kang'ai par les voies ordinaires. Ne pouvant cependant résister plus long-temps aux importunités de Pagiraden, il s’ouvrit la cuisse et fit sortir Kangaï par cette issue (1). Pagtraden conduisit la rivière sacrée jusqu’au lieu où avait été anéanti Sagara Chakaravard , et arrosa de cette eau le prince et ses guerriers ; la malédiction fut aussitôt levée, et leurs âmes s’élevèrent jusqu'aux mondes supérieurs (2)......

La lampe à cinq ou sept mèches (3) et les autres petites lampes sont consacrées à Latchimi, épouse de Vichnou , déesse de la lumière, des richesses et de la félicité. Toutes les monnaies d’or des Malabars portent l'empreinte de sa figure (4) ; la première de ces monnaies qu’ils reçoivent, après avoir conclu quelque marché, ils la portent à leur bouche et à leurs yeux, etluiadressent leurs adorations. Lorsqu’un homme possède des richesses considérables, ils disent que Latchimi le comble de ses faveurs. Toutes les lampes que les gentils allument dans leurs maisons, sont consacrées à ZLatchinu ; ils invoquent cette déesse en les allumant, et lui font une adoration les mains jointes. Il y a toujours au pied de ces lampes et de celles qui servent dans les cérémonies du mariage, une petite figure de Laichimi. Les chrétiens, quelques-uns exceptés, se servent aussi dans leurs maisons de lampes de cette sorte. S'il tombe quelque moucheron de la lampe , les gentils pensent que c’est un signe qu'il viendra du bien à la maison ; aussitôt ils prennent un peu d’eau avec leurs doigts et la répandent autour de la lumière de la lampe; puis ils font une adoration les mains jointes à l’idole de Latchimi…

Les Malabars observent encore plusieurs autres convenances à l’égard de Latchimi. Le matin , au moment de se lever, ils prennent grand soin de ne point arrêter leurs yeux sur la figure d’une femme veuve ; s’il leur est arrivé d’en regarder une, même involontairement , et que dans le cours de la journée ils éprouvent quelque fâcheux accident, ils n’en cherchent pas d’autre cause que le regard qu’ils ont jeté sur cette femme. Ce préjugé est souvent la source de grandes divisions dans les familles ; ils sont en effet persuadés que les veuves et quelques autres femmes attirent infailliblement des malheurs sur celui qui les regarde le matin en se levant (5); que certaines femmes, au contraire, ont le visage de Laichimi, c’est-à-dire un visage qui porie bonheur; aussi sont-ils fort empressés de les considérer. Ils n’osent pas regarder une vache à la tête, parce que, prétendent-ils, elle a tué un brahmane avec ses cornes (6) ; mais, comme les voies excrétoires de la vache sont, dans leur opinion , la source des bénédictions de Latchimi, ils ne manquent pas, en se levant, de jeter un regard pieux sur cet endroit (7). Toutes ces observations ne se font que le matin, et seraient superflues aux autres heures de la journée. Si c’est un mauvais présage que d’avoir considéré une veuve au moment du lever, c’est que Latchimi s’est retirée des veuves , et les a privées de ses bénédictions ; or , les considérer en face le matin, c’est vouloir se rendre cette déesse défavorable pour le reste de la journée. Quoique Latchimi, selon eux, soit présente dans toutes les femmes mariées, elle ne leur donne pas à toutes également des marques de sa faveur. Elle paraît le matin sur le visage des unes avec un air fâcheux et courroucé, et sur le visage des autres avec un air de joie et de bienveillance :

(1) Ce pénitent se nommait Djahnou; suivant le Bhégavata, il versa Gang4 par son oreille ; c’est du nom de ce prince qu’elle est appelée Djähnowot. E. J.

(2) L’auteur prouve ici, en trois points, que le fait de la descente de Gangä sur la terre est physiquement et moralement impossible. E. J.

(3) Ces lampes, dont on ne se sert que dans les cérémonies religieuses, sont nommées en tamoul pandamoutti. E. J.

(4) La plupart des monnaies du sud de l’Inde présentent sur la face, en traits confus, soit une tête de sanglier, par allusion au varéhévatära , soit Vichnou et Lakchmf£ sous un dais ou #row4chi; ces empreintes leur ont fait donner le nom de pagodes ; on nomme varâgen celles qui portent la tête de sanglier. Quant au mot hindoustani hour, par lequel les Musulmans désignent ces mêmes pièces, c’est probablement une altération du tamoul por (or ou fanon ); quelques dialectes , entre lesquels le karnâtaka , remplacent par À le p tamoul. E. J.

(5) Les Tamouls pensent que, sous les traits de ces femmes, se montre à eux Moddévi, sœur de Latchimi; Motdéoi est la déesse de l’infortune ; on la représente montée sur un âne. E. J.

(6) Je ne me rappelle en ce moment aucune légende qui puisse servir à expliquer cette croyance populaire. E. J. (7) Voyez, dans la suite de ces extraits, le chapitre intitulé : Signes dont les Malabars se marquent au front , ete. Tes Indiens prétendent qu’à l'endroit où s’est couchée une vache, Lakchmf est toujours présente. Le culte de la vache se rapporte à des

mythes primitifs dont le caractère est si différent de celui des ridicules pratiques de l’âge actuel, qu’il est inutile de les exposer ici. E. J.

il y a du danger à rencontrer les premières de ses regards ; on ne peut attendre que du bonheur de la vue des secondes.

Les Malabars ne donnent jamais rien de ce que renferment leurs maisons, dans l'obscurité de la nuit, à moins d’avoir allumé une lampe ; car ils croient que, privés de la présence et de la lumière de Latchimi , la chose donnée ne profiterait point. A la nuit tombante , au moment où l’on se rend des visites, s’il n’y a pas encore de lampe allumée dans la maison , les Malabars ne se congédient pas avant d’en avoir allumé une, afin que Latchimx, devenue présente, les congédie elle-même avec ses bénédictions (1).

Si, pendant le temps que les Malabars prennent leur repas, la lampe vient à s’étéindre, ils ne peuvent plus manger d'aucune des choses qui ont été servies, même après avoir rallumé la lampe ; car ils croient que si la lampe s'éteint, c’est un signe que Latchimi est courroucée, et qu’elle abandonne le repas au pillage des géants et des démons (2) ; or, bien que ces êtres impurs n’en mangent que la substance, le reste devient tellement immonde, que les Malabars ne peuvent y toucher, à moins cependant que le dieu Æfini ou le feu ne fût éveillé à ce moment; car alors ni les géants ni les démons n’oseraient s’en approcher.

Entre toutes les fleurs que les gentils offrent à la déesse Zatchinu, il y en a une qui lui est spécialement consacrée, et qu’ils nomment {émarai (3). Cette fleur est à peu près de la forme et de la couleur d’une rose, et a un parfum délicieux ; elle croît sous l’eau dans les étangs. Les gentils ont une grande vénération pour cette fleur, parce qu’ils pensent qu’elle représente le visage de Latchimr. Les Malabars , qui ont coutume de porter des fleurs à leurs toques, soit pour s’en faire un ornement, soit pour en respirer le'parfum, ne se parent jamais de cette fleur que dans les cérémonies religieuses.

L'oblation du riz pongal est un véritable sacrifice. Ge riz doit conserver toute sa substance, parce qu’il n’est permis d’offrir aux dieux que ce qu’il y a de meilleur; aussi n’y verse-t-on tout juste que la quantité de lait nécessaire pour le cuire, en sorte que, lorsque ce riz est cuit, il ne reste pas une seule goutte de lait dans le vase. Ces détails sont exposés plus amplement dans la suite (4).

On met du riz sous le siége des époux , parce que, considérés comme comblés ce jour-là des bénédictions des dieux , ils doivent reposer sur toutes les richesses du monde, c’est-à-dire, avoir ces richesses à leur disposition : cette prospérité les accompagnera toujours s’ils sont fidèles aux dieux. Les brahmanes bénissent les guirlandes qu’ils mettent au cou des époux; c’est au nom des dieux qu'ils font cette cérémonie, et qu’ils annoncent aux époux qu'ils seront florissants et admirés dans le monde.

Les mets servis sur les cinq feuilles de figuier sont nommés collectivement manapongal , c’est-àdire, lien du mariage; ce mot est composé de manam, mariage, et de pongal, riz qui a conservé toute sa substance (5). On donne ce nom à l’oblation, parce que, de toutes les choses offertes et déposées sur les feuilles de figuier, le riz est la principale et la plus nécessaire à la vie. Tous les gentils s'accordent à dire que le riz pongal, les figues pilées , les morceaux de coco composent un sacrifice, dont les matériaux sont ce riz pongal, ces figues et ces morceaux de coco, la forme, la cuisson du riz sur lequel les brahmanes répandent un peu de beurre en forme de libation, avant de l'offrir aux dieux, le lieu , la feuille de figuier qui sert pour ainsi dire d’autel, la fin, expression de ce sentiment, que les dieux, maîtres de la vie des hommes, leur accordent toutes les choses qui servent à la soutenir, telles que le riz et les autres fruits de la terre. Une autre intention de ce sacrifice est de prier les dieux de prendre les époux sous leur protection et de les préserver de toutes les infortunes de la vie, telles que l’affliction, la pauvreté et les maladies. On exprime ordinairement celteintention parle mot composé toukaikärkiradou (6), qui signifie écarter les infortunes. Je dois croire que les PP. Jésuites, qui font célébrer le nanapongal aux cérémonies du mariage des chrétiens, ne reconnaissent aucune puissance à tous ces dieux...

(1) Voyez, dans la suite de ces extraits, le chapitre intitulé : Superstitions diverses. E. J.

(2) Ces êtres impurs sont les rékchasa et les pishätcha qui jouent dans la mythologie indienne le même rôle que les harpies dans la mythologie grecque. E. J.

(3) Incorrectement écrit dans l'original /amoraya. Le timarai est le lotus ou £amala ; cette fleur est le siége ordinaire de Lakchmt et de Vichnou ; je pense que son nom tamoul signifie originairement rouge ( tämra). E. J.

(4) Voyez, dans la suite de ces extraits, le chapitre intitulé : Fête du pongal, etc.

(6) Cette interprétation est passablement exacte ; il faut seulement observer que pongal est une forme verbale. Manam

signifie primitivement bonne odeur ; on donne à l’époux le nom de manavällen , et à l’épouse celui de manaätti. E. J.

(6) Incorrectement écrit dans l'original /uccaicagi-ouradou. Gette expression signifie littéralement préserver des infortunes. Toukat est l’altération tamoule du sanskrit douhkha, malheur. E. J.

Tous les brahmanes conviennent que l’on peut donner de la malignité à ses regards, en représentant si vivement un objet à son imagination, que l’on en conçoive de l'admiration , de l’étonnement et des désirs, sans éprouver le besoin de rendre des actions de grâces aux dieux, et cela, quand bien même on n’exprimerait contre cet objet aucun sentiment de haine ou d’aversion : ainsi que l’on dise : « Cet homme est bien fait; il a d’excellentes qualités ; que les dieux lui en accordent davantage! » ou quelque chose de semblable, ia personne que l’on aura considérée, n’en éprouvera aucun mal; mais que l’on dise simplement : « Il est bien fait; il a de belles qualités, etc. ; » qu’on le dise avec admiration, avec étonnement ou avec désir, l'imagination jette alors une maligne influence sur la personne , quelque éloignée qu’elle soit (r). Plus imagination a été vive, plus cette personne en souffre. On distingue trois sortes de mauvais regards : la première est nommée rédjadrichti ; c’est un mot grantham (2) (le grantham est, pour ainsi dire, le latin des brahmanes), qui signifie regard du rot : cette classe comprend aussi les regards de tous les grands dignitaires et de toutes personnes en charge. Si un roi considère une personne et ses belles qualités avec admiration , avec étonnement, ou avec désir, celte personne ne tarde pas à tomber malade, et se trouve en grand danger de mourir, si l’on n’a soin de faire promptement la cérémonie destinée à écarter le maupais regard. En effet, disent-ils, les rois pouvant concevoir de plus hautes pensées que les autres hommes , leur regard devient beaucoup plus dangereux, s’il est accompagné d’admiration, d’étonnement ou de désir : c’est pourquoi ceux qui fréquentent les cours des rois et des princes ne manquent jamais , aussitôt qu’ils sont de retour à leur maison, de faire la cérémonie destinée à écarter le mauvais regard. Un brahmane m’a raconté qu’un roi dont il avait obtenu l’amitié, le pria un jour de lui présenter son fils. Comme cet enfant était plein d’esprit et de gentillesse, le roi fut charmé de ses heureuses dispositions ; après avoir joué quelque temps avec lui, il avertit le père, en le reconduisant, de tirer promptement à son fils l’æillade qu’il lui avait jetée. Le brahmane ne manqua pas de faire les cérémonies accoutumées; mais son fils n’en fut pas moins malade pendant trois mois.

La seconde espèce de regard est nommée sabaditté (3), c’est-à-dire regard d’une assemblée : ainsi, trois ou quatre personnes dont le regard est pernicieux, suivent une procession de mariage, et considèrent les époux avec admiration, étonnement ou désir ; les époux tomberont malades , et le maléfice sera d’autant plus dangereux qu’il aura été jeté par plusieurs regards réunis; c’est pourquoi l’on a grand soin, pendant la solemnité du mariage, d’écarter de temps en temps le maléfice des regards.

La troisième espèce de regard est nommée kannoudtti (4), c’est-à-dire regard d'un œil ; il s’agit ici de toute personne dont le regard est pernicieux. Les Malabars prétendent qu’il y a des regards qui fendent les pierres, qui font sécher en un instant des arbres verts, qui font mourir subitement un homme ou un animal (5). Si un homme qui a le regard pernicieux considère le riz que mange une autre personne, et s’écrie : « Ce riz est délicieux! que cette personne est heureuse ! » il est nécessaire que cette personne , et toutes celles qui ont mangé de ce riz, se fassent aussitôt tirer l’ærllade ; si elles négligent cette précaution, elles éprouvent d’abord des coliques, et bientôt après tombent malades. Bien plus , que cet homme, passant dans la rue, voie un peu de riz qu’auront laissé ces personnes sur les feuilles dont on se sert en forme d’assiettes ; que cet homme, sans voir ceux qui ont mangé le riz, dise avec admiration, avec étonnement ou avec désir : « Ge riz était excellent; oh! que ces gens-là ont fait bonne chère ! qu’ils sont heureux ! » toutes ces personnes se sentiront aussitôt des douleurs d’entrailles; ces douleurs ne peuvent manquer d’avoir des suites fâcheuses, si l’on n’a soin de se purifier des mauvais regards. Aussi, à peine quelqu'un se sent-il indisposé pendant ou après le repas, que, sans considérer si cela vient de quelque cause naturelle, il commence

(1) Presque tous les peuples ont été atteints de cette superstition; presque tous, par une malheureuse disposition d'esprit , ont interprété la louange par le sentiment de l’envie; on connaît le sens de la formule latine præfiscine sit dictum ; tous les peuples de race slave sont encore soumis à ce préjugé; les Grecs de l’intérieur de la Morée et les Arnautes de l’Albanie le partagent, et attribuent à l’ail la vertu de préserver du maléfice des regards. E, J.

(2) C’est ainsi qu’il faut restituer cette phrase inintelligible que présente le manuscrit original : « c’est un mot grand qui est comme le latin des brahmanes. » Le grantham est proprement un caractère particulier qui sert dans le sud de l’Inde à transcrire la langue sanskrite. E. J.

(3) Inexactement écrit dans l'original sabadrichy. Sabaditti ou sabadichi est l’altération tamoule du sanskrit sabhädrichtr. EJ.

(4) Inexactement écrit dans l'original kanoudrichy. On peut également écrire kannouditti ou kannoudichi. E. J.

(5) Voici ce que rapporte à ce sujet un missionnaire anglais : un champ vient-il à être ruiné par la nielle, on est assuré de voir placer dans ce champ, l’année suivante, un grand chaudron au milieu duquel est dressé un manche à balai ; ils s’imaginent que la nielle, attirée par les regards de quelque ennemi, sera détournée de leur champ par la vertu de cet appareil. D’autres voyageurs disent que l’on emploie ordinairement dans les champs et dans les jardins, pour les préserver de tout maléfice, des vases de terre blanchis avec de la chaux, et marqués de points noirs ou de figures magiques. E, J.

d’abord à murmurer et à s’irriter contre ceux qui l'ont vu prendre son repas , puis il s’'empresse de faire la cérémonie destinée à tirer l’œrllade (1).

Comme toutes les imaginations ne sont pas propres à se pénétrer de ces affections malignes, il importe de savoir ce qui y prédispose. Les uns disent que tout enfant qui, au moment de sa naissance, ouvre les yeux dans son sang, avant d’être lavé, contracte dès lors une malignité de regard ; la raison en est, prétendent-ils, que le sang dont l’enfant est souillé est une chose immonde; or, si l’on ne peut même toucher le vêtement d’une femme en couches sans contracter sa souillure , que sera-ce d’un enfant qui voit cette ordure et qui la touche des yeux? Les autres attribuent cette malignité à l'influence des deux planètes ragou ét kedou (2) ; ces deux planètes demeurent chacune un an et demi dans le Taureau, et autant de temps dans les autres signes; or, le soleil passant chaque

jour de soixante heures dans les douze signes, demeure cinq heures dans celui du Taureau; les

trois premiers quarts d'heure de son entrée quotidienne dans le Taureau, pendant que l’une ou l’autre de ces planètes s’y trouve, ont de funestes influences; tous les enfans qui naissent dans ces trois quarts d'heure ont le regard pernicieux.

On compte cinq manières d’écarter le maléfice du mauvais regard. Il n’y a, parmi les gentils, que certaines personnes qui fassent cette opération; ce sont le plus souvent des femmes des pagodes. Parmi les chrétiens de Pondichéry , ce sont les femmes mariées chrétiennes; les femmes des pagodes leur rendaient autrefois aussi ce service : dans les missions malabares plus avancées dans les terres, ce sont encore les femmes des pagodes qui tirent l’œrllade aux chrétiens. Lors donc qu’une personne se trouve indisposée, et croit avoir été affectée d’un mauvais regard, elle fait appeler aussitôt une personne de cette profession pour faire une des cérémonies suivantes. La première s’opère ainsi : on met du #rountrou au front du malade, et on lui presse les deux tempes avec le pouce et les quatre doigts de la main droite, en invoquant Brahmà , Vichnou et Roudra; pendant toute l'opération, l’officiant bâille et imite les gestes d’une personne qui revient d’un profond sommeil. On nomme cette cérémonie dichidiripoundiram (3). La deuxième cérémonie est nommée &l&u (4) ; on met dans un bassin du safran , de la chaux délayée dans de l’eau, des feuilles de margousier et des feuilles d’aragou; on passe trois fois le bassin devant le visage du malade dans lequel on veut détruire le maléfice ; puis ensuite on jette le tout dans la rue , comme pour marquer que le maléfice est sorti de la personne affectée. C’est ce mode d’exorcisme que l’on préfère dans la solemnité du mariage. La troisième cérémonie se fait ainsi : on prend dans la main d’une espèce de graine nommée dichidibag'am (5), de la graine de cotonnier, de la farine de riz, de la graine de moutarde et des feuilles de margousier ; on passe trois fois la main qui contient ces différentes choses devant le visage du malade, puis on jette le tout au feu. La quatrième cérémonie se fait ainsi : on met dans un bassin un peu de riz, et au milieu de ce riz, du poivre pilé ; on fait chauffer du beurre dans une cuillère, jusqu’à ce que le feu y prenne ; on le verse alors tout fumant sur le poivre : la personne affectée doit en ce moment faire une boule de ce riz assaisonné de beurre et de poivre, et avaler cette boule. La cinquième cérémonie se fait de cette manière : on met du riz cuit dans un bassin, et on le divise en plusieurs com partiments, du centre jusqu'aux bords du plat; on donne à ces compartiments des couleurs variées, blanche, jaune , rouge , etc., puis on met au milieu du bassin une lampe faite de pâte de riz, dans laquelle il y a du beurre et une mèche allumée ; on passe trois fois le plat devant le visage du malade. Cette cérémonie se pratique ordinairement dans la procession du mariage (6).

(1) Aussi les personnes qui ont assisté à un repas splendide, tel qu’un festin de noces , se hâtent-elles d’emporter les feuilles de bananier qui leur ont servi d’assiettes , et de les jeter furtivement dans un endroit caché. Il y a une autre espèce de maléfice dont l’auteur a omis la mention ; on le nomme kankattou , littéralement Zen, obstacle des yeux ; ce maléfice tombe en effet sur les yeux, et a pour effet de troubler la vue. E. J.

(2) On reconnaît facilement dans ces deux mots les nœuds ascendant et descendant Rahou et Kétou que les Indiens comptent ordinairement au nombre des planètes. E, J.

(3) Incorrectement écrit dans l'original drichidivibondy. Ce mot est l’altération tamoule du sanskrit drishitripoundra , dont le sens littéral est : Zes trois raies consacrées qui préservent de la malignité du regard. E. J.

(4) Le manuscrit original présente ici un mot évidemment altéré , horady : je crois que cette mauvaise leçon cache le mot âläti ; je dois d’ailleurs observer que dans la cérémonie désignée par ce mot , on emploie du camphre au lieu de safran. E. J.

(5) Incorrectement écrit dans l'original drichedibigam. Ce mot est l’altération tamoule du sanskrit drishidipaka : Dipaka est le nom de la graine aromatique l'gusticum ajoaën. E. J.

(6) L'auteur a omis une sixième cérémonie , qui est plus efficace encore que les précédentes ; car on l’emploie souvent, lorsque le charme a résisté aux autres procédés : on passe trois fois un morceau d’étoffe devant les yeux de la personne affectée, et on le jette promptement avec un mouvement d'horreur ; quelquefois même on déchire cette étoffe, et en même temps le maléfice qui est venu s’y attacher, puis on en jette les lambeaux de différents côtés, pour que le maléfice soit complétement anéanti. Les Indiens prétendent que le jais est un excellent spécifique contre le maléfice de l’œllade; aussi le

Les PP. Jésuites, qui permettent de pratiquer ces cérémonies, ne peuvent ignorer que la plupart des choses qui y sont employées, le sont dans des intentions superstitieuses. Le safran est consacré à la déesse Ditta , déesse de la joie et épouse de Vichnou (1). Les femmes mariées, soit gentiles, soit chrétiennes, ne manquent pas de s’en mettre chaque matin au visage, après s’être lavées; les veuves et les filles ne s’en mettent jamais , parce qu’elles ne vivent pas dans les joies du mariage. Le margousier est un arbre révéré par les gentils ; il est consacré à la déesse Mériyammai, célèbre par le pouvoir qu’on lui attribue, de guérir la petite vérole (2). L’aragou, c’est-à-dire le chiendent, est consacré à la déesse Magävidi (3); cette déesse est adorée sous la forme de cette herbe; le culte en est très-répandu; il suffit, disent les gentils , de la toucher de la main avec vénération, pour recevoir la rémission de tous ses péchés : si une personne est sous l'influence de quelque sort, elle n’a qu’à se mettre de cette herbe sur la tête, elle en éprouvera bientôt du soulagement. Les Malabars couronnent leurs dieux de touffes d’aragou dans les cérémonies religieuses (4) ; la solemnité accomplie, ils portent cette herbe à leurs yeux, et en ornent leur tête, afin d’obtenir la rémission de tous leurs péchés et de se délivrer de toutes leurs infortunes. Lorsqu'on à fait quelque songe de l'espèce de ceux qui pronostiquent des événements fâcheux, ilsuffit de se mettre sur la tête une feuille de cette herbe; le songe ne peut plus avoir d’effet. Lorsque les gentils font bâtir une maison, ils commencent ordinairement par pétrir une boule de fiente de vache, dans laquelle ils plantent une feuille d’aragou ; le dieu Prillaiyär se trouve dès lors sous la forme de cette boule : souvent aussi ils font un trou qu’ils remplissent d’eau, y déposent une feuille d’aragou, puis tournent plusieurs fois autour du trou , en ayant soin de commencer par le côté droit ; le résultat est le même (5).

On a vu que la lampe placée au milieu du bassin est en l'honneur de la déesse Latchimi. Quant aux différentes couleurs qui distinguent les compartiments du riz contenu dans le bassin, on les obtient par les procédés les plus simples ; ainsi on mêle avec le riz cuit un peu de safran et de chaux délayée pour produire le rouge ; un peu de riz brülé pour faire le noir ; le blanc est du riz cuit sans aucun mélange (6). Ce sont trois femmes mariées , à défaut de femmes des pagodes, qui font la cérémonie destinée à détruire le maléfice , parce qu’elles sont bénies par Latchimt, avantage, disent les brahmanes, dont les filles et les veuves sont absolument privées.

Le cordon que le brahmane attache aux bras des époux est aussi une chose consacrée; il est composé de neuf fils, et ne peut en avoir davantage : on pense que ce nombre est un hommage aux neuf noms de Brahmà (7). C’est un brahmane qui le fait; le brahmane officiant le bénit avant de l’attacher. Les trois nœuds représentent Brahmà, Vichnou et Roudra ; le brahmane , en les faisant, invoque ces noms sacrés. Les trois nœuds signifient que les époux sont étroitement unis entre eux dans l’observation des lois de ces dieux et dans l'obligation de les faire observer à leurs enfans. Le morceau de safran que le brahmane attache au cordon, est consacré à la déesse Ditta , et signifie que

nomment-ils dichikallou, pierre du regard. Ils sont persuadés que le seul moyen de se préserver des atteintes d’un 7awvais regard, est de se faire tracer sur le front certains cercles ou diagrammes magiques que l’on nomme mandala. E, J,

(1) Le safran, nommé en tamoul manjel ou koungoumapou, est considéré comme un des plus puissants spécifiques contre les calamités de toute espèce ; aussi les dévadächi viennent-elles pendant les jours qui s’écoulent entre la plantation du käl et la cérémonie du mariage, frotter les fiancés de safran pulvérisé , le matin et le soir, au moment où ils vont prendre le bain ; pendant la cérémonie même, on arrose les assistants d’eau de safran ou d’eau de rose; cette aspersion se nomme Ze jeu du safran ; le safran est encore employé dans les cérémonies de l'adoption; aussi manjakoudikiradou (manger du safran), signifie-t-il adopter ; les olai ou feuilles de palmier écrites sont presque toujours frottées de safran. E. J.

(2) Inde Française, Liv. xx, pl. 1. Voyez, dans la suite de ces extraits, Le chapitre intitulé Renoukadévi et Märiyammai, etc. Le margousier, dans l'opinion des Tamouls, est un arbre femelle , épouse de l’élamaram ou figuier des Indes. E. J.

(3) Incorrectement écrit dans l'original Maharidy. En sanskrit Mahavidyä, un des noms les plus célèbres de la déesse Dourg4 ou Pärvati. E. J.

(4) Les Tamouls ont la coutume de couronner leurs dieux de feuilles ou de fleurs de certains arbres : ainsi la tête de Roudra est souvent ornée des fleurs du kondaimaram, espèce d’acacia sauvage ; de là vient qu’on le nomme kondaïchodi, couronné de fleurs d’accacia ; les couronnes que lon pose sur la tête de Dourg4 ou Bhagavatt, sont tressées de fleurs rouges nommées djavépouchpa ( roses de Chine). E. J.

(5) On a déjà vu plus haut qu’un autre moyen de consacrer le terrain sur lequel on veut élever une maison , est d’ÿ placer une statuette de Pillaiyär, que l’on prend soin chaque jour d’arroser d’huile et d’orner de fleurs. E. J.

(6) Je pense que les couleurs de ces compartiments sont dans un certain rapport avec celles des quatre dieux gardiens des temples, espèce de pasou d’un ordre inférieur , adorés sous les noms de vel, blanc, chem, rouge, kdr, noir, etc. Je crois que ces dieux, dont le caractère est tutélaire, ont été autrefois empruntés par la religion populaire du sud de l'Inde au mythe bouddhique des Tchatourmahärädjé , dieux gardiens des régions de l’espace et des temples de Bouddha. Je me réserve de traiter cette question mythologique dans un mémoire spécial. E. J.

(7) Cette notion de neuf noms de Brahmä est une transformation moderne du mythe des neuf Brahmädika , produits de la substance de Brahmâ. On verra, dans d’autres passages, que Brahmä a encore cent huit noms ; il faut de plus observer qu’il a droit, comme quelques autres dieux, à posséder son sahasranäma , espèce de litanies composées de mille noms ou épithètes. E. J.

PTE US

les époux sont destinés par cette bénédiction à continuer la propagation du genre humain et à vivre ensemble dans les joies du mariage. Le brahmane présente le bassin dans lequel est déposé le cordon; c’est pour ainsi dire la publication des bans du mariage; jusque-là en effet les futurs époux pouvaient se séparer; mais une fois le cordon attaché, ils ne le peuvent plus que difficilement et pour de très-graves raisons...

La cérémonie des poignées de riz fut instituée, ainsi que presque toutes les autres cérémonies nuptiales, par Roudra, à l’occasion de son mariage avec la déesse Kévourti(i) ; les autres dieux y célébrérent cette cérémonie. Les Malabars la font dans leurs mariages , pour demander à Roudra la santé’, la force et l'esprit ; les siéges de ces qualités sont les genoux, les épaules et la tête, devant lesquels on présente le riz; toutes les prières des Malabars ne tendent qu’à obtenir des biens temporels..…… L’eau contenue dans les deux pots est proprement l’eau lustrale. Le brahmane officiant consacre cette eau en invoquant les rivières Kangai, Yamounai, Sarasouvadi, Kôdaviri, Narmadaï, Sindou, Kâveri ; cette eau représente dès lors les sept rivières sacrées, et a la vertu de purifier et d’effacer tous les péchés. Les feuilles de manguier dont le brahmane se sert comme d’aspersoir, pour arroser de cette eau consacrée les époux, les assistans et la tente, sont un signe de la déesse Latchimi : les feuilles de l'arbre m& sont nécessaires pour faire régulièrement cette aspersion. Les deux cocos que l'on laisse entiers sur l’orifice des pots, sont une offrande au dieu Pillaiyär. Les PP. Jésuites de Pondichéry ne se contentaient pas de faire placer les cocos sur les vases , ils ordonnaient à leur catéchiste d’en casser un, et prétendaient que c’était une offrande à la Vierge, dont l’image était sur l'autel ; mais les simples oblations se font-elles en détruisant la chose offerte ? et d’ailleurs les gentils qui assistent au mariage des chrétiens connaissent-ils l'intention des Jésuites ? L’on ne peut douter que cette fracture du coco ne soit un vrai sacrifice, puisqu'elle en a toutes les conditions ; la matière est le coco, la forme est le changement opéré par le bris du coco, le ministre est le brahmane ou le catéchiste , Le lieu est la pierre plate destinée à servir d’autel au sacrifice, la fin principale est l’intention de rendre Pillaiyär propice au mariage, et d'obtenir de lui qu’il n’y apporte aucun obstacle. Ms le Patriarche d’Antioche, après avoir examiné cette cérémonie, l’anathématisa et défendit aux Jésuites de la pratiquer à l’avenir. Cette condamnation n’a eu aucun effet dans les missions de l’intérieur des terres, où le sacrifice du coco se célèbre toujours. Quant aux PP. Jésuites de Pondichéry, ils ne font plus casser le coco par leur catéchiste , mais pour ne pas priver Pillaiydr de tous ses droits, il slaissent les cocos entiers sur les vases (2). Les gentils de Pondichéry ne font pas autrement; or, si les PP. disent encore que c’est une offrande à la Vierge, les gentils pourront aussi prétendre que le dieu Pillaiyär 3 a bonne part ; car le coco, de quelque manière qu’il soit employé dans cette cérémonie, est toujours consacré à Pillaiyär.

Le sacrifice du coco est encore célébré à Pondichéry dans les processions que les gentils et Les chrétiens font à leur mariage : lorsque les époux chrétiens passent en palanquin devant la maison d’un de leurs amis ou de leurs parents gentils, ils s'arrêtent un moment à la porte; le gentil vient aussitôt faire la cérémonie destinée à écarter le maléfice du mauvais regard, puis il casse un coco devant eux sur cette pierre plate ; tous ceux qui se trouvent présents, chrétiens ou gentils, se jettent sur le coco pour en prendre chacun un morceau...

Le sacrifice yägiyam (5) est un des plus solemnels ; le feu doit être entretenu avec neuf sortes de bois consacrés aux neuf planètes (4). Les brahmanes ont grand soin d’entretenir ce sacrifice pendant la cérémonie; aussi y répandent-ils de temps en temps un peu de beurre en forme de libation. Le dieu Ækini, c’est-à-dire le feu , préside au sacrifice.

Le täli, autrement nommé #roumangiliyam , est une figure en or du dieu Pillaiyär, enfilée dans un cordon composé de cent huit fils, en l'honneur des cent huit visages de Roudra (5). Ce cordon est

(1) Incorrectement écrit dans l’original Renowy , Kenoudry et Kenouri. Ce mot est l’altération tamoule du sanskrit Gaérf, un des noms de Dourgä; voyez la feuille rv de la xxrrr° livraison de l’Inde Française. E. J.

(2) On trouve des détails particuliers sur cette contestation dans un autre chapitre de cet ouvrage.

(3) Une autre orthographe de ce mot est ekiyam. L’auteur emploie constamment ce mot pour désigner le Adma ou sacrifice crématoire. E, J.

(4) L'auteur dit plus haut qu'il y a sept espèces de bois avec lesquels on peut allumer le feu du sacrifice ; ce passage ne contredit pas celui auquel cette note s'applique, parce que les Indiens comptent tantôt sept et tantôt neuf planètes , selon qu'ils comptent ou qu’ils omettent les deux nœuds ; comme les nombres consacrés sont dans l’Inde moderne la mesure des idées religieuses , le type auquel se conforme toute espèce de croyance ; on a admis en même temps sept, neuf et douze espèces de bois sacrés; ce dernier nombre est sans doute une application de celui des dditya ; j'ignore quelles sont précisément les espèces de bois comprises dans ces listes ; je dois seulement observer que la fiente de vache , séchée au soleil, est un de ces combustibles. E. J.

(5) On peut encore reconnaître ici la puissance des nombres consacrés : le nombre 108 est un des plus vénérés ; aussi en a-t-on fait de nombreuses applications ; on en trouve le type dans les 108 noms de Brahmä , dans les 108 visages de ce dieu,

aussi oint de safran en l'honneur de Ditta, déesse de la joié (1). Comme Pillaiyär met partout le trouble et la paix , à sa volonté, Shiva l’a institué le lien du mariage, afin de l’engager, par cette marque de déférence, à rendre tous les mariages heureux. Mais le principal motif de cette institution , c’est que Pillaiyär n'ayant point d’épouse, les dieux lui ont accordé un droit sur toutes les femmes qui se marient ; c’est ce qui fait que dès le moment où l’idole de Pillaiyér :est attachée au cou d’une femme, elle est indissolublement unie à Pillaiydr et à son mari : ainsi le #roumangiliyam signifie proprement un saint lien qui unit deux personnes. Le brahmane officiant dépose le troumangiliyam dans une moitié d’un des cocos offerts en sacrifice, et le présente à toucher aux parents et amis des époux, en signe qu’ils approuvent le mariage : il le donne ensuüite au mari , pour qu’il l’attache au cou de sa femme. Le brahmane applique sur le nœud du cordon un peu de trountrou ; cette cérémonie a pour objet de placer l’indissolubilité du mariage sous la garantie de la déesse Latchimi (2) ; le mariage est dès lors ratifié. Le t&k, qu en.est le lien, peut avoir, ou la forme de l’idole de Pillaiyär, ou deux autres formes (3). La première est celle d’une pièce d’or plate fabriquée en l'honneur du soleil; on la nomme pottou (4). Lorsque Vichnou épousa Latchimi, Shiva institua le soleil pour être le lien de leur union, afin de l’engager par cet honneur à combler tous les mariages de prospérités. L'autre forme du täli est une dent de tigre ; c’est celle qu'ont adoptée certainés castes qui vivent dans les bois. Voici la fable qu’on rapporte au sujet de ce tt : Quarante-huit mille pénitents s'étaient depuis long- -temps retirés dans une forêt, et s’y livraient à une rude pénitence ; ils s’imaginèrent que leur sainteté ne pouvait être égalée par les hommes, qu’ils étaient semblables à Kart&, que ce dieu souverain s’était tranformé en eux. Shiva et Vichnou, irrités de l’excès de leur orgueil, résolurent de les humilier (5). Ces pénitents étaient presque toujours séparés de leurs femmes ; DNIEt de cette circonstance, Roudra prit la figure d’un jeune courtisan, et réussit par ses belles paroles à séduire ces femmes. En même temps, Vichnou se transforma en une agréable courtisane , et fit bientôt succomber la vertu des pénitents. Ils n’eurent pas plus tôt commis ces fautes qu ils se livrèrent à une violente colère, (ésEDerS d’avoir perdu en un seul moment le fruit de tous leurs travaux. Loin de rentrer en eux- -mêmes, ils résolurent de se venger par des maléfices sur la personne du jeune courtisan, qu’ils jugèrent être l’auteur de leur humiliation. Ils allumérent à cet effet un feu magique duquel ils pouvaient, par la force de leurs prières, faire sortir tout ce qu'ils voulaient. Il en sortit d’abord un tigre d’une taille prodigieuse ; cet animal furieux se précipita sur le courtisan pour le dévorer; mais lui, sans s’'émouvoir, le prit, l’écorcha tout vif, et se couvrit les épaules de sa peau. C’est en mémoire de cet exploit de Roudra que les pénitents et les sannydst portent toujours avec eux une peau de tigre; ils s’en servent comme de tapis pour s’asseoir et pour se coucher; ils s’imaginent mériter par cette pratique de grandes indulgences (6). On représente ordinairement Roudra couvert d’une peau de tigre jetée sur ses épaules.

dans les cent huit visages de Roudra , et ailleurs encore : il est cependant certain que la consécration de ce nombre a une origine védique ; on la trouve dans la création de Brahmà, qui se reproduit dans deux ordres de dieux, sept rddj4 célestes ( qui sont vraisemblablement les richi) et cent un vaishya célestes, en tout cent huit manifestations de son essence ou cent huit formes. ( Vrihadäranyakpanichad ; srichtibrahmana ). Ce nombre sacré a été plus d’une fois, dans les temps modernes, étendu jusqu’à mille huit : cette altération n’est en rapport avec aucun texte ancien ; elle n’en est pas moins reçue ; ainsi on peut composer un bucher funéraire de cent huit ou de mille huit morceaux de bois. E, J.

(1) Je conserve la lecture du manuscrit, parce que l'orthographe , la signification de ce nom propre et la divinité à laquelle il appartient , me sont également inconnus. Je conjecture que Ditta est une manifestation de Lakchmf ; son nom , dont ‘la forme paraît être tamoule ; est peut-être une altération de l’exclamation Dichtyd, personnifiée comme Svdhé et Svadhd. Be J. | 8 . . . É (2) Cette explication me paraît manquer d’exactitude ; car le #irounérou est d'institution shaivite.. Voyez, dans la suite de ces extraits , le chapitre intitulé : Signes dont les Malabars se marquent au front avec des cendres de fiente de vache. E. J.

(3) Les voyageurs rapportent que le #dli n’est souvent autre chose qu’un morceau d’or informe et sans empreinte passé dans un cordon. Le #4li propre aux Paraver, c’est-à-dire à la tribu qui occupe le littoral depuis le Marava jusqu’au Travancor, représente le coquillage sacré ; on le nomme changoutäli. E. J.

(4) Inexactement écrit dans l'original patou. Ce täli est spécialement celui des brahmanes. Poftou désigne aussi le point jaune ou rouge que les Indiens ont coutume de figurer sur leur front à la racine du nez. E. J. :

(5) Cette légende est un de ces doubles emplois dont on a déjà observé plusieurs exemples dans la mythologie de l’Inde méridionale ; c’est par une aventure dont les détails sont absolument semblables, et dont l'application seule est différente , que les Pouränas vechnavites expliquent l'institution du culte du Zinga : nous trouvons, dans la suite de ces extraits , ce culte consacré par une légende qui , bien qu’elle diffère de celle des Pourânas vechnavites, paraît n’en être qu’une nouvelle édition, La légende vechnavite a plus de solemnité que notre récit, et présente d’ailleurs un autre dénouement : le monstre a été abattu par le dieu ; les pénitents envoient contre Roudra le feu même de leur sacrifice ; Roudra reçoit ce feu dans sa main ; les pénitents lancent leurs malédictions sur Roudra ; Roudra les leur renvoie ; les pénitents irrités résument alors en une seule énergie tout le feu de leurs pénitences ; cette arme invincible atteint Roudra, et lui inflige un infâme châtiment. E, J,

(6) Voyez, dans la suite de ces extraits, le chapitre intitulé : Ordre des Sannyäst. ,

Cependant les pénitents continuèrent leurs opérations magiques. Il sortit du feu un cerf'dont le cri seul devait exterminer le courtisan ; celui-ci le saisit intrépidement , le plaça sur le bout des doigts de sa main droité, l’éleva à la hauteur de son oreille, et le laissa crier jusqu’à ce qu’il fût fatigué. I] sortit alors du feu une barre de fer toute embrasée qui devait, de son propre mouvément , àssommer le courtisan ; mais lui, ravi de trouver une aussi bonne arme , la mit à sa main gauche; c’est pourquoi l’on représente Roudra tenant une barre de fer (1) de la main gauche, et un cerf de la main droite. A la quatrième incantation, il sortit du feu des serpents monstrueux; le courtisan les saisit tous, en noua quelques-uns autour de son cou, et des autres se fit des bracelets. En ce momerit ; vint à lui une tête de mort qui jetait d’effroyables cris; comme elle allait sauter sur le courtisan, il s’en empara et l’attacha aux tresses de sa chevelure. On peint encore Roudra décoré de ces serpents et de ce crâne. Il sortit enfin du feu un monstre dont la tête était exiguë et le corps prodigieux : le courtisan le prit par les pattes, lui frappa la tête contre terre et l’écrasa sous ses pieds. Les pénitents ayant épuisé toute leur puissance de création, et voyant que ce jeune homme se jouait d'eux, comprirent enfin qu’ils étaient loin d’avoir acquis le plus haut degré de sainteté , et que Shiva lui-même, ou bien Roudra, les avait châtiés de leur orgueil ; ils se jetèrent à ses pieds, ét le prièrent de leur pardonner leur folle présomption. Shiva leur accorda sa bénédiction, ‘et les envoya continuer leur pénitence ; ce fut alors, et: Pour conserver la mémoire de ces prodiges, que Shiva institua la dent de tigre comme le lien du mariage (2)...

Les PP. Jésuites trouvant quelque difficulté à supprimer lé #&l'et à se conformer aux décrets de Ms le Patriarche d’Antioche, se sont avisés de faire graver uné petite croix devant et derrière la figure de Pillaiyär (3 ). Je ne puis me persuader que cette invention plaise au Saint-Siége ; car il est certain que l’idole de Pillaiyär sera toujours considérée comme le sujet principal, et la croix comme l'accessoire. Les gentils ne peuvent d’ailleurs se persuadér qu’une petite croix si peu apparente soit placée là pour annuler le culte de Pillaiyär, si célébre et si ancien ; aussi ne regardent-ils ce relief que comme un eñjolivement, et n’en croient-ils pas moins qüé lés chrétiens 6nt une dévotion particulière pour le dieu Pillaiyär, et en font:le lien de leur mariage. IH est très- -probable que les PP. Jésuites ont aussi ajouté la croix aux autres {4h , qui ne sont pas d’ailleurs moins condamnables que celui de Pillayär.

Une femme mariée (on a déjà vu que ni une veuve ni une jeune fille ne peuvent représenter la fécondité de Latchimi) prend une des lampes pour prier Latchimi de combler les époux de toutes sortes de prospérités , et de leur accorder les lumières nécessaires pour conduire leur famille et pour assurer le succès de toutes leurs entreprises. Une autre femme, également mariée, prend le petit pot d’eau kadaväri; ces deux femmes tournent trois fois autour de l’autel'en précédant les époux; celle qui tient le vase en laisse tomber l’eau goutte à goutte, afin qu'aucun maléfice ne puisse approcher ni des époux ni des assistants à la cérémonie.

La pierre ronde représente le dieu Roudra, et la pierre plate, la déesse Kaou Lorsque. les oo tournent autour:de l’autel, le fiancé Prend chaque fois le pied de son épouse, et le fait toucher à la pierre plate : c’est un serment qu’il fait à son épouse de lui être. fidèle, comme Roudra l’a été à Kavouri (4). Cette cérémonie terminée, l’épouse lève les yeux vers l'étoile Aroundädi ; son mari lui demande si elle à vu Æ{roundädi ; elle répond qu’elle la aperçue; c’ést un Serrnent qu êlle fait d’êtré aussi fidèle à son époux qu * Aroundädi (5) l’a été au sien.

Les femmes des pagodes sont de jeunes filles consacrées dès leur enfance aux danses et aux jeux qui se célébrent en l'honneur des dieux (6); elles contribuent toujours aux divertissements qui ac- COMpASEENT les cérémonies du mariage. on a coutume, le RE des noces, d’orner l'épouse de

(1) Cette arme est nommée moushala où mouchala ; elle est quelquefois remplacée par le trishola où tx ident. E. J:

(2) L'auteur, en cet endroit , commence une longue polémique contre les Jésuites, au sujet de leurs transactions avec les usages nationaux des Tamouls ; j'ai omis cette discussion, absolument dépourvue d'intérêt. E. J.

(3) Sonnerat confirme ce fait (tom. I, pag. 181). Il nous apprend que l’on conservait encore de son temps , au greffe du tribunal de Pondichéry, les pièces de l enquête judiciaire ordonnée , à la sollicitation de quelques missionnair es, sur Vautorisation accordée par Les Jésuites aux Malabars chrétiens de porter Le éäli ordinaire. E. J.

(4) D’autres auteurs s'accordent à attribuer une autre intention à cette cérémonie. Cette pierre plate (en sanskri it drishad, en tamoul ammi) est celle qui sert à broyer Les grains et les épices dont on assaisonne les mets ; en posant sur cette pierre le pied de sa femme, le mari lui rappelle ses devoirs de bonne et diligente ménagère. E. J.

(5) Incorrectement écrit dans l’original Arandai et Arandadi. Aroundädi, ou Aroundhatt , épouse de Vasichiha » l’un des Maharchi, doit à sa chasteté la place qu’elle occupe auprès de son époux dans la constellation de la grande ourse; seule entre les épouses des sept Maharchi, elle ne succomba point aux séductions d’4gni. Les six compagnes d’Aroundhait , exclues de la constellation arctique , furent long-temps errantes dans les cieux; Aroundhat{ continua d’être au ciel une étoile compagne "de celle de Vasichtha , et sur la terre , le plus parfait modèle de la fidélité con jugale. E. J.

(6) Voyez, dans la suite de ces extraits, le chapitre intitulé : Dévaddchi ou femmes des pagodes.

toutes sortes de joyaux; on ne manque presque jamais de lui mettre au front un bijou d’or qu’on nomme mayilér (1). Ce bijou représente un paon qui tient un serpent dans son bec, et qui sert de monture au dieu Choupiramaniyen. Voici la fable qu’on rapporte à ce sujet.

Chourapadoumen , Piragamdäsouren et T'ourougäsouren étaient trois frères de la race des géants (2); ils avaient une sœur nommée 4chamouli. Ces géants, après avoir fait une longue pénitence, demandèrent à Shiva, comme une récompense de leurs travaux, de ne point périr de la main des hommes, d’être victorieux dans toutes leurs guerres , et enfin de ne pouvoir être tués par celui qui a cinq visages ; ils voulaient désigner ainsi Shiva lui-même. Toutes ces grâces leur furent accordées. Les géants allèrent aussitôt faire la guerre à tous les rois des sept mondes inférieurs, et, comme rien ne pouvait résister à leur puissance, ils en subjuguërent une grande partie. Non contents de ce succès, ils portèrent la guerre jusque dans le ciel de Dévendiren. Les dieux qui y résidaient, assemblèrent toutes, leurs forces, et leur livrèrent plusieurs fois'de très-grandes batailles; cependant les géants remportaient toujours sur eux de faciles victoires, et réduisaient à la servitude tous ceux qu’ils prenaient, Dévendiren, craignant que les géants n’enlevassent son épouse, l’envoya dans le poulégam (3) c’est-à-dire dans le monde des hommes, accompagnée de plusieurs gardes, et lui recommanda de se cacher dans une forêt. Ayant appris que la femme de Dévendiren était en ce lieu, Æchamouli s'y rendit sous prétexte de la visiter, avec l'intention de l'enlever et de l’amener à ses frères. Mais les gardes vinrent:au secours de leur reine , et indignés de l’audacieuse entreprise dé cette sœur des géants, lui coupèrent le nez et les bras avant de la relâcher.-A la vue de leur sœur ainsi mutilée, les géants entrérent en. fureur et résolurent de mettre à feu et à sang tout le ciel de Dévendiren. Après la perte de plusieurs batailles , sentant leurs forces diminuer de jour en jour, et craignant déjà de succomber à la fureur des géants, les dieux adressèrent d’humbles prières à Shiva, pour lui demander du.secours. Shiva, pour réparer tous ces désordres, fit naître Choupiramaniyen, qui a six têtes (4) et l’envoya, accompagné de plusieurs millions de dieux; faire la guérre aux géants. Les combats furent rudement soutenus de part et d’autre. Choupiramaniÿ ren réussit cependant : à défaire les géants : il ne restait déjà plus que Choürapädoumen qui lui résistât; il le coupa en deux par le milieu du corps. Il vit alors «ec étonnement les deux parties de ce corps se changer, l’une en un paon, Pautre en un coq, qui s’élancèrent sur lui avec fureur. Il parvint cependant à en triompher:; il fit du’ paon sa monture ordinaire , et plaça le coq sur son étendart. Shiva, pour perpétuer la mémoire des exploits de Choupiramaniyen ; prescrivit de fabriquer des figures, qui le représentassént monté sur un paon;

(1) Ce mot est formé de mayil, altération tamoule du sanskri it mayodra et de la particule honor ifique é ér. E.J.

(2) Le premier nom se lit dans l’ original Chouraptma où Chouraptam ; c’est évidemment une altération de la forme tamoule de Sourapadma : le nom suivant est écrit dans l’original Pergamasouren } je conjecture qu’il représente le sanskrit Prakramésoura.: je ne puis vérifier les noms de Tourougäsouren et d’Achamouli ( peut-être Adjamoült) , parce que je ne les ai pas rencontrés ailleurs. Je n’hésite pas à croire légitime la restitution du premier nom, car il est évident que nous avons ici une des versions shaivites de la légende de Tripoura. J'ai déjà observé que la fable rapportée par l’auteur au sujet de l’arachou, présentait une variante de cette légende multiforme ; je dois ajouter que la première partie en est identique avec la version vechnavite donnée par le Bhégavata. Les shaivites varient eux-mêmes non seulement sur les circonstances du fait mythologique, mais encore sur le personnage de Tripoura et sur celui de son vainqueur. Les uns prétendent que Tripoura était le nom commun de trois asoura , les autres reconnaissent dans Tripoura un asoura à trois formes ou à trois têtes ; cette dernière opinion paraît avoir été autrefois admise dans le sud de l’Inde ; elle peut servir à expliquer le nom de la ville de Tirichirdpalli : on ne s'accorde pas mieux à reconnaître la contrée soumise au pouvoir de Tripoura. L'opinion généralement admise aujourd’hui la place dans le Tipperah , V’ Arakan ÿ compris; aussi les souverains du Pegou ont-ils adopté le coq pour sceau royal. Le vainqueur de Tripoura , suivant une des versions shaivites , fut Shiva lui-même ( Pouradoich ou T'ripouradahana ) qui ” consuma les trois villes par un effroyable éclat de rire; cette version a été suivie par l’auteur d’un drame sanskrit aujourd’hui perdu , le Tr: ipouradaha : suivant une autre version , Sourapadma et les deux autres Tripoura: furent réduits par Soubrahmanya, fils de Shiva. Il faut d’ailleurs observer que Indra est aussi surnommé Pouranda ou Pourandura ; et que le mythe des mon-

tagnes : ailées n’ést pas sans rapport avec celui. des villes volantes. E. J.

(3) Incorrectement écrit dans l'original poulaham. Poülégam est l’altération pou du sanskyi it Bhodléka , monde de la terre. E. J. Ù

4) Soubrahmanya « ou Skanda fut produit de la semence de Shiva, jetée dans le feu du sacrifice ; De est la tradition pourânique : une autre tradition a cours dans le sud de l’Inde ; Roudra, dans un accès libidineux, se mêla aux cinq bhoëta ou éléments, et de cette monstrueuse union naquit Soubrahmanya; c’est ainsi qu’on rend compte des six têtes de ce dieu. Les mythologues. du sud de l’Inde ne s'accordent pas mieux avec ceux de l’Inde supérieure sur la signification du nom de Soubrahmanya (en tamoul Choupiramaniyen ou Choupiramaniyär ); on connaît l’explication qu’en donnent les pandits ; les Tamouls, presque tous étrangers à la connaissance de la langue sanskrite, en proposent une étymologie qui n’a d’autre mérite que d’être généralement admise ; ils dérivent la forme tamoule de ce nom du mot choupiramant ( shoubhramani ) et l'interprètent par semblable au diamant. Soubrahmany a reçoit un culte particulier, sous le nom de Koumära, dans le district de Pajani, situé dans les montagnes du Madouré ; on possede un Pajanimähätmyam rédigé en tamoul.. Il reçoit aussi des hommages pieux à Kattegeram , dans l'ile de Ceylan, mais il n'y est considéré que comme un dieu serviteur et gardien de Bouddhà ; le seul pouvoir que lui accorde la croyance populaire, est de rendre la santé aux Kchatriya. E. J.

ce sont ces figures qu’on nomme mnayilär. Les femmes chrétiennes et gentiles portent ce mayilär aux jours de grandes fêtes. Lorsque les gentils portent Choupiramaniyen en procession, ils le figurent toujours monté sur un paon, et précédé par son étendart, sur lequel est un coq.

Les PP. Jésuites ont encore voulu s'approprier le culte de Choupiramantyen ; ils ont, au lieu de l’idole de ce dieu , placé sur le paon l’image de la Vierge. Quelques chrétiens de Pondichéry portent cette espèce de mayildr; plusieurs autres portent le mayildr des gentils. Quant aux missions avancées dans les terres, il est certain que les chrétiens n’y portent jamais d’autre mayilär que celui des gentils, c’est-à-dire la figure de Chouptramaniyen monté sur un paon.

Il est à remarquer que lorsque les chrétiens marient leurs enfants avec les enfants des gentils , ils font extérieurement toutes les cérémonies d’un véritable mariage , quoiqu’ils n’aient réellement d'autre intention que celle. de faire une promesse ou des fiançailles. L’excuse qu’apportent les PP. Jésuites, c’est que les gentils ont coutume de marier réellement leurs enfants dès l’âge de deux ou trois ans , que si les chrétiens avouaient que leur religion ne leur permet pas de marier leurs enfants avant l’âge de raison, les gentils ne voudraient unir leurs fils ou leurs filles qu’à des familles genules, et que les chrétiens perdraient ainsi en même temps les moyens d’enrichir leurs enfants et l’espérance d'attirer d’autres familles à notre religion. Cette célébration de mariage n’en est pas moins irrégulière. Le catéchiste délégué par les PP. Jésuites fait, aux fiançailles, toutes les cérémonies qu’on a coutume d’observer dans le mariage réel des chrétiens, à cette exception près que les époux ne se rendent pas à l’église. Les gentils n’en pensent pas moins que le mariage est réellement accompli : l'époux y attache le li au cou de son épouse, ce qui est pour les gentils le signe essentiel d’un mariage immédiat. L’époux venant à mourir, son épouse, bien qu’elle n’eût que deux ou trois ans, demeurerait veuve le reste de ses jours, si elle appartenait à une caste distinguée...

Lorsqu'une veuve appartenant à une basse caste se remarie , on se contente d’assembler quelques-uns des plus proches parents ; on fait presque secrètement la cérémonie du manapongal, et l’on attache le té; sans en répandre la nouvelle.

Voici un fait surprenant : Le 5 mars 1704, Mi le Patriarche d’Antioche délégua M. Sabino Mariani, son auditeur, pour assister au mariage d’un chrétien nommé 7#rouvenkatam, &vnt le père s’appelait Peroumal (ce sont deux noms de divinités). Les PP. Jésuites célèrent une partie de la cérémonie ; ils cachèrent par exemple les trois pots Kangai et kadaväri, ainsi que les cinq petits pots remplis de grains germés : mais l'auditeur ne fut pas plus tôt sorti, qu’ils les rétablirent à leur place ordinaire, et les y laissèrent toute la journée, parce que, la nuit suivante, les chrétiens devaient encore s’assembler à la maison nuptiale pour faire une procession par les rues de la ville. Les PP. laissèrent aussi les cocos sur les deux pots, sans les casser, pour ne point laisser soupconner qu’ils faisaient des sacrifices au dieu Préllaiyär..…. Au mois de septembre de l’année 1706, il se célébra à Pondichéry un singulier mariage. Le père de l'épouse, chef de sa famille, était chrétien; sa fille était gentile et s’unissait à un gentil : le père fit célébrer toutes les cérémonies du mariage dans sa maison ; on y planta l’arachou, on ÿ attacha le mouroukou, les brahmanes y firent les divers sacrifices de riz, de cocos et de feu , ainsi que toutes les autres cérémonies gentiles ; des chrétiens y assistèrent, et présenteèrent les deux poignées de riz aux genoux , aux épaules et sur la tête des époux : or c’était le chef de la famille qui faisait les frais de la cérémonie et qui en avait ordonné tous les prépa- TAHS QUE

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