CHAPITRE XXIX, Soullures contractées par l'atiouchement des morts
Les brahmanes ont grand soin de visiter les Malabars au moment de leur mort, les parias seuls exceptés, parce qu'ils ne peuvent.entrer en rapports avec eux; ils font plusieurs cérémonies pendant le temps que dure l’agonie; mais aussitôt qu’ils aperçoivent que le malade va expirer, ils se retirent. Ils ne peuvent ni entrer dans la maison d’un mort, ni toucher des cadavres , si ce n’est ceux de leurs plus proches parents , auxquels ils sont obligés de rendre les derniers devoirs. Les brahmanes font de plus grandes cérémonies pour une fille ou pour'‘une sœur vierges que pour une fille ou pour une sœur mariées. Ils peuvent assister au convoi des autres brahmanes qui ne sont pas leurs parents, pourvu qu'ils se tiennent éloignés et qu'ils ne touchent rien de ce qui sert aux funérailles.
(1) On a vu dans le chapitre précédent que les brahmanes renouvelaient ce signe de deuil le jour de l’anniversaire des funérailles. E. J.
(2) Cet usage n’est en rien conforme aux préceptes religieux du ménavadharmashästra, qui fixe la durée du deuil ou de l’impureté qui suit la mort d’un parent , à dix jours pour un brahmane, à douze jours pour un £chatriya, à quinze jours pour un paishya, et à un mois pour un shoddra. E. J.
On a vu dans un chapitre précédent comment ils se purifient le dixième et le onzième jours; ils commettraient un crime du premier ordre, s’ils entraient dans la pagode lorsqu'ils sont impurs; car elle deviendrait impure comme eux, ainsi que tout ce qu’elle contiendrait, et l’on ne pourrait y faire aucune cérémonie , qu’elle n’eüût été d’abord purifiée avec soin (x).
Les brahmanes ne peuvent toucher ni des cadavres, ni des ossements, ni du bois qui aurait servi à un bûcher, ni les tombeaux des morts (2) ; aussi brülent-ils toujours les corps dans un champ en dehors de la ville. La souillure qu’ils contractent par l’attouchement des morts se communique à toutes les choses qu’ils touchent ; ces choses la communiquent à toutes celles avec lesquelles elles sont en contact, et ainsi de suite à l'infini : ainsi, qu’un grain de riz ait été souillé par une chose impure, tout le monceau de riz devient impur. C’est pour cette raison qu’on jette dehors tous les pots de terre qui se trouvent dans la maison du brahmane défunt, et que l’on purifie avec grand soin la maison et tout ce qu’elle contient.
Si un brahmane se trouvait seul à célébrer quelques cérémonies dans la pagode, et que pendant ce temps son père ou sa mère, ou quelqu’autre de ses plus proches parents vintà mourir , ilne pourrait sortir de la pagode; s’il faisait seulement un pas en dehors, il deviendrait impur , et ne pourrait rentrer dans la pagode pendant les onze jours que dure la souillure (3). Si plusieurs brahmanes se trouvaient avec lui dans la pagode à faire la cérémonie , il pourrait remettre à d’autres les fonctions de son ministère, et aller rendre les derniers devoirs à ses parents.