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CHAPITRE III

Cordon yakiyopavidam.

Les brahmanes seuls peuvent préparer le triple cordon yakiyopavidam , et ils ne peuvent le faire que suivant certaines règles. Ils passent cent huit fois le fil de chaque cordon autour de la main , en l'honneur des cent huit visages de Brahmà ; c’est la mesure qu'il doit avoir pour être mis en sautoir sur l'épaule; ce fil doit être tressé de manière que chaque cordon soit formé de neuf brins : les trois cordons, réunis par un nœud, constituent le triple cordon yakiyopavidam (2).

Les trois cordons dont est formé cet insigne représentent les trois grandes lois que Kart& (3) ou l'être souverain révéla à Brahmà, et que Brahmà transmit aux brahmanes. Ces lois sont nommées iroukouvédam, yachourvédam et sémavédam. y en a une quatrième d’une moindre importance, nommée adarpavédam (4), et aussi révélée à Brahmà par Kartä; elle enseigne des sortiléges, des maléfices, des incantations magiques, et les moyens de se préserver de leurinfluence. Kart investit donc Brahmà du cordon pour le consacrer au soin de maintenir ces lois, et Brahmà consacra de même les brahmanes. Cet insigne porte un nœud qui réunit les trois cordons, et qui représente le dieu Brahmà ; aussi nomme-t-on ce nœud brahmamoudi, nœud de Brahmà. Lorsque l’on ordonne le brahmatchärt, on lui donne un triple cordon; il en recoit un second en même temps que l’ordre de grihastha (5) : ces deux cordons sont des onctions qui le consacrent au ministère de brahmatchéri et à celui de grihastha.

Les £chatiriyer portent aussi un cordon, mais il ne les investit d’aucune fonction sacerdotale. Ils ne peuvent en effet ni être reçus érahmatchärt, ni enseigner la loi de Brahmä, ni présider aux sacrifices institués par la loi religieuse ; les prières récitées dans la cérémonie de l'investiture ne sont d’ailleurs pas les mêmes pour les uns et pourlesautres. Le cordon du Xchatiriyen est l'insigne de la dignité royale et de la destination au trône ; car il peut seul prétendre légalement à la royauté. Le cordon produit donc un double effet dans la personne des Æchatiriyer : il leur confère d’abord l’onction royale , et ensuite le droit d’apprendre les lois, pour gouverner avec sagesse et rendre à tous une exacte justice. Ce sont les brahmanes qui doivent leur enseigner ces lois ; les autres castes ne sont pas même admises à en entendre la lecture. Aujourd’hui que la race des Achatiriyer est presque éteinte, les rois appartiennent à quelqu’une des autres castes, et ne portent point le cordon (6).

prochaine ; cet acte se nomme £arnavédha. Le ichotläkärya, suivant Manou, doit être célébré dans la première ou dans la troisième année ; la Mitäkcharä ne fixe point l’époque de cette cérémonie ; le mot yafhäkoulam de son texte indique seulement que les circonstances et peut-être l’époque de cet acte religieux ne sont pas les mêmes pour toutes les castes. Il faut d’ailleurs observer que , suivant notre auteur lui-même (chapitre vr) , l’on rase la tête et l’on perce les oreilles des Achatriya à l’âge de trois ans; or cette assertion est difficile à concilier avec celle qu’il émet ici, à moins que la cérémonie du cent cinquième jour ne soit l'initiation puérile dans laquelle on confère à l’enfant le Odlépavîta ou le cordon sacré des enfants. E. J.

(x) Voyez, dans la suite de ces extraits, le chapitre intitulé : Ordre des brahmatchärt.

(2) En sanskrit yégyépavita, yadjñépæta, ou simplement oupavita, en tamoul poénal où poénunodl (littéralement l’ornement ), le cordon du sacrifice , l’insigne de la double naissance des trois premières castes. Le cordon des brahmanes doit être de coton (karpäsa ), celui des kchatriya de filaments de shana ( espèce de chanvre ), et celui des vaishya de laine ( méchaléma ). Manou dit que le cordon doit être triple (#rivrét) ; l’ancien législateur Dévala , cité par un des commentateurs de Manou, s'exprime avec une précision qui n’est pas sans obscurité : « Fais l’yadjñépavita ; que les cordons soient neuf fils» , c’est-à-dire sans doute que chaque cordon soit composé de neuf fils. L’oupaæfta est disposé dans la direction consacrée de gauche à droite ; il l’est en sens contraire pendant les cérémonies du shräddha ; il ne doit avoir qu’un seul nœud (granthi ) nommé &rahmagranthi. E. J.

(3) Kart4 est l'être suprême ou le Paramätmä. Kart4, qu’on écrit aussi karten, paraît être dérivé du sanskrit Karéri ( qui agit, qui fait ); il signifie en tamoul maftre , seigneur. Le pluriel de ce mot, employé dans un sens honorifique ( kartäkel ), est devenu le titre des rois du Madouré ; kïrandakartäkel ou les maîtres du grantham ( sanskrit), est un nom d’honneur qui, dans l’Inde méridionale, a la même valeur que le mot pandita dans l’Inde supérieure. E. J.

(4) On peut consulter sur la question de l’authenticité de ce quatrième véda, les savantes observations de M. F. Windischman (Sancara sive de theologuments etc. , p. 52). La division de la parole sacrée en quatre collections n’a été reconnue que dans les temps modernes : l’afharvan est, il est vrai, une composition d’une haute antiquité, mais cette composition est postérieure , sous sa forme actuelle du moins, aux trois premiers véda; cette différence d’âge peut être reconnue seulement à ce signe , que l’afharvan seul contient un plus grand nombre d’oupanichad ou de résumés philosophiques que les trois autres véda ensemble ; or les oupanichad sont généralement d’un style plus moderne que les hymnes védiques. E. J.

(5) Voyez, dans la suite de ces extraits, le chapitre intitulé : Ordre des brahmanes.

(6) Généralement admise dans le sud de l'Inde , où elle semble être confirmée par l’état actuel de la population, vivement

Les individus de la caste vaichiyen jouissaient aussi du privilége de porter le cordon, comme insigne de leur dignité de ministres d’étai ; car ils avaient seuls le droit de contracter et de négocier au nom et dans les intérêts de l’état. Ils étaient obligés, si le roi avait quelque guérre à soutenir, de lui faire des avances gratuites d’argent ; si l’un d’eux mourait sans enfants , toute sa fortune était dévolue au roi (1). De tous les profits qu’ils faisaient, ils devaient offrir une partie au roi et donner une autre partie aux pauvres ; ils gardaient le reste pour eux et pour leur famille. Ils ne prenaient le cordon qu’à la solemnité de leur mariage , et ils le prenaient avec quelques cérémonies particulières ; mais, dès ce moment, ils ne le quittaient plus. La caste des vaichiyer devenant de jour en jour moins nombreuse , et ne pouvant plus suffire au service de l’état, les autres castes , non moins avides d'argent, commencèrent à entrer aux affaires. La caste des vaichiyer s’éteignit insensiblement. Il est vrai que les Aémoutti et les chett (2), qui font aujourd’hui lecommerce parmi les Malabars, prétendent être issus de cette caste ; mais leur prétention est depuis long-temps contestée ; bien que cette question d’origine n’ait pas encore été décidée , ils n’en portent pas moins le cordon. Les charpentiers, les ouvriers en fer et en cuivre, les orfèvres, les tisserands et les peintres le portent également, ils ont tous des motifs particuliers de rapporter leur origine à Brahmà (3). Les hommes instruits soutiennent que c’est un grand abus, la cause en est, disent-ils, que ces peuples ne sont pas gouvernés par des rois issus de la race royale, et que les brahmanes ayant pris le droit de conférer le cordon, et y trouvant d’ailleurs du profit, loin de s’opposer à cet abus, sont les premiers à l’autoriser. Au reste, aucune des castes nommées plus haut n’observe les devoirs imposés aux vachiyer (4). Bien que ces prétendus vaichiyer portent le cordon dès le moment de leur mariage, ils n’ont d’ailleurs aucun titre religieux , aucun caractère sacerdotal , ils ne peuvent même pas assister à la lecture des lois religieuses ; le cordon n’est donc pour eux qu’une marque de dignité. Les autres castes prennent aussi le cordon dans la solemnité du mariage ; mais elles cessent de le porter immmédiatement après. On avoue d’ailleurs que c’est encore un abus produit par l’excessive condescendance des brahmanes. Il résulte des détails qui viennent d’être donnés, qu’on peut considérer le cordon sous trois points de vue différents : pour les brahmanes, il est le signe du caractère sacerdotal dont ils sont revêtus ; pour les rois, il est le signe de la dignité royale; pour les vaicluyer , il est le signe de la condition de ministre d’état. IL faut d’ailleurs observer que, dans tous les cas, les trois cordons représentent les trois grandes lois, et le nœud, Brahmà, qui est, pour ainsi dire, le lien commun de ces lois.

Le brahmane peut perdre le cordon de trois manières : ou par accident, ou avec intention, ou par violence. S’il le perd avec intention , comme en le rompant par dépit ou par colère, il tombe par le fait mème dans l’indignité du crime ; ilest dès ce moment regardé comme un homme qui a abandonné la loi des dieux et leur culte, et ne peut plus, suivant leur discipline, remplir aucune fonction de son ministère. Si le brahmane perd le cordon par violence, comme en se battant avec un autre brahmane , il tombe par le fait même dans l’indignité produite par le défaut de réputation , parce qu'il est dès lors atteint d’infamie publique; il lui est interdit de remplir aucune des fonctions qui lui sont attribuées par la loi. Sile brahmane perd le cordon par accident, s’il le rompt, par exemple, en se baignant ou en dormant , il peut en prendre un autre, sans observer aucune cérémonie. Mais,

contestée dans l’Inde supérieure , où des tribus entières de kchatriya se sont conservées sans mélange ; la tradition relative à l'extinction totale de la race guerrière paraît avoir été répandue avec complaisance par les brahmanes , qui ont rapporté à ce fait la légende de Parashourâma , bien qu’elle ne soit pas réellement applicable aux £chatriya soumis à la civilisation brahmanique. Le premier avénement des shoüdra à la royauté est une des époques remarquables dont il est fait mention dans les pourdna; la première famille de shoddra qui ait régné, est, suivant cette autorité, celle des Mdorya , dont le chef fut Tchandragoupta ; les livres bouddhiques prétendent néanmoins que les Madrya appartenaient à la race des £chatriya, et descendaient de la tribu royale des Shäkya. E. 3.

(1) Ce n’est que dans les anciens monuments de la littérature des brahmanes, et surtout dans ceux de la littérature bouddhique , que l’on voit les vafshya entourés d’immienses richesses et d’une grande considération ; Bouddha s’incarne plusieurs fois, dans ses djdtaka, en sérthaväha , chef de marchands, et en vanitshréchtht-ou prévôt des marchands. E. J.

(2) Les kdmoutti et les chetti sont réellement des chottirer. Les kémoutti appartenaient autrefois, de même que les chetti, avec lesquels ils étaient alors confondus , à la division des’chodtirer, connue sous le nom de main gauche; ils sont passés, par une espèce d'adoption, dans la division de la main droite. Chetti, originairement altéré du sanskrit shréchthé (chef ou syndic des marchands ), signifie simplement aujourd’hui marchand ; aussi dit-on velläñchetti, marchands de la caste des velläjer. E. J.

(3) Les parias eux-mêmes ont revêtu du triple cordon le dieu protecteur de leur caste, né paria : voyez la feuille 1 de la xxi° livraison de l’Znde Française. E. J,

(4) Les vaniteuses prétentions des castes inférieures au sujet du cordon sont pour les brahmanes un inépuisable sujet de railleries ; le mépris que leur inspirent les ridicules efforts des autres castes pour se rapprocher d'eux , se produit en phrases proverbiales, presque toutes assez désobligeantes, telles que celles-ci : « Le cordon est vraiment un beau harnois pour un âne » ; « qu’une corneille se lave trois fois par jour , elle ne deviendra jamais un héron » ; « cette vache est noire, essayez de la laver dans le lait pour la blanchir » ; « autant vaut prendre la queue d’un chien et la frotter d’huile pour la redresser » , etc. E. J.

pour se réhabiliter dans les deux premiers cas, il doit prendre un nouveau cordon avec toutes les cérémonies de l'investiture.

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