‹ Recherches sur la religion des MalabarsChapitre 31 sur 75 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Koudoumbr.

Brahmà , après avoir revêtu les brahmanes du cordon , pour les désigner comme les dépositaires des lois , institua le koudoumbt , pour leur conférer la plénitude du sacerdoce : ainsi, le cordon exprime le caractère de docteurs, et le oudoumbi le caractère de sacrificateurs (1). Kart& consacra luimême Brahmà par la cérémonie du £oudoumbi, lorsqu'il l’institua pontife suprême.

Le £oudoumbt est une touffe de cheveux que les brahmanes laissent à la partie postérieure de leur tête, qui est d’ailleurs entièrement rasée {2). Lorsqu’à l’ordination du brahmatchärt on lui confère le koudoumbi, on le consacre par une onction ; lorsqu’on fait passer le brahmatch&rt dans l’ordre sacerdotal , on consacre son koudoumbi par une nouvelle onction ; les paroles que le brahmane officiant prononce à chacune de ces onctions en expriment distinctement l'intention. Les membres de la tribu royale portent aussi le oudoumbi ; ils le prennent à trois ans, au moment où on leur perce les oreilles. Les vaichiyer et les choütirer se laissent ordinairement croître les cheveux, et les portent roulés sur un coin de la tête. Il y en a cependant quelques-uns qui portent le £oudoumbi; c’est un abus qu’ils commettent sans trouver d'opposition; ils ne célèbrent d’ailleurs aucune cérémonie à cette occasion.

Il y a cette différence entre le koudoumbi des brahmanes et celui des Æchatiriyer, que le koudoumbi des brahmanes se confère en deux degrés, et imprime au brahmatchärt et au grihastha deux caractères distincts , qui les obligent à l’observation de deux règles différentes de l’ordre brahmanique , tandis que le koudoumbt des princes se confère en une seule cérémonie, à l’âge de trois ans, et exprime uniquement le devoir qui leur est imposé, d’être les protecteurs de la religion (3). Une autre différence, c’est que les cérémonies par lesquelles on confère le koudoumbi ne sont pas les mêmes pour les kchatiriyer que pour les brahmanes ; ainsi, dans le premier cas, le brahmane officiant n’enveloppe pas le manche du rasoir de brins de tarpai ; ce n’est pas ce brahmane qui marque la place du koudoumbi ; les brahmanes ne répandent pas sur le £oudoumbr du riz mêlé de safran (4) ; on ne célèbre pas la cérémonie des cinq £oudoumbi ; de plus, le brahmatchärt et le grihastha ne peuvent jamais renoncer à leur £oudoumbt, tandis que les rois y ont souvent renoncé, et ont laissé croître leurs cheveux.

Le brahmane peut perdre le £oudoumbi comme le cordon, de trois manières : ou par accident, ou avec intention, ou par violence. Il peut le perdre par accident dans le cas par exemple où la maladie fait tomber les cheveux qui formaient le koudoumbt ; il n’encourt alors aucun reproche. Il peut perdre le koudoumbi avec intention, comme lorsque, par mépris, par colère ou par dépit, il se le coupe ou se l’arrache; il tombe par le fait même dans l’indignité du crime; il ne peut plus , dès ce moment, remplir aucune fonction de son ministère ; lorsque les cheveux du £oudoumbt ont crû de nouveau , il doit se relever de son indignité, en célébrant de nouveau les cérémonies de cette consécration spéciale. Le brahmane peut encore perdre le #oudoumbt par violence, comme lorsqu'il lui est arraché dans une rixe ou dans quelque circonstance semblable; il encourt par le fait même l’indignité produite par le défaut de réputation , parce qu’il est dès lors atteint d’infamie publique ; il est obligé , pour se relever de cette indignité, de se soumettre à une pénitence qui consiste à faire quelques aumônes , à jeûner pendant quelques jours, et à réciter certaines prières en présence d’un brahmane officiant qui représente Brahmà , et de dix-neuf autres brahmanes.

(1) Jai des motifs de croire que ces distinctions sont dues uniquement à l’imagination de notre auteur ; le caractère de védaoid n’est pas distinct dans le brahmane de celui de yadji. Je pense qu’il y a dans ce chapitre et dans le suivant quelques explications trop subtiles. L'auteur a été évidemment dominé dans ses recherches par des idées religieuses qui ne sont pas celles de l'Inde : ainsi il attribue aux brahmanes un caractère sacerdotal ; leurs rapports présents avec les tribus de l’Inde méridionale peuvent certainement suggérer cette idée; mais des recherches un peu plus avancées que celles qu’a faites notre auteur l’eussent convaincu que tel n’est pas le caractère réel et primitif des brahmanes , qu’il leur est au contraire défendu par les lois religieuses d’offrir le sacrifice pour les shoddra, et qu’en l’offrant pour les deux autres races qui jouissent du bonheur d’une double naissance , ilsaccomplissent seulement un acte de protection envers des races qui leur sont inférieures en mérite et en puissance. E. J.

(2) J'ai conservé la prononciation vulgaire de ce mot, qui s'écrit régulièrement koudoumi ; c’est le tchoidä ou tchoülà sanskrit. E. J.

(3) Le rapport établi entre le koudoumbi et les devoirs du kchatriya , me paraît être un de ceux qui ne reposent que sur l'autorité de notre auteur. E. J.

(4) Au sacre des rois de la côte de Malabar , on répand sur leur tête du froment mêlé de poudre d’or. E. J.

Page 1