‹ Recherches sur la religion des MalabarsChapitre 33 sur 75 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Règle et vétement des brahmatchärt.

L’habit du brahmatchäri n’est autre chose qu’une toile de cinq coudées de longueur, qui lui cent les reins et qui retombe jusqu'aux genoux. Le brahmatchärt se couvre encore les épaules d’une toile de cinq coudées de longueur, qui n’est pomt attachée, et dont les bouts viennent pendre par devant; mais cette pièce de toile ne fait point partie du vêtement sacré; elle sert seulement à garantir celui qui la porte de l’excès de la chaleur ou du froid.

Le brahmatchäri est obligé, sous peine de grand péché, de se conformer à la règle suivante, que Brahmà lui-même a prescrite : il ne peut ni présider ni assister à aucune des cérémonies religieuses qui ont un caractère public; il doit s’occuper exclusivement de l'étude des lois religieuses ; il doit demander l’aumône , et ne peut manger d’aucune chose qui ait été apprêtée dans l’intérieur d’une maison ; il doit coucher sur la terre, et ne faire usage ni de coussins ni de tapis ; il ne peut manger de bétel , ce qui est pour les Indiens une grande privation ; il ne peut s’oindre le corps d'aucune substance odoriférante, telle que le sandal, etc. ; il ne peut se laver la tête avec de l'huile, ce qui est encore une grande privation; Car rien ne contribue plus que cet usage à entretenir leur santé (5) ; il ne peut se faire couper la barbe; il ne peut enfin avoir commerce avec aucune femme.

(1) Si ces explications sont généralement admises par les brahmanes de l’Inde méridionale, ce qui me paraît fort douteux , il est du moins constant qu’elles ne s'accordent pas avec l'esprit du brahmanisme primitif. La signification religieuse du triple cordon a été exposée avec une grande justesse de vues par M. le baron d’Eckstein dans sa savante analyse de l’aftaréyépanichad. E. J.

(2) Jai conservé dans ces deux mots l'orthographe du manuscrit original ; je suis néanmoins persuadé qu’il faut lire le premier arainäl. On a coutume de ceindre les reins des enfants, le jour même de leur naissance, de petits cordons de fils d’or ou d'argent ; on nomme ces ceintures araiñäl, lorsqu'elles sont portées par des enfants mâles, et araipattikai lorsqu’elles le sont par des enfants de l’autre sexe; araf signifie milieu du corps, taille , ceinture. Plus tard les enfants mâles des trois races doidja échangent la ceinture puérile contre la ceinture virile, qui est de fibres de mouñdja où manji pour les brahmanes, de fibres de modro& pour les kchatriya, et de shana ou de chanvre pour les vafshya. Quant au morceau de toile fixé à la ceinture, on doit en mesurer exactement la largeur d’une mamelle à l’autre de l'enfant. E. J.

(3) On trouvera des détails précis sur Le £andam et kamandalam dans le chapitre intitulé : Ordre des sannyäst. E. J.

(4) Cet usage n’est pas entièrement conforme à l'autorité de Manou; le brahmatchärt, suivant ce législateur, doit recevoir les premières aumônes des femmes de sa famille. Les kchatriya et les vafshya, dans l’âge qui répond proportionnellement à celui du &rahmatchért, doivent aussi demander l’aumône ; mais les trois classes ne la sollicitent pas avec la même formule ; le brahmane annonce d’abord son droit, en disant : « à moi donnez l’aumône » bhavati bhikchâm déhi; le kchatriya s’efface et dit : donnez-moi l’aumône » #hickhäm bhavati déhi; le vatshya plus humble dit seulement : « donnez l’aumône à moi » bhikchäm déhi bhavati : ( Mänavasamhitä , L. 11, shl. 49 , comment. Mütäkcharä , P. 1, p. 4 vw). E. J.

(5) L'huile pénétrant Les pores et se répandant sur la surface de la peau, s'oppose à l’action immédiate d’une atmosphère brûlante ou à l'impression des vents pestilentiels ; c’est peut-être à cette propriété que l’huile doit un de ses plus anciens noms, celui de vâtaghna ou v4tamghna (littéralement qui tue le vent). E. J.

Voici les cérémonies qu'il est obligé de pratiquer chaque jour : il se lève de grand matin, se rend au bord de l’étang le plus proche, et s’y lave les parties en l'honneur du Enga, en récitant plusieurs prières; il entre ensuite dans l'étang , et se lave la tête et le corps; puis il remonte sur le bord de l'étang, et répand un peu d’eau sur sa tête et autour de sa tête, pour écarter tous les mauvais esprits ; il prend par trois fois un peu d’eau dans ses deux mains étendues et serrées l’une contre l’autre, puis la verse lentement en l'honneur du soleil ; il prend trois fois de suite un peu d’eau dans le creux de sa main droite , s’en jette une goutte dans la bouche et l’avale; il se saisit le nez avec les doigts, retient son haleine pendant quelque temps, puis fait un signe avec la main, d’un œil à l’autre, d’une épaule à l’autre , d’un genou à l’autre, de la tête au ventre, et enfin de l’une à l’autre épaule,

en sens inverse, tout comme on fait un signe de croix (1). Toutes ces cérémonies sont accompagnées de prières spéciales.

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