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CHAPITRE VIII

Règle et vêtement des brahmanes.

L’habit du brahmane consiste en une toile de ‘neuf à dix coudées de longueur, dont il se ceint les reins ; des deux bouts croisés par devant, il passe l’un entre ses cuisses et le fixe par derrière entre la toile et la peau ; il fixe l’autre par devant de la même manière. La loi défend , sous de très-grandes

(1) L’intention de cette cérémonie est de recueillir le prdna ou le souffle vital, et de le faire circuler dans toutes les parties du corps. E. J.

(2) Le tchoidäkarma ou cérémonie de la tonsure brahmanique se célèbre : 1° le cent cinquième jour de la naissance suivant notre auteur, dans le cours des trois premières années suivant les textes de lois ; 2° la septième année, à l’ordination de brahmatchärt ; 3° la douzième année, à l’ordination de gréhastha : cette cérémonie se renouvelle une dernière fois sous le nom de késhänta, la seizième année depuis la naissance du brahmane, c’est-à-dire à l’âge où est déclaré déchu des droits de sa race le brahmane qui n’a pas encore accompli les cérémonies de l’oupanayana ou initiation. E,. J.

(3) Cette traduction , ainsi que quelques autres , est fort inexacte : grihastha signifie littéralement maître de maison, chef de famille ; le grihastha a d’ailleurs , comme le dit notre auteur, le caractère nécessaire pour offrir le sacrifice ; il est le maftre des sacrifices de sa propre famille , ainsi que de celles des kchatriya et des vafshya qui , le priant de sacrifier en leur nom, deviennent pour ainsi dire ses clients. J’observerai au sujet de grihastha, que griha ( maison) paraït avoir eu dans le nord et dans l’ouest de l'Inde, le sens de ville ; ainsi la capitale du Magudha, dans les temps anciens, était Rédjagriha ou Rédjagraha (la ville royale) ; c’est ce mot qui, sous la forme de gerh , termine les noms d’un si grand nombre de villes du Rédjasthäna et d’autres provinces de l’Inde dans lesquelles a prévalu la domination de la race guerrière. E. J.

peines , à toute personne qui n’est ni brahmane ni brahmatchäri, de porter les vêtements de ces deux ordres , parce qu’ils sont des insignes spéciaux et consacrés; aussi aucun Malabar, quelle que soit sa caste, ne porte-t-il des vêtements de cette forme. Les brahmatchärt et les brahmanes n’envoient jamais leurs vêtements sacrés aux blanchisseurs , de peur de les profaner; ils les lavent eux-mêmes dans l’eau pure, sans aucun mélange de savon (1) ou d’autre substance détersive; aussi ces vêtements prennent-ils une teinte jaunâtre qui ne compromet point d’ailleurs leur sainteté. Quelques brahmanes recouvrent l’habit de l’ordre d’un surtout de toile; ce surtout peut être envoyé sans scrupule aux blanchisseurs, parce qu’il n’est pas considéré comme insigne brahmanique; ceux qui ne portent point ce surtout se couvrent les épaules d’une grande pièce de toile non fixée, qui n’appartient pas d’ailleurs au vêtement sacré. Un brahmane ne peut exercer aucune fonction de son ministère sans être revêtu de l’habit de l’ordre.

Le brahmane doit pratiquer chaque jour la règle suivante : il se lève de nd matin, pour faire les mêmes cérémonies que celles auxquelles est obligé le brahmatchdrt; retourne ensuite à sa maison, lave deux ou trois idoles , les place sur une pièce de soie étendue par terre, les pare des fleurs qui leur sont consacrées (car toutes les fleurs ne sont pas propres à toutes les idoles), et leur met du rounfrou ou des terres jaune et blanche, suivant ses habitudes religieuses : toutes ces cérémonies sont accompagnées de prières. Vient alors l’heure du repas; après avoir diné, il se lave les pieds, les mains et la bouche, puis dit quelques prières; s’il est pauvre, il va demander l’aumône dans les maisons qu’il est habitué de visiter ; car chaque brahmane a quelques familles qui le secourent, ou, si l’on veut, quelques disciples auxquels il annonce les fêtes religieuses, le temps propice pour le mariage ou pour toute autre affaire , et enfin les bons et les mauvais présages. Vers quatre heures, il fait les mêmes cérémonies que le matin, récite ensuite quelques ne (2), répète en lui-même les véda ou les enseigne à ses élèves. A l’heure du souper , il fait les mêmes cérémonies qu’à midi (3) ; après avoir pris son repas, il prie quelque temps et va se coucher.

Les brahmanes ne peuvent boire aucune liqueur enivrante ; ils ne peuvent manger ni raves ni ognons , ni ail (4); la chair des animaux leur est aussi défendue. Cette prohibition s’étend même aux œufs, parce qu’ils contiennent des germes de vie. Ils s’abstiennent de la chair des animaux, parce qu’ils croient à la transmigration des âmes; ils ne mangent ni ail ni ognons parce qu’ils regardent ces légumes comme des divinités (5). Quant au vin, à l’eau-de-vie et aux autres liqueurs, ils s’en privent par abstinence ; peut-être aussi parce que ces liqueurs ont été préparées dans les chaudières de gens qui ne sont pas de leur caste..….

Il y a dans l'Inde plusieurs milliers de brahmanes ; tous ne sont pas attachés aux pagodes Hole ques (6), mais tous remplissent les fonctions sacerdotales dans les pagodes de Brahmà, c’est-à-dire dans leurs propres maisons; car ce dieu n’a plus d’autre temple. Les brahmanes sont considérés non seulement comme les prêtres de Brahmâ, mais encore comme Brahmà lui-même, c’est-à-dire

(1) Voyez, dans la première partie de ces extraits, le chapitre intitulé : Superstitions relatives aux règles des femmes.

(2) Cette récitation , nommée djapa, se fait à voix basse et comme en murmurant. Les formules précatoires usitées dans les trois savana sont le célèbre monosyllabe dm , les trois grandes exclamations ou vyéhriti, et l'invocation gdyatr£, nommée dans les textes religieux /a mère du brahmane. Le monosyllabe 6m , dont la signification réelle, aujourd’hui ignorée des brahmanes , a été si ingénieusement retrouvée par M. F. Windischmann, résume pour ainsi dire l’histoire de l’Inde et celle de la religion brahmanique. C’est d’abord l’expression simple et sublime en même temps d’un sentiment d’admiration relisieuse, la forme primitive de l’adoration ; c’est plus tard un mot mystérieux dans les éléments duquel les philosophes indiens trouvent le symbole des grands principes cosmogoniques et psychologiques ; puis dans le moyen âge de l'Inde, c’est un mot consacré, qui n’est plus compris, qu’on n’essaie plus de comprendre, mais qu’on répète sans cesse, parce qu’il doit donner le salut. J’ai vu récemment les armoiries d’un officier général anglais qui a long-temps servi dans l’Inde ; la couronne de ces armoiries est surmontée de deux épées croisées, entre lesquelles est tracé le mot dm : c’est encore l’Inde, l’Inde moderne placée sous l’épée de la conquête ; dm, c’est toute l'Inde. E. J.

(3) Ges cérémonies doivent être célébrées aux trois sandhy4 ou heures de la méditation, c’est-à-dire aux deux crépuscules et à l’heure de midi : ce sont les trois savane ou sacrifices journaliers dont parle Manou, L. vi, shl. 24. E. J.

(4) A la liste de ces légumes défendus, il faut ajouter la Leringelha ou brinzelle ( so/anum melongena ), nommée en tamoul katirikäy. E. J.

(5) L’auteur fait en cet endroit un de ces rapprochements qui se présentent d’abord à tous les esprits, parce qu’ils sont plus spécieux que solides ; il rappelle que l’'Ée gypte rendait un culte aux plantes ici désignées , et conjecture que les brahmanes ont emprunté ce culte aux hiérophantes ; une opinion semblable a été récemment produite, mais avec beaucoup plus de réserve, dans un savant ouvrage sur la religion et les mœurs de l’Inde ancienne. Je crois que ce rapprochement et quelques autres de ce genre prouvent moins qu’on ne le pense, et souvent même prouvent tout autre chose que ce que l’on avait intention de prouver. E. J.

(6) La division la plus générale des brahmanes dans les diverses parties de l'Inde, est celle a les distingue en vafdya ( occupés de l étude des véda ) et en laékika ( occupés d’affaires mondaines). E. J.

comme desdieux (1); toutes leurs paroles sont pour les Malabars autant d'ordres. Les brahmanes ne mangent jamais en présence des Malabars; s’ils apprenaient mêrne que ceux-ci eussent jeté les yeux sur leurs vases, ils les briseraient aussitôt pour éviter l’influence du mauvais regard (2). Les brahmanes ne permettent pas que les Malabars préparent leurs repas, ni même qu’ils entrent dans leurs maisons devenues les pagodes de Brahmà ; s’ils mangeaient des choses apprêtées par les Malabars , ils deviendraient impurs ; les Malabars , au contraire , tiennent à l’honneur de manger des choses apprètées par la main des brahmanes.

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